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PAIX INTÉRIEURE, CONQUÊTE DU MONDE

LOIS LICEVIE1YNES, ÉGALITÉ POLITIQUE (566).

LOIS LICIN1ENNES (37G-366). — INEXÉCUTION DE LA' LOI AGRAIRE, MAIS PAR- TAGE DU CONSULAT; CRÉATION DE LA PRÉTURE ET DE L'ÉDILITÉ CURULE. — SUCCÈS TOUT AUTOUR DE ROME.

Lois llelnlennes(3 9e-3G6).

Manlius n'était qu'un ambitieux vulgaire; C. Licinius Stolon et L. Sextius furent de véritables réformateurs. C'étaient deux riches et nobles plébéiens, auxquels l'égalité des deux ordres par le tribunat militaire, ne parut qu'un mensonge politique. Nommés tribuns en 376, ils demandèrent le partage du consulat, et, pour forcer le peuple à prendre intérêt à cette question, ils présentèrent les résolutions suivantes :

1° A l'avenir, on n'élira plus des tribuns militaires, mais deux consuls, dont l'un sera toujours plébéien ;

2° Aucun citoyen ne pourra posséder plus de cinq cents arpents de terres domaniales, m envoyer dans les pâturages publics plus de cent tôles de gros bétail et cinq cents tôles de petit; sur ces terres restituées à l'État, on distribuera à chaque citoyen pauvre sept arpents; ceux qui resteront détenteurs du domaine payeront au trésor public la dîme des fruits de la terre, un cinquième du produit des oliviers et de la vigne, et la redevance due pour chaque tôle de bétail ;

3° Les intérêts payés seront déduits du capital, et le reste sera remboursé en trois années par égales portions*

Le moment de la lutte suprême était donc arrivé. Dix années de suite les tribuns se firent réélire. En vain le sénat gagna leurs collègues dont le veto les arrêta, et recourut deux fois à la dictature. Camille, menacé d'une amende de cinq cent mille as, abdiqua. On leur opposa aussi la sainteté de la religion ; pas un plébéien n'était dans le sacerdoce. Pour détruire ce motif, ils ajoutèrent celte quatrième rogation, que le sénat accepta, afin de mettre de son côté lesapparences de la justice : « Au lieu de duumvirs pour les livres sibyllins on nommera à l'avenir des décemvirs dont cinq seront plébéiens. » Cependant le peuple, fatigué d'aussi longs débats, ne demandait plus que les deux lois sur les dettes et sur les terres, et les patriciens étaient disposés à les accorder. Mais les tribuns déclarèrent les trois propositions inséparables; elles passèrent enfin (367). Camille, qui, pour la cinquième fois dictateur, venait de remporter, près d'Albe, sa dernière victoire sur les Gaulois, s'était interposé : vaincus par ses conseils, les sénateurs cédèrent; l'élection du premier consul plébéien, Sextius, fut ratifiée, et Camille, fermant pour un siècle et demi l'ère des révolutions, voua un temple à la Concorde (366 ).

Inexécution de In loi agraire 9 mate partage du consulat ; création de la prétnrc et de IVdilité curule.

La loi agraire de Licinius fut exécutée, mais si mal observée, qu'il fut lui-même condamné pour l'avoir enfreinte; de sorte que le domaine public continua d'être envahi par les grands, qui, afin de prévenir de nouvelles réclamations tribunitiennes, multiplieront bientôt les fondations de colonies. La loi sur les dîmes paraît avoir été mieux suivie; divers moyens furent pris aussi pour diminuer les dettes. Mais de toutes les propositions, celle qui eut les résultats les plus immédiats fut le partage du consulat. Avant de le céder, cependant, les grands le démembrèrent. Deux nouvelles magistratures patriciennes furent créées : la prêture pour l'administration de la justice, dont les plébéiens ne connaissaient pas les formules, et Védilité curule pour la police urbaine, que le sénat ne voulait plus laisser aux seuls édiles plébéiens (365). Il avait encore la dictature ; il s'en servit pour présider ou influencer les comices, ou pour rair à un général plébéien l'honneur d'une guerre heureuse. 34 à 343, il y eut en vingt et un ans quatorze dictatures.

LOIS LICIN1ENNES, ÉGALITÉ POLITIQUE (366). 75

Le premier qui commença cette longue liste fut Manlius. La peste sévissait avec une intensité meurtrière et venait d'enlever Camille ; le Tibre débordait; un tremblement de terre avait ouvert au milieu du forum un abîme où Curlius se précipita, dit-on, tout armé. Afin de conjurer les dieux irrités, on avaitcélébré des jeux nouveaux venus d'Étrurieet un lectisternium. Enfin un dictateur, Manlius, fut nommé pour enfoncer le clou sacré dans le temple de Jupiter. Après la cérémonie, Manlius devait abdiquer ; il conserva ses vingtquatre licteurs, et annonça une levée contre les Herniques. Mais le tribun Pomponius l'accusa, et l'eût condamné à l'amende, si le fils de Manlius, oubliant l'injuste sévérité de son père, qui le retenait aux champs dans une vie dure et laborieuse, n'eût forcé le tribun, le poignard sur la gorge, à se désister. En récompense de sa piété filiale, le peuple le nomma tribun légionnaire, et à cette occasion se saisit du droit de nommer six, sur neuf, de ces officiers.

Succès tout autour de Rome.

Cependant tout était en feu autour de Rome. Les Latins, effrayés de ses forces renaissantes, s'étaient soulevés. En 362, les Herniques tuèrent le premier consul plébéien qui eût commandé une armée, Génucius. Cet échec permit au sénat de recourir à la dictature. En 360, un troisième dictateur fut nommé contre les Gaulois, qui revenaient avec acharnement et qui s'établirent dans le Latium môme, autour de Pédum et de Tibur. Dans une de ces rencontres, Manlius, encore tribun légionnaire, provoqué par un Barbare d'une taille gigantesque, le tua, et lui arrachant son collier d'or {torques, d'où Torquatus) , le mit tout sanglant à son cou. Cependant, les Barbares, passant entre deux armées consulaires, arrivèrent jusqu'à la porte Colline. Servilius Ahala, nommé dictateur, arma toute la jeunesse, et rejeta les Barbares en désordre sur l'armée qui revenait victorieuse des Tiburtins, mais ne les chassa pas de ces camps d'où ils sortaient pour piller sans relâche le Latium et laCampanie.

Une attaque des Tarquiniens, en 357, compliqua encore la situation; ils battirent un consul et immolèrent à leurs dieux trois cent sept légionnaires prisonniers. Ces difficultés obligèrent le sénat à faire au peuple de nouvelles concessions. 11 diminua le taux de l'intérêt (35ô), établit une

banque (352) qui prêta à très-bas prix S et le plébéien Marcius Rutilius fut nommé dictateur (355). Il releva si bien aux dépens des Tarquiniens l'honneur des armes romaines, que ce peuple demanda , en 350, une trêve de quarante ans. La fortune revenait aussi du côté du Latium. Les villes latines, fatiguées autant que Rome du séjour prolongé des Barbares, unirent leurs forces aux légions commandées par le dictateur Sulpicius, et les Gaulois, trompés par un stratagème, furent écrasés. Dans leur joie , les Romains égalèrent cette victoire à celle de Camille (356). Les Herniques furent, cette même année, soumis, et le sénat, pour intéresser des défenseurs à sa cause, forma, de tous les habitants du pays pomptin, entre Antium etTerracine, deux nouvelles tribus. En 351, Tibur demanda la paix, et toute la rive gauche du Tibre se trouva pacifiée. On espérait quelque repos; les Gaulois reparurent (349). Valérius renouvela f exploit de Manlius, mais avec des circonstances merveilleuses. Un corbeau s'abattit sur son casque durant le combat, et troubla le Gaulois en le frappant au visage du bec et des ailes. Les soldats donnèrent au vainqueur le surnom de Corvus, et se précipitèrent sur l'ennemi, certains de vaincre. Celte victoire, gagnée par le fils de Camille, mit fin aux invasions gauloises.

Le héros de cette dernière lutte, Valérius Corvus, fut, à vingt-trois ans, élu consul, pour réprimer, en 346, quelques mouvements des Volsques. Jl prit et brûla Satricum, que les Antiales avaient rebâtie. L'année suivante, la prise de Sora, à l'extrémité du pays des Volsques, et une victoire sur les Aurunces, ouvrirent aux Romains la route de la Campanie. Ainsi, au dedans, l'égalité e3t bien près d'être complète, car les plébéiens ont envahi le décemvirat des livres sibyllins, le consulat et la dictature. Au dehors, les lésions ont rétabli la domination de Rome sur une partie de l'Étrurie, et tout le Latium semble dompté. Rome est décidément le plus puissant État de l'Italie.

1 En 347 le taux de l'intérêt fut encore réduit à 4 1/6 pour 100.

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