LE DUUMVIRAT D'OCTAVE ET D'ANTOINE
qui avait toujours à la bouche le proverbe : Hâte-toi lentement ; et cet autre : Tu arriveras assez tôt, si tu arrives. En Tannée 35 Antoino fit en Syrie quelques préparatifs que Cléopâtre ne lui permit pas d'achever. 11 les recommença l'année suivante et fit une courte expédition en Arménie, dont le roi, pour conjurer l'orage, se rendit à une invitation d'Antoine. A peine dans son camp, il fut saisi et traîné, chargé de chaînes d'or, à Alexandrie, où Antoine entra en triomphe, comme dans la capitale de l'Orient.
Rome s'offensa de cette atteinte à ses droits, mais Antoine avait oublié qu'il était Romain. 11 donna le titre de rois à Alexandre et à Ptolémée , les deux fils qu'il avait eus de Cléopâtre ; au premier aveclaMédie, l'Arménie et le royaume des Parthes , au second avec la Phénicie, la Cilicie et la Syrie ; leur sœur Cléopâtre eut pour dot la Cyrénaïque. Puis il présenta les deux princes au peuple, Alexandre portant la robe médique et la tiare, Ptolémée revêtu du long manteau et du diadème des successeurs d'Alexandre. Antoine lui-même quitta la toge pour une robe de pourpre ; et on le vit, comme les monarques de l'Orient, couronné d'un diadème, et portant un sceptre d'or, avec le cimeterre au côté; ou bien, auprès de Cléopâtre, parcourant les rues d'Alexandrie, tantôt comme Osiris , plus souvent comme Bacchus , traîné sur un char, paré de guirlandes, chaussé du cothurne, une couronne d'or sur la tête elle thyrse en main. Pouvaiton insulter plus hautement aux idées et à la gloire de Rome? Et qu'il fallait que le besoin d'un maître fût impérieux pour que cet insensé ait trouvé cent mille hommes qui voulussent combattre encore pour lui donner l'empire ! Est-il nécessaire d'ajouter que la Grèce et l'Asie furent dépouillées de leurs chefs-d'œuvre pour décorer la nouvelle capitale de l'Orient ; que toute la bibliothèque de Pergame, deux cent mille volumes, fut transportée à Alexandrie? Un jour cependant il se souvint de Rome, et il n'eut pas honte de faire demander au sénat la confirmation de tous ces actes.
Tandis qu'Antoine se déshonorait en Orient, que faisait Octave? Nous l'avons dit, il gouvernait, il donnait à l'Italie ce repos dont elle était affamée. Agrippa, pour avoir le droit de faire d'utiles innovations , accepta , l'humble charge de Tédilité (33). Aussitôt les édifices de l'État furent réparés , les chemins reconstruits, des fontaines publiques ouvertes. Des aqueducs s'étaient écroulés , il les releva; les égouta
engorgés étaient devenus une cause active d'insalubrité* il les fit nettoyer, et il ouvrit cent soixante-dix bains gratuit*. Pour réconcilier le peuple avec le triumvir, il célébra des jeux qui durèrent cinquante-neuf jours, et au théâtre il jeta des billets qu'on allait échanger contre de l'argent, des habits ou d'autres dons.
La gloire militaire ne manquait pas non plus à cette domination prévoyante et sage; et là encore c'étaient des conquêtes utiles. Pour donner à l'Italie et à la Grèce la sécurité, il dompta les nombreux pirates de l'Adriatique, et les remuantes tribus placées au nord des deux péninsules. Les Japodes, lesLiburnes, les Corcyréens et les Dalmates furent écrasés. A l'attaque de Metulum, il monta lui-même à Tassaut, et reçut trois blessures. 11 pénétra jusqu'à la Save, et une partie des Pannoniens promit obéissance. Dans les Alpes italiennes, il dompta les Salasses et assura leur soumission par la fondation de deux colonies, Augusta Taurinorum et Augusta Prœtoria (Turin et Aoste). En Afrique enfin, le dernier prince de Numidic étant mort, il réunit 9es possessions à la province.
Rupture (Si); déclaration de guerre a CléopAtre (•!)§
bataille d ActU
Ainsi des deux triumvirs, l'un donnait des pays romains à une reine barbare , et l'autre accroissait le territoire de l'empire. Celui-ci détournait sur Alexandrie les trésors, les chefs-d'œuvre et les respects de l'Orient; celui-là, comme aux beaux jours de la république, décorait le forum de grossières mais glorieuses dépouilles, et employait le butin à fonder le Portique et la bibliothèque d'Octavie. Cependant Antoine se plaignait et il réclama au commencement de l'année 32, une part dans les dépouilles de Sextus et de Lépide. Octave répondit par d'amères récriminations sur sa conduite en Orient, et à ces signes d'une rupture prochaine les amis d'Antoine quittèrent Rome pour rejoindre leur patron. Il était alors en Arménie , dont il céda une partie au roi des Mèdes pour acheter son alliance.
A la nouvelle des déclarations d'Octave dans le sénat, il se décida à combattre. Canidius , rassembla ses forces de terre, seize légions, et lui-même il gagna avec Cléopàtrc la ville d'fiphèsc où se réunissaient huit cents navires. La reine en avait donné deux cents, avec vingt mille talents et des