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Résultats de la domination romaine.
On ne fait, le plus souvent, de grandes choses en politique qu'au prix de grandes douleurs. Eût-il mieux valu que la fortune de Rome eût été moins grande? nous dirons non mille fois , car nous sommes trop encore les héritiers de son génie pour que nous soyons reçus à renier sa mémoire.
Dans l'histoire générale de la littérature et des arts, Rome n'a pas droit à une place à part. Là elle ne fait guère que continuer la Grèce. Mais n'est-ce pas beaucoup déjà, que d'avoir sauvé la tradition et précieusement gardé le riche héritage? Si les Romains avaient conçu pour la littérature grecque ce mépris qu'eurent les soldats d'Alexandre pour les civilisations de l'Afrique, de la Phénicie et de l'Asie centrale, le long travail d'une race douée par le ciel de tous les dons de l'intelligence eût été perdu pour nous , comme l'a été l'antique sagesse des prêtres de l'Égypte et de la Chaidée. Aujourd'hui, nous sommes réduits à réveiller péniblement sur les bords du Nil , de l'Euphrate et du Gange, quelques-uns de ces échos sacrés , de même que nous allons au milieu des ruines de Palanqué ou sur les rives de l'Ohio, demander au nouveau monde, les secrets d'un passé mystérieux. Il convient donc de tenir compte aux Romains d'avoir montré, au lieu du mépris superbe des Grecs, ou de la sauvage indifférence des conquérants du Mexique et du Pérou , pour les sociétés qu'ils brisaient, cette admiration naïve qui fit d'eux les élèves dociles de ceux qu'ils avaient vaincus , et qui nous a conservé tant de chefs-d'œuvre.
A ces chefs-d'œuvre d'ailleurs, les Romains ajoutèrent d'admirables monuments dont l'Europe s'inspire encore. Le chantre harmonieux de Didon guidant Alighieri vers les hôtes immortels, n'est-ce pas l'antiquité elle-même prenant
XXLV PRÉFACE.
par la main l'homme enfanl du moyen âge , pour le conduire vers les lumineuses clartés qui devaient rendre sa route et plus brillante et plus sûre? Derrière Virgile, Tite Live et Horace, glorieux triumvirat de l'épopée, de l'histoire et de la poésie, je vois l'austère figure de Labépn et ces grands jurisconsultes qui ne doivent rien à la Grèce; plus loin encore, ces artistes inconnus qui élevaient des arcs de triomphe, le dôme du Panthéon, des aqueducs, des amphithéâtres et des colonnes triomphales, qui construisaient des voies indestructibles et qui enchaînaient les fleuves par leurs ponts hardis. Ici encore la Grèce n'a rien à réclamer pour elle; peut-être la main qui exécutait, mais non l'esprit qui avait conçu1.
Celte civilisation qu'ils nous gardaient, ils l'accrurent donc; surtout ils surent l'étendre et lui donner ainsi plus de force pour résister, et plus de chances de revivre si la barbarie un jour l'étouffait. La Gïèce n'avait rien fait pour les contrées de l'Occident ; Rome y porta la lumière , et en constituant les nations néo-latines , avec leurs villes sans nombre où la richesse devait renaître et d'où la liberté un jour devait sortir, elle prépara l'antagonisme fécond des races du nord et du midi de l'Europe.
De cette universalité de la civilisation romaine résulta un autre avantage, l'universalité de la langue latine, qui fut et est encore , au besoin , le lien commun des savants de tous les pays.
Si dans la sphère des idées Rome a peu d'initiative et d'originalité, que de leçons ne donne-t-clle pas pour l'administration des États et des cités? L'empire offrit le
1 Les Grecs n'employèrent ni Tare ni sans cela aux lignes droites, aux forla voûte , qui augmentent beaucoup les mes anguleuses et aux superficies plaressources de l'architecture, réduite nés.