II. DEPUIS CANNES JUSQU'AU DÉPART D'ANNIBAL DE L'ITALIE
DÉFECTIONS ; ÉCHECS I)' ANNIBAL EN CAMPANIE. — FABIUS ET MARCELLUS CHASSENT ANNIBAL DE LA CAMPANIE (215-214). — ANNICAL SOULÈVE PHI- LIPPE QUI EST VAINCU (214), ET SYRACUSE QUI EST PRISE (212). — SIÈGE DE CAPOUE ; MARCHE D'ANNIBAL SUR ROME ; REPRISE DE TARENTE (209).— MORT DE MARCELLUS (208); BATAILLE DU MÉTAURE (207).
Défection*', échec* «T Annibal en Campante.
« Laisse-moi prendre les devants avec ma cavalerie, disait à Annibal, le soir de la bataille, un de ses officiers, et
dans cinq jours tu souperas au Capitole. » Mais jamais armée de mercenaires n'a sacrifié à son chef, même le plus aimé, un lendemain de victoire. Annibal s'arrêta; d'ailleurs, il savait bien que la douleur d'un peuple libre est active ; Rome, en effet, le premier moment de stupeur passé, retentit du bruit des préparatifs. Fabius prescrivit aux femmes de s'enfermer dans leurs demeures pour ne point amollir les courages par leurs lamentations dans les temples; à tous les hommes valides, de s'armer ; aux cavaliers, d'aller éclairer les routes ; aux sénateurs, de parcourir les rues et les places pour rétablir Tordre, placer des gardes aux portes , et empêcher que personne ne sortît. Pour en finir promptement avec la aouleur, le deuil fut fixé à trente jours. On se croirait à Sparte. Les expiations religieuses ne furent pas oubliées; il y en eut de cruelles. Deux vestales convaincues d'adultère furent mises à mort ; deux Gaulois et deux Grecs furent enterrés tout vivants.
Peu de iours s'étaient écoulés, lorsqu'on apprit qu'une flotte carthaginoise ravageait les États d'Hiéron, et que Posthumius Albinus, attiré par les Cisalpins dans une embuscade, y avait péri avec son armée ; mais après la grande douleur de Cannes, ces nouveaux malheurs paraissaient légers. Deux légions étaient dans la ville. Marcellus y envoya encore quinze cents soldats de la flotte d'Ostie , et plaça une légion à Téanum Sidicinum, pour fermer la route duLatium. M. Junius Péra, créé, par le sénat, dictateur, leva quatre légions, deux mille cavaliers, huit mille esclaves, achetés aux particuliers, et appela les contingents des alliés. On manquait d'armes ; il fit dépouiller les temples et les portiques des trophées que deux siècles de triomphes y avaient entassés. Et lorsque Carthulon vint, avec les députés des prisonniers de Cannes, parler de paix et de rançon, un licteur courut lui interdire l'entrée du territoire romain. Dix mille légionnaires environ étaient au pouvoir d'An ni bal; le sénat refusade les racheter. Trois mille s étaient réfugiés à Canusium et à Vénouse ; il ordonna qu'ils iraient servir en Sicile, sans solde ni honneurs militaires, jusqu'à ce qu' Annibal fut chassé d'Italie. Mais, par un admirable esprit de conciliation, oubliant ses griefs contre Varron, le consul populaire, il sortit en corps au-devant de lui, avec tout le peuple, et le remercia de n'avoir point désespéré de la république.
Cependant, les Brutiens, les Lucaniens, quelques Apu- Hens, les Caudiniens, les Hirpins, et, dans la Campanio, Atella, Calatia et Capoue étaient passés à l'ennemi. Capoue se croyait l'égale de Rome. Annibal lui promit de faire bientôt d'elle la capitale de l'Italie, et elle lui avait ouvert ses portes, après avoir étouffé, dans les bains publics, tous les citoyens romains alors dans ses murs.
Annibal, ainsi établi au cœur de la Campante, et appuyant tous ses mouvements sur une grande ville, pouvait atlendro les secours de Carthage. Apres Cannes, il y avait envoyé Magon, qui répandit au milieu du sénat un boisseau d'anneaux d'or enlevés, disait-il, aux chevaliers romains morts sur lechamp de bataille. Hannon , le rival des Barcas, répondit qu'il conservait toujours ses défiances ; aue si Annibal était vainqueur, il n'avait pas besoin de renforts ; que s'il était vaincu, il trompait la république et n'en méritait pas. Mais la faction barcine avait la majorité. On décréta l'envoi en Italie de quatre mille Numides et de quarante éléphants; on dépêcha en Espagne un sénateur avec l'argent nécessaire pour lever vingt mille hommes, et Asdrubal reçut l'ordre de passer les Pyrénées; mais ces mesures furent lentement ou mal conduites, et une victoire des Scipions rejeta Asdrubal dans le sud de l'Espagne (216).
Pour avoir un port, Annibal tenta une surprise sur Naples; elle ne réussit pas. Il échouaaussi devant Noie par l'activité de Marcellus, qui, dans une sortie, lui tua deux mille hommes : succès inespéré qu'on célébra comme une grande victoire.
Fan lu» el Marcellu* chu»»eiit Annibal delà lampante