PRÉFACE. V
contrées invitaient au pillage; à Test, d'intrépides montagnards devaient recruter Tannée ou la rendre invincible en l'exerçant par des attaques peu dangereuses , mais continuelles. Placée sur la limite de trois civilisations et de trois langues , entre les Rhasénas de TÉtrurie, les Ausones du Latium, les Sabelliens de la Sabine et du pays des ftques, Rome se trouva , autant par sa situation que par la volonté de son fondateur, le grand asile des populations italiennes. Elle fut la ville de la guerre, car tout autour d'elle étaient des étrangers, des ennemis ; la cité riche en hommes, et aux mœurs sévères, à la vie frugale et laborieuse, car son aride territoire ne donnait rien que par un rude travail, qui, pendant six cents ans, éloigna la mollesse. Assez près de la mer pour la connaître et ne la point redouter, assez loin pour n'avoir rien à craindre des pirates grecs, volsqucs ou étrusques, elle n'était ni Sparte , ni Athènes , ni exclusivement maritime, ni exclusivement continentale. Voisins à la fois des montagnes, des plaines et de la côte, les Romains ne devaient ressembler ni aux pâtres, ni aux laboureurs, ni aux marins , mais avoir en eux ces trois caractères des populations italiennes et en réunir tous les avantages.
« Placez Rome sur un autre point de l'Italie, dit Cicéron, et sa domination devient à peu près impossible. »
Aux avantages de sa position , joignons ceux de son origine. On trouve dans Plutarque cette belle et expressive légende : « Romulus, dit-il, appela de l'Étrurie des hommes qui lui enseignèrent les cérémonies saintes et les formules sacrées. Ils creusèrent un fossé autour du Comitium, et chacun des citoyens de la nouvelle ville y jeta une poignée de terre apportée de son pays natal ; puis on mêla le tout et on donna au fossé, comme h l'univers, le nom de monde.»»