I. LES QUATRE PREMIERS ROIS (764-C
tLOMVLVS; FONDATION DE ROME ( 764 ). — L'ASILE , LES SAB1NES ET TATIUS. — NUMA (714-G72); INSTITUTIONS religieuses. — TULLUS HOSTILIUS (C72-640); RUINE D'aLBE. — ANCUS ( 640-616) ; SES guerres contre LES LATINS.
Au commencement régnait, sur les aborigènes du Latium , un roi étranger , fils d'Apollon , Janus. 11 donna à Saturne , dépossédé par Jupiter, le mont Capitolin , et le dieu , pour prix de cette hospitalité , enseigna aux Latins l'art de cultiver le blé et la vigne. A Janus succédèrent Picus, Faunus et l'Arcadien Évandre, qui bâtit une ville sur le Palatin. Hercule aussi vint dans le Lalium , où il abolit les sacrifices humains, et tua sur YAventin le brigand Cacus. Ainsi Rome plaçait, comme tous les vieux peuples, des dieux, des demi-dieux et des héros à l'origine de son histoire ; et parmi les cités qui l'avaient précédée sur la terre, elle choisissait la plus illustre pour métropole. Énée échappé à la ruine de Troie, disaient les anciennes légendes, vint débarquer sur les côtes du Lalium avec son fils Ascagne, les dieux pénates et le Palladium de Troie. Latinus, roi du
pays, accueillit l'étranger et lui donna pour épouse sa fille Lavinia. Mais dans une bataille contre les Rulules , Énée , vainqueur de Turnus, disparut au milieu des flots du Numicius; on l'adora sous le nom de Jupiter Indigète. Ascagne continua la guerre, et, dans un combat singulier, tua Mézence, l'allié de Turnus. Quittant alors la côte insalubre où son père avait fondé Lavinium, il vint bâtir Âlbe la Longue sur le mont Albain. Douze rois de la race d'Énée s'y succédèrent ; l'un d'eux , Procas , laissa deux fils, Numitor et Amulius. Le premier, comme l'aîné, devait hériter du royaume, mais Amulius s'en saisit, tua le fils de Numitor, plaça sa fille Sylvia parmi les vestales et ne laissa à son îrère qu'une partie des domaines privés de leur père. Or, un jour que Sylvia était allée puiser, à la source du bois sacré, Peau nécessaire au temple, Mars lui apparut et promit à la vierge effrayée de divins enfants. Devenue mere , Sylvia fut condamnée à mort selon la rigueur des lois du culte de Vesta , et ses deux fils jumeaux furent exposés sur le Tibre. Le fleuve était alors débordé; leur berceau, doucement porté par les eaux jusqu'au mont Palatin, s'arrêta au pied d'un figuier sauvage, et une louve, attirée par leurs cris, les nourrit de son lait. Frappé de ce prodige, Faustulus, berger des troupeaux du roi, prit les deux enfants et les donna à sa femme Acca Larentia qui les appela Romulus et Rémus.
Élevés sur le Palatin , comme les enfants du berger, ils grandirent en force et en courage. Les compagnons de Romulu8 se nommaient les Quintilii , ceux de Rémus , les Fabii; et déjà la division se mettait entre eux. Cependant un jour les deux frères prirent querelle avec les bergers du riche Numitor, dont les troupeaux paissaient sur TAventin ; et Rémus , surpris dans une embuscade , fut traîné par eux à Albe, devant leur maître. Les traits du prisonnier, son âge, cette double naissance, frappèrent Numitor; il se fit amener Romulus; et Faustulus découvrit aux deux jeunes gens le secret de leur naissance. Aidés de leurs compagnons, ils tuèrent Amulius , et Albe rentra sous la domination de son roi légitime. En récompense, Numitor leur permit de bâtir une ville sur les bords du fleuve , et leur abandonna tout le pays qui s'étendait du Tibre à la route d'Albe, jusqu'au sixième mille. Égaux en force et en autorité , les deux frères se disputèrent bientôt l'honneur de
choisir remplacement et le nom de la nouvelle cité. On s'en remit aux dieux , dont on consulta la volonté par l'augure sabellien du vol des oiseaux. Rémus, sur l'Aventin , vit Je premier six vautours; mais presque aussitôt il s'en montra douze à Romulus, sur le Palatin; et leurs compagnons, gagnés par cet heureux présage, prononcèrent en sa faveur.
Suivant les rites étrusques, Romulus attela à une charrue un taureau et une génisse sans tache , et avec un soc d'airain il traça autour du Palatin un sillon qui représenta le circuit des murs, le Pomœrium, ou enceinte sacrée, au delà de laquelle commençait la ville profane , la cité sans auspices des étrangers, des plébéiens (21 avril, 754). Déjà le rempart s'élevait, quand Rémus, par dérision, le franchit d'un saut ; mais Géler, ou Romulus lui-môme, le tua, en s' écriant : « Ainsi périsse quiconque franchira ces murs. »
I/iMlIci le» Sabine* et Tailii*.
Pour augmenter la population de la nouvelle cité , Romulus ouvrit un asile sur le mont Gapitolin, et fit demander, dans les villes voisines, de s'unir à son peuple par des mariages. Partout on refusa avec mépris : « Ouvrez aussi, disaiton, un asile aux femmes. » Il dissimula ; mais aux fêtes du dieu Consus, il fit enlever les jeunes filles, accourues avec leurs pères à ces jeux. On ne s'entendit point pour punir cet outrage. Les Céniniens, prêts les premiers , furent battus; Romulus tua leur roi Acron, et consacra ses armes, comme dépouilles opimes, à Jupiter Férétrien. Les Crustuméniens , les Antemnates eurent le même sort , et perdirent leurs terres. Mais les Sabins de Cures, conduits par leur roi Tatius, pénétrèrent jusqu'au Capitolin et s'emparèrent, par la trahison de Tarpéia , de la citadelle que Romulus y avait bâtie. Déjà les Romains fuyaient, quand Romulus, vouant un temple à Jupiter Stator, renouvela le combat que les Sabincs arrêtèrent, en se précipitant entre leurs pères et leurs époux. La paix fut conclue , et le premier rondement de la grandeur de Rome , posé par l'union des deux armées.
Au bout de cinq ans , Tatius fut tué par les Laurentins , auxquels il refusait justice d'un meurtre; les Sabins consentirent à reconnaître Romulus pour roi. Dos victoires sur
les Fidénates et les Véiens justifièrent ce choix. Mais un jour qu'il passait la revue de ses troupes, près du marais de la Chèvre, un orage dispersa le peuple ; quand il revint, le roi avait disparu. Proculus l'avait vu monter au ciel sur le char de Mars, au milieu de la foudre et des éclairs. On l'adora sous le nom de Quirinus. Le sénat l'avait immolé à ses craintes (715).
Numa ( Ili4ll){ Institutions religieuses.
Les deux peuples ne purent s'entendre pour lui donner un successeur, et, pendant une année, les sénateurs gouvernèrent tour à tour comme interrois. On convint à la fin que les Romains feraient l'élection, mais qu'ils ne pourraient choisir qu'un Sabin. Une voix nomma Numa Pompilius; tous le proclamèrent; c'était le plus juste des hommes , et le favori des dieux. Inspiré par la nymphe Égérie , il régla les cérémonies religieuses, les fonctions des Pontifes, gardiens du culte; des Flamines, ministres des grands dieux ; des Augures, interprètes des volontés divines; des Féciaux, qui prévenaient les guerres injustes; des Vestales qui, choisies par le grand prêtre dans les plus nobles familles, conservaient le feu perpétuel , le Palladium et les dieux Pénales ; des Saliens, enfin, qui gardaient le bouclier tombé du ciel (ancilé)y et honoraient le dieu de la guerre par des chants et des danses armées. 11 défendit les sacrifices sanglants et la représentation des dieux par des images de bois, de pierre on d'airain. 11 encouragea l'agriculture; et afin d'en régulariser les travaux , il réforma le calendrier. Pour que chacun vécût en paix sur son héritage, il distribua au peuple les terres conquises par Romulus , éleva un temple à la Bonne Foi , et consacra les limites des propriétés ( fête des Terminalia) en dévouant aux dieux infernaux ceux qui déplaceraient les bornes des champs. Il divisa encore les pauvres en neuf corps de métiers, et construisit le temple de Janus, dont les portes, ouvertes, annonçaient la guerre ; fermées, la paix. Mais sous Numa « les villes voisines semblaient avoir respiré l'haleine salutaire d'un vent doux et pur qui venait du côté de Rome ; » et le temple de Janus resta toujours fermé. Hors ces pacifiques travaux , la tradition ne sait rien du second roi de Rome et reste muette sur ce long règne de quarante-trois ans.
Tullut* Ilostlllus (0?«-040); ruine «l'Aine.
Au prince pieux et pacifique succède le roi guerrier et sacrilège, à Numa, Tulius Hostilius. Petit-fils d'un Latin de Medullia, dont l'aïeul avait vaillamment combattu auprès de Romulus, Tuilus aima les pauvres, leur distribua des terres, et alla demeurer lui-même au milieu d'eux sur le Cœlius , où il établit les Âlbains vaincus.
Albe, la mère de Rome, était peu à peu devenue étrangère à sa colonie; de mutuels pillages amenèrent la guerre. Longtemps les deux armées restèrent en présence , sans oser engager cette lutte sacrilège. Enfin , les trois Ho races pour Rome, les trois Guriaces pour Albe, décidèrent, en combat singulier, quel peuple commanderait. La fortune de Rome et l'adresse au seul Horace, resté vivant, l'emportèrent. Mais le vainqueur souilla sa victoire par le meurtre de sa sœur, qui pleurait l'un des Curiaces , son fiancé. Condamné à mort par les duumvirs, il n'échappa que par un appel au peuple.
Albe s'était soumise ; mais dans une bataille contre les Fidénates , le dictateur des Albains , Mettus Fufletius attendit, à l'écart, avec ses troupes, l'issue du combat. « Ton cœur s'est partagé entre moi et mes ennemis , dit Tuilus , ainsi il sera fait de ton corps; >» et on l'attacha à deux chars tirés en sens contraire. Puis Albe fut détruite, son peuple transféré à Rome sur le Cœlius, ses patriciens admis dans le sénat, et ses riches parmi les chevaliers. Rome hérita des prétentions d'Albe au rang de métropole des cités latines. Tuilus combattit encore avec succès les Sabins et les Véiens dont il assiégea la ville. Mais il négligeait le service des dieux; leur colère attira sur Rome une maladie contagieuse qui atteignit le roi lui-môme. 11 crut trouver dans les livres de Numa un moyen d'expiation et le secret de forcer Jupiter Élicius à des révélations. Mais une faute commise dans ces conjurations redoutables attira sur lui la foudre, et la flamme dévora son corps et son palais (640).
Aitcus (ti-fO-GiO ); ses guerres contre les Latin*.
Son successeur, Ancus, qu'on dit petit-fils de Numa, à l'exemple de son aïeul , encouragea l'agriculture, rétablit la religion négligée, et fit écrire sur des tables et exposer dans
le forum les lois qui en réglaient le cérémonial ; mais il ne put, comme Numa, tenir fermé le temple de Janus; car les Latins rompirent l'alliance conclue avec Tullus. Quatre de leurs villes furent prises; leurs habitants établis sur l'Aventin, et le territoire de Rome étendu jusqu'à la mer. Ancus y trouva des salines et des forêts qu'il attribua au domaine royal , et aux bouches du Tibre, un emplacement favorable, où il fonda le port d'Ostie. Il construisit le premier pont de b0Îs sur le Tibre (pons Sublicius), et en défendit les approches , du côté de l'Étrurie, par une forteresse sur le Janicule. Pour couvrir les habitations des nouveaux colons sur la rive opposée, il traça le fossé des Quirites, et pour prévenir les délits, devenus plus nombreux par l'augmentation de la population , il creusa , dans ie tuf du mont Capitolin , la prison du forum.