CHAPITRE XV
Quelque temps après Nabuchodonosor fît élever, dans la plaine de Deira, une statue d'or d'une hauteur prodigieuse. Au jour de la consécration, tous reçurent l'ordre de se prosterner devant l'idole nouvelle, et le héraut cria : * Ceux qui n'obéiront pas seront jetés dans une fournaise ardente. » Les trois amis de Daniel, qu'on appelait au palais, Sidrach, Mizach et Abdenago, seuls, de tout le peuple, ne fléchi nuit pas le genou. Nabuchodonosor, irrité, les fit jeter dans une fournaise dont la chaleur, sept fois plus ardente que d'ordinaire, dévora les soldats qui exécutèrent ses ordres; mais les trois jeunes Hébreux marchaient au milieu des flammes sans être atteints, car un ange du Seigneur était avec eux. Le roi, frappé d'étonnement, les appela; ils sortirent, et tous les grands purent voir que le feu n'avait eu aucun pouvoir sur leur corps, que pas un cheveu de leur tête n'avait été brûlé , que leurs vêtements mêmes ne gardaient aucune trace des flammes.
Quelque temps après, le roi eut encore un songe qui lui inspira de vives craintes ; il le raconta à Daniel :
* Je vis un arbre planté au milieu de la terre et s'élevant à une hauteur prodigieuse.
« Sa cime touchait au ciel et ses branches s'étendaient aux extrémités du monde.
« Ses feuilles étaient belles, et ses fruits abondants nourrissaient une multitude d'animaux. Dans ses rameaux habitaient les oiseaux du ciel; à son ombre vivaient les bêtes des champs. Tout ce qui a vie y trouvait sa nourriture.
« Alors un des saints descendit du ciel, et d'une voix forte il cria : Coupez l'arbre, arrachez ses racines, faites tomber ses feuilles et dispersez ses fruits.
« Cependant laissez en terre le germe des racines; et qu'attaché par une chaîne de fer et d'airain, il soit couché sur l'herbe et sous la rosée du ciel. — Sept temps passeront ainsi sur lui. ■
Quand le roi eut ainsi parlé, Daniel resta quelque temps pensif, puis il dit : « 0 roi ! voici l'interprétation de la sentence du Seigneur : Tu seras chassé de la société des hommes, tu habiteras avec les animaux et les bêtes sauvages,
LA CAPTIVITÉ
et sept années passeront sur toi jusqu'à ce que tu reconnaisses que le TrÈs-Haut lient sous sa main les royaumes des hommes et qu'il les donne ainsi qu'il iui plaît. »
La prédiction s'accomplit la même année. Un jour que Nabuchodonosor se promenait dans son palais et disait : « N'est-ce pas là celle grande Babylone dont j'ai fait mon palais, que j'ai bâlie dans la force de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire? •• un délire furieux le saisit; il se crut transformé en brute. Alors les hommes le chassèrent; il vécut parmi les animaux et les bêtes sauvages ; son corps fut trempé de la rosée du ciel, ses cheveux devinrent aussi longs que la crinière des lions, et ses ongles comme les griffes des oiseaux. Mais quand le temps marqué par le Seigneur fut écoulé, Nabuchodonosor éleva les yeux vers le ciel; le sens iui revint, et sa première forme lui fut rendue; les grands allèrent le chercher, le rétablirent dans son autorité, et il devint plus puissant que jamais.
Le livre de Daniel ne nous apprend rien de l'histoire des Juifs sous Evilmérodac, Nériglissor, Laborosoarchod, successeurs de Nabuchodonosor. Nous sommes amenés tout a coup au règne de Balthazar, le dernier des rois de Babylone.
« La première année du règne de Balthazar, roi des Chaldéens, moi, Daniel, j'eus un songe : Les quatre vents du ciel soufflaient avec fureur sur la grande mer, et quatre grandes bêtes montèrent du fond des eaux.
« La première ressemblait à une lionne et avait les ailes d'un aigle. Tandis que je regardais, ses ailes lui furent arrachées, elle fut enlevée de terre et elle se tint droite sur des pieds d'homme ; un cœur d'homme lui fut donné.
« La seconde ressemblait à un ours; dans sa gueule, elle tenait entre ses dents trois eûtes, et des voix lui disaient : Lève-toi et rassasie-toi de carnage.
« Après cela, je vis comme un léopard avec quatre ailes d'oiseaux et quatre tètes de bêtes; la puissance lui fut donnée.