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ET EN AFRIQUE

DIVERSION DES 6CIPIONS EN ESPAGNE; PRISE DE CARTHAGÈNE (2ll). — »

succès et alliances de p. scipion; il passe en afrique. — 2 a m a (202); traité (201).

Diversion des gclplons en ijspagnc $ prise de Carthagène

Quand Corn. Scipion s'était vu prévenu par Annibai, au passage du Rhône, il avait donné à son frère Gnéus ses deux légions, pour occuper le pays entre l'Èbre et les Pyrénées.

Une victoire, près de Scissis, rejeta les Carthaginois derrière l'Èbre (218), et la destruction de la flotte d'Asdrubal aux bouches de ce fleuve permit aux Romains de ravager toute la côte jusqu'au détroit (217). Cent vingt cités se donnèrent à eux, et les Celtibériens battirent seuls deux fois Asdru bal.

Au sortir du consulat, Cornélius était venu rejoindre son frère. Quatre victoires , la prise de Castulon et de Sagonte déjouèrent tous les efforts d'Asdrubal et de Magon (215) , et une solde offerte à la jeunesse celtibérienne fit accourir sous leurs drapeaux de nombreux auxiliaires (214). Ils entraînèrent même dans leur alliance un roi des Numides, Syphax. Mais Massinissa, fils d'un autre roi numide, battit Syphax, le chassa de ses États , et passa en Espagne. Les Scipions, menacés par trois armées, se séparèrent. Ce fut la cause de leur perte. Enveloppés par des forces supérieures, ils succombèrent.

L'Espagne semblait perdue, mais les débris des légions, ralliées derrière l'Èbre , par un jeune chevalier, Marcius , eurent le temps de reprendre courage. Attaqué par Asdrubal et Magon, Marcius, que les soldats avaient mis à leur tôte, les battit l'un après l'autre ; et quand Néron vint reprendre le commandement que le sénat n'avait pas voulu laisser à un chef élu par des soldats, Asdrubal était rejeté déjà sur la Bétique. Enfermé dans le défilé des Pierres-Noires, il trompa le futur vainqueur du Métaure par de feintes négociations,

Scipion, fils de Cornélius, âgé à peine de vingt-quatre ans.

Dès qu'il fut arrivé (211), il médita une entreprise qui attirât sur lui tous les regards, la prise de Carthagène, l'arsenal et le trésor des Barcas. Défendue par une citadelle et par de hautes murailles, couverte par la mer et par un étang, cette place passait pour inexpugnable ; Scipion la prit en plein jour, dès le premier assaut (210). Carthagène renfermait tous les otages de l'Espagne ; il les traita avec bonté, et les renvoya vers leurs peuples. Quelques soldats lui avaient amené une jeune fille d'une remarquable beauté; il la rendit à sa famille. Cette conduite contrastait avec celle des généraux carthaginois. Aussi les principaux chefs espagnols , Edécon', Mandonius et Tndibilis , lui offrirent leurs troupes.

nouveau général arrivait, Publius

LA SECONDE GUER1Œ PUNIQUE. 129 giteees et alliance* de P. Melplon; Il pa*«e en Afrique.

Après ce grand succès, il battil deux fois Àsdrubal , mais le laissa échapper; et ce général, pénétrant en Gaule, y ramassa une armée que Scipion fut accusé de n'avoir point osé combattre. En face de lui restaient trois généraux, Massinissa, Magon et Asdrubal Giscon. Il en vint un quatrième, Haunon, qui se laissa surprendre et battre par le lieutenant Silanus. Ce succès, la prise d'Oringis par L. Scipion, et la victoire de Scipion lui-même à llipa, contre les trois généraux réunis, réduisirent les possessions de Carthage en Espagne à la seule ville de Gadès. Déjà Scipion songeait à l'Afrique. Il traita secrètement avec Massinissa, qui servait en Espagne, et osa passer en Afrique pour amener Syphax à une alliance active. A son retour, il prit Castulon, llliturgi et Astapa ; Gadès lui ouvrit ses portes ; et après avoir encore apaisé une révolte de Mandonius et de huit mille légionnaires qui s'étaient soulevés au faux bruit de sa mort, il revint à Rome recevoir plutôt que briguer le consulat (205).

La Sicile et l'Espagne sont reconquises , les Numides sont alliés ; il est temps, disait Scipion, d'arracher Annibal d'Italie en attaquant Carthage. Le vieux Fabius s'opposait à cette témérité; mais les Italiens, fatigués de cette guerre, donnèrent à Scipion la flotte et l'armée que le sénat lui refusait. Les excès de son lieutenant Pléminius, à Locres, les accusations portées contre sa conduite à Syracuse, faillirent l'arrêter. Il partit cependant avec trente mille soldats.

natalité de Kania ( «Ot); traité (*<»1).

Avant l'embarquement , Scipion avait appris et la défection de Syphax, qu' Asdrubal avait gagné en lui donnant sa fille Sophonisbe, et la défaite de Massinissa, chassé par Syphax du royaume de ses pères. Scipion avait compté sur deux rois : l'un était ennemi , l'autre détrôné. Mais ce fugitif était le meilleur cavalier de l'Afrique, et dans les deux Numidies il n'était bruit que de son éclatante bravoure ; Sci-

Eion l'accueillit avec honneur, comptant sur lui pour faire ientôt une importante diversion. Deux combats de cavalerie, le ravage des campagnes et le blocus d'Utique inaugurèrent sans éclat cette expédition d'Afrique. L'année suivante fut plus féconde (203). Asdrubal et Syphax avaient réuni cinquante mille hommes dans deux camps, formés de buttes de jonc et de paille ; une nuit Scipion y brûla les

deux armées. Trois mille hommes seulement s'échappèrent. Une nouvelle armée fut écrasée à la journée des Grandes-Plaines. Puis il chargea Massinissa de poursuivre Syphax, qui tomba avec sa femme au pouvoir de son rivai. Massinissa avait autrefois aimé celte fille d'Asdrubal; il la prit pour épouse; mais Scipion se souvint qu'elle avait détaché Syphax de son alliance , et exigea que la Carthaginoise lui fût livrée. Le Numide envoya comme présent nuptial à Sophonisbe une coupe de poison.

Cette importante expédition rendait à Scipion l'appui de tous les Numides. La position devenait si critique pour Carthage, que le sénat rappela Annibal et Magon. Celui-ci, chargé en 205 de recommencer l'expédition d'Àsdrubal, avait perdu deux ans dans les montagnes de la Ligurie, et s'était fait battre sur le territoire des lnsubres, 203. Hélait à Gènes, malade d'une blessure, quand il reçut Tordre de son rappel. Il mourut dans la traversée. Pour Annibal, réduit depuis cinq ans à l'impuissance, il fit à l'Italie de sanglants adieux : tous les mercenaires italiens qui refusèrent de le suivre furent égorgés. Avant de livrer la bataille qui allait décider des destinées du monde , Annibal , dans une conférence avec Scipion, demanda la paix. Mais la paix, sans une défaite d'Annibal , aurait été sans gloire et sans durée : Scipion refusa. Tout ce qu'enseignaient l'art de la guerre et une vieille expérience fut de part et d'autre appliqué (202). Annibal, vaincu, s'enfuit du champ de bataille de Zama, que couvraient vingt mille de ses soldats, jusqu'à Adrumète, et de là à Carthage, où il rentra trente-cinq ans après en être sorti.

Scipion ne demanda pas l'extradition d'Annibal, et fixa les conditions suivantes : Carthage gardera ses lois et ce qu'elle possède en Afrique; elle livrera les prisonniers, les transfuges, tous ses navires, excepté dix, tous ses éléphants , sans pouvoir en dompter d'autres à l'avenir ; elle ne fera point de guerre, môme en Afrique, sans la permission de Rome, et elle no pourra lever des mercenaires étrangers; elle payera dix mille talents en cinquante ans, indemnisera Massinissa et le reconnaît pour allié. Scipion reçut

Suatre mille prisonniers, d'assez nombreux transfuges qu'il t mettre en croix ou périr sous la hache , et cinq cents vaisseaux qu'il fit brûler en pleine mer. Carthage était désarmée ; pour qu'elle ne pût se relever, Scipion attacha à ses

flancs un ennemi infatigable, Massinissa, auquel il donna le titre de roi avec les États de ses pères, la forte ville de Cirta et tout ce qui avait élé enlevé à Syphax , 201.

Son entrée dans Rome fut le plus splendide triomphe. 11 portait au trésor cent vingt-trois mille livres d'argent, et chaque soldat avait reçu quatre cents as. Syphax suivait le char. Duilius n'avait eu qu'une inscription sur une colonne rostrale ; Scipion prit le nom d'Africain, et le peuple lui offrit le consulat et la dictature à vie. Ainsi Rome oubliait ses lois pour mieux honorer son heureux général. Elle offrait à Scipion ce qu'elle laissera prendre à César : c'est que Zama n'était pas seulement la fin de la seconde guerre punique, mais le commencement de la conquête du monde.

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