‹ Histoire romaineChapitre 98 sur 136 · LE DUUMVIRA* D'OCTAVE ET D' ANTOINE · texte numérisé non relu

LE DUUMVIRA* D'OCTAVE ET D' ANTOINE

vivres pour toute la durée de la guerre. En vain les amis dévoues d'Antoine, voulurent l'éloigner, elle resta pour mieux conserver son ascendant sur le triumvir. On s'aperçut bien vite de sa présence au ralentissement des préparatifs. Les fêtes recommencèrent. A Samos, les baladins, les joueurs do flûte, les comédiens étaient accourus de l'Asie entière en tel nombre qu'Antoine, pour récompense, ne leur donna pas moins de toute une ville , la cité de Pricne. A Athènes la vie inimitable continua. Ce fut dans cette ville que Cléopàtre arracha entin à Antoine l'acte de divorce pour Octavie.

César fut troublé de la promptitude des préparatifs de son rival. Heureusement celui-ci acheva lentement ce qu'il avait commencé avec une activité qui rappelait l'ancien lieutenant de César. L'été s'écoula dans les fêtes. Ce délai valut à Octave la défection de plusieurs personnages importants, qui, révoltés des hauteurs de Cléopàtre, revinrent en Italie. Parmi eux était Plancus qui apprit à Octave que le testament d'Antoine était entre les mains des vestales. Octave l'enleva et donna lecture au sénat des passages qui pouvaient le plus soulever l'irritation ; Antoine, admettant qu'il y avait eu union légale entre Cléopàtre et le dictateur, reconnaissait Césarion pour le fils légitime et l'héritier de César. Octave, en prenant ce nom, n'était donc qu'un usurpateur, et tous ses actes, depuis douze ans, étaient entachés d'illégalité. Il renouvelait le don fait à la reine et à ses enfants de presque tous les pays qu'il avait en son pouvoir; enfin, abjurant sa patrie et ses ancêtres, il ordonnait, mourût-il à Rome même, % qu'on lui donnât pour sépulture le tombeau de Cléopàtre. Aussi crut-on aisément ceux qui disaient que, dès qu'il serait seul maître, il lui ferait don de Rome même, et qu'il transporterait dans la capitale de l'Égypte, le siège de l'empire.

Quand Octave fut prêt, il provoqua un décret du sénat qui enleva à Antoine le consulat de l'année 31, qu'il s'était réservé, et déclara la guerre à la reine d'Égypte. « Ce n'est pas Antoine ni les Romains que nous allons combattre, disait Octave, mais cette reine qui, dans le délire de ses espérances et l'enivrement de sa fortune, rêve la chute du Capitole et les funérailles de l'empire. » Au 1er janvier 31 , il prit possession du consulat. La veille, le triumvirat avait expiré et il n'en avait pas dénoncé le renouvellement. Ce n'était donc plus, disait-on, le triumvir qui allait combattre

pour sa cause, mais un consul du peuple romain, qui marchait contre le ministre d'une reine étrangère.

Antoine avait cent mille fantassins et douze mille chevaux. Tous les dynastes de l'Asie lui avaient envoyé des auxiliaires. Sa flotte comptait cinq cents gros navires de guerre, dont plusieurs étaient à huit et dix rangs de rames, mais lourdement construits, mal dirigés et dégarnis de rameurs et de soldats de marine. Octave n'avait que quatre-vingt mille fantassins, douze mille cavaliers et seulement deux cent cinquante vaisseaux d'un rang inférieur. Leur légèreté et l'expérience des matelots et des soldats, formés dans la guerre difficile contre Sextus, compensaient et au delà l'infériorité du nombre.

Plusieurs combats partiels précédèrent l'action décisive. Agrippa s'empara de Leucade et chercha à couper les convois qui arrivaient d'Asie; ïilius et Statilius Taurus, firent aussi éprouver un échec à la cavalerie d'Antoine. Peu à peu les deux armées se concentrèrent, celle d'Antoine, à Actium, sur la côte d'Acarnanie, à l'entrée du golfe d'Arabracie, celle d'Octave, en face, sur la côte d'Épire. Tous les généraux, d'Antoine voulaient combattre sur terre; entraîné par Cléopâtre, il accepta une bataille navale. Pendant plusieurs jours l'agilation de la mer ne permit pas aux deux flottes de s'aborder. Enfin le 2 septembre 31, les vaisseaux d'Antoine,

Poussés par un vent léger, s'avancèrent à la rencontre de ennemi qui refusa quelque temps encore son aile droite pour les attirer en pleine mer. Quand Octave les crut assez loin du rivage, il cessa de reculer et courut avec ses vais- ' seaux agiles contre ces pesantes citadelles autour desquelles tournaient à la fois trois ou quatre de ses galères, et qu'elles couvraient de piques, d'épieux et de traits enflammés. Pour prévenir un mouvement d'Agrippa qui essayait d'envelopper l'aile droite, Publicola qui la commandait, étendit sa ligne et se sépara imprudemment du centre. Cette faute compromettait déjà le succès de la journée, quand on vit les soixante navires égyptiens lever leurs voiles et cingler vers le Péloponèse. A peine Antoine eut-il reconnu à ses voiles de pourpre le vaisseau qui emportait la reine , que tout son courage tomba, et qu'oubliant ceux qui mouraient en ce moment pour lui, il monta sur une galère et suivit ses traces. H passa à son bord; mais sans lui parler, sans la voir, il s'assit à la proue et pencha la tête entre ses mains.

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