‹ Histoire romaineChapitre 43 sur 136 · S II. LUTTES POUR L'EXÉCUTION DE LA NOUVELLE CONSTITUTION · texte numérisé non relu

S II. LUTTES POUR L'EXÉCUTION DE LA NOUVELLE CONSTITUTION

SPUR1US MjELIUS (437). — PROGRÈS DES ARMES ROMAINES ET EMPIÉTEMENTS DES TRIBUNS (436-405). — ÉTABLISSEMENT DE LA SOLDE ET SIÈGE DE VtflES (405-395).

gpurliu Meelius (499).

La constitution de 444 autorisait à nommer des plébéiens au tribunat consulaire ; jusqu'en 400 pas un seul n'y parvint; et durant les soixante-dix-huit années que cette charge subsista , le sénat fit nommer vingt-quatre fois des consuls ; c'est-à-dire qu'il chercha et réussit une année sur trois à rétablir l'ancienne forme de gouvernement. Ces perpétuelles oscillations encouragèrent les ambitieuses espérances d'un riche chevalier, Spurius Maelius. Durant une famine , il fit aux pauvres d'abondantes aumônes. Le sénat s'alarma de cette charité qui n'était point dans les mœurs antiques , et fit élever à la dictature le vieux Cincinnatus. Cité au tribunal du dictateur, Maelius refusa de répondre et chercha au milieu de la foule qui couvrait le forum une protection contre les licteurs. Mais le maître de la cavalerie,

Serv. Ahala, l'atteignit et le perça de son épée. Malgré l'indignation du peuple , Cincinnatus approuva hautement son lieutenant, fît démolir la maison du traître et vendre au prix d'un as le modius, le blé amassé par Mœlius. Peut-être futil, comme Cassius, une victime sacrifiée aux craintes ombrageuses des grands? Ceux-ci du moins reprirent pour quelque temps l'ascendant , et pendant les onze années suivantes on ne nomma que deux fois des tribuns militaires. Il y eut pourtant en 431 une dictature populaire, celle de Mamercus yEmilius , qui réduisit à dix -nuit mois la durée de la censure.

Progrès des armes romaines et empiétements des tribuns

Cependant les Véiens et les Volsques occupaient sans relâche les armes romaines. En 436 , les Fidénates chassèrent les colons romains établis au milieu d'eux et se mirent sous la protection des Véiens, dont le roi Tolumnius fut tué par Cornélius Cossus , qui eut ainsi l'honneur de remporter les secondes dépouilles opimes. Fidènes, prise en 433, fut colonisée. Une seconde révolte , en 424 , amena encore les Romains dans ses murs. Us en égorgèrent toute la population étrusque, etVéies, effrayée, sollicita une trêve de vingt ans. Dans le Latium, les progrès des Eques et des Volsques étaient enfin arrêtés, grâce a une discipline qui faisait des légions romaines la meilleure infanterie du monde. En 429, un dictateur fit décapiter son fils pour avoir combattu sans ordre. Mais les Volsques, battus, sollicitèrent une trêve de huit ans. Les consuls de l'année suivante se laissèrent battre par les Eques et se refusaient à nommer un dictateur. Le sénat , pour vaincre leur résistance , recourut aux tribuns du peuple, qui menacèrent de faire traîner les consuls en prison. Ce fut un spectacle nouveau que celui de l'autorité tribuni tienne protégeant la majesté du sénat. De ce jour la considération du tribunat égala sa puissance, et peu d'années se passèrent sans que les plébéiens obtinssent quelques avantages. Trois ans plus tôt, jaloux de voir les suffrages se porter toujours sur les grands, les tribuns avaient proscrit les robes blanches qui désignaient de loin, à tous les yeux, le candidat patricien. C'était une première loi contre la brigue. En 428, une loi mit un terme a l'arbitraire des amendes payées en espèces. En 427, les tribuns , par

leur opposition aux levées , obligèrent le sénat à porter aux comices centuriates la question de la guerre contre Véies. En 423, ils renouvelèrent la loi agraire et demandèrent que la dîme, plus exactement payée , à l'avenir, par les détenteurs du domaine , fut appliquée à la solde des troupes. Ils échouèrent cette fois ; mais , en 420 , il parut nécessaire de créer deux nouvelles places de questeurs du trésor pour l'armée; le peuple n'y consentit au'à la condition que la questure serait accessible aux plébéiens1.

À ces progrès du peuple répondent les succès des ar* mées. Les Volsques, occupés de dissensions intestines, laissaient les Eques seuls exposés aux coups de Rome. Aussi ce peuple perd-il* en 417, Labicum j en 414, Bola; en 413, Fe* rentinum. C'étaient des postes enlevés à l'ennemi ; c'étaient des terres pour les pauvres de Rome. Trois mille arpents du territoire ae Labicum furent distribués à quinze cents familles plébéieunes , et le peuple réclama le partage des terres de Bola. Un tribun militaire, Posthumius, s'y étant vivement opposé, fut tué dans une émeute de soldats. Ce crime inouï dans les armées romaines fit tort à la cause populaire; il n'y eut pas de distribution de terres, et, pendant cinq années, le sénat put faire nommer des consuls. Cette réaction patricienne en amena une autre dans le sens contraire : les tribuns reprirent la loi agraire et s'opposèrent aux levées (412-410). En 408, trois plébéiens arrivèrent à la questure; enfin, en 400, quatre tribuns militaires sur six furent plébéiens,

La fin de cette lutte politique fut marquée au dehors par de grands succès. En 406 , le sénat résolut de porter aux Volsques des coups décisifs. Trois armées marchèrent en même temps sur Antium, Écétra et Anxur» Anxur, déjà occupée autrefois par Tarquin le Superbe, était seule menacée ; Fabius l'enleva pap surprise, y laissa garnison , puis revint annoncer au sénat que la république avait reconquis la frontière que Rome avait sous les rois.

Établissement de 1* solde et siège de Télés (405-305 .

11 fallait récompenser les plébéiens de cette brillante conquête; d'ailleurs la trêve avec les Véiens expirait Tannée

' A une époque antérieure, la loi choisir les sénateurs dans tous les Ovinia mil permis aux censeurs de ordres.

suivante, et ce peuple montrait des intentions hostiles. Le sénat décréta que Pinfanterie recevrait une solde du trésor public. Le légionnaire , moins pressé dès lors de retourner a ses champs, resta plus longtemps sous les drapeaux. La guerre put s'étendre, les opérations se prolonger, et les généraux demander aux soldats plus d'efforts et d'obéissance. La même année , 406 , le siège de Véies commença. Deux armées romaines vinrent camper sous ses murs : Tune pour l'affamer, l'autre pour arrêter les secours. Mais Véies était abandonnée ; les Etrusques, réunis au temple de Voltumna, déclarèrent la ligue dissoute ; les Falisques et les Capénates, plus rapprochés du danger, firent seuls quelques efforts! Ils enlevèrent un des deux camps et rouvrirent , pour quelque temps , les communications des assiégés avec la campagne. Les Tarquiniens envahirent aussi le territoire romain, mais ils furent repoussés avec perte. La plus utile diversion fut celle des Volsques, qui, en 401, surprirent la garnison d'Anxur. Les Romains étant rentrés dans la place , ils vinrent les y assiéger, tandis que les Eques attaquaient Bola. C'était au plus fort du siège de Véies , Rome ne pouvait en distraire un soldat ; heureusement les Latins et tes Herniques secoururent les places menacées, et, à la nouvelle que la grande cité étrusque succombait, les deux peuples sollicitèrent une trêve. Pour fortifier sa position à Ânxur, le sénat envoya, près de là, une colonie à Circeii; une seconde, à Vitellia, ferma aux Eques la sortie de leurs montagnes.

Pour la première fois les Romains avaient continué, durant l'hiver, les hostilités. Mais la division du commandement entre les tribuns militaires amena des défaites. Le peuple, croyant presque à la trahison , nomma enfin, en 400, quatre plébéiens au tribunat consulaire. La fortune ne changea pas , et, en 396 , les légions furent battues par les Falisques et les Capénates. Le sénat crut que l'Étrurie se levait tout entière, et fit nommer dictateur un patricien qui avait exercé déjà avec distinction le tribunat et la censure, M. Furius Camillus. Camille arma tous les citoyens en état de combattre, appela les contingents des Latins et des Herniques, et rejeta les Capénates et les Falisques sur leurs villes , puis il revint presser vivement le siège de Véies. Après de nombreux prodiges rapportés par la tradition, les Romains pénétrèrent par une mine dans la place. Le petit nombre de Véiens échappés au massacre furent vendus.

La chute de Véies entraîna celle de Capène (395), et de Falérie (394), gagnée dit-on , par la générosité de Camille; en6n la prise de Népète et de Sutrium porta la frontière romaine, au nord , jusqu'à la sombre et impraticable forêt Ciminienne. Les Romains osèrent cependant la franchir et attaquer les Salpinates et les Vulsiniens. Ceux-ci , vaincus , n'obtinrent une trêve de vingt ans qu'au prix d'une année de solde pour l'armée romaine (390).

Ainsi, de 450 à 390, les Romains ont pris l'offensive et se sont établis au milieu des Volsques par les colonies de Circeii et d'Anxur. Par celles de Bola, de Labicum et de Vitellia, ils ont couvert leur territoire contre les Eques. Mais ce peuple est toujours en possession de l'Algide, et il a détruit Vite! lia, qui devait lui en fermer la route. Si la question n'est pas encore décidée entre Rome et ses deux infatigables ennemis, la position, du moins, est maintenant inverse de ce qu'elle était au commencement de cette période. La crainte et la prudence ont passé du côté des Volsques. En outre, Rome a pris un ascendant de plus en plus marqué sur ce cpi'il reste encore des trente peuples latins. Accoutumés à être défendus par elle, ils ont pris aussi l'habitude de lui obéir. L'ancienne égalité est oubliée, et Rome réunit à son territoire celui des villes latines qu'elle reprend à l'ennemi. Au nord du Tibre, elle peut se glorifier du plus éclatant triomphe. Mais, de ce côté, ses victoires la conduisent au-devant des Gaulois, et elle vient de perdre son meilleur général. L'orgueilleuse magnificence du triomphe de Camille, sa fierté , le vœu qu'il avait fait secrètement à Apollon Pythien de la dîme du butin de Véies, sa vive mais patriotique opposition contre les tribuns qui voulaient transporter à Véies une partie du sénat et du peuple, avaient excité contre lui l'envie et la haine populaire. 11 fut accusé de concussion, ses clients eux-mêmes refusèrent de déposer pour lui un vote favorable. « Nous ne pouvons vous absoudre, disaient-ils, mais nous payerons votre amende. » 11 ne voulut point de ce dévouement qui sauvait sa fortune aux dépens de son honneur, et il partit sans attendre le jugement. Quand il eut passé la porte Ardéatiue, il se retourna , dit-on , vers la ville et pria les dieux du Capitole, s'il était innocent , de faire bientôt repentir ses concitoyens de son exil. Égoïsme et dureté qui rappellent, par le contraste, la touchante prière d'Aristide. La même année, les Gaulois entrèrent dans Rome. ,

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