CHAPITRE XIV
vais aux portes de l'empire des ombres ! Faut-il donc renoncer aux années qui me restaient encore ?
« Je ne verrai plus le Seigneur sur la terre des vivants , je ne verrai plus sur la terre le saint d'Israël ; mes yeux né rencontreront plus ceux d'un autre homme.
« La vie me quitte ; je suis comme la tente du pâtre ; elle était dressée , mais on l'arrache , on la plie , elle a disparu. Le fil de ma vie a été lissé long et fort; mais voici que le tisserand approche, il va couper!
« Du soir au matin , le jour et la nuit , j'ai été livré à un mal terrible, et mes membres ont été brisés comme sous la dent d'un lion.
« Comme le petit de l'hirondelle , j'ai crié ; comme !a colombe , j'ai gémi. Mes yeux se sont usés à chercher au haut des cieux mon Seigneur.
« Mais dans l'empire des ombres, qui te louera, ô Jéhovah? Les morts peuvent-ils bénirï peuvent-ils espérer encore en ta miséricorde ?
« Ce sont les vivants qui publient tes louanges ; laisse-moi te louer encore, laisse-moi enseigner à mes enfants ta justice.»
L'Eternel , touché de ses plaintes , envoya vers lui baïe avec ces paroles : « J'ai entendu vos prières et j'ai vu vos larmes ; j'ajouterai encore quinze années à votre vie, et voici le signe que j'accomplirai ma promesse : l'ombre du soleil , qui est descendue de dix degrés sur le cadran d'Achaz , retournera de dix degrés en arrière. ■ Le miracle eut lieu , et Ézéchias revint k la santé 1 .
Néanmoins le roi de Juda oublia quelquefois les préceptes du Seigneur : Mérodac-Baladan , roi de Babylone , lui avait envoyé des députés pour le féliciter de sa guérison , et sans doute aussi pour solliciter une alliance 8 . Ézéchias, enivré
1 . Isiie lui m appliquer des figues sut la parlio malade. C'esl va remède, cticnrt iiu;i.i.mn,ni. ronii'iik 1 par 1rs mr.fl.Tius limes et arabes en cas de peste, l.a pealr .)>il vt'iiail de dt'eimer l'armée de Sennacliéril) autour de Jérusalem rail sana deute atteint le roi.
■2. Un rragmonl de Bérose, retrouvé dans la «mion arménienne de liChro-
élait entouré d'ennemis et de dinjers; ilïouliit done sa donnur I'ippuidurel de Jnd».
d'un fol orgueil , leur montra tous ses trésors avec une ostentation coupable. Il en fat puni ; Isaîe lui dit : « Scoute la parole de l'Eternel : Il viendra un temps où tout ce qui est dans la maison sera transporté à Babylone; un temps où tes enfants et ceux de ion sang seront traînés en esclavage." Le roi s'humilia. • Ce que tu m'annonces est juste , répondit-il au prophète; mais au moins que la paix et la vérité régnent pendant les derniers jours de ma vie. » Ce vœu fut exaucé : Ézéchias embellit encore Jérusalem de monuments utiles , fit construire un aqueduc pour donner des eaux h la ville , et s'endormit enfin avec ses pères. Manassé , son fils, régna en sa place ( 697 av. J. C. ).
Cbantfl patriotiques alaaïe-
C'est principalement sous son règne qu'Isaie avait fait entendre ces chants religieux et patriotiques qui consolaient Israël et soutenaient sa foi chancelante.
Dans son inébranlable confiance aux promesses du Seigneur , Isaïe mêlait toujours en effet aux menaces contre les Hébreux infidèles , des menaces plus terribles contre les nations impies qui servaient d'instrument aux vengeances divines. Ces ennemis si redoutés a leur tour tomberont. Toute cette puissance deNinive, de Babylone et de l'Egypte , passera ; mais la maison de Jacob , échappée aux tempêtes que iniquit'is ont i.iée!iïii!if'vK cositro elle , vivra ^erridlrmonL Le poète, inspiré, appelle et chante d'avance la chute de Babylone :
• Lève-toi, lève-toi , bras du Seigneur, et arme-toi de force ; lève-toi comme aux anciens jours , quand tu brisais le superbe , quand tu frappais le dragon d'une mortelle blessure.
«N'as-tu pas desséché la mer et épuisé les flots de l'abîme ? N'as-tu pas tracé un chemin au fond des eaux , pour que nous passions et que nous soyons sauvés! »
Cette prière est écoutée et le prophète voit déjà l'orage s'amonceler contre Babylone,