CHAPITRE XVI
pour être foules aux pieds et exterminés , nous avons un ennemi dont la cruauté retombe sur le roi lui-même. — Qui est iit.se/. puissant pour oser ce que vous dites! — C'est Aman, noire cruel adversaire, noire ennemi mortel.» Assuérus se leva plein de colère et sortit de la salle du festin. Aman voulut profiter de cet instant pour supplier la reine et lui embrasser les genoux; le roi rentra: «Comment ! s'éeria-t-il, il ose porter les mains sur la reine en ma présence et dans mon palais? » A peine ces paroles étaient sorties de sa bouche que les soldats se jetèrent sur le ministre et l'entraînèrent. Le chef des eunuques dit au roi : « H y a dans la maison d'Aman une potence haute de cinquante comices qu'il destinait à Mardochée. — Qu'on l'y pende sur l'heure, » répondit Assuérus; puis il donna la maison d'Aman à Esther, et remit à Mardochée l'anneau que son favori portait comme marque de sa. puissance.
Mardochéa rejeta le ciliée et la cendre, sortit du palais avec le roi et parut aux yeux du peuple dans une pompe imposante : il portail une robe royale, blanche et verte, un manteau de soie et de pourpre, et sa tète était ceinte d'une couronne d'or. Cependant un décret du i:r;md roi était irrévocable ; mais le nouveau ministre sut neutraliser l'effet de l'arrêt promulgué par Aman , en publiant que les .luifs étaient autorisés à se défendre contre leurs persécuteurs. En ell'ct, le jour iixé pour le massacre de tout ce peuple, il y eut en plusieurs lieux des engagements meurtriers, qui tournèrent tous au désavantage des ennemis des Juifs. Les dix fils d'Aman furent égorgés; dans Suze seulement, huit cents hommes périrent, et, dans le reste de l'empire, on compta soixante-quinze mille morts. Lslhcr et Mardochée voulurent perpétuer la mémoire de ce grand événement; ils instituèrent la fête des Phurim ou des sorts, parée qu'Aman avait jeté un sort contre le peuple hébreu on le vouant à l'extermination. LesJuifs s'engagèrent eux-mêmes ainsi que leur postérité à observer ces jours solennels par des jeûnes et des lamentations au Seigneur. Aujourd'hui encore ils célèbrent cette fête antique.
Sous les successeurs d'Artaxercès Longue-Main, la Judée se releva peu à peu de l'état d'avilissement où l'avait réduite la captivité deBabylone; gouvernée par ses grands prêtres et par le conseil des soixante-douze anciens, elle n'nara pou à peu ses pertes. Ses villes se relevèrent, sa population s'accrut, les étrangers qui renonçaient au culte des idoles sans même professer, dans toutes ses prescriptions, ta loi mosaïque, étaient accueillis et regardés comme frères. Malheureusement des rivalités éclatèrent pour la possession de la souveraine eacrificature ; eu 397, Jonathan et Jésus se disputèrent ce titre à main armée, et le premier ne craignit point de souiller le temple par le meurtre de son frère, devenu son rival'. Ces désordres engagèrent le satrape de Syrie à imposer aux Juifs un tribut onéreux. Ils espérèrent s'en affranchir en prenant part à la révolte des Hioiiii/iens contre Ochus. Cellu imprudence fut cruellement punie: la Judée fut ravagée, et une partie du peuple transportée en Hyrcanie (3ô'l) a .
Ce fut sous le successeur de Jonathan, aous le grand prêtre Jaddus, qu'Alexandre commença sa glorieuse expédition. Les Juifs restèrent fidèles à Darius.
Quand le prince macédonien, après la bataille d'Issus, vint assiéger Tyr, ils lui refusèrent les secours qu'il avait demandés. Après la prise de cette ville, du l'historien Fl. Josephe, Alexandre marcha contre Jérusalem; mais Jaddus sortit au-devant de lui avec les prêtres m les lévites revêtus de leurs habits sacerdotaux, et à la vue du grand prêtre portant le nom de Jéhovah. gravé en lettres d'or sur la tiare, le roi adora ce saint nom. Le Dieu des Juifs, disait-il, lui était apparu en Macédoine sous le même habit que portait son grand prêtre, et lui avait dît de passer hardiment l'IIelles-
I . Depuis longent pu, il n'y avB.il plus de prophètes ; Malachie, !e dernier, était mort vers le milieu du v" siècle.
a. Le lilenco de Josepae sur ce dernier fiai rapporté par Solin et le Sucette le rend douteui.