S IV. ORGANISATION DES ARMÉES ROMAINES
LEVÉE DE TROUPES; DIFFÉRENTS CORPS DES LÉGIONS. — CASTRAMÉTATJOX DES ROMAINS. — SERVICE DES SOLDATS ROMAIN DANS LE CAMP. — PEINES ET RÉCOMPENSES.
Levée de troupes ; différent* eorp» de» légion».
Les Romains sont un peuple essentiellement militaire, le tableau de leurs armées fait partie de leur histoire. Ici nous n'avons qu'à abréger le récit de Polybe , le plus intelligent observateur de Pantiquilé.
« Après l'élection des consuls, on choisit des tribuns militaires. On en tire quatorze des citoyens qui ont servi cinq ans, et dix de ceux qui ont fait dix campagnes : car il n'y a pas de citoyens qui, jusqu'à l'âge de quarante-six ans, nesoilobligé de porter les armes, ou dix ans dans la cavalerie , ou seize ans dans l'infanterie. On n'en excepte que ceux dont le bien ne passe pas quatre cents drachmes, ceux-ci on les réserve pour la marine. Cependant, quand la nécessité le demande, les citoyens qui servent dans l'infanterie sont retenus sous les drapeaux pendant vingt ans. Personne ne peut être élevé à une magistrature, qu'il n'ait été dix ans au service.
« Quand on doit faire une levée, ordinairement de quatre légions, tous les Romains en âge de porter les armes sont convoqués au Capitole. Là, les plus jeunes des tribuns militaires les partagent en qualre sections, pour les quatre légions qu'on doit organiser. Les quatre premiers tribuns nommés sont pour la première légion , les trois suivants pour la seeonde, les quatre autres pour la troisième, les trois derniers pour la quatrième. Des plus anciens , les deux premiers entrent dans la première légion , les trois suivants dans la se-
conde , les deux qui viennent après dans la troisième , et les trois derniers dans la quatrième.
« Cette division faito , les tribuns tirent les tribus au sort et choisissent dans la première que le sort désigne quatre hommes égaux, autant qu'il est possible en taille, en âge et en force. Les tribuns de la première légion font leur choix les premiers ; cèux de la seconde ensuite, et ainsi des autres. Après ces quatre citoyens il s'en approche quatre autres, et alors les tribuns de la seconde légion font leur choix les premiers; ceux de la troisième après ; et ainsi de suite. Le même ordre s'observe jusqu'à la fin j d'où il résulte que chaque légion est composée d'hommes de même âge et de même force, ordinairement au nombre de quatre mille deux cents, et quelquefois de cinq mille quand le danger presse. Quant aux cavaliers, c'est le censeur oui les choisit d'après le revenu, trois cents par légion. La levée, ainsi faite, les tribuns assemblent leur légion , et choisissant un des plus braves, ils lui font jurer qu'il obéira aux ordres des chefs, et qu'il fera son possible pour les exécuter. Tous les autres passant à leur tour devant le tribun font le même serment.
« En même temps les consuls envoient des députés vers les villes d'Italie d'où ils veulent tirer du secours , pour faire savoir aux magistrats le nombre de troupes dont ils ont besoin , et le jour et le lieu du rendez-vous. Ces villes font une levée de la même manière qu'à Rome , même choix , même serment, on donne un chef et un questeur à ces troupes, et on les fait marcher.
« Les tribuns, après le serment, indiquent aux légions le jour et le lieu où elles doivent se trouver sans armes, puis ils les congédient. Quand elles se sont assemblées au jour marqué, des plus jeunes et des moins riches on fait les vélites ; ceux qui fes suivent en âge forment les hastaires; les plus forts et les plus vigoureux composent les princes , et on prend les plus anciens pour en faire les triai res. Ainsi, chez les Romains, chaque légion est composée de quatre sortes de soldats, qui ont différent nom , différent âge et différentes armes. Dans chaque légion il y a six cents triaires, nombre qui ne varie jamais; douze cents princes, autant de hastaires : le reste est tout vélites.
« Les vélites sont armés d'un casque sans crinière , d'une épée, d'un javelot et d'un bouclier rond qui a trois pieds
de diamètre. La pointe de leur javelot est si effilée, qu'au premier coup elle se fausse, de sorte que les ennemis ne peuvent le renvoyer.
« Les hastaires plus avancés en âge portent l'armure complète, c'est-à-dire un bouclier convexe, large de deux pieds et demi et long de quatre. Il est fait de deux planches collées Funo sur l'autre et couvertes en dehors d'un linge , puis d'un cuir de veau. Les bords de ce bouclier en haut et en bas sont garnis de fer, et la partie convexe est couverte d'une plaque de même métal , pour parer les traits lancés avec une grande force. Les hastaires portent l'épée sur la cuisse droite; la lame en est forte et frappe d'estoc et de taille. Ils ont outre cela deux javelots, un casque d'airain et des bottines. Sur leur casque ils portent encore un panache rouge ou noir formé de trois plumes droites , et hautes d'une coudée, ce qui, joint à leurs autres armes, les (ait paraître une fois plus hauts et leur donne un air formidable. Les moindres soldats portent outre cela, sur la poitrine, une lame d'airain qui a douze doigts de tous les côtés, et qu'ils appellent le pectoral. Mais ceux qui sont riches de plus dé dix mille drachmes ont, au lieu de ce plastron, une cotte de mailles. Les princes et les triai res sont armés de la même manière , excepté qu'au lieu de javelots les triaires ont le pilum, espèce de javelot court et fort.
« Dans chacune de ces trois dernières classes do soldats on choisit dix des plus prudents et des plus braves ; et après ceux-là dix autres encore. Ce sont les centurions. Le premier élu a voix délibdralive dans le conseil. Il y a vingt autres officiers d'un rang inférieur et qui sont choisis par les vingt premiers. Chaque corps est partagé en dix manipules ou cohortes, à l'exception des vélites qui sont répandus en nombre égal dans les trois autres corps. Les centurions choisissent dans leur compagnie , pour enseignes , deux hommes qui l'emportent sur leurs camarades en vigueur corporelle et en courage.
« La cavalerie se divise de la même manière en dix compagnies; chacune d'elles ayant trois capitaines qui choisissent trois autres officiers pour veiller aux derniers rangs. Les armes de la cavalerie sont à présent les mêmes que celles des Grecs, une cuirasse, une forte lance ferrée à son extrémité inférieure et un bouclier solide. Les Romains sont en effet de tous les peuples celui qui abandonne le
plus facilement ses coutumes pour en prendre de meilleures.
« Après que les tribuns militaires ont partagé les troupes, ils congédient l'assemblée jusqu'au jour où elles ont juré de se réunir au lieu marqué par les consuls. Rien ne peut les relever de leur serment si ce n'est les auspices ou de» difficultés insurmontables. Chaque consul marque séparément un rendez-vous aux troupes qui lui sont destinées, ordinairement la moitié des alliés auxiliaires et deux légions romaines. Quand les alliés ont rejoint , douze officiers choisis parles consuls, et qu'on appelle préfets, sont chargés d'en régler la distribution. On met à part les mieux faits et les plus braves pour la cavalerie et l'infanterie qui doivent former la garde des consuls. Ceux-là s'appellent les extraordinaires. Quant au nombre total des alliés, il est pour l'infanterie égal à celui de l'infanterie romaine, et triple pour la cavalerie. On prend pour les extraordinaires le tiers de celle-ci, et la cinquième partie de l'infanterie. Les préfets partagent le resle en deux corps , dont Pun s'appelle l'aile droite, et l'autre l'aile gauche. Les choses ainsi réglées, les tribuns font camper les Romains et les alliés.
Caatramétatlon de» Romains.
« Le lieu une fois choisi pour y asseoir le camp, on dresse la tente du général dans l'endroit d'où il pourra le plus facilement tout voir. On plante un drapeau où la tente doit être mise, et autour on mesure un espace carré, en sorte que les quatre côtés soient éloignés du drapeau de cent pieds: c'est là le prétoire. On loge les légions romaines sur l'un des côtés de ce carré, celui qui est le plus commode pour aller chercher de l'eau et des fourrages. Les douze tribuns, s'il n'y a que deux légions, se logent sur une ligne droite, parallèle au côté que Ton a choisi et distante de ce côté de cinquante pieds , leurs tentes faisant face aux troupes qui commencent à s'établir à cent pieds plus loin, sur une ligne parallèle à celle des tentes des tribuns.
« Cette ligne est coupée perpendiculairement à son milieu par une ligne droite , et à vingt-cinq pieds de chaque côté de cette ligne , on loge la cavalerie des deux légions vis-àvis Tune de l'autre et séparées par un espace de cinquante pieds.
« Derrière la cavalerie, qui est ainsi établie à la hauteur
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du milieu des tentes des tribuns, des deux côtés d'une des grandes rues du camp , sont logés les triaires, une cohorte derrière un escadron. Ils se touchent, mais en se tournant le dos.
u A cinquante pieds des triaires et vis-à-vis d'eux, on place les princes de l'autre côté de la seconde et de la troisième rue , qui commencent, aussi bien que celle de la cavalerie , à la ligne des tentes des tribuns et finit au front du camp. Au dos des princes, on met les haslaires, puis à cinquante pieds de ceux-ci, le long de la quatrième et de la cinquième rue, la cavalerie des alliés. Derrière cette cavalerie se place l'infanterie des alliés , qui fait face au retranchement , de sorte qu'elle a vue sur deux des quatre côtés du camp.
« Entre la cinquième et la sixième cohorte , il y a une séparation de cinquante pieds , laquelle forme une nouvelle rue qui traverse le camp parallèlement aux tentes des tribuns et coupe les cinq rues par le milieu. Cette rue transversale s'appelle Quintaine. L'espace qui reste libre derrière les tentes des tribuns et aux deux côtés de la tente du consul, forme deux places, l'une pour le marché, l'autre pour le questeur et les munitions.
« A l'extrémité de la ligne que forment les tentes des tribuns, et parallèlement aux deux côtés du camp, se trouve en face de la place du questeur et de celle du marché, le logement de la cavalerie extraordinaire et des cavaliers volontaires. Derrière ces cavaliers se placent l'infanterie extraordinaire et les fantassins volontaires qui ont vue sur le retranchement. Ces cavaliers et ces fantassins sont toujours à la suite du consul et du questeur.
« En face des dernières tentes de ces troupes on laisse un espace de cent pieds , parallèle aux tentes des tribuns , et qui traverse toute l'étendue du camp. Au-dessous de cet espace est logée la cavalerie extraordinaire des alliés , ayant vue sur le marché , le prétoire et le trésor. Un chemin ou une rue large de cinquante pieds , partage en 4eux le terrain de la cavalerie extraordinaire, venant à angle droit du côté qui ferme le derrière du camp jusqu'au terrain qu'occupe le prétoire. Enfin , derrière la cavalerie extraordinaire des alliés campe leur infanterie extraordinaire, tournée du côté du retranchement. Ce qui reste d'espace vide des deux côtés est destiné aux étrangers et aux alliés
qui viennent au camp. Toutes choses ainsi rangées , on voit que le camp forme un carré qui , par la disposition intérieure , ressemble à une ville régulière.
« Du retranchement aux tentes il y a deux cents pieds de distance ; cet espace sert à faciliter l'entrée et la sortie des troupes. On y met aussi les bestiaux et tout ce qu'on prend sur l'ennemi. Un autre avantage considérable, c'est que, dans les attaques de nuit, il n'y a ni feu ni trait qui puisse arriver aux tentes, si ce n'est très-rarement.
« S'il arrive que quatre légions et deux consuls campent ensemble, la disposition est la môme pour l'une et l'autre armée ; seulement il faut s'imaginer deux armées tournées Tune vers l'autre , et jointes par les côtés où les extraordinaires de Tune et de l'autre sont placés, c'est-à-dire par le derrière du camp qui alors forme un carré long, occupant un terrain double du premier1.
Service des soldats romains dans le camp.
« Le camp ainsi disposé, les tribuns assemblés reçoivent le serment de tous les hommes présents , tant libres qu'esclaves. Ils jurent, l'un après l'autre, qu'ils ne voleront rien dans le camp , et que ce qu'ils trouveront ils le porteront aux tribuns. Ensuite on commande deux cohortes, tant des princes que des ha3taires de chaque légion, pour garder la place qui s'étend en face des tentes des tribuns, et que les soldats remplissent pendant le jour. La tente et les bagages de chaque tribun sont en outre gardés par quatre soldats. Trois cohortes tirées au sort pour chaque tribun parmi les princes et les hastaires fournissent chaque jour cette garde qui est destinée aussi à relever leur dignité. Pour les triaires, exempts du service des tribuns, ils font la garde auprès des chevaux , quatre par cohorte, chaque jour, pour l'escadron qui est immédiatement derrière eux. Us doivent empêcher que les chevaux ne s'embarrassent dans leurs liens, où ne causent, en s'échappant, du tumulte dans le camp. De toutes les cohortes d'infanterie il y en a toujours une qui à son tour garde la tente du consul.
1 Les quatre portes du camp, qui sont huit ou neuf. La terre qu'on en avait tisouvent citées, étaient : Prétorienne rée , était rejetée à l'intérieur du camp, à l'arrière, Dénumane à l'avant, Dextre de manière à former un parapet haut de et Sénestre à droite et à gauche. Le cump quatre pieds dans lequel étaient planétait défendu par un fossé large de neuf, tées des palissades fortement entreonze , douze ou treize pieds , profond de lacées.
« Les alliés font deux côtés du fossé et du retranchement, les Romains les deux autres, un par légion. Chaque côté se distribue par parties selon le nombre des cohortes, et à chacune un centurion préside au travail; quand tout le côté est fini, deux tribuns l'examinent et l'approuvent. Les tribuns sont chargés de la discipline du camp. Ils y commandent tour à tour deux ensemble pendant deux mois. Cette charge parmi les alliés est exercée par les préfets. Dès le point du jour les cavaliers et les centurions se rendent aux tentes des tribuns, et ceux-ci à celle du consul, dont ils prennent les ordres.
« Le mot d'ordre de la nuit se donne de cette manière : Parmi les cohortes de la cavalerie et de l'infanterie, qui ont leur logement au dernier rang, on choisit un soldat que l'on exempte de toutes les gardes. Tous les jours au coucher du soleil ce soldat se rend à la tente du tribun, y prend le mot d'ordre qui est une petite planche où l'on écrit quelque mot , et s'en retourne à sa cohorte. Ensuite , prenant quelques témoins, il met la planche et le mot d'ordre entre les mains du chef de la cohorte suivante. Celui-ci le donne à celui oui le suit; et ainsi des autres, jusqu'à ce que le mot d'orare passe aux cohortes qui sont les plus voisines des tribuns , auxquels il faut que ce signal soit reporté avant la fin du jour.
« La nuit, une cohorte entière veille au prétoire. Les tribuns et les chevaux sont gardés par les soldats que l'on tire
Eour cela de chaque cohorte, comme on l'a dit plus haut, a garde de chaque cohorte se prend dans la cohorte môme. D'ordinaire on donne trois gardes au questeur et autant à chacun des deux lieutenants. Les côtés extérieurs sont confiés au soin des vélites , qui pendant le jour montent la garde le long du retranchement ; de plus il y en a dix à chaque porte du camp.
« La cavalerie fait les rondes. Quatre cavaliers du premier escadron se rendent à la lente du tribun , de qui ils apprennent par écrit quels postes ils doivent visiter; puis ils retournent au premier manipule des triaires, dont le centurion est chargé de sonner de la trompette à chaque heure que la garde doit être montée. Le signal donné, le cavalier à qui la première garde est échue, fait la ronde accompagné de quelques amis dont il se sert pour témoins, et il visite non-seulement les gardes postées au retranchement
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et aux portes, mais encore toutes celles qui sont à chaque cohorte et à chaque escadron. S'il trouve la garde de la première veille sur pied et alerte, il reçoit d'elle la petite pièce de bois ; s'il la rencontre endormie ou si quelqu'un y manque, il prend à témoin ceux qui sont près de lui et se relire. Toutes les autres rondes se font de la même manière. A chaque veille on sonne de la trompette , afin que ceux qui doivent faire la ronde et ceux qui font la garde soient avertis en même temps.
Peines et récompense».
« Ceux qui ont fait la ronde portent dès le matin au point du jour, au tribun, la petite pièce de bois. S'il u 'en manque aucune, on n'a rien à leur reprocher; et ils se retirent. Sil on en rapporte moins qu'il n'y a eu de gardes, on examine sur ce qui est écrit dessus quelle garde ne s'est point trouvée à son poste. Quand on la connaît on appelle le capitaine. Celuici fait venir ceux qui avaient été commandés pour la garde. On les confronte avec la ronde. Si la garde est en faute, la ronde aussitôt produit les témoins qu'elle a pris; car elle est obligée à cela, faute de quoi elle porte seule toute la faute. Ou assemble ensuite le conseil de guerre. Les tribuns jugent et le coupable est passé par les verges.
« Ce châtiment s'inflige ainsi : le tribun prenant une baguette ne fait qu'en toucher le criminel, et aussitôt après tous les légionnaires fondent sur lui à coups de verges et de pierres, en sorte que le plus souvent il perd la vie dans ce supplice. Si quelqu'un en échappe, il u'est pas pour cela sauvé. Il ne lui est pas permis de retourner dans sa patrie, et personne de ses parents ou de ses amis n'oserait lui ouvrir sa maison. Une punition si sévère fait que la discipline à l'égard des gardes nocturnes est toujours exactement observée.
« Le même supplice est infligé à ceux qui volent dans le camp , qui rendent un faux témoignage , se prêtent à quelque infamie, ou ont été repris trois fois de la même faute. Il y a aussi des notes d'infamie, par exemple , pour celui qui, par intérêt, se vante aux tribuns d'un exploit qu'il n'a pas lait, qui par crainte abandonne son poste ou jette ses armes pendant le combat. Aussi les soldats , dans la crainte d'être punis ou déshonorés, bravent-ils tous les périls; et, attaqués par un ennemi de beaucoup supérieur en nombre , ils
restent inébranlables à leur poste. D'autres , après avoir perdu par hasard leur bouclier ou leur épée dans le combat, se jettent au milieu des ennemis pour recouvrer ce qu'ils ont perdu ou pour éviter par la mort la honte attachée à la lâcheté et les reproches de leurs camarades.
« S'il arrive que des cohortes entières aient été chassées de leur poste, le tribun assemble la légion ; on lui amène les coupables; il les fait tirer au sort, et tous ceux qui amènent les chiffres dix, vingt, trente, etc. , sont passés par les verges. Le reste est condamné à ne recevoir que de l'orge au lieu de blé, et à camper hors du retranchement, au risque d'être enlevé par l'ennemi. Cela s'appelle décimer. Si quelques soldats se sont distingués dans des combats singuliers, le consul assemble la légion, faitapprocher ceux qu'il veut récompenser, et après leur avoir décerné de grands éloges, il fait présent d'une lance à celui qui a blessé l'ennemi, à celui qui l'a tué et dépouillé, d'une coupe, si c'est un fantassin ; d'un harnais, si c'est un cavalier.
« Après la prise d'une ville , ceux qui les premiers sont montes sur la muraille, reçoivent une couronne d'or. Il y a aussi des récompenses pour ceux qui défendent ou sauvent des citoyens ou des alliés. Ce sont ceux qui ont été délivrés qui couronnent eux-mêmes leur libérateur. Us lui doivent, outre cela, pendant toute leur vie, un respect filial , et il faut qu'ils lui rendent tous les devoirs qu'ils rendraient à ceux qui leur ont donné la vie.
« Ceux qui ont reçu ces recompenses ont droit, au retour de la campagne, de se présenter dans les jeux et dans les fêtes , vêtus d'un habit qu'il n'est permis de porter qu'à ceux dont les consuls ont honoré la valeur. Ils suspendent encore, aux endroits les plus apparents de leurs maisons , les dépouilles qu'ils ont remportées sur les ennemis, pour être des monuments de leur courage. Tels sont le soin et l'équité avec lesquels on dispense les peines et les honneurs militaires. Doit-on être surpris, après cela, que les guerres que les Romains entreprennent aient un heureux succès?
« La solde du fantassin est de deux oboles par jour. Les centurions ont le double. La cavalerie une drachme. La ration de pain pour l'infanterie est la moitié au plus d'un médimne attique de blé; celle du cavalier de septmédimnes d'orge par mois et de deux de blé. L'infanterie des alliés reçoit la même ration que celle des Romains ; leur cavalerie,
un médimne ot un tiers de blé, et sept d'orge. Cette distribution se fait aux alliés gratuitement ; mais à l'égard des Romains, on leur retient sur la solde une certaine somme marquée pour les vivres, les habits et les armes qu'on doit leur donner. »