CHAPITRE
avec elle, errait chaque jour sous le vestibule du palais. C'est alors que, se promenant près de la porto du roi , il surprit le secret d'une conspiration formée contre Assuérus par deux de ses officiers. Mardochée en informa Esther, et le roi, averti par elle, fit périr les coupables et ordonna que le fait fût consigné dans les annales du royaume. A quelque temps de là, il éleva au-dessus de tous les grands de sa cour Aman , son favori , que chacun reçut ordre d'adorer à genoux. Mardochée seul, regardant cet hommage comme un .-,a<TL]ép.', m: voulu! point obéir, el, par son refus, attira sur lui, ainsi que ses frÈres, la vengeance implacable d'Aman. Le ministre obtint de son maître que les Juifs seraient abandonnes à sa merci , et l'ordre fut aussitôt donné, au nom d'Assuérus, d'exterminer le même jour, à la même heure, tout ce peuple, depuis les vieillards jusqu'aux enfants. Quand les Juifs apprirent le sort qui les attendait, ils poussèrent des cris et des gémissements, et Mardocbée , revêtu d'un sac, la tête couverte de cendres, en signe de deuil, vint solliciter Esther d'intercéder auprès du monarque en faveur de ses frères. Esther, saisie de crainte, lui fit dire: • Quiconque entre dans la chambre du roi sans son ordre est mis a mort sur-le-champ. Comment donc irais-je trouver Assuérus ? Mardochée répondit : - Ne crois pas que tu puisses sauver ta vie si tous les Juifs doivent périr; et qui sait si Dieu ne t'a point élevée en dignité pour être l'instrument de ses desseins sur nous ï » Esther, résignée, jeûna et pria pendant trois jours avec les jeunes filles de son palais ; puis elle se revêtit de ses habits royaux et s'avança vers la chambre d'Assuérus. Dès qu'il l'aperçut, le monarque étendit vers elle son sceptre d'or en signe de pardon, et lui dit : «Que veux-tu? Quand tu demanderais la moitié de mon royaume , je te la donnerais. — Je supplie le roi, répondit Esther, d'assister aujourd'hui à un festin que j'ai préparé et d'amener Aman avec lui. » Assuérus et son favori se rendirent chez la reine. Vers la fin du repas, comme le roi redisait encore à Esther sa promesse d'accorder tout à ses désirs, et demandait ce qu'elle avait souhaité : « Demain , lui dit-elle, je déclarerai au roi ce que je désire. • Aman se
retira joyeux et fier de l'honneur qu'Esther lui avait fait; sur son passage, il rencontra M.'ïriiluc] ice couvert de cendres, et le Juif ne se leva point pour l'honorer. Aman, transporté de fureur, raconta à ses amis, à Zarès, sa femme, ce qui venait de se passer; il rappela les honneurs qu'il avait reçus, les richesses dont il était comblé, et dit : » Je ne croirai posséder aucun de ces biens aussi longtemps que je verrai ce Juif assis devant moi au seuil du palais. — Ordonne donc, répondirent Zarès et tous ses amis, qu'une potence de cinquante coudées soit dressée; demande au roi d'y faire pendre Mardochée, et tu iras ensuite, plein de joie, au festin de la reine. " Aman fit en effet préparer aiissiiôi l'instrument du supplice.
Le roi passa cette nuit-là sans dormir, et il se fit lire les annales de son régne. Il entendit le récit du service signalé que Mardochée lui avait rendu, et demanda si la fidélité de ce sujet avait été récompensée : « Elle ne l'a pas été, » dirent les officiers; et au même instant Assuérus ajouta : «Qui donc est dans l'antichambre du palais 1 » C'était Aman qui venait solliciter le supplice de Mardochée: on le fit entrer. «Que faut-il faire, lui dit alors le roi, pour l'homme que je dédira combler d'honneurs? Aman, croyant parler pour lui-même , répondit : » Il faut que cet homme , revêtu des habits royaux et la tête ceinte d'un diadème, monte sur un des chevaux du roi, et que le premier des grands de la cour, tenant les rênes du cheval, marche devant lui, en criant : C'est ainsi que le roi honore celui qu'il veut honorer. — Hâte-toi donc, dit le roi, prends une robe et un cheval et fais pour le Juif Mardochée, assis au seuil de mon palais, tout ce que lu as dit. » Il fallut obéir; et comme Aman rentrait dans son palais , couvert de confusion, on vint l'avertir de se reudre au festin de la reine. Vers la fin du repas, Assuérus répéta ce qu'il avait dit à la reine : »Esther, que désires-tu que je fasse? quand tu demanderais la moitié de mon royaume, je le la donnerais. >. Esther lui répondit ; « 0 rot ! si j'ai trouvé grâce devant tes yeux , accordemoi, je t'en conjure, ma propre vie et celle de mon peuple pour lequel j'implore ta clémence ; car nous avons été livrés