I. ORGANISATION PRIMITIVE
ORIGINE PROBABLE DE ROME. — TRIBUS , CURIES , GENTES. — PATRICIENS ET CLIENTS; ASSEMBLEE CURIATE ; SÉNAT; ROI; CHEVALIERS. — PLÉBÉIENS. — COLLÈGES SACERDOTAUX ET CULTE.
Origine probable de Rome*
Tous les grands peuples ont entouré leur berceau de récits merveilleux. Rome aussi voulut avoir une noble origine; son obscure naissance fut donc cachée sous de brillantes fictions , et le chef d'aventuriers devint le fils du dieu Mars , le petit-fils du roi d'Albe, le descendant d'Énée!
Pour nous, Romulus, que l'on rattachera, si Ton veut, à la maison royale d'Albe , sera un de ces chefs de guerre comme en ont eu l'ancienne et la nouvelle Italie , et qui devint le roi d'un peuple auquel la position de Rome, d'heureuses circonstances, l'énergique habileté de son aristocratie et les secrets desseins de la Providence , donnèrent l'empire du monde.
De nombreux témoignages attestent que bien longtemps avant que Romulus traçât un sillon autour du Palatin , cette colline était habitée. Il y avait donc là une vieille cité latine, la ville du Tibre, Buma, ayant les mœurs et les lois du Latium et de la Sabine, c'est-à-dire le patriciat, l'autorité paternelle , le patronage, la clientèle, un sénat et peut-être un roi; en un mot, une organisation politique et religieuse déjà ancienne, que Romulus, Latin lui-même, n'aura fait qusadopter. 11 sera venu s'y établir victorieusement avec sa troupe, les Celsi Ramnenses, en donnant à l'ancienne ville une face nouvelle et des mœurs plus guerrières. A ce titre , il aura pu passer pour son fondateur, et ses compagnons
pour les chefs des maisons patriciennes. Mais l'enlèvement des Sabines amena l'occupation, par suite d'une transaction, et après une victoire , du Capitolin et de PAgonal par les Sabins de Cures. Les deux villes restèrent séparées, chacune eut son roi et son sénat ; mais on se réunissait , pour délibérer en commun, dans la plaine (comitium), qui s'étendait entre les trois collines. Après la mort de Tatius , Romulus resta seul chef des deux peuples , et l'on décida qu'il n'y aurait à l'avenir qu'un sénat et qu'un roi.
Tribu»; curie»; geutcs.
Mais qu'étaient ce sénat et ces premières institutions?
Rome n'eut point de législateur comme les cités grecques, et sa constitution fut l'œuvre du temps , des circonstances et des hommes. De là des incertitudes sans nombre. Les plus anciennes traditions montrent le peuple divisé en trois tribus, les Ramnenses ou compagnons de Romulus, les Titienses ou Sabins de Tatius, et les Luceres dont on rapporte l'origine à un chef étrusque, Lucumon, qui serait venu avec une troupe nombreuse aider Romulus à bâtir sa ville et à gagner ses premières victoires. Mais l'infériorité politique de cette dernière tribu , qui n'eut d'abord ni sénateurs ni vestales, ferait penser à une population vaincue, peut-être aux habitants de l'ancienne ville où Romulus était venu s'établir de force , et qui seraient restés à de certains égards , jusqu'à Tarquin , sous le coup de la conquête.
La tribu se partageait en dix curies , chaque curie en dix décuries ; et ces divisions , qui étaient aussi des divisions territoriales, avaient leurs chefs, des tribuns, des curions, des décurions.
Dans chaque tribu était renfermé un certain nombre de familles politiques ou gentes , lesquelles n'étaient pas composées seulement d'hommes du même sang, mais aussi d'hommes liés entre eux par de mutuelles obligations, par le culte d'un héros vénéré, comme l'aïeul commun {sacra gentilitia), et par le droit d'hériter les uns des autres, en l'absence d'un testament ou d'héritiers naturels. Aussi le nombre de ces familles politiques avait-il pu être rigoureusement déterminé et réduit à u n chiffre peu élevé, deux cents d'abord , trois cents plus tard.