‹ Histoire romaineChapitre 19 sur 136 · XX 11 P II Ê FACE · texte numérisé non relu

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raies, dont le germe était partout1, ils avaient relié les unes aux autres toutes ces villes, toutes ces peuplades isolées ; alors il eût pu se former dans les provinces un patriotisme romain qui n'exista jamais ; il y eût eu des idées , des sentiments généraux ; et l'empire, au lieu d'être un colosse formé de grains de sable, fût devenu une masse compacte , homogèue, au sein de laquelle aurait circulé une vie commune, et qui eût été pour des siècles indestructible. Que fondèrent Auguste et ses successeurs? le despotisme militaire et les droits de la force, sans autre garantie pour les sujets que l'intérêt bien entendu du prince.

C'est donc toujours le système oriental. 11 est triste de voir ce monde gréco-romain où la liberté fut tant aimée , où les idées politiques furent tant débattues, aboutir à réaliser cet idéal suranné que lui avait montré un disciple de Socrate. Cette civilisation sut admirablement bien organiser une cité, jamais un empire.

C'est par là, par l'exagération extrême du principe antique de la prépondérance de la cité que le monde ancien périt*. N'oublions pas cet enseignement, nous qui nous trouvons à l'extrémité opposée. Si par l'isolement municipal la vie publique est détruite , une centralisation trop énergique fait affluer le sang au cœur et laisse les extrémités froides. Des deux côtés, le péril est égal.

1 C'est un point qui sera , je l'espère , démontré dans mon troisième volume.

1 L'isolement municipal ne tue pas seulement la vie publique, il Unit encore par tuer presque toujours la liberté et compromettre la fortune municipale. Ou bien la populace domine, comme dans les républiques italiennes, et la tyrannie sort alors de l'anarchie: ou bien les notables tirent tout à eux, et, dans l'engourdissement et le silenco, admi-

nistrent à leur guise ; de là d'affreuses dilapidations. En 1803, toutes les villes libres d'Allemagne étaient en état de banqueroute, et en 1789 toutes les communes de France qui jouissaient de quelque liberté étaient obérées. Lyon seule devait vingt-neuf millions. A la fin du ive siècle toutes les municipalités romaines offraient le même spectacle , dans de plus grandes proportions.

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