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S 1. NOUVELLE CONSTITUTION DE L'AN

LOIS POPULAIRES DE VALERIUS ET D'HORATIUS (448).— AUTORISATION DES MARIAGES ENTRE LES DEUX ORDRES (445). — CENSURE ET TB1BUNAT CON- SULAIRE (444).

Loi* populaires de Valérlu» et d'Horatlu* (449).

La révolution de 510, faite par les patriciens, n'avait profité qu'à l'aristocratie ; celle de 448 , faite par le peuple, ne profita qu'au peuple. Les décemvirs avaient abdiqué; et deux sénateurs populaires, Valérius et Horatius, étaient allés sur le mont Sacré promettre le rétablissement du tribunat et du droit d'appel avec une amnistie pour tous ceux qui avaient pris part à la révolte. Le grand pontife tint les comices pour Télection de dix tribuns, puis on nomma consuls Horatius et Valérius, qui garantirent par plusieurs lois la liberté restaurée. La première défendit, sous peine de mort, de jamais créer une magistrature sans appel. La seconde donna force de loi aux plébiscites , c'est-à-dire que les résolutions prises dans l'assemblée des tribus n'auraient plus besoin que de la sanction des curies , comme les résolutions des comices centuriates , pour devenir des lois générales. La troisième renouvela l'anathème prononcé contre quiconque porterait atteinte à l'inviolabilité tribunitienne. La quatrième ordonnait qu'une copie de tous les sénatus-consultes contre-signée par les tribuns de la lettre T, afin de prévenir toute falsification , serait remise aux édiles plébéiens et gardée par eux dans le temple do Cérès sur l'Aventin. Le tribun Duilius fit encore passer celte loi : « Que le magistrat qui négligera de tenir les comices à la fin de l'année, pour l'élection des tribuns du peuple, soit puni des verges et de la hacbe. »

La liberté était assurée ; mais le sang versé demandait vengeance. Virginius accusa les décemvirs. Appius , leur cher, se tua dans sa prison avant le jugement ; Oppius, après lui le plus odieux , finit de même. Les autres s'exilèrent; on

confisqua leurs biens. Cependant les deux consuls avaient repris les opérations militaires contre les Eques et les Sabins, et ceux-ci furent si bien battus par Horalius, qu'ils restèrent en paix avec Rome pendant un siècle et demi. Au retour, les consuls demandèrent le triomphe ; jusqu'alors le sénat seul avait eu le droit de l'accorder ; il refusa. Mais Icilius le fit décréter par le peuple. Ce furent encore les tribuns qui décidèrent dans le débat entre Ardée et Aricic, et la guerre qui sortit de cette décision injuste ne fit que rendre plus importante cette innovation populaire.

Autorisation des mariages entre les deux ordres (444).

Les patriciens avaient plus d'une fois essayé de se glisser au tribunat; la loi Trébonialeur en ferma à jamais l'entrée. Ils s'étaient réservé le pouvoir judiciaire, excepté dans le cas de sentence capitale contre un citoyen , et l'administra* tion des finances, en laissant aux consuls le droit de nommer eux-mêmes les questeurs du trésor. Les tribuns obtinrent en 447 que les quxstores parricidii et les quœslores œrarii seraient à l'avenir nommés dans les comices centuriates. Deux choses maintenaient l'outrageante distinction des deux ordres, l'interdiction des mariages et l'occupation de toutes les charges par les patriciens ; en 445 le tribun Canuléius demanda l'abolition de la défense relative aux mariages , et ses collègues le partage du consulat. C'était demander l'égalité politique. Les patriciens s'indignèrent à cette demande , mais lé peuple usa du moyen qui lui avait deux fois servi; il se retira en armes sur le Janicule; et le sénat, pensant que les mœurs seraient plus fortes que la loi, accepta la proposition du tribun.

Censure et tribunat consulaire (444).

Cette barrière tombée,- il n'était plus possible d'interdire aux plébéiens l'accès des charges curules. Cependant, à force d'habileté, le patriciat à demi vaincu se défendit quarante-cinq ans encore. Les collègues de Canuléius demandaient pour leur ordre une place de consul et deux de questeurs du trésor. Le sénat accorda que les questeurs du trésor seraient indistinctement choisis dans les deux ordres; et , grâce à cette latitude , on ne vit pendant longtemps que des patriciens dans cette charge. Quant au consulat , il le

démembra. A ce pouvoir royal on avait enlevé déjà le droit d'accomplir certains sacrifices ( rex sacrificiorum ) , la garde du trésor ( quœs tores xrarii) et l'instruction des affaires criminelles (quœstoresparricidii) , deux nouveaux magistrats, les censeurs , créés en 444 , pour cinq ans d'abord , pour dix-huit mois ensuite , héritèrent encore du droit des consuls de faire le cens , d'administrer les domaines et les finances de l'État, de régler les classes , de dresser la liste du sénat et des chevaliers, d'avoir enfin la haute police de la ville. Restaient aux consuls les fonctions militaires, la justice civile, la présidence du sénat et des comices , la garde de la ville et des lois ; on les donna, mais divisées entre plusieurs, sans les honneurs curules, avec six licteurs au lieu de douze , et sous le nom plébéien de tribuns militaires à trois , quatre ou six généraux.

Une invasion des Volsques , qui pénétrèrent cette même année jusqu'à la porte Esquiline, fut repoussée. T. Quinctius détruisit leur armée et établit à Verrugo une garnison qui les tint en respect pour quinze ans. La victoire revenait avec la liberté.

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