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III. L'INVASION GAULOISE

SIÈGE DE CLUS1UM ET BATAILLE DE L'ALLIA (390). — PRISE DE ROME; SIÈGE DU CAPITOLE ; CAMILLE. — RECONSTRUCTION DE LA VILLE ET RÉ- TABLISSEMENT DE LA PUISSANCE ROMAINE. — MANLIUS.

Siège de Cluslum et bataille de l'Ailla (m).

Depuis près de deux siècles que les Gaulois étaient descendus en Italie, ils n'avaient pas encore osé s'engager dans l'Apennin; mais, en 390, trente mille Senons vinrent demander des terres aux Clusins, qui, effrayés , implorèrent le secours de Rome. On euvoya trois ambassadeurs , trois Fabius, pour interposer leur médiation. Dans une sortie, ils se mêlèrent aux assiégés, et l'un d'eux tua même, en vue des deux armées , un chef gaulois. Aussitôt , les Barbares demandèrent à Rome réparation. Tout le collège des féciaux insista pour que justice fût rendue. Mais le crédit de la gens Fabia l'emporta; les coupables furent absous. A ces nouvelles , les Senons se mirent en marche sur Rome. A une demijournée de la ville, près de l'Allia , ils aperçurent l'armée romaine qui , effrayée des cris et de l'aspect sauvage des Barbares, rompit ses rangs et s'enfuit sans combattre (16 juillet 390). Tout ce qui ne put passer le Tibre à la nage et se réfugier derrière la forte enceinte de Véies, tomba sous l'épée ; l'aile droite , intacte, battit en retraite sur Rome , et courut occuper la citadelle du mont Capitolin, où s'enfermèrent aussi le sénat, les magistrats, les prêtres et mille des

§lus braves de la jeunesse patricienne. Le reste se dispersa ans les villes voisines. Cœré donna asile aux vestales et aux choses saintes.

Prise de Rome -, siège du Capitale; Camille.

Les Gaulois n'entrèrent que le surlendemain de la bataille. Tout était désert; ils virent seulement quelques consulaires qui, plutôt que d'aller mendier un asile chez leurs anciens sujets, étaient restés dans leurs demeures, assis sur leurs chaisescurules. Les Barbares les prirent pour des statues ou pour des êtres surnaturels ; mais l'un d'eux ayant passé doucement la main sur la longue barbe de Papirius, celui-ci le frappa de son bâton d'ivoire, et le Gaulois, irrité, le tua; ce fut le signal du massacre. Rien de ce qui avait vie

ne fut épargné ; et, après le pillage , l'incendie détruisit les maisons.

Les Barbares voulurent monter au Capitole; mais sur la pente étroite et rapide qui y conduisait , les Romains eurent peu de peine à les repousser, et il fallut changer le siège en blocus. Pendant sept mois , les Gaulois campèrent au milieu des ruines de Rome ; un automne pluvieux amena des maladies oui les décimèrent, et la famine les força de courir par bandes toutes les campagnes voisines. Les Latins et les Etrusques s'étaient d'abord réjouis des malheurs de Rome ; ils s'effrayèrent à leur tour. Ardée donna à Camille , exilé dans cette ville, quelques soldats avec lesquels il surprit et massacra un détachement gaulois. Ce premier succès encouragea la résistance j de tous côtés , les paysans s'in* surgèrent , et les Romains réfugiés à Véies proclamèrent Camille dictateur. 11 fallait la sanction du sénat et des curies pour confirmer l'élection et rendre à Camille les droits de citoyen qu'il avait perdus par son exil. Un jeune plébéien , Cominius * traversa le Tibre à la nage , évita les sentinelles ennemies , et i s'aidant des ronces et des arbustes qui tapissaient les parois escarpées de la colline, il parvint jus* qu'à la citadelle. 11 en redescendit aussi heureusement et rapporta à VéieB la nomination qui devait lever les scrupules de Camille. Mais les Gaulois avaient remarqué l'empreinte de ses pas, et , par une nuit obscure, ils montèrent jusqu'au pied du rempart. Déjà ils atteignaient les créneaux , quand les cris des oies, consacrées à Junon , éveillèrent Manlius, qui renversa du haut du mur les plus avancés des assaillants.

Le Capitole était sauvé , mais les vivres étaient épuisés , et Camille ne paraissant pas, le tribun militaire Sulpicius convint avec le Brenn , rappelé dans sa patrie par une attaque des Vénètes , de payer pour la rançon de Rome , mille livres d'or. Quand on pesa 1 or, les Barbares apportèrent de faux poids, et comme Sulpicius se récriait : Vx victis! dit le Brenn, « malheur aux vaincus! » et il jeta encore dans la balance sa large épée et son baudrier. Les Barbares s'éloignèrent : mais Camille annula le traité de son autorité dictatoriale. Il ordonna aux alliés de fermer leurs portes et d'attaquer les bandes isolées. Durant le blocus, où étaient venus jusqu'à soixante-dix mille Gaulois , de nombreux détachements avaient quitté le siège pour courir le pays ; il en était allé jusqu'en Apulie ; quand ils revinrent, le gros de

l'armée était parti, tout le Latium en armes et les légions romaines réorganisées. Aussi, de ceux-là, bien peu échappèrent. Les Caerites en massacrèrent toute une troupe tombée de nuit dans une embuscade, et une autre fut écrasée par Camille , près d'une ville dont le nom s'est perdu. Ia vanité romaine changea ces légers succès en une victoire si complète que pas un Barbare n'aurait échappé à l'épée vengeresse des soldats de Camille.

Reconstruction de la ville et rétablissement de la puissance

romaine.

Home était délivrée , mais en ruines. Plusieurs tribuns reprirent la proposition de transporter le peuple à Véies , dont l'épaisse enceinte et les maisons étaient encore debout. La sage opposition de Camille et du sénat eût été vaine, peut-être, sans un présage qui décida le peuple, encore irrésolu, à rétablir la ville. Une année y suffit. L'épée des Barbares avait fait de grands vides dans la population ; pour les combler et éviter une révolte dangereuse des sujets, le droit de cité ftit accordé aux habitants du territoire de Véies, de Capène et de Falérie; on en forma quatre tribus nouvelles. C'était une trè6-grave mesure que celle qui appelait, d'un coup , tant d'hommes au partage de la souveraineté et qui donnait à d'anciens sujets quatre suffrages sur vingtcinq. Mais c'était peut-être la seule qui pût tirer Rome de la dangereuse situation où les Gaulois l'avaient laissée. Elle en lut aussitôt récompensée, car nul doute que cette concession n'ait beaucoup aidé à ses succès lorsque , restée sans alliés par la défection d'une partie des Latins et des Herniques, elle se vit attaquée , avant d'être sortie de ses mines , par les Volsques , rentrés dans Anxur et Satricum ; par les Eques, maîtres de Bola, par les Latins de Préneste et de Lanuvium , par les Étrusques de Tarquinie.

Camille , qu'on retrouve sans cesse à la tête des légions , gagna dans ces circonstances difficiles , avec bien plus de justice que dans la guerre gauloise , le titre de second fondateur de Rome. A l'intérieur, il rappelait par ses patriotiques conseils les partis à l'union , ou il cherchait , par sa fermeté , à leur imposer la paix. Dans les camps, ses habiles réformes préparaient la victoire , que ses talents assuraient sur le champ de bataille. Il arma les soldats de longues piques qui arrêtèrent Pélan des Barbares, et de casques

d'airain , de boucliers bordés d'une lame de fer, contre les* quels s'émoussèrent leurs sabres mal trempés. 11 fit plus ; il changea tout Tordre de bataille et substitua la division en manipules à l'ancienne organisation en phalange.

A plusieurs reprises , il battit les Volsqucs , les Eques et les Tarquiniens qui ne purent empêcher les Romains de mettre deux colonies dans Népète et Sutrium ; et il ne laissa pas un ennemi entre le Tibre et la forêt Ciminienne. Mais sur la rive gauche, Antium , Écétra, Préneste, étaient en armes et recevaient de nombreux volontaires du Latium. Une victoire du dictateur Corn. Cossus sembla multiplier encore les défections. Vélitres , Circeii , Lanuvium se soulevèrent, et Camille, élevé, pour la septième fois, au tribunat militaire , eut peine à prévenir de grands désastres. En 379 , les Prénestins pénétrèrent jusqu'à la porte Colline, et ravagèrent tout le pays entre le Tibre et l'Anio. Atteints et battus sur les bords de l'Allia par le dictateur T. Quinctius, ils perdirent huit villes et demandèrent la paix : trois ans après, une bataille de deux jours termina la guerre contre les Antiates. Dès lors, Rome fut tranquille aussi du côté du Latium ; mais elle n'y avait pas rétabli son autorité. Vélitres et Circeii n'avaient pas été punies de leur défection ; Préneste, Anthim et les Volsques étaient encore menaçants.

Sfanllti*.

Au milieu de ces guerres, les discussions avaient recommencé au forum; et, comme un siècle auparavant, les dettes, résultat des dernières guerres, en étaient la première cause. Les ergastula se remplirent encore; Camille luimême se signala par sa dureté. Un patricien, jaloux de sa gloire, le sauveur du Capitole, Manhus Capitolinus, se fit le patron des pauvres, et délivra de prison jusqu'à auatre cents débiteurs. Accusé par les grands de vouloir séduire le peuple, il montra dans les comices centuriates les armes de trente ennemis tués par lui, huit couronnes civiques, trente-deux récompenses militaires, et les cicatrices qui couvraient sa poitrine, et le Capitole d'où il avait précipité les Gaulois. Il fut acquitté ; mais dans une assemblée tenue hors de la vue du Capitole , il fut condamné à mort (383). D'après Dion, Manlius, occupant avec ses partisans le mont Capitolin , aurait été précipité de la roche Tarpéienne par un traître qu'il écoutait sans défiance.

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