S I. GUERRE DES GAULES
AAIOVISTE ET LE9 HELVÈTES; SOUMISSION DE LA VALLÉE DE LA SAONE (58). — CONQUÊTE DE LA BELGIQUE (57), DE l/ARMORIQUE ET DE L*A- QUITAINE (5G). — EXPÉDITIONS AU DELA DU RHIN ET EN BRETAGNE (65-64 ) ; SOULÈVEMENTS PARTIELS EN GAULE (54-63). — RÉVOLTE GÉ- NÉRALE; SIÈGE d'aLÉSIA (52). — DERNIERS MOUVEMENTS (51)} MESURE9 PRISES POUR PACIFIER LA GAULE (50).
Arlovlste et Ion Helvète»; soumission de la vallée de la Saône.
Deux mers, deux chaînes de hautes montagnes et un grand fleuve marquaient dans l'antiquité les limites de la
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Gaule. Cinq à six millions d'hommes divisés en trois grandes familles, couvraient ce vaste pays : au sud-ouest les Aquitains, au centre, de la Garonne à la Seine, les Celtes ou Gaëls; au nord, de la Seine au Rhin, les Belges ou Kymris*.
1 GÉOGRAPHIE DE LA GAULE , DE LA BRE- TAGNE ET DE LA GERMANIE (soixante
an» avant notre ère). La Gaule était divisée en quatre parties j
1° Narbonaisè ou Gaule romaine entre l'Aquitaiue, la Celtique et les Alpes. 5es principaux peuules étaient, àl'ouest du Rhône, les BébrYces ou Sardons (dans le Houssillon : villes Illiberi et Ruscino), les Voles Tectosages (villes Narbo martiut et Tolosa, Narbonno et Toulouse); les Volks arecomiques ( v. Nemausus , Nimes ) ; à l'est du Rhône les Allobroges (v. Vienna) avec les petites peuplades des Tricastins , Euganéens, Nantuales, Véra-
{ires, Centrons, etc., restés en dehors de a province; les Cavahes (v. Aveniv) et les Voconces (v. Vasio) avec les Se-
{jnlaunes, les Tricores elles Caturiges; es Salves (v. Aquœ Sextiœ) avec les Oxybes, les Néruses , etc. — Marseille restait libre et conservait ses comptoirs de Nice, d'Amibes, d'Agde, etc.
2° L'AouiTAiNEj entre la Garonne, les Pyrénées et l'Océan, habitée par vingt ou trente peuplades : les Tarbelles, les Bituriges libres (v. Burdigalia, Bordeaux), les Ausces, les LagtLrates et
les SOTRITES.
3° La Celtique entre la Garonne et la Seine, renfermait: les Helvètes entre le Jura et les Alpes , les Séquanes entre la Saône et le Jura (v. Vesontio , Besançon), les Edues entre la Loire et la Saône (v. Bibracte) avec les Bituriges(v. Avaricum, Bourges); les Ar- VEhNEs(v. frrrçovfa, près de Clermont) avec les Vellàunes , les Gabales , les Rulhènes et les Cadurques ( v. Cadurci, Cahors et Uxellog[unum); les Santons, les Pétrocores et les Pictons à l'ouest des précédents; IcsArmoriques, entre les bouches de la Loire et de la Seine, c'est-à-dire, les Namnètes, les Vénètes ( v. Venetia , Vannes) , les Unelles, les Baiocasses, les Lexoves et les Rédons (Bennes); et à l'est ou au sud des Armorique3 : les Anoegaves (Anjou), les CEnom ans ( le Maine), lesTuro*s (Tours \ les Édurovices (Evreux) ; les Carnutes (v. Autrkum, Chartres et Genabum, Orléans). Sur la moyenne
Seine les Parises (v. Lutetia) et les Semons (v. Agendicum).
4° La Belgique entre la Seine et Io Rhin comprenant : les Bellovaqies (Beau vais) avec les VéUocasses (Vexin), les Calètes (pays de Cauxï, les Àmbiens (Amiens), les Veromandues , les Suessio.ns (Soissons),les RÊMEs(Ueims)avec les Catalattnes (Chàlons) , les Médio* matrices (Metz) et les Lingons (Langres); les Trevires (Trêves) avec les Segnes, les Condruses dans la grande forêt Arduenna et les Éburons (Limbourg), les Nerviens (Hainaut) avec les Atuatiques (Brabant), les Atrébates (An-as), les Morins (dans le Pas de Calais) et les Ménapiens (Brabant septentrional). Enfin le long du Rhin, du sud au nord les Tribocques (Alsace), les Vangions, les Nemètes et les Caracates.
Plus tard on trouve les Ubiens (vers Cologne), les Datâtes et les Canninéfates (en Hollande).
La Bretagne, oh César descendildeux fois, était habitée : 1° Dans le nord, par des Gaels, divisés en trois confédérations, les Maiates dans les plaines, les Album dans les montagnes et les Calé' doniens dans les forêts au nord des monts Grampians; 2° au sud par les Bretons (Belges et Kymris) qui formaient un grand nombre de peuplades.
C'étaient de la Tamise à l'extrémité du Cornouailles, les Cantiens, les Règnes, les Belges, les Dnmnoniens . : entre la Tamise et l'Ouse, les A trébates, les Trinobantes, les lcènes, les Cattieuclani ; àl'ouest de la Sevvn, les Ordotices en face de Pilo Mon a et les Silures; au nord de l'Ouse les Brigantes et les Pauses. La Germanie entre le Bhin, le Danube, la Vistulect les monts Carpathes était occupée au nord-ouest par les peu-
Sladcs de l'ouest, Histoevons (Bructères, farses, Tubantes, Usipiens, Amsibares, Chamaves. Tenctères, Sicambres et Mattiaques), elimr les tribus maritimes, Ingoevons (de l'ouest à l'ouesi Frisons, Chauques, Angrivariens, Saxons, Ambres et Teutons). Derrière ces tribus s'étendaieni, à l'est et au sud, depuis le cours supérieur du Rhin et du Danube jusqu'à la Baltique, la vaste confédération des Suêves, dont les deux princi-
Entre la résistance des Aquitains et les vives et continuelles attaques des Belges, que pressaient eux-mêmes les peuplades germaniques, les Celtes, bientôt à l'étroit, avaient cherché à l'est , au delà des Alpes et de la forêt Hercynienne, des terres nouvelles pour leurs tribus trop nombreuses. 11 y avait donc eu comme deux courants parallèles, mais en sens contraire; l'un, par le nord de la Germanie, qui entraînait les peuples barbares de l'est à l'ouest, l'autre, par la vallée du Danube et l'Italie . qui ramenait le trop plein des populations romaines accumulées dans la Gaule. De ces deux mouvements, le second avait été arrêté par les victoires de la république; et, pour mieux fermer les Alpes gauloises, le sénat les avait enveloppées d'une province romaine. Mais l'autre durait toujours. Après quelques siècles de repos, les Cimbres avaient rouvert aux tribus germaniques les routes de l'ouest et du midi. En ce moment même, cent vingt mille guerriers, avant-garde de la grande nation des Suèves , avaient passé le Rhin sous Arioviste. C'était cette nouvelle invasion des tribus du Nord que le neveu de Marius allait vaincre et rendre pour quatre siècles impossible , en portant au Rhin les frontières de l'empire.
Depuis soixante ans, nous le savons, cette conquête de la Gaule était commencée, et les peuples établis de Genève à Toulouse reconnaissaient l'autorité du sénat. De Narbonne et d'Aix, leurs deux colonies, les Romains surveillaient la Gaule chevelue où s'opéraient alors de grands changements. Dans chaque cité, dans chaque bourg, et presque dans chaque famille, dit César, il y avait deux partis. Les druides, en effet, et les nobles avaient été contraints de faire au peuple sa part dans le gouvernement ; mais ces nouvelles républiques étaient livrées à tous les orages que soulevaient les ambitions rivales ou mécontentes. Vers le temps du consulat de César , un chef arverne avait péri sur
paux peuples se trouvaient à l'extré- dures. A l'orient de ces peuples habi-
mité de la ligne immense qu'elle for- taient les Barbares, qui devaient hériter
mait, les Scmnons au nord entre l'Elbe ïes premiers de l'empire romain; 6ur
et l'Oder, les Marcomans au sud-ouest les bords de la Baltique les Burgondes,
entre le Mein et le Danube. C'est de là les Guttons ou Goths, les Rugtens, les
que les Suèves menaçaient la Gaule. A Hérules, et sur les deux rives de l'Elbe
côté d'eux dans la partie centrale et les Langobards et les Angles. Enfin à
montagneuse, se trouvaient encore les l'est de la Bohême (dans la Moravie) les
Celtes , les Chérusques et les Hcrmon- Quades.
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un bûcher pour avoir voulu rétablir la royauté proscrite , et en ce moment, trois nobles chez les Helvètes, les Séquanes et les Édues, conspiraient la chute du gouvernement démocratique. En outre, tous ces peuples étaient rivaux; chaque année la guerre éclatait sur mille points. Fiers du titre d'alliés de Home, les Édues avaient opprimé leurs voisins. Une ligue s'était formée contre eux, entre les Arvernes et les Séquanesqui, doutant de leur force, avaient pris à leur solde quinze mille Suèves , avec leur chef Arioviste. Les Édues avaient été battus; mais les Séquanes n'avaient pas pu décider Arioviste à repasser le Rhin. Sous divers prétextes , il avait attiré huit fois autant de guerriers qu'il en avait promis , et il avait exigé pour eux un tiers du territoire séquanais. Les deux peuples gaulois réunis par une commune oppression , s'étaient levés en masse contre le roi germain , et ils avaient essuyé à Magetobriga une sanglante défaite qui avait rendu Arioviste plus avide et plus cruel. Maintenant il voulait un autre tiers des terres séquanaises pour ving-cinq mille Harudes , ses alliés. Les Édues réclamèrent alors le secours de Rome. On apprit en même temps que les Helvètes, fatigués des continuelles incursions des Suèves, voulaient émigrer sur les bords du grand Océan. Ils s'étaient donné trois ans pour achever leurs préparatifs ; la troisième année tombait sous le proconsulat de César. Il courut à Genève , coupa le pont de cette ville , et , en quelques jours, éleva , sur la rive gauche du Rhône , un mur haut de seize pieds et long de dix-neuf mille pas. Les Helvètes, forcés de prendre par le Jura, traversèrent le pays des Séquanes, mais, aux bords de la Saône, ils retrouvèrent César qui écrasa leur arrière-garde, puis, dans une grande bataille, toute leur armée; ceux des quarante mille Barbares qui survécurent livrèrent leurs armes, et, par Tordre du proconsul, regagnèrent leurs montagnes.
Cette guerre terminée , César se trouva en face d'Ariovistc. 11 lui fit proposer une entrevue : « Si j'avais besoin de César, répondit le Germain, je serais allé le trouver; César a besoin de moi , qu'il vienne. » Le proconsul ayant répliqué par des menaces : « Personne ne s'est encore attaqué à moi, dit le Barbare, sans s'en être repenti. Quand César le voudra, nous mesurerons nos forces , et il appren*» dra ce que sont ces guerriers qui , depuis quatorze ans,
n'ont pas dormi sou» un toit. » En môme temps, les Édues annonçaient que les Harudes envahissaient leurs terres, et les Trévires que de nouvelles troupes fournies par les cent cantons des Suèves, s'approchaient du Rhin. La Germanie tout entière s'ébranlait , il n'y avait pas un instant à perdre pour refouler cette invasion, dont Ariovisle n'était que lavant-garde.
César avança jusqu'à peu de distance du Hhin, malgré les terreurs qui saisirent les soldats aux récits des habitants sur la haute taille et l'indomptable courage des Germains. Une bataille acharnée mit les barbares en fuite. Arioviste repassa le fleuve, blessé, avec quelques-uns des siens ; et, à cette fatale nouvelle qui répandit la joie dans la Gaule, les Suèves rentrèrent dans leurs forêts. Deux guerres foN miriables étaient terminées dans une seule campagne (58).
Conquête 4e la Belgique (57), de l'Arraorluue et de l'Attul»
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Durant l'hiver , les Belges , alarmés du voisinage des lé* , gions , se réunirent en assemblée générale et votèrent une levée en masse. Deux cent quatre-vingt-dix mille hommes devaient être prêts au printemps. César arma en Italie deux nouvelles légions, et les dirigea sur la Belgique , dont les Rèmes lui ouvrirent tous les chemins. Sur les bords de l'Aisne , il rencontra trois cent mille barbares renommés comme les plus braves de la Gaule. Une diversion faite par l'armée éduenne décida les Bellovaques à courir à la défense de leurs foyers , les autres peuplos suivirent ce fatal exemple, et César n'eut qu'à faire charger sa cavalerie pour changer cette retraite en une fuite désordonnée. Pendant tout un jour les Romains tuèrent , sans péril pour eux-mêmes (57).
La coalition dissoute, il fallait dompter l'un après l'autre tous ces peuples; les Suessions, les Bellovaques et les Ambiens ne résistèrent même pas ; mais les Nerviens réunis aux Atrébates et aux Véromandues attendirent les légions derrière la Sambre et faillirent les exterminer. Toute l'armée nervienne se fit tuer. « De nos six cents sénateurs, disaient les vieillards à César, il en reste trois; de soixante mille combattants , cinq cents ont échappé. » Cette journée, une de celles où César combattit pour la vie, mit 1s Belgique à ses pieds. Les Atuatiques seuls étaient encore en
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armes , il força leur principale ville ; cinquante-trois mille furent vendus.
Pendant cette expédition, le jeune Crassus, détaché avec une légion, parcourait le pays compris entre la Seine et la Loire sans rencontrer de résistance. Dès la seconde campagne (57), la Gaule semblait soumise, et plusieurs peuplades germaniques de la rive droite du Rhin envoyaient au vainqueur d'humbles députations. César laissa cependant sept légions en quartiers d'hiver au nord de la Loire pour surveiller l'Armorique, la huitième, envoyée avec le lieutenant Galba chez les Véragres, dans le Valais, devait ouvrir à travers les Alpes Penniues une route facile et courte, entre la Celtique et l'Italie.
(56) César était en lllyrie, quand il apprit que la légion de Galba, attaquée par les montagnards, avait failli être détruite, et que toute l'Arraorique était soulevée. Il accourut et attaqua lui-même les Yénètes,qui, comptant sur leurs deux cents navires , acceptèrent une bataille navale où toute leur flotte fut détruite. Ce désastre , dans lequel succomba r élite de la nation , amena la paix, Pour les Venètcs , elle fut cruelle ; ce qui restait de leur sénat périt dans les supplices , le reste de la population fut vendue. Sabinus , au nord, avait dispersé l'armée des Aulerques.des Éburoviques, des Unelles et des Lexoves. Au sud, Crassus avait pénétré sans obstacle jusqu'à laGaronne, franchi ce fleuve , battu cinquante mille hommes que guidaient des officiers espagnols formés à l'école de Sertorius , et reçu la soumission de
Eresque toute l'Aquitaine. Dans la Belgique , enfin , rien ne ougeait; les Morins seuls et les Ambiens avaient pris les armes : César alla lui-même les chercher , mais sans pouvoir les atteindre. Cette année, la Gaule entière, des Pyrénées à la nier du Nord , avait vu les légions victorieuses.
Expéditions ou delà du Rhin et en nrctngne (*5-*4)j soulèvement* partiels en Ciaule (&4-S3).
Mais durant l'hiver, quatre cent cinquante mille Usipiens et Tenctères, refoulés par les Suèves, franchirent le Rhin. Malgré les neiges , César repassa précipitamment les Alpes. Les Germains, trompés par une trêve, furent surpris et la horde acculée sur la langue de terre qu'enveloppent à leur confluent le Rhin et la Meuse, périt presque
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entière. Cette invasion et les secours que, l'année précédente, les Armoricains avaient reçus de la Bretagne, apprirent à César que , pour n'être pas troublé dans sa conquête, il fallait isoler la Gaule de la Bretagne et de la Germanie. Il passa donc le Rhin , effraya les tribus voisines, et revint frapper un autre coup sur la Bretagne. Le débarquement fut difficile; on prit terre, cependant, après un combat au milieu des flots. Mais on était alors à l'époque de la pleine lune et près de l'équinoxe; la marée, favorisée par un vent violent , dispersa une escadre qui amenait à César sa cavalerie , et brisa ses navires de enarge. Ce désastre rendit le courage aux insulaires; ils assaillirent une légion au fourrage et bientôt le camp lui-même. Rudement reçus et désespérés par une sortie , ils retombèrent dans le découragement, César en profita pour parler en maître, exiger des otages et repasser en toute bâte sur le continent. Ils disparurent, dit un ancien chroniaueur, comme disparaît sur le rivage de la mer, la neige qu a touchée le vent du midi.
Cette retraite ressemblait trop à une fuite , pour que César, qui venait d'être proroge dans son commandement pendant cinq années encore, ne fût pas pressé de recommencer cette expédition. L'armée descendit aux mêmes lieux et fit essuyer aux Barbares une première défaite , mais une tempête avait encore détruit une partie des vaisseaux. César s'occupa avant tout de réparer le désastre et de mettre sa flotte a sec dans son camp. Ces précautions prises, il retourna et força , malgré Cassivellaun , le passage de la Tamise, et par la prise de la ville, l'amena à traiter. Les Bretons livrèrent des otages, promirent un tribut annuel, et le proconsul, qui n'en demandait pas davantage, repassa sur le continent.
Dans sa première campagne , César avait refoulé les Helvètes dans leurs montagnes, les Suèves au delà du Rhin, c'est-à-dire asservi l'est de la Gaule; dans la seconde, le nord avait été conquis; dans la troisième l'ouest; dans la quatrième, il avait montré aux Gaulois, par ses deux expéditions de Bretagne et de Germanie , qu'ils n'avaient rien a attendre de leurs voisins; et il venait, dans la cinquième, de renouveler cette leçon en portant de nouveau dans la Bretagne ses aigles victorieuses. On regardait donc la guerre des Gaules comme finie; elle n'avait pas encore commencé. Jusqu'alors, quelques peuples avaient séparément com-
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battu ; bientôt ils se levèrent tous à la fois. César, pour les tenir asservis , avait cependant appelé à son aide l'expérience si profonde des généraux romains en cette nature. Partout il avait favorisé l'élévation de quelques ambitieux qui lui livraient l'indépendance de leurs cités, ou formé un parti romain qui, dominant l'assemblée publique et le sénat, gênait leur action et trahissait leurs conseils. Un autre moyen d'influence dont il s'était habilement saisi , était la tenue des états de la Gaule, réunion annuelle des députés de tous les peuples. La paix la plus profonde semblait donc régner. Ce calme trompeur et l'apparente résignation des chefs gaulois, aux états qu'il tint à Samarobriva, chez les Ambiens , lui inspirèrent une entière sécurité , et la disette ayant rendu les vivres rares , il dispersa ses huit légions sur un espace de plus de cent lieues.
Cependant il existait un vaste complot dont un chef éburon , Ambiorix, et le Trévire Indutiomar étaient l'âme. On devait prendre les armes dès que César serait parti pour l'Italie, appeler les Germains et assaillir les légions dans leurs quartiers , en coupant rigoureusement entre elles les communications. Le secret fut bien gardé; mais un mouvement prématuré des Carnutes retint César en Gaule. Ambiorix qui le croyait déjà au delà des Alpes, éclata de son côté par le massacre de toute une légion et l'attaque du camp de Q. Cicéron. Dans le même temps, Indutiomar , chez les Trévires , soulevait le peuple et menaçait le camp de Labiénus. Au nord et à Test de la Loire , le mouvement devint général. Les Édues et les Rèmes restaient seuls traîtres à la cause nationale.
Malgré sa vigilance , César ne savait rien. Depuis douze jours, une de ses légions était détruite; depuis une semaine Q. Cicéron était assiégé , et pas un messager n'avait pu arriver jusqu'au quartier général, à Samarobriva. Un esclave gaulois passa cependant, et apprit au proconsul l'extrémité où son lieutenant était réduit. César n'avait sous la main que sept mille hommes, et les assiégeants étaient au nombre de soixante mille; néanmoins il attaqua et dégagea le camp de Cicéron où il n'y avait pas un soldat sur dix qui fût sans blessure.
Le bruit de ce succès arrêta un instant la révolte, mais bientôt, Indutiomar fit reprendre les armes aux Trévires et attaqua le camp de Labiénus; celui-ci se laissa insulter
plusieurs jour». Puis, un soir qu'Indutiomar se retirait avec quelques-uns des siens sans ordre , Labiénus fit ouvrir les portes et lança sa cavalerie , le Trévire tomba percé de coups et sa mort dispersa son armée. A l'assemblée générale que tint le proconsul à Samarobriva , les Sénons, les Carnules et les Trévires refusèrent d'envoyer leurs députés. César envahit leurs terres; l'intervention des Édues sauva les Sénons, Les Carnutes durent aussi leur salut à la médiation des Rèmes. Toute la colère du proconsul allait tomber sur Ambiorix et les Éburons. Pour rendre sa vengeance complète , il les cerna. Les Ménapiens , leurs voisins au nord , furent forcés au milieu de leurs marais. Les Trévires qui les touchaient par le sud, furent écrasés par Labiénus. Puis tournant à l'est pour fermer la Germanie au peuple qu'il voulait proscrire. César jeta un pont sur le Rhin , battit au loin l'autre rive , défendit aux tribus qui l'habitaient toute relation avec la Gaule; et certain alors que les Éburons ne pouvaient lui échapper , il revint sur eux et les livra à l'extermination. Ambiorix , traqué comme une bête fauve, fut poursuivi de retraite en retraite; l'intrépide chef échappa. De retour sur le territoire rémois , César réunit l'assemblée générale, et fit exécuter le Séitonais Accon et les auteurs du soulèvement des Carnutes.
Révolte générale, slcgc d.llésla (*»),
Ces exécutions augmentèrent la haine du nom romain , et, durant l'hiver que César passa en Italie, un nouveau soulèvement fut préparé. Pour que l'engagement fût irrévocable, on porta les drapeaux militaires dans un lieu écarté, et sur ces enseignes, les députés de tous les peuples ligués jurèrent de prendre les armes dès que le signal serait donné. 11 partit du pays des Carnutes. Tous les Romains établis à Génabum, grande ville de commerce sur la Loire, furent égorgés; le même jour, la nouvelle en fut portée par des crieurs disposés sur les routes jusqu'à Gergovie, à cent cinquante railles de distance. Là vivait un jeune et noble Arverne, dont le père avait autrefois voulu usurper la royauté. Dès qu'il apprit le massacre de Génabum , il souleva son peuple, se fit investir du commandement militaire, sous le titre de Vercingétorix , et, déployant l'activité gue réclamaient les circonstances, il provoqua la réunion <ruu conseil suprême des villes confédérées. De
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la Garonne à la Seine , tous les peuples répondirent à son appel , et on lui déféra à lui-môme la conduite de la guerre. Ainsi les Arvernes et le centre de la Gaule, restés jusqu'à présent étrangers à la lutte, allaient y prendre le premier rôle.
Le vercingétorix poussait activement les préparatifs , et donnait à la ligue une organisation qui avait jusqu'à présent manqué à toutes les tentatives des Gaulois. Son plan d'attaque aussi fut habile; un de ses lieutenants, Luctere, descendit au sud pour envahir la Province , tandis que luimême marchait au nord contre les légions, mais sur son chemin il s'arrêta pour soulever les Bituriges, clients des Édues , et ce délai permit à César d'arriver d'Italie. En peu de jours il organisa la défense de la Province, chassa l'ennemi , franchit les Cévennes malgré six pieds de neige , et porta la désolation sur le territoire arverne. Puis , repassant les montagnes, il longea le Rhône et la Saône à marches forcées, traversa, sans se faire connaître, tout le pays des Édues et arriva au milieu de ses légions. L'audace et la prodigieuse activité du proconsul avaient en quelques jours déjoué le double projet du général gaulois.
Les premiers coups de César furent contre Génabum. Une attaque impétueuse des légions au milieu même de la nuit réussit; tout fut tué ou vendu; sur le pont de Génabum , César passa la Loire et enleva encore la première » ville des Bituriges qu'il rencontra , Noviodunum. Le vercingétorix , accouru pour la sauver, vit sa chute; il comprit qu'avec un tel adversaire il fallait une autre guerre. En un seul jour vingt villes des Bituriges furent par eux-mêmes livrées aux flammes; les autres peuples imitèrent cette héroïque résolution. On voulait affamer l'ennemi, mais on n'alla pas jusqu'au bout; la capitale du pays, Avaricum, fut épargnée ; aussitôt César y courut. En vingt-cinq jours, on construisit des tours d'attaque et une terrasse longue de trois cent trente pieds sur quatre-vingts de hauteur. César raconte que dans une tentative des assiégés pour détruire ses ouvrages, un Gaulois, placé en avant d'une porte, lançait sur une tour embrasée des boules de suif et de poix pour activer l'incendie. Frappé par un trait parti d'un scorpion , il tomba , un autre prit aussitôt sa place , un troisième succéda à celui-ci également blessé à mort, puis un quatrième, et tant que l'action dura, ce poste mortel ne fut
pas vide un seul instant. La place fut prise cependant, et de quarante mille soldats ou habitants qu'elle renfermait, huit cents à peine échappèrent.
Les provisions que César trouva dans Avaricum le nourrirent le reste de l'hiver ; le printemps venu , il détacha Labiénus avec quatre légions contre les Sénons et les Parises, tandis que lui-même il conduisait le reste de l'armée contre les Arvernes. Mais le verciugétorix couvrait la place, une attaaue réussit mal. Sans la dixième légion , l'armée était perdue, quarante centurions périrent. César se décida à rejoindre Labiénus, mais cette marche ressemblait à une fuite. Les Édues, croyant que César ne s'en relèverait pas, massacrèrent dans toutes leurs villes ses recrues et les marchands italiens. Cette défection mettait l'armée dans un tel péril, que plusieurs conseillaient au proconsul de regagner la Province. Mais s'il était vaincu en Gaule , il était proscrit à Rome. 11 rejeta donc tout projet de retraite et s'enfonça hardiment au Nord, laissant cent mille Gaulois entre lui et la Narbonaise.
La ligue du Nord avait pris pour chef l'Aulerque Camulogène , vieux guerrier habile et actif , qui avait porté à Lutèce son quartier général. Cette ville, alors renfermée tout entière dans une île de la Seine , était défendue au sud par les marais de la Bièvre. Quand Labiénus voulut attaquer de ce côté, il ne put même approcher de la place. Il rétrograda jusqu'à Melodunum (Melun), saisit toutes les barques qu'il trouva sur le fleuve, enleva ce bourg et passa sur l'autre rive pour attaquer Lutèce par le nord. Camulogène craignant d'y être forcé, brûla les villes et les ponts, puis se retira sur les hauteurs de la rive gauche. Il savait que les Bellovaques s'armaient sur les derrières de Labiénus, et il voulait forcer ce général à recevoir bataille adossé à un grand fleuve et enveloppé par deux armées. Mais Labiénus trompa sa vigilance et passa la Seine sur un point où Camulogène ne pouvait lui opposer que le tiers de ses forces. Le vieux chef essaya de rejeter les Romains dans le fleuve; une action sanglante s'engagea ; Camulogène y périt avec presque tous ses guerriers. A ce succès Labiénus ne gagnait que sa retraite, il se hâta d'atteindre le territoire sénon. César y était déjà arrivé.
Une nouvelle assemblée de tous les députés de la Gaule confirma au verciugétorix le commandement suprême.
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Trois peuples évitèrent seuls d'y paraître : les Lingons , les Rèmes et les Trévires. Par leur moyen , César , qui manquait de cavalerie , soudoya plusieurs bandes de Germains qu'il monta avec les chevaux de ses tribuns et des chevaliers. Il rencontra le vercingétorix non loin de la Saône. Les cavaliers gaulois avaient juré qu'ils ne reverraient jamais leurs femmes ni leurs enfants s'ils ne traversaient au moins deux fois les lignes ennemies. César courut les plus grands dangers et laissa même son épée aux mains de 1 ennemi. Mais ses légionnaires reçurent bravement celte charge furieuse, et poursuivirent à leur tour l'ennemi qui s'enfuit en désordre jusque sous les murs d'Alésia.
Alésia, assise sur le plateau d'une colline escarpée, passait pour une des plus fortes places de la Gaule. En avant de ses murs, sur les flancs de la colline, le vercingétorix traça un camp pour son armée qui comptait encore quatrevingt mille fantassins et dix mille cavaliers. César conçut l'audacieuse pensée de terminer d'un coup la guerre en assiégeant à la fois la ville et l'armée. Alors commencèrent de prodigieux travaux. D'abord un fossé de vingt pieds de large sur onze mille pas de développement, derrière celui-là un second fossé de quinze pieds de profondeur , puis un troisième dans lequel il jeta une rivière. Le dernier bordait une terrasse de douze pieds de haut, surmontée de crénaux, palissadée sur tout son pourtour de troncs d'arbres fourchus , et flanquée de tours à quatre-vingts pieds de distance l'une de l'autre. En avant des fossés il plaça cinq rangées de chevaux de frise , huit lignes de pieux enfoncés en terre , et dont la pointe était cachée sous des branchages; plus près encore du camp ennemi il sema des chausses-trapes armées d'aiguillons acérés. Tous ces ouvrages furent répétés du côté de la campagne où la contre vallation avait un circuit de seize milles. Cinq semaines et moins de soixante mille hommes suffirent à cette tâche.
Le vercingétorix renvoya sa cavalerie, deux cent quarante-huit mille guerriers d'élite se rassemblèrent de tous les points de la Gaule pour délivrer leurs frères, mais ils vinrent se briser contre l'inexpugnable rempart des légions. Après avoir supporté plusieurs assauts inutiles, César attaqua lui-même , repoussa les Gaulois , tailla en pièces leur arrière-garde, et jeta dans leurs rangs une terreur panique
qui les dispersa. Cette fois , la Gaule était bien vaincue, et pour toujours.
La garnison d'Alésia n'avait plus qu'à accepter la capitulation qu'il plairait au vainqueur d'accorder. Le vercingétorix , espérant adoucir le proconsul en faveur de ses frères ; vint se livrer lui-même. Monté sur son cheval de bataille et couvert de sa plus riche armure , il sortit seul de la ville , arriva au galop jusqu'en face du tribunal de César , et sautant à bas de son cheval , jeta au pied du Romain , impassible et dur, son javelot , son casque et son épée. Les licteurs l'emmenèrent. César lui fit attendre six ans son triomphe et la mort.
Derniers mouvements (Si); memire» prl»e« pour pacifier
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César n'osa pourtant pas aller hiverner au delà des Alpes, il fallait surveiller les Gaulois du nord et de l'ouest, qui n'avaient pris qu'une faible part à la dernière lutte et qui armaient en secret. Au milieu de l'hiver il tomba sur les Bituriges , et portant dans tout le pays le fer et la flamme, il força cette population à fuir chez les nations voisines. Les Carnutes qui remuaient furent aussi sévèrement châtiés. Les Bellovaques s'étaient levés en masse. Le proconsul écrasa , au passage d'une rivière , leur meilleure infanterie et les força d'implorer sa clémence; toutes les cités du nord-est livrèrent comme eux des otages. César parcourut la Belgique , et rejeta encore une fois Ambiorix au delà du Rhin, puis il retourna demander des otages aux cités armoricaines et étouffer l'insurrection entre la Loire êt la Garonne. Bientôt il n'y eut plus de guerre que chez les Cadurques à Uxellodunum ; ce rut en coupant 1 eau aux assiégés qu'on les força de se rendre. César, qu'une telle guerre à la longue aurait ruiné, voulut faire un terrible exemple , il fit trancher les mains à tous ceux qu'il trouva dans Uxellodunum.
Cette odieuse exécution fut le dernier acte de cette guerre terrible qui ferma glorieusement la liste des conquêtes de la république romaine. César y avait employé huit années , dix légions et les inépuisables ressources de la discipline romaine, de son génie militaire, de son incomparable activité. La Gaule domptée par les armes , il passa une année encore (60), à la gagner, à lui faim ou-
LE PREMIER TRIUMVIRAT
bliér sa défaite. Point de confiscations, d'impôts onéreux; aucune de ces mesures violentes et vexatoires dont tant de proconsuls avaient donné l'exemple. La Gaule Chevelue fut réduite en province , mais les villes conservèrent leurs lois et leur gouvernement; le seul signe de la conquête fut un tribut de quarante millions de sesterces. Suivant les traditions de la politique romaine, il en accorda à certaines villes l'exemption, d'autres prirent son nom et entrèrent dans sa clientèle. Par ces ménagements habiles, il associa la Province à ses vues personnelles d'ambition , et se créa, dans ses ennemis de la veille, des instruments intéressés pour Poppression de sa patrie.