DE CÉSAR
clodius et milon. — conference de lucques ; expédition de crassus contre Les parties (64). — interrègne (53-52); pompée seul consul; EXIL DE MILON (52). — ATTAQUES CONTRE CÉSAR ; CURION (51-49).
Clodiu* et rallon.
Tandis qu'aux moyens d'influence que nous lui connaissons déjà) César ajoutait le plus dangereux de tous pour la liberté , le prestige de la gloire , que devenait la république? Nous avons laisse Clodius, maître du forum, de l'aveu des triumvirs. Mais ce personnage était trop ambitieux pour se contenter longtemps de servir d'instrument à l'ambition d'autrui. D'abord , pour assouvir sa vengeance, à la tête d'une bande armée , il renversa la maison de Cicéron sur le Palatin et consacra remplacement à la déesse de la Liberté. Vatinius, le principal agent de César durant son consulat, était cité devant le préteur. Clodius renversa le tribunal et chassa les juges. Pompée avait donné en garde à un de ses amis le jeune Tigrane, son prisonnier; le prince gagna à prix d'argent le tribun qui le fit évader, et pour protéger sa fuite, attaqua et tua ceux qui le poursuivirent. C'était une offense directe au triumvir, d'autres suivirent. Pompée lui-môme , sans cesse en butte aux railleries et aux sarcasmes, en vint à désirer le retour de l'exilé. Quelques tribuns en firent la proposition ; tout le sénat et le consul Gabinius les appuyaient, mais Clodius lança ses gens; le consul fut blessé, l'assemblée dissoute et l'affaire re
mise. Ce succès l'ébloui t, il crut pouvoir s'attaquer impunément à l'autre triumvir , et il demanda au sénat de casser les lois juliennes comme ayant été rendues contrairement aux auspices. 11 y avait cependant par trop d'audace à vouloir lutter à la fois contre César et Pompée. De ce jour , César cessa de s'opposer au retour de Cicéron. Et tous les magistrats pour Tannée suivante, furent des adversaires de Clodius, à l'exception du préteur Appius, son frère.
Le 1er janvier 57 , les nouveaux consuls demandèrent le rappel de Cicéron , et le sénat rendit le décret le plus honorable pour l'exilé. Mais Clodius, quoique simple particulier, arrêtait tout avec l'aide des siens; Cicéron conseilla de le battre avec ses propres armes, et un tribun , Milon, homme de main , enrégimenta, comme Clodius, des gladiateurs et des soldats. Telle était l'impuissance des lois et des magistrats, que rien ne se fit plus que sous la protection de l'une ou de l'autre de ces deux bandes de brigands armés. Maintes fois elles en vinrent aux mains , et le forum fut ensanglanté. Dans une de ces rencontres , Quintus , le frère de Cicéron, fut laissé pour mort et un tribun faillit être tué. Afin de rejeter sur leurs adversaires l'odieux de cet attentat, les amis de Clodius voulaient égorger un tribun , leur partisan , puis accuser Milon de ce meurtre. Celui-ci, à la fm, l'emporta; la loi fut acceptée (4 août), et, après dix-sept mois d'absence , Cicéron rentra dans Rome, porté, dit-il , par les bras de toute l'Italie.
Quelques jours après son retour, une disette momentanée causa une émeute. Cicéron se hâta de payer à Pompée sa dette de reconnaissance en demandant au sénat qu'il fût chargé pour cinq ans de l'intendance des vivres , avec la surveillance des ports et marchés par tout l'empire. Pour lui-même il pressait les pontifes de déclarer nulle la consécration faite par Clodius de l'emplacement de sa demeure. Sur l'avis favorable du collège , le sénat ordonna la reconstruction de sa maison et de ses villas, et lui assigna des indemnités. Mais Clodius dispersa les travailleurs et faillit tuer Cicéron. Une autre fois , il essaya d'incendier la maison de Quintus et celle de Milon. Accusé par celui-ci de violences, il les continua, tout en briguant Fédilité. Quand il l'eut, il accusa Milon à son tour. Pompée le défendit ; mais Clodius ameuta la foule autour du tribunal et infligea
LE PBEMIER TRIUMVIRAT.
au grave personnage les plus sanglantes moqueries. Une autre affaire augmenta la mortification de Pompée; il désirait vivemeut qu'on le chargeât de rétablir Ptolémée Aulètes que les Alexandrins avaient chassé. On donna cette mission au gouverneur de la Cilicie. Clodius continuait en même temps la guerre contre Cicéron qui , soutenu de Milon, brisa dans le Capitole les actes de son tribunat. L'ancien consul recourait donc, lui aussi , à la violence et méritait les reproches sévères de Caton, alors de retour de Chypre avec sept mille talents pour le trésor.
Conférence de JLucquea expédition de Crassu* contre
Tandis que la capitale du monde romain était livrée à ces misérables intrigues , César poursuivait sa glorieuse carrière. Il ne paraissait attaché qu'à combattre les Belges, les Suèves ou les Bretons , et cependant , sans qu'on s'en doutât, il était dans la ville au milieu du peuple. L'or, l'argent, les dépouilles conquises, tout allait à Rome, pour y être partagé entre les édiles , les préteurs , les consuls même et leurs femmes. Aussi, quel concours à ses quartiers d'hiver, qu'il tenait toujours sur l'extrême frontière de sa province! En 56, il vint à Lucques, où il hivernait , une telle foule de grands personnages , qu'on voyait chaque jour à sa porte cent vingt faisceaux. Crassus aussi et Pompée y vinrent. Le triumvirat fut renouvelé. La guerre des Gaules
lui , pour un peu de temps encore, la police dans Rome; Pompée s'en chargea; César n'avait garde de refuser.
Les résultats de cette conférence parurent bientôt. Quand les triumvirs furent de retour , ils briguèrent tous deux le consulat. Tous les autres candidats se retirèrent , excepté Domitius. Mais le jour du vote, quand il se présenta sur la place , on tua l'esclave qui le précédait , et lui-même , il fut obligé de fuir avec Caton blessé. Pompée et Crassus furent élus; ils remplirent toutes les autres charges de leurs créatures , et se firent donner , par un plébiscite que provoqua le tribun Trébonius, Pompée l'Espagne, et Crassus la Syrie , pour cinq ans. César était prorogé pour le même temps dans son commandement.
La république ainsi partagée entre ses trois maîtres, l'année 55 s'écoula sans événements importants. Crassus n'en
les Parthetf (»4).
n'étant pas finie, César avait besoin
elqu'un fit pour
attendit pas la fin pour gagner «on gouvernement. Depuis seize ans il n'avait pas paru dans les camps, et dans ces seize années , Pompée avait soumis l'Asie et César la Gaule; il avait hâte de renouveler le souvenir de ses anciens succès et d'égaler la gloire de ses deux rivaux. Le proconsul des Gaules avait pénétré aux extrémités de l'Occident ; il voulait, lui , aller par delà le Gange, chercher les dernières limites de l'Orient. Une opposition inattendue éclata contre cette guerre nouvelle. Aux portes delà ville, Crassus trouva le farouche Atéius, un des tribuns, qui, sur un brasier ardent, prononçait contre lui, contre son armée, contre Rome môme, les plus terribles imprécations.
Depuis l'administration de Pompée, la face des choses n'avait pas changé dans l'Orient. Mais Gabinius avait montré le parti qu'un gouverneur pouvait tirer de la Syrie. Il s'était loué a Ptolémée Aulètcs au prix de dix mille talents et après l'avoir rétabli sur le trône d'Égypte il lui avait vendu la moitié de son armée. A Rome , on l'accusa d'attentat à la majesté du peuple romain j il acheta son absolution. Mais dans un second procès où Cicéron eut la faiblesse de le défendre pour complaire à Pompée, il lésina avec ses juges et il fut condamné à l'exil. C'est lui que Crassus remplaçait. Le triumvir était parti avec le projet arrêté d'attaquer les Parthes. Sans se donner le temps de prendre connaissance du pays, de nouer d'utiles intrigues avec les mécontents , et avec les peuples du voisinage , qui lui eussent fourni des guides et une nombreuse cavalerie, Crassus se hâta de passer l'Euphrate , prit quelques villes , dispersa quelques troupes, sans beaucoup d'efforts, et se fit proclamer imperator pour ces légers succès. Puis au lieu d'avancer hardiment sur Rabylone et Séleucie, deux villes qui haïssaient la domination des Parthes, il retourna hiverner en Syrie, où il laissa son armée perdre sa discipline et son courage dans la mollesse et la licence. Lui-môme , malgré ses soixante et un ans, il ne s'occupait qu'à visiter les temples pour en ravir les trésors ; celui de Jérusalem fut pillé comme l'avait été celui d'Hiérapolis. Artavasde, le roi d'Arménie, offrait le passage par son royaume, où l'armée romaine trouverait des vivres, des roules sûres et un terrain favorable à sa tactique; Crassus refusa. Il franchit une seconde fois l'Euphrate à Zeugma, avec sept légions et quatre mille cavaliers, et, trompé par un chef arabe, s'en-
LE PREMIER TRIUMVIRAT
fonça à travers la Mésopotamie dans une mer de sables où bientôt tout manqua aux soldats, surtout la confiance dans leurs chefs (53).
Les Parthes avaient divisé leurs forces. Le roi Orode» avait marché au nord pour arrêter le roi d'Arménie , et le surona, ou généralissime , réunissait à l'ouest son immense cavalerie pour envelopper la pesante infanterie romaine. Quand ces cavaliers se précipitèrent sur les légions, les rangs serrés résistèrent au choc; mais les armes des Romains leur devinrent inutiles. S'ils avançaient, les Parthes fuyaient; s'ils s'arrêtaient, les escadrons tournaient autour de cette masse immobile et la criblaient de traits. L'infanterie légère , lancée contre eux , se réfugia bientôt en désordre derrière les légions. Le jeune Crassus chargea alors à la tête de treize cents chevaux, dont mille cavaliers gaulois. Les ennemis cédèrent, et l'attirèrent loin du champ de bataille avec une partie de l'infanterie qui le suivait, à la vue de l'ennemi fuyant, puis ils firent volte-face et l'entourèrent, Après une lutte héroïque Crassus, criblé de blessures, se fit tuer par son écuyer pour ne pas être pris vivant. Les Parthes coupèrent sa tête et vinrent la promener en face des légions sous les yeux de son malheureux père. Aussitôt le combat recommença et dura jusqu'à la nuit avec les mêmes vicissitudes; les deux armées cam-* pèrent en face l'une de l'autre. Couché à terre dans un morne abattement , Crassus sondait l'abîme où son ambition l'avait jeté. En vain Cassius chercha à relever son cou-» rage, il fallut qu'il donnât lui-même l'ordre de la retraite. On abandonna quatre mille blessés et l'on gagna la ville de Carrhes, d'où la nuit venue, l'armée partit sans bruit. Mais, trompé par ses guides, le triumvir fut bientôt rejoint par les Parthes, et ses soldats effrayés le forcèrent à accepter une entrevue avec le suréna. C'était un guet-apens. Crassus et son escorte furent massacrés. Quelques faibles débris, purent passer l'Euphrale, que les Parthes à leur suite franchirent. Mais Cassius , parti de Carrhes avant son général et heureusement arrivé en Syrie, avait eu le temps d'organiser la défense : il les repoussa (53). Une seconde tentative qu'ils firent 6ous la conduite de Pacorus, fils de leur roi, ne réussit pas mieux, (52). Mais Bibulus, le successeur de Cassius, se laissa assiéger dans Antioche (51), et les Parthes menacèrent la Cilicio que Cicéron gouvernait,
Interrègne (&S et &t); Pompée »enl consul; exil de Mllon (ftt ).
Durant cette désastreuse expédition, Pompée était resté à Rome. 11 avait cherché à regagner le peuple par la magnificence des jeux qu'il donna à l'occasion de l'achèvement de son théâtre, où quarante mille spectateurs pouvaient trouver place. Puis son année consulaire passée, il était resté aux portes de Rome , voulant, s'il faut en croire Caton, se préparer, par l'anarchie, les voies à la royauté. 11 est vrai que la république était dans la plus déplorable situation. Littéralement tout se pesait au poids de l'or, le mérite des candidats , comme l'innocence des accusés. Mais un État ne
Eeut durer longtemps lorsqu'il n'y a ni justice dans les triunaux , ni vérité dans les élections. Cette dépravation de la conscience publique et de la morale privée, était arrivée à son comble. On venait de lire au sénat un marché scandaleux par lequel deux candidats au consulat avaient promis aux consuls en charge de procurer : Trois augures affirmant avoir assisté à la promulgation d'une loi curiate qui n'avait pas été promulguée; et deux consulaires déclarant s'être trouvés à une séance de règlement d'état des provinces consulaires, séance qui n'avait jamais eu lieu, quatre cent mille sesterces pour un double faux si audacieux, c'était supposer la conscience des augures et des consulaires à bien bon marché !
Qu'on se représente au milieu d'une telle société, Caton, alors préteur , allant nu-pieds et sans toge , siéger sur son tribunal ou faisant distribuer à la populace des raves , des laitues et des figues; et l'on comprendra que cette opposition , qui allait jusqu'au ridicule fût complètement impuissante. Cicéron avait à peu près rompu avec lui et se trouvait , après quelques velléités de résistance contre les triumvirs , décidément engagé avec eux. La conférence de Lucques et le renouvellement du triumvirat, au moment où il allait passer du côté de ceux gui attaquaient la loi agraire de César, l'avaient effrayé : et il s'était mis à faire en toute occasion l'éloge de César ; écrivant un poëme en son honneur et acceptant pour son frère un titre de lieutenant dans l'armée des Gaules. 11 ne s effrayait même pas de la dictature imminente de Pompée , et il en cause sans indignation. « Pompée en veut-il? N'en veut-il pas? Qui peut le dire? Mais tout le monde en parle. »
LE PREMIER TRIUMVIRAT
Les élections consulaires n'avaient pu en effet avoir lieu, et il y eut, en Tannée 53 , six mois d'interrègne ; l'interrègne recommença Tannée suivante (52). Milon , Scipion et Hypsœus demandaient le consulat les armes à la main ; chaque jour il y avait émeute , le sang coulait. Milon et Cloc lius s'étant rencontrés sur la voie Appienne , un combat s'engagea et Clodius fut égorgé. Ses amis allèrent chercher son cadavre et dressèrent le bûcher dans un temple où le sénat s'assemblait ; le temple fut brûlé. Us essayèrent d'incendier la maison de Milon , puis celle de l'interroi , mais des chevaliers, des sénateurs accoururent armés; on s'égorgea encore les jours suivants. Caton lui-même appuya la proposition que fit Bibulus, de nommer Pompée seul consul (25 février 52) .
Cet événement était grave , car il consommait la réunion de Pompée avec le sénat et sa rupture avec César. Depuis deux ans on prévoyait ce résultat. La mort de Julie (54), avait brisé un lien que tous deux auraient respecté, et celle de Crassus (53) les avait mis en présence. Si César avait ses légions, Pompée était seul consul, tout en gardant son proconsulat d'Espagne. La formule caveat consul lui donnait une autorité absolue , et un décret lui prescrivait de lever des troupes; s'il voulait un collègue, il pouvait le choisir lui-même, et ce ne fut qu'après cinq mois , le Vr août, qu'il s'associa Métellus Scipion. Il était donc maître enfin, et comme il le voulait, en sauvant les apparences , par les voies légales; il s'appliqua à justifier cette confiance du sénat.
Pour se débarrasser de Milon et de sa bande , il promulgua de nouvelles lois contre la violence et la brigue, et fit juger le meurtrier de Clodius ; les soldats dont il entoura le tribunal effrayèrent le défenseur, Cicéron , qui n'osa plaider. L'accusé s'exila à Marseille; quand il y reçut la Milonienne savamment recomposée par l'orateur dans le silence du cabinet : « S'il avait parlé comme il sait écrire, dit l'épicurien, je ne mangerais pas aujourd'hui d'aussi bon poisson. »
Clodius mort , Milon en exil , et leurs bandes dispersées,
le calme revint. La justice semblait moins vénale, le forum
n'était plus ensanglanté, la censure recouvrait ses droits ,
le sénat se reprenait à croire à sa puissance. Toutefois
Pompée se faisait proroger encore pour cinq ans dans son
proconsulat d'Espagne , avec le droit de prendre chaque année mille talents dans le trésor , et comme il n'était pas encore en mesure de rompre avec César, il le faisait autoriser à briguer, absent , un second consulat; mais avant de sortir lui-même de charge il Gt donner le consulat à Marcellus qui commença aussitôt la guerre contre le proconsul des Gaules (51).
Attaque* contre César; Curion (&f«10).
César avait donné le droit de latinité aux habitants de Novocomo dans la Transpadane. Pour montrer qu'il ne tenait aucun compte de ses actes, Marcel lus fit battre de verges un magistrat de cette ville ; et, comme celui-ci invoquait les droits qu'il tenait de César : « Les coups sont la marque de l'étranger , lui dit le consul ; va montrer à ton protecteur ton dos déchiré. >» Pompée, toujours incertain, hésitait cependant, et perdait un temps précieux. Tandis que son rival achevait en cette campagne sa longue guerre, lui , il allait près de Tarente soigner sa santé et philosopher * avec Cicéron ; mais en demeurant dans l'inaction et le silence , il laissa le sénat s'avancer et saisir le premier rôle ; de sorte que la question ne se trouva plus posée entre lui et César, mais entre César et l'aristocratie dont Pompée ne fut que le général. Les élections pour Tannée 50 ne furent déjà plus dans le sens de Pompée; les consuls désignés, JEm. Paullus et un autre Marceilus, étaient de zélés partisans du sénat, l ia nomination au tribunat du jeune Curion , dont la hardiesse égalait l'éloquence , parut encore une victoire aux ennemis de César ; mais Curion était criblé de dettes , César acheta secrètement le futur tribun.
Les pouvoirs de César finissaient au dernier jour de décembre 49; les grands ne voulurent pas attendre près de deux années encore, et le 1er mars de Tan 50 le consul Marceilus mit aux voix son rappel pour le 13 novembre de la présente année. La majorité allait adopter cet avis, lorsque Curion, louant la sagesse de Marceilus, ajouta que la justice et l'intérêt public voulaient que la même mesure fût appliquée à Pompée. Si l'on refusait , il opposerait son veto. Ce moyen était habilement choisi. Au milieu des partis, Curion semblait seul penser à la république et à la liberté. Continuant ce rôle de fausseté et d'hypocrite dévouement , qu'il jouait depuis si longtemps, Pompée offrit au sénat de
LE PREMIER TRIUMVIRAT
se démettre de ses pouvoirs , mais lorsque Curion le pressa d'exécuter cette promesse , il trouva des prétextes , des retards; et le résultat de la séance, où il avait apporté ces belles paroles d'abnégation , fut Tordre envoyé à César de remettre deux de ses légions à la disposition du sénat. Le décret portait, il est vrai, que chacun des deux proconsuls fournirait une légion pour la Syrie où Ton redoutait une invasion des Parthes, mais Pompée en avait jadis prêté une à César, il la redemanda. Ce fut donc le proconsul des Gaules qui envoya les deux légions. Au lieu de les expédier aussitôt pour l'Asie, le consul Marcellus les cantonna à Capoue.
La lutte devenait chaque jour plus imminente; cependant de ce côté des Alpes nuls préparatifs , nulle mesure de défense, et quand on demandait à Pompée avec quelle armée il arrêterait son rival s'il passait les monts : « En quelque endroit de l'Italie que je frappe du pied la terre, disait-il, il en sortira des légions. » Les consuls partageaient sa quiétude. Marcellus , le plus animé contre César, soumit encore une fois au sénat la question de son rappel que Curion, au nom de l'intérêt public , changea en celle-ci : « Les deux géuéraux doivent abdiquer en même temps? » trois cent soixante-dix voix contre vingt-deux approuvèrent; et au dehors les plus vifs applaudissements accueillirent le cou* rageux tribun. ««Vous l'emportez, s'écria Marcellus , mais vous aurez César pour maître. » Quelques jours après , sur le bruit que l'armée des Gaules passait les Alpes, il se rendit vers Pompée, lui remit son épée , et lui ordonna de prendre, pour la défense de la république , le commandement de toutes les troupes cantonnées en Italie. Curion traita cette démarche inouïe comme elle méritait de l'être, et s'opposa à la levée des troupes. Mais son tribunat finissait; il s'enfuit auprès de César, qui, grâce à lui, semblait maintenant une victime de Pompée et de la faction oligarchique. Toutefois deux autres partisans du proconsul, Cassius Longinusetson ancien questeur Marc-Antoine, allaient
{)rendre possession du tribunat. Leur veto n'empêcha pas e sénat de décréter le 1er janvier 49, que si, à un jour déterminé, César n'avait pas abandonné son armée et sa province, il serait traité en ennemi public. Des soldats pompéiens approchaient, les deux tribuns suivis de Curion, tous trois cachés sous des habits d'esclaves , s'enfuirent vers le camp de César. Avec eux la légalité semblait y passer.
LA GUERRE CIVILE ET LA DICTATURE DE CÉSAR* § I. LUTTE ENTRE CÉSAR ET POMPÉE.
TENDANCE DES ESPRITS VERS LA ROYAUTÉ ; CÉSAR PASSE LE RUB1CON (49) ET CONQUIERT L'ITALIE. — GUERRE D'ESPAGNE ET SIÈGE DE MARSEILLE; CÉSAR DICTATEUR. — COMBATS AUTOUR DE DYRRACHICM } PHARSALE (48J ; MORT DE POMPÉE.
Tendance de* esprits vers la royauté; César passe le Rublcon
(«•) et conquiert 1 Italie.
Ce ne fat pas la faveur du peuple qui fi t de César le maître de Rome, m son armée, ni son génie. La cause première, irrésistible , fut le besoin que l'empire avait d'un gouvernement enfin stable et régulier. Tout tendait à la monarchie, et depuis longtemps la perte des mœurs et de l'égalité , la désorganisation de l'empire et les vœux des classes tranquilles la rendaient inévitable. Qu'avaient été le tribunat de Caïus, les consulats répétés de Marius et de Cinna, la dictature de Syila, les commandements de Pompée, si ce n'est autant de royautés temporaires? Depuis un siècle , cette idée avait fait bien du chemin et rallié, à leur insu , bien des esprits, même les plus élevés. Cette paix que Lucrèce demande , ce repos que cherche Atticus dans l'éloignemcnt des affaires et l'amitié de tous les rivaux , les incertitudes même de Cicéron, ne sont-ce pas des indices du dégoût dont ces grands esprits étaient saisis , en face de cette désolante anarchie qu'on appelait encore la république romaine? « La république , disait Curion , mais abandonnez donc cette vaine chimère ! » « Ralliez-vous à nous , écrivait à Cicéron Dolabella , son gendre ; ralliez-vous à César, sous peine , en poursuivant je ne sais quelle république surannée, de ne courir qu'après une ombre. » C'était le mot de César : «Vain nom, ombre sans corps. » L'humanité avance, selon les temps, par le despotisme aussi bien que par la liberté : en ce moment, comme le vaisseau qui dans la tempête jette à la mer ses plus précieuses richesses; il fallait, même au prix de la
liberté, sauver Tordre, la paix, et la civilisation à la fin compromise dans ces longues tourmentes.
Pompée était arrivé à son but. Les consuls abdiquaient entre ses mains ; qu'il abatte César, c'est le dernier obstacle ; et il compte y réussir sans peine. Mais voici que tout à coup la nouvelle arrive que César a franchi le Rubicon, limite de sa province , et pris Ariminum ; que toutes ses forces sont en mouvement ; que la Gaule lui promet dix mille fantassins et six mille cavaliers; qu'enfin , les populations l'accueillent avec enthousiasme. « Où est ton armée ? » demande Volcatius à Pompée. « Frappe donc la terre, lui dit ironiquement Favonius, il est temps. »» Et Pompée, coupé de ses légions d'Espagne , était réduit à avouer qu'il ne pouvait défendre Rome contre César. On se retira à Capoue, tandis que Pisaurum , Ancône, Iguvium étaient prises. Un instant, la défection de Labiénus, le meilleur des lieutenants du proconsul , releva les courages ; mais pas un soldat ne le suivit , et César ne daigna pas même garder l'argent et les bagages du traître. Cette générosité politique, et la douceur qu'il montrait envers ses prisonniers, ébranlèrent le zèle de plusieurs. On citait ses lettres à Oppius et à Balbus : « Oui, j'userai de douceur, et je ferai tout pour ramener Pompée... La terreur n'a réussi qu'à faire détester mes devanciers... Sylla fait exception, mais je ne le choisirai jamais pour modelé. Prenons désormais pour appuis les bienfaits et la clémence. » Il faut certainement pardonner beaucoup à l'homme qui a renoncé si hautement aux mœurs politiques de son temps, en face d'un parti qui eût, sans nul doute, autrement usé de la victoire. César n'en poussait pas moins la guerre avec activité. La résistance de Domitius dans Corfinium l'arrêta sept jours ; et quand il arriva en vue de Brindes les consuls et l'armée étaient déjà de l'autre côté de l'Adriatique , à Dyrrachium. Durant ces opérations , Va* lérius avait chassé les pompéiens de la Sardaigne , et Curion soumis la Sicile. Soixante jours avaient suffi pour la conquête de l'Italie et des îles.
«lierre d'Espagne et alége de Marseille; Céoar dictateur.
Faute de vaisseaux, César ne pouvait poursuivre son rival ; il revint donc à Rome , où il trouva assez de sénateurs pour reconstituer un sénat qu'il opposa à celui qui siégeait dans le camp de Pompée. L'argent lui manquait,
il voulu L enlever celui du trésor, déposé dans le temple de Saturne. C'était l'or réservé pour les cas extrêmes , et une loi défendait d'y toucher, si ce n'est en cas d'invasion gauloise. Un tribun, L. Métellus, s'y opposa. « J'ai vaincu la Gaule, dit César; celle raison n'existe plus» d'ailleurs le temps des armes n'est pas celui des lois ; » et le tribun se plaçanl devant la porte pour empêcher qu'on la forçât, César menaça de le faire tuer : « Sache, jeune homme, qu'il m'est moins aisé de le dire que de le faire. » Métellus effrayé se retira.
Après avoir confié le gouvernement de la ville à Lépide, et celui de toutes ses troupes en Italie à Marc-Antoine , il partit pour l'Espagne. «Je vais, disait-il, combattre une armée sans général ; ensuite j'attaquerai un général sans armée. » Ce mot explique toute la guerre. Marseille, pompéienne de cœur, l'arrêta à son passage ; il la fit assiéger par Trébonius et Brulus, et franchit les Pyrénées. H se trouva, d'abord, dans une position difficile, campé dans un étroit espace entre la Sègre et la Cinca, cerné lui-même et affamé. En ce même temps, Curion, qui était passé de Sicile en Afrique, était défait et tué par Varus et Juba. Dolabella, que César avait chargé de lui construire une flotte sur TA* driatique avait été battu, en Ulyrie, et fait prisonnier. A ces nouvelles, Cicéron resté jusqu'à ce moment en Italie, passa du côté de Pompée. 11 n'y était pas arrivé que les événements avaient pris en Espagne une tournure inattendue. César avait construit des bateaux , franchi la Sègre , et attaqué à son tour. Pétréius et Afranius, les deux généraux pompéiens voulurent battre en retraite , mais il devina tous leurs plans, les prévint dans toutes les positions qu'ils voulurent occuper, les cerna ; et les deux généraux, contraints par leurs soldats , mirent bas les armes sans combat, 2 août 49. Varon qui commandait dans l'Ultérieure, ne pouvait faire aucune résistance; il parut à Cordoue devant César, qui lui enleva sa caisse militaire grossie par ses nombreuses exactions.
Cette province toute pompéienne, conquise et pacifiée, il partit en toute hâte pour Marseille dont les habitants, enfermés dans leurs murs par deux défaites sur mer, étaient réduits aux dernières extrémités. A l'arrivée de César, ils ' se décidèrent à traiter, ils livrèrent leurs armes , leurs navires et tout l'argent du trésor public. Là encore César
s'honora par sa clémence. 11 était sous les murs de Marseille, quand il apprit que, sur la proposition de Lépide, le peuple l'avait proclamé dictateur. Après avoir apaise une révolte de la neuvième légion à Plaisance, il prit cette charge, qu'il ne garda que onze jours, juste le temps d'accomplir quelques mesures nécessaires. Il n'abolit pas les dettes, mais seulement fit déduire du capital les intérêts payés, et accepter des créanciers en remboursement les meubles et les immeubles au prix où ils étaient avant la guerre. Au peuple , il fit une large distribution de blé. 11 rappela les bannis, Milon excepté, et supprima la seule loi politique de Sylla qui vécût encore , celle qui frappait les enfants des proscrits d'incapacité politique ; enfin il récompensa les Cisalpins de leur longue fidélité par la concession du droit de cité. Avant d'abdiquer, il présida les comices consulaires et se fit nommer avec Servilius lsauricus.
Combats autour de Dyrrachlum ; pharaale (49);
mort de Pompée.
A la fin de décembre 49 , César se rendit à Brindes , afin dépasser delà en Épire. «Pompée avait eu une année entière
Sour faire ses préparatifs. Aussi avait-il rassemblé une otte considérable, beaucoup d'argent et des vivres en abondance. Il avait neuf légions composées de citoyens romains, trois mille archers crétois, deux cohortes de frondeurs de six cents hommes chacune, et sept mille chevaux. Son dessein était de passer l'hiver à Dyrrachium, à Apollonie et dans les autres villes maritimes. » César n'avait ni flotte, ni argent, ni magasins, et ses troupes étaient moins nombreuses ; mais depuis dix ans elles vivaient sous la tente ; leur dévouement a leur chef était sans bornes, comme leur confiance en sa fortune. Si l'armée de Pompée était plus forte, il y avait aussi moins de discipline dans les soldats, moins d'obéissance dans les chefs. A voir dans le camp ces costumes étranges , à écouter ces commandements donnés en vingt langues, on eût pris les légions pompéiennes pour une de ces armées asiatiques auxquelles le sol de l'Europe fut toujours fatal. Au prétoire, autre spectacle. Tant de magistrats et de sénateurs gênaient le chef , quoiqu'on lui eût donné pouvoir de décider souverainement de toutes choses. Puisque l'on combattait, disait-on, pour la répu
296 CHAPITRE XXIil.
blique, il fallait bien que le généralissime montrât aux pères conscrits, constitués en conseil à Thessalonique, une déférence qui ne s'accordait pas toujours avec les nécessités de la guerre.
Malgré son infériorité numérique et la saisou contraire, César, suivant son habitude , prit l'offensive ; le 4 janvier 48, il embarqua, sur des navires de transport, sept légions, qui ne formaient que quinze mille fantassins et six cents cavaliers. S'il eût rencontré la flotte de Bibulus, c'en était fait de son armée ; mais Bibulus accourut trop tard. Pour expier sa négligence, il ne voulut plus descendre de son vaisseau et se donna de telles fatigues à surveiller la côte et la mer, qu'il fut bientôt saisi d'un mal qui l'emporta. Oricum, Apollonie se donnèrent à César qui, prévenu à Dyrrachium par Pompée , pressa Antoine de passer le détroit au premier vent favorable avec le reste de ses forces. Mais les jours s'écoulaient et Antoine n'arrivait pas. Peu accoutumé à ces lenteurs, César voulut aller lui-même chercher ses légions. Un soir, il sortit seul de son camp, monta sur une barque du fleuve et ordonna au pilote de cingler vers la haute mer. Un vent contraire, qui souffla presque aussitôt, refoulait les vagues, et le pilote, effrayé par la tempête, refusait d'avancer: « Que crains-tu? lui dit son passager inconnu, tu portes César et sa fortune. » Il fallut pourtant regagner le nord ; mais la tempête , une autre fois, le servit. Un jour que soufflait avec force le vent du midi, Antoine arriva en quelques heures en vue d'Apollonie.
Un mouvement que fit Pompée pour empêcher leur jonction l'éloigna de Dyrrachium. César lui déroba une marche et vint se poster entre lui et cette place , où étaient tous ses magasins. Son adversaire le suivit et campa au sud de la ville, sur le mont Pétra, d'où il conservait ses communications avec la mer. Alors commença une lutte de quatre mois. César, ne pouvant amener son rival à une action décisive, conçut 1 audacieuse pensée d'enfermer, dans une ligne de postes retranchés , une armée qui lui était supérieure en nombre , et qu'il ne pouvait affamer parce qu'elle était maîtresse de la mer. Manœuvre cette fois trop hardie et dont il fut puni. Tous les jours il y avait des escarmouches entre les travailleurs des deux armées. Dans une de ces attaques journalières, un fort fut cerné; l'ennemi y lança tant de projectiles qu'il n'y resta pas un soldat qui ne
fût blessé. Ils montrèrent avec orgueil à César trente mille flèches qu'ils avaient ramassées, et le bouclier d'un de leurs centurions percé de cent-vingt coup3. Les soldats de César étaient habitués à la disette ; mais nulle part ils n'en souffrirent comme à Dyrrachium : ils en vinrent à broyer des racines avec du lait pour en faire une sorte de pâte, et quand les pompéiens les raillaient sur leur disette , ils leur jetaient de ces pains , en leur criant « qu'ils mangeraient Vécorce des arbres plutôt que de laisser échapper Pompée. »
Cependant une attaque malheureuse contre les lignes des Pompéiens faillit amener un désastre, et César reconnut enfin que sa position n'était plus tenable : les vivres allaient lui manquer tout à fait , et Scipion qui arrivait d'Orient avec deux légions, faisait en Thessalie des progrès menaçants. En allant accabler ce chef, César comptait entraîner à sa suite les pompéiens devenus trop confiants , et peut-être trouverait-il une occasion de livrer bataille. Dans tous les cas , il gagnerait de l'espace , il ramasserait des vivres, et éloignerait l'ennemi de sa flotte. Comme il l'avait prévu , Pompée le suivit, et les deux armées se trouvèrent en présence près de Pharsale. Pompée voulait encore traîner la guerre en longueur ; mais les jeunes nobles qui l'entouraient trouvaient cette campagne bien longue , et tant de circonspection leur était suspect. On l'appelait Agamemnon , le roi des rois ; et Favonius s'écriait qu'on ne mangerait pas cette année de figues de Tusculum , parce que Pompée ne voulait pas si vite abdiquer. Déjà 1 on se disputait les dignités comme si l'on eût été à Rome, et quelquesuns envoyaient retenir les maisons les plus en vue autour du forum, pour de là mieux briguer. Fannius voulait les biens d'Atticus , Lentulus ceux d'Hortensius et les jardins de César. Domitius, Scipion, Lentulus Spinther se disputaient chaque jour avec aigreur le grand pontificat de César. « Ainsi, dit celui qui fit évanouir tous ces rêves, au lieu de s'occuper des moyens de vaincre , ils ne pensaient tous qu'à la manière dont ils exploiteraient la victoire. »
Pressé par ces clameurs, Pompée se décida à livrer bataille. César n'avait que vingt-deux mille légionnaires et seulement mille cavaliers, contre une infanterie double en nombre et une cavalerie septuple. 11 forma de son armée quatre lignes : les deux premières devaient aborder l'ennemi , la troisième servir de réserve et la quatrième faire
CHAPITHE XXIII.
face en arrière contre la cavalerie. Il avertit les vétérans qu'il plaça de ce côté que de leur courage et de leur sangfroid dépendrait la victoire: «Soldat, leur cria-tril , frappe au visage! » 11 savait que les jeunes nobles, qui allaient mener la charge , craindraient plus la difformité d'une blessure que le deshonneur delà fuite. Lui-même il se plaça au milieu de sa dixième légion, que» les cavaliers de Pompée lui avaient promis d'écraser sous les pieds de leurs chevaux. L'action s'engagea d'abord sur le front de la bataille ; quand la cavalerie pompéienne eut rompu celle de l'ennemi et tourné son aile droite , César donna le signal à la quatrième ligne qui chargea avec tant de vigueur et d'adresse que les cavaliers surpris de cette attaque imprévue, tournèrent bride et s'enfuirent. Du même pas les cohortes se portèrent sur l'aile gauche et l'enveloppèrent. César saisit cet instant pour lancer sa réserve toute fraîche. Les pompéiens ne purent soutenir le choc et se débandèrent. Pompée,, dès le moment où il avait vu sa cavalerie repousséc, s'était retiré dans sa tente désespéré et inactif. Tout à coup il entend des clameurs qui s'approchent : « Quoi , s'écrie-t-il , jusque dans mon camp ! » Et jetant les insignes du commandement, il sauta sur un cheval et s'enfuit par la porte décumane jusqu'à l'embouchure du Pénée, d'où il fit voile vers Mitylène (9 août 48).
Malgré les efforts de César pour arrêter le massacre, quinze mille hommes étaient tués. « Ils l'ont voulu, disait-il en traversant ce champ de carnage J'étais perdu si j'eusse cédé. » Dès que le succès fut décidé, il défendit qu'on tuât un seul citoyen et il reçut en grâce tous ceux qui implorèrent sa pitié. Vingt-quatre mille hommes furent faits prisonniers. Après quelques jours d'incertitude, Pompée s'était décidé à aller chercher un asile en Égy pte , pays facile à défend re; et d'où il pourrait communiquer avec les Parthes s'il était nécessaire, et avec Varus et Juba, maîtres de la Numidie et de l'Afrique romaine.
Quand Pompée arriva en vue de Péluse avec environ deux mille hommes, l'eunuque Pholin et le général Achillas furent d'avis de le recevoir avec honneur en souvenir des services qu'il avait jadis rendus au père du jeune roi, mais un autre ministre, Théodote, rejeta la pensée d'unir les destinées de l'Égypte au sort d'un fugitif, et une barque fut envoyée au vaisseau sous prétexte de conduire le général
GUfcHRE CIVILE ET DICTATURE DE CÉSAR.
auprès du roi. Pompée y descendit. Avec Achillas, il s'y trouvait deux centurions romains, soldats de fortune, à la solde de Ptolémée. Du haut de sa galère, Cornélie suivait des yeux la barque qui déjà touchait au rivage ; tout à coup elle jeta un grand cri. Septimius passant derrière son époux venait de le frapper de son épée, Salvius et Achillas achevaient le meurtre. Quand Pompée tomba, ils lui coupèrent la tête et jetèrent hors de la barque sur le rivage le corps dépouillé. Le lendemain, son affranchi Philippe et un pauvre vieillard ramassèrent les débris d'un bateau pêcheur pour lui faire un bûcher. De la pleine mer Lentulus aperçut la flamme. « Quel est celui, dit-il, qui est venu terminer ici sa destinée et se reposer de ses travaux? » Quelques instants après il débarquait et avait le même sort.