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LE DUUMVJRAT D'OCTAVE ET D'ANTOINE

Durant trois jours il resta dans la même posture et dans le même silence, jusqu'au cap Ténare, où les femmes de Cléopâtre leur ménagèrent une entrevue. De là ils firent voile pour l'Afrique.

Sa flotte, après s'être défendue longtemps, se rendit. L'armée de terre était intacte, elle ne voulait pas croire à la lâcheté de son chef; et quand il ne fut plus permis d'en douter, elle résista pendant sept jours encore aux sollicitations des envoyés de César. Mais Canidius qui la commandait Tayant à son tour abandonnée, elle fit sa soumission au vainqueur.

Le vainqueur dePhilippes avait été impitoyable ; le vainqueur d'Actium fut indulgent. Parmi les prisonniers importants, aucun de ceux qui demandèrent la vie ne fut refusé. Le chef de parti s'était jadis vengé , aujourd'hui le maître pardonnait.

Antoine n'était plus à craindre, l'armée le devenait; Octave se hâta de donner des congés aux vétérans et de les disperser en Italie et dans les provinces. Il avait laissé Mécène à Rome, il y renvoya encore Agrippa, pour que ces deux hommes supérieurs qui se complétaient l'un par l'autre, comme la prudence par le courage, l'habileté par la force, étouffassent à son origine tout mouvement de révolte. 11 se chargea de poursuivre lui-même son rival, traversa la Grèce dont il soulagea les misères et fit voile pour l'Asie. Comme il ignorait le lieu où Antoine s'était retiré, il s'arrêta à Sam os pour y passer l'hiver.

La nouvelle de troubles qui venaient d'éclater parmi les légionnaires congédiés, le rappela en Italie; au commencement de l'année 30, il revint à Rome et comme il manquait de fonds pour remplir ses promesses aux soldats, il mit en vente ses biens et ceux de ses amis. Personne, il est vrai, n'osa se rendre adjudicataire; mais le résultat désiré était atteint; les vétérans se contentèrent de quelque argent, attendant les trésors de l'Égypte. Ces mesures calmèrent soudainement l'agitation, et vingt-sept jours après son arrivée, Octave put repartir.

Jlert d'Antoine et de Cléopâtre (SO).

Au bruit de la défaite d'Antoine les princes d'Asie l'avaient abandonné ; aux portes mêmes de l'Égypte, Hérode, le roi des Juifs, trahissait sa cause. Tout lui manquant, Cléopâtre

commença à faire transporter, à travers l'isthme de Suez, ses vaisseaux et ses trésors pour se réfugier en de lointains pays. Mais les Arabes pillèrent ses navires, et elle renonça a son dessein. Ils songèrent ensuile à gagner l'Espagne, espérant soulever aisément cette province. Ce parti fut encore abandonné. Las de former d'impraticables desseins, Antoine ne voulut plus voir personne, et s'enferma dans une tour qu'il se lit bâtir au bout d'une jetée. « Je veux, dit-il, vivre maintenant comme Timon. » Il était bien tard pour philosopher. 11 ne put même soutenir ce rôle ; et pour finir comme il avait vécu, dans les orgies, il retourna près de Cléopâtre. Ils fondèrent une société nouvelle, celle des inséparables dans la mort. Tous ceux qui en faisaient partie devaient passer les jours dans la bonne chère , et mourir ensemble.

Cependant, ils conservaient encore quelque lueur d'espérance, et ils demandèrent au vainqueur : Antoine , la permission de se retirer à Athènes, pour y vivre en simple particulier; Cléopâtre, la succession pour ses enfants de la couronne d'Égypte. Octave répondit à la reine de déposer les armes et le pouvoir ; mais en secret il lui garantissait la conservation de son royaume, si elle chassait ou faisait tuer Antoine. Cléopâtre se souvint qu'enfant elle avait vaincu César, puis Antoine, et elle se prit à penser qu'Octave, plus jeune que l'un et que l'autre, pourrait bien ne pas être plus sage. Elle avait cependant alors trente-neuf ans, mais sa beauté avait toujours été moins redoutable que sou esprit et sa grâce. Le héros avait des faiblesses, le soldat des vices, tous deux succombèrent ; le politique devait rester froid et implacable.

Antoine n'eut pas honte de demander deux fois encore la vie. Mais Octave ne répondait pas et avançait toujours. Il s'empara de Péluse et bientôt parut devant Alexandrie» Antoine à ce moment, reprit les armes et appela Octave en combat singulier. Celui-ci sourit et se contenta de répondre qu'Antoine avait plus d'un chemin pour aller à la mort.

Encouragé par un léger succès dans un combat de cavalerie, Antoine se décida à une double attaque par terre et par mer. Dès que les galères égyptiennes se trouvèrent près de celles de César, elles les saluèrent de leurs rames et passèrent de leur côté. Sur terre, sa cavalerie l'abandonna et son infanterie fut sans peine repoussée. Il rentra dans la ville en décriant qu'il était trahi par Cléopâtre.

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