JUGURTHA ET LES C1MRRES
loin, et en Tannée 106, le consul Cépion fit rendre la moitié des places de juges aux sénateurs.
Tout retombait donc dans l'ancien état, les pauvres dans la misère, les grands dans le faste et la confiance. Des deux fils de Gornélie il ne restait plus qu'un souvenir sanglant.' Mais l'homme qui devait si cruellement les venger, Marius, était déjà dans les charges. C'était un citoyen d'Arpinum, rude et illettré, soldat intrépide, bon général, mais aussi irrésolu au forum (ju'il était ferme dans les camps. Au siège de Numance, Scipion l'avait remarqué ; l'appui des Métellus qui avaient toujours protégé sa famille le lit arriver en 119 au tribunat. Son premier acte fut une proposition contre la brigue. Toute la noblesse se récria contre cette audace d'un jeune homme inconnu; mais, dans le sénat, Marius menaça le consul de la prison et appela son viateur pour y traîner Métellus. Les grands ne voulurent pas engager une nouvelle lutte pour un objet secondaire ; la rogatiou passa. Le peuple applaudissait; mais, quelques jours après, le tribun fit rejeter une distribution gratuite de blé. Celte prétention de faire la leçon aux deux partis tourna tout le monde contre lui. Aussi échoua-t-il, quand il brigua l'une après l'autre les deux édililés. En 117, il n'obtint la préture que le dernier ; encore l'accusa-t-on d'avoir acheté des suffrages. Ces accusations, cette difficulté à se faire jour, ralentirent son zèle ; il passa obscurément à Rome Tannée de sa préture , et ne se signala Tannée suivante dans son gouvernement de l'Espagne Ultérieure que par la vigueur qu'il déploya contre les brigandages des habitants. A son retour, le paysan d'Arpinum scella sa paix avec les nobles par un grand mariage : il épousa la patricienne Julia , grand' tante de César ; et Métellus, oubliant, en faveur de ses talents militaires, la conduite qu'il avait tenue dans son tribunat, l'emmena, comme son lieutenant , en Numidie.
jugurtha ( il§*l§4); bonté des armes romaines (lll-llO).
Depuis la destruction de Carthage , le nord de l'Afrique était partagé entre trois dominations : à Touest, le royaume de Mauritanie ; au centre, celui des Numides, qui s'étendait du Muhicha (Molouya) au Tmca (Zaïne); et derrière ce fleuve, la province romaine, l'ancienne Zeugitane toute enveloppée , grâce aux empiétements de Massinissa sur les Carthaginois, par les possessions des rois numides. Mas-
sinissa et ses successeurs avaient travaillé à rendre leurs Numides sédentaires ; ils avaient encouragé l'agriculture , multiplié les villes et appelé la civilisation romaine. La Numidie n'était donc plus à dédaigner; son éducation sociale était à moitié faite ; et, puisqu'il y avait maintenant profit pour Rome à s'en saisir, son indépendance ne pouvait tarder a périr. Ses rois mêmes y aidèrent.
A la mort de Massinissa, Scipion Émilien avait partagé la Numidie entre les trois tils du vieux prince : une fin prématurée enleva les deux aînés, et le troisième, Micipsa, resta seul roi , mais il avait lui-même deux fils, Adherbal et Hiempsal, entre lesquels il comptait aussi diviser ses États. Avec ses enfants, Micipsa avait élevé le tils naturel d'un de ses frères, Jugurtha, qui semblait avoir hérité de l'indomptable courage et de l'ambition peu scrupuleuse de son aïeul. Gomme Massinissa, c'était le meilleur cavalier de l'Afrique, et nul n'attaquait le lion avec plus de courage dans les grandes chasses du désert. En voyant croître chaque jour sa réputation , Micipsa craignit d'avoir nourri (lui-même un rival pour ses fils ; dans l'espérance que la guerre l'en débarrasserait, il le chargea de conduire un secours à Scipion devant Numance. Quand il retourna en Afrique avec de brillants témoignages de la faveur de Scipion, Micipsa crut rudent de ne pas lui laisser faire sa part lui-même; il adopta et lui donna en mourant un tiers du royaume pour racheter le reste. Adherbal, Hiempsai et Jugurtha devaient régner conjointement (118). Dès les premiers jours, des querelles s'élevèrent; Jugurtha, levant le masque, fit égorger Hiempsai , et Adherbal , battu en voulant venger son frère , fut forcé de se réfugier dans la province romaine (117). Il alla à Rome plaider sa cause dans le sénat ; mais le sénat, dont la politiaue voulait que la Numidie restât divisée , se contenta de décréter l'envoi de dix commissaires pour partager le royaume entre les deux princes.
Le chef de l'ambassade, Opimius, était gagné même avant de quitter Rome ; les autres cédèrent aussi à l'influence de l'or numide , et Jugurtha obtint d'eux ce qu'il voulait : la meilleure part de la succession de Micipsa. 11 ne s'en contenta pas longtemps. D'abord il fit ravager les terres d' Adherbal, puis il supposa une conspiration formée par ce prince contre sa vie, et aux vives plaintes que lui fit porter Adherbal , il répondit par une guerre ouverte que termina