‹ Histoire romaineChapitre 86 sur 136 · MM · texte numérisé non relu

MM

Amisus prise et rendue à la liberté ainsi que Sinope, l'administration du Pont organisée et un traité conclu avec Macharès; Lucullus revint à tëphèsc mettre un terme aux

exactions des publicains , peudant qu'il envoyait Clodias réclamer de Tigrane III l'extradition de Mithridate. Maître de l'Arménie et vainqueur des Parthes, qui lui avaient cédé tout le nord de la Mésopotamie, Tigrane avait encore soumis la Syrie, à la faveur des guerres civiles, au milieu desquelles la domination des Seleucides avait honteusement disparu. Ce prince, alors le plus puissant monarque de rOrient , avait contraint les Parthes à lui laisser prendre le nom de Roi des rois. Au temps de sa prospérité , Mithridate n'avait pas voulu reconnaître cette suprématie; aussi avait-il été froidement reçu ; l'ambassade de Clodius changea ces dispositions. Tigrane, irrité d'une telle sommation, congédia l'envoyé avec colère (70).

Lucullus ne recula point devant cette lutte nouvelle. Il laissa six mille hommes à la garde du Pont, et ne prit avec lui que douze mille fantassins et moins de trois mille chevaux (69). Il se dirigea vers les provinces de l'Euphrate récemment conquises, entra dans la Sophène et franchit le Tigre. Tigrane ne pouvait croire à tant d'audace ; le premier qui lui annonça l'approche des légions paya cet avis de sa tête. Cependant l'avant-garde de Lucullus suffit pour disperser une première armée, et il commença le siège de Tigranocerte. Tigrane réunit jusqu'à deux cent cinquante mille hommes ; Lucullus s'avança à sa rencontre avec onze mille soldats et quelque cavalerie. « S'ils viennent comme ambassadeurs, dit le roi, ils sont beaucoup ; si c'est comme ennemis, ils sont bien peu. » Les Romains ne perdirent, dit-on, que cinq hommes et eurent seulement cent blessés. C'est par cent mille qu'on compte les morts dans l'armée barbare (6 oct. 69). Une révolte des habitants grecs de Tigranocerte facilita l'assaut. Les légionnaires y trouvèrent , sans parler d'autre butin , huit mille talents d'argent monnayé , et reçurent encore de leur général huit cents drachmes par tête.

Lucullus hiverna dans la Gordjènc et la Sophène, d'où il invita le roi des Parthes à se juindre à lui. Ce prince hésitant, il résolut de l'attaquer. Il avait pris en tel mépris ces rois si puissants et si redoutés, qu'il ne craignait plus de s'enfoncer au cœur de l'Asie pour renverser un troisième empire. Mais ses officiers et ses soldats étaient trop riches pour vouloir courir de nouveaux hasards ; ils refusèrent de le suivre, et Lucullus dut se résigner à achever la défait?

POMPÉE

du roi d'Arménie. L'armée de Tigrane, reformée par Mithridate, avait reparu autour de lui, mais refusait le combat. A6n de l'amener à une action , Lucullus marcha sur Artaxata, qui renfermait les femmes, les enfants et les trésors du roi. Tigrane, en effet, le suivit, et, pour sauver sa seconde capitale, il livra bataille (68). Le résultat fut le même que l'année précédente. Lucullus eût voulu enlever Artaxata, ses soldats le forcèrent à reculer vers l'Asie Mineure; il prit encore Nisibe(67). Ce fut le terme de ses succès. Les publicains, qu'il avait irrités en réprimant leurs exactions, lui avaient déjà fait donner à Rome un successeur, Pompée.

Les deux généraux se rencontrèrent en Galatie ; la conférence commença par les compliments d'usage et finit par des outrages. « Comme un oiseau de proie lâche et timide qui suit le chasseur à l'odeur du carnage, Pompée, disait Lucullus, se jette sur les corps abattus par d'autres et triomphe des coups qu'ils ont portés. » Des amis communs les séparèrent , et Lucullus partit pour Rome. Son rival ne lui permit d'emmener que seize cents hommes pour son triomphe, et cet honneur, il sut l'empêcher pendant trois ans de l'obtenir. Justement irrité de l'injustice du peuple et de la faiblesse du sénat qui l'avait abandonné, Lucullus se retira d'un gouvernement dont il prévoyait sans doute l'inévitable chute , et il alla vivre dans ses villas des richesses qu'il avait si glorieusement acquises. Son luxe, sa magnificence, lui valurent le surnom de Xerxès romain. La protection éclairée qu'il accorda aux lettres demande grâce pour cette élégante mollesse qui, au milieu de tant de corruption , n'était plus un danger.

Mithridate était encore à la tête de trente-deux mille sol dats; mais fatigué à la fin de cette lutte sans repos, il fit demander au nouveau général à quelles conditions on lui accorderait la paix. « Qu'il s'en remette à la générosité du peuple romain, » répondit le proconsul. Finir comme Persée après avoir combattu comme Annibal ! Mithridate avait un trop grand cœur pour s'y résoudre. Eh bien! dit-il, combattons jusqu'à notre dernière heure. »> Et il jura de ne jamais faire de paix avec Rome. Pompée marchait déjà vers la petite Arménie. Dès la première rencontre , l'armée

CÏI4PJTRE XX.

pontique fut détruite, Tigrane à son tour menacé et affaibli par la trahison d'un fils rebelle qui se réfugia auprès de Pompée, fut contraint de venir s'humilier lui-même. Aux porles du camp, un licteur le fit descendre de cheval : dès qu'il aperçut Pompée , il détacha son diadème et voulut se prosterner à ses genoux. Le général le prévint, le fit asseoir à ses côtés et lui offrit la paix à condition de renoncer à ses anciennes possessions de Syrie et d'Asie Mineure, de payer six mille talents et de reconnaître son fils pour roi de la Sophène. La vieille politique du sénat était encore ici appliquée. Tigrane affaibli , mais non renversé , était trop peu puissant pour être redoutable, assez pour tenir en échec te roi des Parthes, dont la conduite avait été si longtemps équivoque, Ce nouveau vassal allait donc faire pour Rome la police de la haute Asie, comme jadis Eumène dans l'Asie Antérieure, reges vêtus servitutis instrumentum.

L'Arménie soumise, Pompée alla chercher Mithridate dans le Caucase, vainquit les Albaniens et les Jbériens ; mais le roi fuyant toujours devant lui , il abandonna cette poursuite infructueuse et , au printemps de 64 , après avoir organisé le Pont en province, il descendit en Syrie. Ce pays était dans le plus déplorable état, Anliocbus l'Asiatique, que Lucullus avait reconnu pour roi , n'avait pu se faire obéir; une foule de petits tyrans se partageaient les villes, et les Ituréens, les Arabes, pillaient ie pays. Décidé à doniner l'Euphrate pour frontière à la république , il rangea sous la domination romaine la Syrie et la Phénicie, laissant seulement la Comagène à Antiochus , la Chalcidique à un Ptolémée et l'Osrhoène à un chef arabe. Dans la Palestine , les Macchabées avaient glorieusement reconquis l'indépendance du peuple hébreu , et , depuis Tannée 107 1 un de leurs descendants, Aristobule, s'était fait appeler roi des Juifs. Mais sous Alexandre Jannée, six ans de guerre civile avaient coûté la vie à cinquante mille Juifs , et la querelle des sadducéens et des pharisiens avait ébranlé l'État; ceux-ci, à la fin, l'avaient emporté sous la régence de sa femme Alexandra , et avaient commis d'horribles excès. Une seconde guorre civile entro les doux fils d'Alexandra, Hyrcan

renversé du trône, puis, dirigé par riduméen Antipatcr, et soutenu par le roi des Arabes Nabathéens, Arélas, il re-

Hyrcan fut

POMPÉE

vint assiéger son frère dans Jérusalem. Un questeur de Pompée, JEm. Scaurus , était alors à Damas; les deux prétendants offrirent de lui payer son assistance trois ou quatre cents talents. Scaurus se déclara pour Aristobule (64). Quand Pompée arriva, il voulut examiner luimême cette atfaire. Une guerre soulevée entre Phraate et Tigrane auxquels il offrit sa médiation, l'arrêta quelque temps; ce ne fut qu'en Tannée 63 qu'il cita Ilyrcan et Aristobule à plaider , devant lui , leur cause , à- Damas. Aristobule, condamné, déclara audacieusement la guerre; Pompée l'alla chercher dans Jérusalem et l'assiégea dans le temple pendant trois mois. Un dernier assaut lui livra la place : il entra dans le saint des saints, et enleva tous les trésors du temple. Hyrcan fut rétabli, mais sans prendre le titre de roi ni le diadème, et à condition de restituer à la Syrie les conquêtes des Macchabées et de payer un tribut annuel. e

Durant ces opérations, Mithridate, qu'on avait cru mort , avait reparu avec une armée à Phanagorie, dans le Bosphore , et forcé son fils Macharès à se tuer. Là , malgré ses soixante ans, cet infatigable ennemi voulait pénétrer dans la Thrace, entraîner les Barbares sur ses pas et descendre .en Italie à la tête de leurs hordes innombrables; mais ses soldats, épouvantés de la grandeur de ses desseins, se révoltèrent a la voix de son fils Pharnace. Pour ne pas être livré vivant aux Romains, il prit du poison, et la liqueur mortelle restant sans effet, il essaya de se percer de son épée ; sa main le trompa encore; un Gaulois lui rendit ce dernier service (63).

Pompée, à cette nouvelle, retourna à Amisus, où Pharnace lui envoya, avec de magnifiques présents , le corps de son père. En récompense de ce parricide , il garda le Bosphore. Le roi galate Déjotarus obtint quelques accroissements de territoire. Un certain Attale et Pykeménès reçurent une partie de la Paphlagonie; Anobarzane avait recouvré la Cappadoce , Pompée y joignit la Sophène et la Gordyène ; puis des villes furent fondées , d'autres repeuplées. La formule des nouvelles provinces, le Pont, la Cilicie, la Syrie et la Phénicie , fut écrite. Toute l'Asie Antérieure, du Pont-Euxin à la mer Rouge, se trouva reconstituée. Il n'y restait plus un seul prince puissant, mais des vassaux de Rome : le Pont était pays romain, et l'Arménie,

tombée du haut rang où elle était montée , n'allait plus être qu'une barrière ou un champ clos entre les deux empires qui se partageaient l'Asie.

Venu sur ce continent après Sylla et Lucullus , Pompée n'avait pas eu de grands coups à frapper; mais il y organisa la domination de Rome , il y fixa les limites que l'empire ne put jamais franchir, et volontiers nous le laisserons se van* ter, en étalant sa robe triomphale , d'avoir achevé le pompeux ouvrage de la grandeur romaine.

L'INTERIEUR DE ROME DE L'AN 67 A L'AN 88. § I. CÉSAR , CICÉRON , CAT1LINA ET CATON.

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