S H. LË CONSULAT DE CÉSAR
cesar forme le premier triumvirat. — consulat dé césar. — clodltfs ;
cicéron Est exilé (68)*
César ferme le premier triumvirat.
Pendant ces événements César était au fond de l'Espagne (61). Il se hâta d'y ramasser de l'argent par des expéditions contre les Lusitaniens des montagnes et les Galiaïques , et de revenir avec le titre d'Itnperator (00), solliciter le triomphe et le consulat. Ces deux demandes étaient inconciliables. Entre une affaire de vanité et une question de pouvoir, César eut vite fait son choix ; il renonça au triomphe, renvoya ses licteurs, et, entrant aussitôt dans la ville, il courut au forum avec la robe blanche des candidats; Crassus et Pompée l'accompagnaient et briguaient pour lui. Comment s'était formée cette triple alliance?
Catilina Vaincu, Pompée désarmé et humilié, le peuple et ses tribuns deux fois battus, César, enfin , relégué comme en exil à quatre cents lieues de Rome; tant de succès avaient inspiré à l'oligarchie une confiance aveugle. Elle n'écoutait plus queCaton qui, avec les meilleures intentions, gâtait toutes les affaires : « 11 opine, écrivait Cicéron, comme dans la république de Platon, et nous sommes la lie de Romulus. * C'était lui qui avait chassé de Rome Métellus, provoqué la déposition de César, la mise en accusation de Clodius et fait tout refuser à Pompée. Il venait encore d'aliéner du sénat l'ordre équestre en montrant contre les publicains une sévérité inopportune. César revenait donc à point de sa province; le sénat était à la fois faible et menaçant, Pompée irrité, Cicéron mécontent, et Crassus en pleine opposition.
Son premier soin fut de réconcilier ensemble son ancien et son nouvel ami , Pompée et Crassus s il promit à l'un de
lui faire donner par le peuple ce qu'il n'avait pu obtenir par le sénat; à l'autre de renvoyer à leurs villas ces meneurs de l'oligarchie qui l'avaient relégué au second rang, et de lui rendre dans l'Élnt l'influence duc à ses services et à son importance personnelle. Tous trois se jurèrent de mettre en commun leur crédit et leurs ressources, et de ne parler, de n'agir en toute affaire que conformément aux intérêts de l'association. Mais ce fut César qui recueillit les
f>remiers et les plus sûrs profits de l'alliance : ses deux colègues s'engagèrent à le porter au consulat.
Consulat de César.
Tout ce que les grands purent faire fut de lui donner pour collègue Bibulus, depuis longtemps son ennemi. Dès les premiers jours de son entrée en charge (59), César lut au sénat la loi suivante : « Pour relever l'agriculture et repeupler les solitudes de l'Italie, on distribuera aux pauvres les terres du domaine public. Celles de la Campanie, ne seront données qu'à ceux qui ont au moins trois enfants, et une redevance sera payée pour ces concessions au trésor. Si les terres publiques ne suffisent pas, on achètera, avec l'argent que Pompée a rapporté , des domaines particuliers au prix où ils ont été marqués sur les registres du dernier cens, et seulement du consentement des propriétaires. Vingt commissaires veilleront à l'exécution de la présente loi. » Il n'y avait rien à reprendre dans cette proposition, dont la sagesse et l'opportunité rappelaient la première loi deTibérius. « Ce n'est pas la loi que je redoute , s'écria Caton, mais le prix dont le peuple devra la payer; » et il parla si vivement que César, cédant à l'impatience , le fit saisir et traîner en prison. Dès lors il cessa de consulter le sénat , affectant, lui, consul, de tout porter par-devant le peuple.
Le jour où il présenta sa loi il demanda à Crassus et à Pompée ce qu'ils pensaient de la proposition. Tous deux la louèrent hautement. « Mais dans le cas où on la repousserait par la force, que feras-tu? » dit-il à Pompée. « Si on l'attaque avec l'épée , je la défendrai avec l'épée et le bouclier. » En l'entendant ainsi parler, les grands comprirent pourquoi ils avaient vu la ville se remplir de vétérans pompéiens. Le jour du vote, malgré l'aspect menaçant du forum rempli d'hommes armés, Bibulus vint avec Caton et Lucullus se placer auprès de son collègue pour déclarer
u'il observait le ciel, et que par conséquent toute affaire evait être suspendue. Mais dès qu'il voulut parler, on se jeta sur lui. Il tut précipité du haut des degrés du temple de Castor, et forcé de chercher asile dans un édifice voisin. Lucullus aussi faillit périr. Deux tribuns furent blessés; Caton, deux fois chassé de la tribune, y remonta deux fois; à la fin on l'entraîna: la loi passa, et un plébiscite obligea les sénateurs, les magistrats et tous ceux qui brigueraient une charge à l'avenir, d'en jurer l'observation littérale, sous peine de mort. On se souvint de Métellus , et tout le monde jura, même Caton.
Cette loi agraire était la première depuis soixante ans qui eût réussi à passer. Héritier de la popularité de Marius, César allait donc l'être encore de celle des Gracques. Et cependant les deux autres triumvirs n'avaient pas droit de s'en alarmer, car il semblait n'agir que dans l'intérêt commun. Quand il diminua d'un tiers le prix des fermes de l'Asie, c'était, disait-il, pour concilier aux triumvirs, après le peuple maintenant gagné, tout l'ordre équestre. Quand il fit confirmer les actes de Pompée en Asie , c'était la parole de son collègue aux rois et aux peuples de l'Orient qu'il dégageait, comme il venait de remplir parla loi agraire ses promesses à ses vétérans. Quand il vendait enfin , au prix de six mille talents, à Ptolémée Aulètes , l'alliance de Rome, c'était encore pour que ce prince dût sa couronne au triumvirat. 11 n'était donc que le fidèle exécuteur du traité d'alliance; mais César accomplissant ce que son collègue n'avait pu faire, recueillait la reconnaissance et grandissait dans l'opinion. Pompée n'était plus que l'obligé de César.
Quant au sénat, il semblait n exister point, l'un des consuls ne le convoquant jamais, et l'autre lui ayant défendu de se réunir par la proclamation d'un justitium. Bibulus, en effet, pour entacher d'illégalité les actes de son collègue, avait déclaré fériés tous les jours de son consulat. Mais la religion était un instrument bien usé ; cette opposition faite au nom des vieilles croyances fit sourire; et les plaisants nommèrent cette année le consulat de Julius et de César.
Son pouvoir allait finir avec son consulat ; mais le peuple, dont il s'était conservé l'affection par une succession non interrompue de jeux, de spectacles et de largesses, lui donna, au mépris du sénatus-consulte sur les provinces consulaires, le gouvernement pour cinq années de la Gaulo
cisalpine et de l'IUyrie, avec trois légions. Caton eut beau
vous armez et vous la mettez dans un fort au-dessus de vos têtes, » le sénat, tremblant, se hâta d'ajouter à ce don, en gage de réconciliation, une quatrième légion et une troisième province, la Gaule Transalpine, où la guerre était imminente. Peut-être espérait-il détourner ses regards de Rome en donnant un but à son activité, ou bien que l'épée d'un Barbare le débarrasserait de ce redoutable ambitieux. César calculait autrement. Deux exemples contraires, la triste fin des Gracques et les succès de Sylla avaient montré qu'il n'y avait rien à faire à Rome sans une armée. Pour avoir une armée, il fallait une province, une guerre heureuse, du butin; or la Gaule était riche du pillage du monde, elle était redoutée, elle était aux portes de l'Italie. De Rome on verrait presque, on entendrait cette guerre, et les succès viendraient y retentir comme à deux pas du champ de ba-
Dans l'aristocratie consternée , il n'y avait plus que deux hommes qui inspirassent quelque inquiétude. Caton était gênant, on l'écou tait avec curiosité : son costume, son langage, toute sa vie était un spectacle qu'on aimait. Cette opposition, sans être dangereuse, devenait fatigante; on résolut de s'en débarrasser. Cicéron était plus à craindre , parce que, vivant plus que Caton dans le temps présent, au'il connaissait mieux, il exigeait moins et pouvait obtenir davantage. Son éloquence aussi pouvait amener des résultats imprévus. D'ailleurs Clodius le réclamait comme une victime qui lui était due, et c'était sur Clodius que César comptait pour tenir en bride, pendant son absence, et le sénat et Pompée. Clodius venait, pour arriver au tribunal , de se faire adopter par un plébéien. Suivant l'usage, le trésor fit les frais de la popularité du nouveau tribun; une loi frumentaire supprima le prix modique payé par les pauvres pour le blé que fournissaient les greniers publics. Une seconde loi défendit à tout magistrat de rompre les comices sous prétexte qu'il observait le ciel, afin qu'un autre ne fût pas tenté de renouveler l'étrange opposition de Bibulus. Une troisième loi rétablit les anciennes corporations que le sénat avait récemment supprimées (en 68), et dont le
C'est la tyrannie que
taille.
C Io<liii0; Cicéron est exilé (*»).
tribun espdrait avec raison se faire un instrument politique. Il gagna encore les affranchis en proposant de les répandre dans les tribus rustiques, et toits ceux de l'ordre équestre ou du sénat qui avaient quelque chose à craindre en diminuant les droits de la censure.
Ces préliminaires n'avaient qu'un but, rendre le tribun maître du champ de bataille où allait se vider la véritable question , l'exil des chefs du parti aristocratique. Il commença par Cicéron et proposa la loi suivante i on interdira le feu et l'eau à quiconque aura fait mourir un citoyen sans jugement. Cicéron prit des vêtements de deuil; il implora l'assistance des triumvirs, des consuls; même avant qu'on allât aux votes il sortit de la ville, espérant désarmer ses ennemis par cet exil volontaire; mais le lendemain, Clodius fit porter la sentence. Il ne devait pas s'approcher de Rome de plus de quatre cents milles (avril 58). Caton ne donnait pas prise à une accusation. Clodius lui Ht ordonner d'aller réduire Chypre en province, et de rapporter les trésors du Ptolémée qui y régnait. Pour faire durer cet exil, il ajouta à la mission de Chypre celle d'aller au fond de la Thrace rétablir les bannis de Byzan.ce. Caton obéit. Maintenant César pouvait partir.
LE PREMIER TRIUMVIRAT (80-49)