XVI II PRÉFACE
les campagnes , autour des villes qui seules paraissaient riches et prospères. La vie municipale y était active, et par vanité ou munificence, quelques citadins opulents les dotaient de monuments parfois grandioses dont les ruines nous étonnent1.
Mais ne nous laissons pas éblouir par ce faste tout extérieur et théâtral; ne regardons pas dans l'intérieur de ces cités qui toutes s'efforcent de copier Rome et qui toutes aussi renouvellent la triste histoire de ses mauvais jours. Débarrassées depuis trois siècles de la guerre , enrichies par le commerce et l'industrie, elles semblent heureuses sous un gouvernement qui laisse beaucoup faire et beaucoup passer, et, chose étrange, c'est la dépopulation et la misère qu'on y trouve.
Ces rnunicipes étaient constitués aristocraliquement. Dans les trois premiers siècles de l'empire, cette noblesse provinciale accumula d'immenses richesses ; et. pour imiter les patriciens de Rome, qui donnaient le ton partout*, elle institua des jeux, des distributions gratuites qui nourrirent la paresse du peuple; de sorte que ce qui avait amené la chute de la grande république se reproduisit, à quatre siècles de distance, dans tous les grands rnunicipes de l'empire : des campagnes désertes comme celle de Rome depuis les Gracques, une populace trop souvent oisive et mendiante, point de classe moyenne, plus d'habitude des armes /ni aucune des
« Adrien alloue trois millions de dra- Constantinople , Alexandrie avaient,
chmes à Hérode Atticus pour bâtir un comme Rome, des distributions régu-
aqueduc à Troade ; la construction en lières. « Toutes les villes de premier
coûte sept; Hérode paye la différence, rang, dit Sismondi, avaient des distri-
Pbîlost., Vit. Soph., liv. H. butions gratuites de vivres et des jeux
* Pline donne cinq cent mille ses. publics. » — Trêves fut prise par les
terees a Como ponr fonder des dis- Barbares pendant que ses habitante
tributions gratuites (Epût. VII, 13). étaient au cirque.