‹ Histoire romaineChapitre 40 sur 136 · II. LES DÉCEMVIRS · texte numérisé non relu

II. LES DÉCEMVIRS

LES PREMIERS DÉCEMVIRS. — APPIUS ET VIRGINIE. I,ea premiers décemvirs.

Au retour des trois députés, on suspendit la constitution en vigueur ; le tribunat, même le droit d'appel, et dix magistrats furent investis de pouvoirs illimités pour rédiger de nouvelles lois. Les patriciens, en invoquant leur connaissance du droit, se firent donner ces dix places. Ce premier point décida la question; la réforme perdait par cela seul tout caractère politique.

L'an -450, aux ides de mai, les décemvirs, tous personnages consulaires, entrèrent en charge. Chaque jour l'un d'eux avait la présidence, le gouvernement de la ville et les douze licteurs. Unanimes dans leurs actes, justes et affables ■ envers tous, ils maintinrent la république dans une paix profonde, diminuant plutôt que dépassant leurs pouvoirs. Un cadavre avait été trouvé dans la maison du patricien Sestius; non-seulement le décemvir Julius poursuivit l'accusation, mais, bien qu'il pût juger sans appel, il déféra la cause à l'assemblée du peuple. A la fin de la première année, dix tables de loi furent affichées au forum , pour que chacun pût proposer des améliorations, revues encore par les décemvirs, puis présentées au peuple et acceptées dans des comices centuriates. C'étaient les vieilles coutumes de Rome ou de l'Italie primitive, mêlées à quelques emprunts faits aux législations des villes grecques, que l'Epnésien Hermodore avait expliquées aux décemvirs.

Applas et Virginie.

Cepeudant le code n'était pas complet. Pour l'achever, on conserva ses pouvoirs à la commission législative, mais

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en y appelant, suivant l'esprit de la constitution romaine , d'autres hommes. Parmi lesdécemvirs sortants, était Appius Claudius, qui , la première année, avait caché son orgueil et son ambition sous des dehors populaires. Chargé de présider les comices d'élection, il combattit la candidature deCincinnatus et de Capitolinus, qu'il n'aurait pu gagner à ses desseins, et ne laissa nommer que des gens qui lui étaient dévoués. Il ne craignit pas de recueillir des voix pour luimême, bien que, comme président des comices, il ne pût, suivant l'usage, être réélu. Ses nouveaux collègues, tous hommes obscurs , et quelques-uns plébéiens, se soumirent à son ascendant. Précédés de leurs cent vingt licteurs avec les verges et les haches, ils semblaient dix rois, et ils en avaient l'orgueil.

Comme leurs prédécesseurs, ils étaient unanimes ; car ils s'étaient réciproquement promis que jamais l'opposition de l'un d'entre eux n'arrêterait les actes de ses collègues ; mais cet accord ne profitait qu'à leur pouvoir. Dès lors , la fortune, l'honneur et la vie des citoyens furent à leur merci. Le sénat avait un beau rôle à prendre, celui de défenseur des libertés publiques. Il aima mieux se laisser aller à de vieilles rancunes, et vit avec joie cette tyrannie sortie d'une loi populaire. La jeunesse patricienne , depuis longtemps habituée, sous Appius et Caeson, à la violence, devint à la ville comme 1 armée des décemvirs, et les sénateurs, désertant leur poste à la curie, se dispersèrent dans leurs villas.

Cependant les décemvirs publièrent deux nouvelles tables remplies , dit Cicéron, de lois iniques ; et l'année s'écoula sans qu'ils annonçassent l'intention d'abdiquer. Rome s'était donné des maîtres. Heureusement les Sabins d'Érétum et les Eques renouvelèrent la guerre. Il fallut convoquer le sénat. Un patricien populaire, Valérius, se leva dès que la séance fut ouverte , et malgré Appius , qui lui refusait la parole , dénonça laconjuration formée contre la liberté. « Ce sont les Valérius et les Horatius qui ont chassé les rois , s'écria Horati us Barbatus,leursdescendantsnecourberontpasla tête sousdes Tarquins. » Les décemvirs Tîntcrrompent, le menacent ; ils le feront précipiter de la roche Tarpéienne. Mais l'oncle même d' Appius se déclare contre lui. Cependant les conseils timides l'emportent , et à la fin de cette orageuse séance, dix légions sont eon liées aux décemvirs. Deux armées sortireDt de

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Rome. Mal conduites , ou plutôt mal disposées pour leurs chefs, elles se firent battre. Dans Tune servait Dentatus, qui ne cachait pas sa haine. Pour s'en débarrasser, les décemvirs renvoyèrent choisir remplacement d'un camp, en lui donnant pour escorte des soldats chargés de l'assassiner. V Achille romain ne succomba qu'après avoir tué quinze des traîtres. On répandit le bruit qu'il avait péri dans une embuscade; mais personne ne douta qu'il n eût été sacrifié aux craintes des decemvirs. Un autre crime amena enfin leur chute.

Appius avait aposté un de ses clients pour réclamer, comme son esclave, Virginie, fille d'un des plus distingués d'entre les plébéiens. En vain son père Virginius, son fiancé Icilius, l'ancien tribun , et de nombreux témoins offrirent de prouver sa naissance libre. Appius, au mépris d'une loi qu'il avait lui-môme portée, adjugea la jeune fille à son complice. Mais Virginius saisit un couteau sur l'étal d'un boucher, la frappe au cœur, l'aimant mieux morte que déshonorée ; et tout couvert du sang de sa fille, court à l'armée campée sur l'Algide. Les soldats se soulèvent, marchent sur Rome, où ils occupent l'Aventin, et de là, suivis de tout le peuple, vont se réunir sur le mont Sacré aux légions de la Satine.

Quelque temps, les décemvirs hésitèrent, soutenus par une partie du sénat qui redoutait les suites d'une révolution plébéienne. Mais s'il avait fallu céder quarante-six ans auparavant, quand le patriciat était encore tout-puissant, et tes plébéiens sans chefs, comment résister aujourd'hui que le peuple avait l'expérience de ses dernières luttes et la conscience de sa force? — Les décemvirs abdiquèrent.

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