ADMINISTRATION DE L'ITALIE
leur poste pour aller voter à Rome. Comme aux soldats sous les drapeaux, la loi leur ôte le droit de délibérer. Ils ont bien autre chose à faire que de venir augmenter le bruit et la foule au forum. Ce que la république leur demande, c'est de rendre les conquêtes durables ; c'est, en surveillant les vaincus et en prévenant leurs révoltes , de porter par toute l'Italie la langue , les mœurs , les lois et le sang de Rome et du Latium.
Jusqu'à la guerre du Samnium , Rome n'avait établi qu'un petit nombre de colonies. En Étrurie, Sutrium et Népète aux débouchés de la forêt Ciminienne; chez les Rutules, Ardée et Satricum ; chez les Volsques, Antium, Vélitres, Norha et Setia. Dans la guerre du Samnium , par Anxur, sur la voie Appienne, le sénat ferma la route du Latium dans la Carnpanie ; par Frégelles , Sora, Interamna, Minturnes, toutes sur le Liris, il couvrit le Latium contre les Samnites. line seconde ligne défendit la première. Atina , Aquinum, Casinum, fermèrent des passages que suivirent plusieurs fois les Samnites, pour descendre dans la vallée supérieure du Liris, et de là tendre la main aux peuples soulevés du Latium. Vescia, Suessa-Aurunca , Sinuessa, chez les Aurunces, Téanum et Calés , chez les Sidicins , gardèrent le pays entre le bas Liris et le Vulturne. Cette double ligne qui enveloppait le Latium au sud et au sud-est , se rattachait à l'est et au nord par Alba Fucentia , chez les Marses; jEsula et Carséoli, chez les Eques, à l'importante position de Narnia qui couvrait la route de l'Ombric vers Rome; et aux colonies de l'Étrurie , Népète, Sutrium, Cosa, Alsium et Frégelles. Derrière ce formidable rempart, Rome pouvait braver tous les ennemis. Annibal et Pyrrhus qui le franchirent une fois, mais sans l'avoir brisé, n'osèrent s'arrêter au milieu de ce cercle redoutable.
Dans le reste de l'Italie , les colonies furent moins nombreuses ; mais leur force et la position qu'on leur choisit leur permirent de rayonner au loin. Ainsi le Samnium n'en eut que deux, à jEsernia et à Bénévent ; le Picénum trois : Adria, Firmum, Castrum ; l'Ombrie, quatre, échelonnées sur la route des Gaulois : Narnia, déjà nommée ; Spolète , qui couvrait cette place et la route de Rome ; Seua et Ariminum , tête de pont tournée contre les Cisalpins. Dans la Carnpanie, les Grecs s'étaient montrés fidèles; maisCapoue, toujours remuante, était serrée de près par lescolo-
nies de Saticula et de Calés ; au besoin , CasiJinum , sur un rocher au bord du Vulturne, el à deux pas de Capoue, pouvait recevoir garnison. L'Apulie lut gardée par Lucérie et Venouse; la Calabre, par Brîndes et Valentia; la côte de Lucanie par P«estum. Tarente, Locres, Rhégium sur le détroit, et quelques autres places avaient des garnisons.
Pour relier ensemble tous ces postes, et transporter rapidement les légions sur les points menacés, de grandes voies militaires furent tracées d'une extrémité à l'autre de la Péninsule. Au plus fort de la guerre samnite, le censeur Appius avait commencé la voie Appienne qui conduisait, à travers les marais pontins, de Rome à Capoue. Ce grand exemple fut 6uivi, et, avant la seconde guerre punique, la voie Valérienne conduisait jusqu'à Corlinium ; la voie Aurélienne longeait les côtes de TÉtrurie; la voie Flaminienne allait du champ de Mars à Ariminum ; et la voie jEmilienne d'Ariminum à Placenlia, sur le Pô. Les colonies, assises sur ces routes, pouvaient, en cas de danger, lesfermer.