PRÉFACE. IX
de ce grand instrument des conquêtes romaines. Mais ce qui valut mieux, peut-être, ce fut la politique du sénat.
D'autres peuples, dans l'antiquité, ont aussi gagné des provinces et des empires, mais aucun d'eux n'a su les conserver, parce que aucun ne voulut oublier les droits que la victoire lui avait donnés. Sparte, Athènes, Carthagc, qui ne renoncèrent jamais à leur orgueil municipal, ne furent jamais aussi que des villes et périrent. Rome , qui l'oublia souvent pour rester fidèle aux souvenirs de son origine , devint un grand peuple et vécut douze siècles.
Voyez comme elle se mêle peu à peu aux vaincus, lentement pour n'être point débordée , et de manière à faire toujours prévaloir dans le mélange les mœurs , les idées, le caractère romains. De même que l'aristocratie, dans la ville, ouvre ses rangs à tous les hommes de talent qui se produisent dans le peuple, le sénat rattache à la fortune de Rome, par la concession du droitde cité, tout ce qu'il y a d'hommes riches, nobles ou ambitieux dans les villes latines. Avant de faire d'un pays une province, il s'y préparc de longue main des appuis ; il y forme à l'avance une population qui sera romaine par ses intérêts ou par son origine. Au milieu de vingt peuples indépendants, il lance une colonie, sentinelle perdue qui veille toujours sous les armes. De telle cité il fait son alliée ; à telle autre il accorde l'honneur de vivre sous la loi quiritaire ; à celle-ci , avec le droit de suffrage ; à celle-là, en lui conservant son propre gouvernement.
Municipes de divers degrés, colonies maritimes, colonies latines, colonies romaines, préfectures, villes alliées, villes libres, toutes ces cités isolées par la différence de leur condition, et toutes unies par leur égale dépendance, formaient comme un vaste réseau qui enlaça les peuples italiens