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IL GUERRE D'ALEXANDRIE ET D'AFRIQUE

CÉSAR ASSIÉGÉ DANS ALEXANDRIE (48); VICTOIRE DU NIL (47). — CLEOpatre ; expédition contre phar3ace ; retour de césar a rome (47). — guerre d'afrique (46) ; bataille de thapsus ; mort de caton.

César assiégé dans Alexandrie (49); victoire du 311 (4V).

César savait achever ses victoires. Laissant Corniticius en lllyrie pour veiller sur Caton et la flotte pompéienne ; Calénus en Grèce , pour en réduire les peuples , il suivit Pompée comme à la piste, afin de ne pas lui donner le temps de reformer une armée. Gomme if traversait l'Hellespont sur une barque, il rencontra Cassius à la tête de dix galères pompéiennes et lui commanda de se rendre. Cassius, troublé, se soumit, sans penser qu'il pouvait d'un coup finir ici la guerre. Quand il arriva devant Alexandrie, avec seulement quatre mille hommes, Théodote lui présenta la tête de Pompée , mais il détourna les yeux avec horreur et ordonna qu'on ensevelit pieusement ces tristes restes. Les ministres égyptiens se sentirent blessés de ces honneurs rendus à leur victime, et voyant César si mal accompagné, ils oublièrent qu'ils avaient devant eux le maître du monde. Peu à peu César se trouva comme assiégé dans le palais. Heureusement il y tenait le roi avec lui, et il sut y faire entrer sa sœur, la fameuse Cléopâtre que les ministres avaient chassée. Puis en vertu du testament du dernier roi il déclara aue le frère et la sœur régneraient ensemble. Les ministres du roi virent leur ruine dans cette réconciliation, et Photin,

rappelant en secret Acbillas qui commandait à Péluse une armée, quatre mille Romains eurent à tenir tête à vingt mille soldats exercés et à un peuple irrité de trois cent mille âmes. Ils s'enfermèrent dans un des quartiers et obligèrent bientôt Achillas à perdre l'espoir de tes y forcer. 11 voulut leur couper les communications avec la mer en attaquant, la flotte établie dans le port, et il réussit à les obliger d'y mettre eux-mêmes le feu. L'incendie gagna malheureusement l'arsenal et détruisit la bibliothèque.

César avait demandé des secours au gouverneur de l'Asie. Domitius lui envoya une légion par terre et une autre par mer. Celle-ci aborda à l'ouest d'Alexandrie. César alla la chercher et battit au retour la flotte égyptienne qui lui barrait le passage, mais dans une attaque sur l'île de Pharos ses troupes furent repoussées ; lui-même il n'échappa qu'en se jetant à la mer, tenant, dit-on, d'une main , au-dessus de l'eau, ses commentaires, et nageant de l'autre. Heureusement un ami du consul, Mithridate le Pergaméen, réunit en Syrie une armée qui se grossit en route de Juifs et d'Arabes. Il enleva Péluse, força le passage du Nil, et opéra sa jonction avec les assiégés. César prit aussitôt l'offensive et attaqua le camp égyptien où le jeune Ptolémée s'était enfui. Une brillante victoire récompensa les légionnaires de leur longue patience. Le roi périt dans le Nil en fuyant L'Égypte accepta pour reine Cléopâtre , qui épousa le dernier de ses frères , Ptolémée Néotéros , tandis que sa sœur, Arsinoc, était envoyée captive à Rome.

Cléopâtre; expédition contre pharnace; retour de César

a Rome (-!*)•

Après être glorieusement sorti de cette rude épreuve , César commit l'impardonnable faute de rester encore en Égypte. Cléopâtre l'y retint trois mois. Il partit cependant au mois d'avril 47 , pour arrêter les progrès menaçants de Pharnace. Ce fils de Mithridate , roi du Bosphore, avait profité de la guerre civile pour chasser de la petite Arménie et de la Cappadoce Déjotarus et Ariobarzane. Domitius, qui avait voulu rétablir ces deux princes , avait été battu ; et Pharnace, maître à présent de la plus grande partie de l'ancien royaume de son père , y exerçait d'affreuses cruautés. César termina cette guerre en cinq jours. « Je suis venu , j'ai vu, j'ai vaincu, » écrivaitril à un ami de Rome. C'était

glorieusement réparer les retards d'Alexandrie. Le vainqueur donna le Bosphore à Mithridate le Pergaméen ; Ariobarzane et Déjotarus furent rétablis. « Heureux Pompée , s'écriait-il en comparant ces guerres d'Asie avec sa lutte des Gaules , heureux Pompée d'avoir acquis à si peu de frais le surnom de grand. » Après avoir réglé toutes les affaires de la province , il partit en toute hâte pour l'Italie, où l'année précédente le préteur Cœlius avait proposé une abolition des dettes. Le sénat de César avait heureusement montré beaucoup d'énergie. Cœlius, repoussé de la tribune, était sorti de Rome , et avait rappelé Milon ; puis tous deux avaient cherché à exciter un soulèvement dans la Campanie. C'était assez des deux grandes ambitions qui se disputaient l'empire ; on ne fit aucune attention à ces aventuriers obscurs qui périrent sans bruit. Quand arriva le récit de la mort de Pompée, l'enthousiasme, jusqu'alors incertain, éclata enfin pour César. On l'élut une seconde fois dictateur et on lui donna le consulat pour cinq années , avec la puissance tribunitienne à vie. Il prit possession de la dictature à Alexandrie, et chargea Antoine du gouvernement de la ville. Brave, mais violent et débauché , Antoine n'avait ni l'énergie , ni la prudence que les circonstances réclamaient. Bientôt les désordres recommencèrent. Heureusement César arrivait; il était débarqué à Tarente en septembre 47.

Contre l'attente de beaucoup , son retour ne fut marqué par aucune proscription. Seulement il confisqua les biens de ceux qui portaient encore les armes contre lui , et il fit vendre à l'encan ceux de Pompée. Pour avilir les charges , il les multiplia; pour ôter au sénat ce cju'il avait encore de considération, il y appela des centurions, même des soldats et des Barbares. Il ne restait que trois mois pour achever l'année , il n'en fit pas moins des consuls. Quelques jours après, il se désigna lui-même consul pour l'année suivante, et il prit encore la dictature. Ses partisans récompensés, il paya aux pauvres leur loyer d une année, et il accorda aux débiteurs la suppression des intérêts des trois derniers termes. Les soldats réclamaient aussi l'accomplissement des promesses tant de fois renouvelées. Ceux de la dixième allèrent jusqu'à une révolte ouverte; César l'apprend et les convoque au champ de Mars : il s'y rend seul, monte sur son tribunal et leur commande de parler. A sa vue, les murmures se taisent; incertains, honteux, ilsde-

mandent à voix sourde leur congé. « Je vous licencie, leur dit-il , allez, quirites. » César a trouvé pour eux la plus vive offense, il les appelle citoyens, eux , ses compagnons d'armes, eux, des soldats! Les rendre citoyens, c'est les dégrader ; ils aiment mieux qu'il les châtie, qu'il les décime; et ils le pressent de retirer cette flétrissante parole. On a trouvé ce mot éloquent; il nous semble jeter un triste jour sur cette époque; tout ce que nous avons dit sur la transformation des mœurs politiques est expliaué par le sens attaché maintenant à ces deux mots , soldats et citoyens, quirites et commilitones ; l'homme civil n'est plus rien, l'homme de guerre, tout; le règne des armées approche.

Cette sédition apaisée, César partit pour accabler en Afrique les débris de Pharsale.

««erre d'Afrique (40) j bataille de Thapau»», mort de Caton.

Après avoir chassé Caton de la Sicile, Curion était passé en Afrique, mais battu par le roi de Numidie Juba et par Varus, il se perça de son épée. L'Afrique était donc pompéienne, excepté la Mauritanie dont le roi venait de conduire une armée au secours du lieutenant de César en Espagne. Les chefs réunis à Corcyre, Labiénus, Scipion, Afranius, Caton, etc., résolurent de gagner cette province. Leur flotte formait encore trois cents voiles. Onreconnutpour chef Scipion, nom de bon augure dans une guerre d'Afrique; choix malheureux cependant, car Scipion n'était pas homme à conduire énergiquement cette guerre , lui qui se faisait presque le lieutenant de Juba. Du moins il lui laissait prendre le pas sur lui, et sans Caton il lui eût livré Utique et toute la province.

César , suivant son habitude , n'attendit pas ses troupes ; il débarqua près d'Adrumète avec trois mille fantassins et cent cinquante cavaliers (1er janvier 46). C'était à peine une escorte. Mais ses légions étaient lasses de guerre , il voulait les entraîner en leur faisant honte d'abandonner leur chef. Làil fut rejoint par un certain P. Sittius, ancien complice de Catilina, qui était venu se mettre à la solde des princes africains. Sittius avait une grande connaissance des lieux, et des intelligences dans tout le pays. Aussi, César le chargea d'aller décider le roi de Mauritanie à envahir les Étals de Juba quand ce prince les quitterait pour rejoindre ses alliés.

Adrumète qu'on croyait enlever d'un coup demain n'ayant pu être prise , les césariens gagnèrent Leptis, où débarqua bientôt un convoi de troupes arrivé de Sicile. A trois milles de Ruspina, César vint donner avec trente cohortes au milieu d'une innombrable cavalerie. Labiénus, qui la commandait, s approchant des césariens, leur cria : « Eh mais, conscrit, tu fais bien le brave. Il vous a donc tourné la tête, à vous aussi, avec ses belles paroles. Par Hercule , il vous a mis dans un mauvais pas, et je vous plains. — Tu te trompes, répondit un soldat, je ne suis pas un conscrit, mais un vétéran de la dixième, et ôtant son casque : reconnais-moi, ou mieux à ceci, » et il lui lance avec force son javelot, que Labiénus n'évite qu'en faisant cabrer son cheval, qui le reçut au milieu du poitrail. Les autres césariens imitèrent le vétéran, et une charge à fond balaya la plaine.

Scipion n'était qu'à trois marches en arrière avec huit légions et trois mille chevaux; Juba était en route pour le rejoindre avec cent vingt éléphants et une nombreuse armée, et à tous ces ennemis venait s'ajouter la famine. Heureusement Salluste enleva les magasius de l'ennemi, dans l'île deCercina, et une diversion du roi de Mauritanie rappela Juba à la défense de son royaume. Enfin, deux légions arrivèrent. Aussitôt le dictateur reprit l'offensive; toutefois trois mois se passèrent en marches, en campements, sans résultats. Pour y mettre un terme, César marcha sur Thapsus , ville importante , que Scipion ne pouvait lui abandonner sans honte, et il en forma Te siège. Les pompéiens, en effet, arrivèrent à sa suite et présentèrent la bataille. Malgré leur nombre et leurs éléphants, César les battit presque sans

Çerte et enleva leurs trois camps. Toute l'armée se débanda ; hapsus, Adrumète et Zama ouvrirent leurs portes. Labiénus, Varus et Sextus Pompée gagnèrent l'Espagne, où s'était déjà rendu l'aîné des tils de Pompée. Scipion se perça de son épée. Presque tous les autres chefs périrent; Juba et Pétréius se tuèrent auprès de Zama, qui n'avait pas voulu recevoir le roi fugitif.

La cavalerie s'était retirée presque intacte sur Utique où Caton commandait. Il proposa aux Romains qui se trouvaient dans la place, de la défendre, mais ils rejetèrent toute idée de résistance. Dès lors il ne songea plus qu'à sauver ceux qui n'osaient attendre leur grâce de César, fit fermer toutes les portes , excepté celle du port, donna des

vaisseaux à ceux qui en manquaient , et veilla à ce que tout se fit avec ordre. Après le bain , il soupa en compagnie nombreuse , et quand il eut congédié ses convives, il se retira et lut dans son lit le dialogue de Platon sur l'immortalité de Tàme. Il s'interrompit après quelques pages pour chercher son épée ; ne la trouvant pas, il appela ses esclaves pour la leur demander et frappa l'un d'eux si violemment que sa main en fut ensanglantée. Son fils entra fondant en larmes, avec ses amis. Gaton se levant alors, lui dit d'un ton sévère : « Tu m'enlèves mes armes pour me livrer sans défense : que ne me fais-tu lier aussi les mains derrière le dos? Ai-je besoin d'un glaive pour m'ôter la vie? » On lui envoya son épée par un enfant; « Maintenant, je suis mon maître », dit-il. Alors il reprit le Phédon , le relut deux fois en entier , et s'endormit d'un profond sommeil. Comme les oiseaux commençaient à chanter, dit son biographe , il se réveilla et tirant son épée, il se l'enfonça au-dessous de la poitrine. En luttant contre la douleur, il tomba de son lit. A ce bruit, on accourut ; ses entrailles lui sortaient du corps, et il regardait fixement. La blessure, cependant, n'était pas mortelle. Un médecin la banda; mais dès qu'il eut repris ses sens, il arracha l'appareil, rouvrit la plaie et expira surle-champ. « Oh ! Caton , s'écria César en apprenant cette fin, tu m'as envié la gloire de te sauver la vie. »

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