‹ Histoire romaineChapitre 48 sur 136 · IV. GUERRE DE PYRRHUS · texte numérisé non relu

IV. GUERRE DE PYRRHUS

INSULTES DES TARENTINS ; ILS APPELLENT PYRRHUS (280). — RATAILLE D'HÉ- RACLÉE ET MARCHE DE PYRRHUS SUR ROME. — RATAILLE D'ASCULUM (279) ; PYRRHUS EN SICILE; BATAILLE DE BENÉYEXT (275).— SOUMISSION DE TARENTE (272).

Insulte* des Tarentlns; Us appellent Pyrrhus (tse).

Le sénat avait adjoint à la garnison romaine de Thurium une escadre de dix galères. Un jour que le peuple de Tarente était assemblé au théâtre , en face de la mer, les vaisseaux romains se montrèrent à l'entrée du port. Un

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démagogue, Philocharis, s'écrie que d'après les anciens traités, les Romains n'ont pas le droit de dépasser le cap Lacinien. Les Tarentins courent à leurs navires, attaquent les galères romaines, en coulent quatre , en prennent une autre dont ils massacrent l'équipage , et enhardis par ce facile succès, vont chasser deThurium la garnison romaine. Bientôt un ambassadeur romain se présente , demandant réparation; il est accueilli par des huées et d'ignobles insultes. C'était une déclaration de guerre. Le sénat envoya avec une armée le consul ^Emilius qui , avant d'attaquer, offrit encore la paix ; les grands l'acceptaient mais le parti populaire rejeta toutes les propositions et appela Pyrrhus , roi d'Épire. Les Tarentins ne lui épargnèrent ni les présents ni les promesses. Il devait trouver en Italie trois cent cinquante mille fantassins et vingt mille chevaux. Malgré les avertissements du Thessalien Cinéas, son ami, Pyrrhus accepta, et prépara un armement considérable : vingt-cinq mille soldats et vingt éléphants. Dans la traversée, une tempête dispersa la flotte et faillit briser le vaisseau royal.

nutallle d'Héraclée et marche de Pyrrhus sur Rome»

Arrivé à Tarente, Pyrrhus ferma les bains et les théâtres, força les citoyens de s'armer, et les exerça comme ses mercenaires. Ils avaient cru que le roi se battrait pour eux et sans eux , beaucoup s'enfuirent. A Rome, les consuls enrôlèrent, comme dans les dangers extrêmes, jusqu'aux prolétaires, et Lsevinus marcha au-devant de Pyrrhus jusque sur les bords du Siris. Vainement Pyrrhus voulut négocier, les Romains repoussèrent toute proposition; ils ne voulaient, ils ne pouvaient déjà plus admettre qu'un roi étranger intervînt dans les affaires de l'Italie. Ce fut auprès d'Héraclée que se livra la première bataille. Les éléphants, que les Romains ne connaissaient pas, jetèrent le désordre dans leurs rangs ; ils laissèrent quinze mille hommes sur le champ de bataille. Mais Pyrrhus en avait perdu treize mille. « Encore une pareille victoire, disait-il, et je retourne sans armée on Épire. >»

Cette difficile victoire, les dangers mêmes qu'il avait courus, et ce qu'il apprit de Rome, inspirèrent au roi grec une estime sérieuse pour ces barbares, dont l'ordonnance était si savante. Il avait compté, en passant l'Adriatique, sur une guerre facile, sur de nombreux auxiliaires; et les Italiens

l'avaient laissé combattre seul à Héraclée. Après cette bataille, Locres lui ouvrit ses portes; la lésion campanienne, en garnison à Rhégium, massacra les habitants de cette ville et prit leur place; des Lucanions, des Samnites accoururent à son camp; mais il y avait loin de là aux trois cent soixantedix mille hommes promis; Pyrrhus renouvela ses premières offres : laisser libres Tarcnte et tous les Grecs d'Italie, rendre aux Samnites, aux Àpuliens, aux Lucaniens et aux Brutiens, les villes et les terres que les Romains leur avaient enlevées. En échange, il offrait son alliance et la rançon de ses prisonniers. Cinéas, dont l'éloquence avait , disait-on, gagné plus de villes à Pyrrhus que la force des armes , fut chargé de porter à Rome ces propositions. 11 avait des présents pour les sénateurs et leurs femmes. Mais il ne trouva personne qui se laissât gagner. Cependant le sénat inclinait à la paix. « Que Pyrrhus, s'écrie le vieil Appius, sorte d'abord d'Italie , et Ton verra ensuite à traiter avec lui. » Cinéas reçut l'ordre de quitter Rome le jour même. « Le sénat, disait-il au retour, m'a paru une assemblée de rois. Combattre avec les Romains, c'est 'combattre avec l'Hydre. Leur nombre est infini, comme leur courage.»

Pyrrhus tenta un coup de main hardi. Il part de la Lucanie, évite Laevinus, qui couvre Naples et Capoue, se jette dans la vallée du Liris, et pousse ses avant- postes jusqu'à six lieues de Rome, mais autour de lui rien ne bouge, pas une ville ne fait défection, et Laevinus se rapproche; Coruncanius, qui vient de signer la paix avec les Étrusques, ramène d'Étrurie une autre armée; dans la ville, tous les citoyens s'arment. Avant que ce cercle menaçant se fermât sur lui, Pyrrhus s'échappa avec son butin, et retourna hiverner à Tarente.

ssntallle d\%*eulum (990); Pyrrhus eu Nielle; bataille

de néaévent (*9S).

Le sénat se décida cependant à racheter les prisonniers. C'étaient pour la plupart des cavaliers que leurs chevaux , effarouchés par les éléphants, avaient désarçonnés. Pyrrhus refusa, mais par estime pour Fabricius , un des députés; il permit à ses prisonniers d'aller célébrer à Rome les saturnales. Pas un ne manqua de revenir. Au printemps de Tan 279, il reprit les hostilités, et assiégea Asculum, que les deux consuls, Sulpicius Saverrio et P. Décius se décidè-

rent à sauver par une bataille. Décius se dévoua à l'exemple de son père et de son aïeul. Les Romains n'en furent pas moins battus ; comme ils pouvaient Fêtre, toutefois, c'est-àdire en ne livrant qu'une victoire chèrement achetée. Cette guerre était décidément pour Pyrrhus trop sérieuse et trop lente. Il ne chercha plus qu'un prétexte d'en sortir avec honneur. Fabricius l'ayant averti que son médecin Philippe voulait l'empoisonner, il renvoya tous ses prisonniers sans rançon. Puis, laissant une garnison à Tarenle et à Locres, il passa en Sicile, où les Grecs rappelaient contre les Mamertins et les Carihaginois.

Les Carthaginois assiégeaient Syracuse. C'est au secours de cette ville que le gendre d'Àgathocles était appelé. Il la débloqua, et refoula de poste en poste les Africains jusqu'à Lilybée qu'il ne put leur enlever. Mais là aussi , après les premières victoires, vinrent la mésintelligence avec les alliés et l'ennui d'une guerre qui ne finissait pas. Pyrrhus écouta les prières des Italiens, vivement pressés par Rome; et il laissa encore une fois son entreprise inachevée.

Au passage du détroit, les Carthaginois battirent sa flotte et prirent sa caisse militaire; puis il rencontra les Mamertins qui l'avaient devancé en Italie, et au travers desquels il fallut s'ouvrir un passage. Un d'eux, d'une taille gigantesque, s'acharnait à sa poursuite; Pyrrhus se retourna , et d'un coup de hache le fendit de la téte à la selle. A Locres , où il rentra, il pilla le temple de Proserpine pour payer ses mercenaires. Mais ce sacrilège, disait-il lui-même, attira sur ses armes la colère de la déesse, et sa fortune vint échouer àBénévent. Curius Dentatus y commandait l'armée romaine. Les légionnaires s'étaient familiarisés avec les bœufs de Lucanie, comme ils appelaient les éléphants; ils savaient les éloigner par une grêle de traits ou par des brandons enflammés. Leur victoire fut complète; le camp royal tomba en leur pouvoir; ils y étudièrent la savante castramétation des Crées.

Ko n m In* Ion de Tarent te (t*t).

Pyrrhus ne pouvait plus tenir en Italie ; il laissa Milon avec une garnison dans Tarente, et ramena en Épire son armée réduite à huit mille hommes; il la mena à de nouvelles entreprises, tenta de reconquérir la Macédoine, en fut proclame roi pour la seconde fois, puis alla périr misé-

rablement à l'attaque d'Àrgos (272). Curius, pendant ce temps , triomphait à Rome sur un char traîné par quatre éléphants , et une ambassade du roi d'Égyptc , Ptotémée Philadelphe, venait féliciter le sénat et lui demander son alliance.

Les hostilités durèrent quelques années encore dans le sud de Tltalie, mais sans importance. Une victoire de Papirius Cursor et de Sp. Carvilius désarma les dernières bandes samnites. Ce peuple se soumit enfin. Il y avait soixante-dix ans que la bataille du montGaurus avait été livrée. Et dans cette longue guerre, vingt-quatre fois les consuls avaient obtenu le triomphe. La même année, Papirius reçut la soumission des Lucaniens, et Milon (272) , livra Tarente, dont les murailles furent détruites, les armes et les vaisseaux enlevés. L'année suivante , Rhégium fut repris; et trois cents des légionnaires révoltés furent passés par les verges et décapités. Les autres avaient presque tous péri dans l'attaque. En 268 , ce sont les Picénins qui sont forcés de se remettre à la discrétion du sénat. Puis les Sarsinates et toute la nation ombrienne; et dans le sud de l'Italie, les Salentins et les Messapiens, auxquels on aurait peut-être pardonné leur alliance avec Pyrrhus, s'ils n'avaient possédé le port de Brindes, le meilleur passage d'Italie en Grèce (267-268). Enfin , dans l'Étrurie, a Vulsinii, le bas peuple ayant privé la noblesse de ses privilèges, celle-ci appela les Romains qui assiégèrent la ville et la détruisirent après en avoir enlevé deux, mille statues. Ce fut le dernier acte de la guerre de l'indépendance italienne (265).

Les succès et les profits de cette lutte oui avaient enrichi la ville, les grands et le peuple; les habitudes militaires prises par les Romains durant ces soixante-dix années de combats; toutes ces victoires enfin qui avaient exalté l'ambition, le patriotisme et l'orgueil national, allaient vouer Rome à une guerre éternelle. Le génie des conquêtes plana désormais sur la curie.

ADMINISTRATION DE L'ITALIE ET TABLEAU DES MOEURS ET DE LA CONSTITUTION ROMAINES.

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