CHAPITRE II
ensevelit sous les ruines. Job apprend coup sur coup ces malheurs , et ce seul cri s'échappe de sa poitrine : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, nu j'y retournerai. Dieu m'avait tout donné, Dieu m'a tout ôté : que son saint nom soit
Satan demande alors que l'éprouve s'étende jusqu'à Job lui-même : « Que Dieu le frappe en sa personne, et Job le maudira. » Jéhovah y consent. Aussitôt le malheureux est couvert d'une plaie hideuse. Assis hors de la ville, sur un fumier, il ùte avec un débris de pot de terre l'humeur fétide qui coule de ses ulcères. En vain sa femme veut le pousser à la révolte contre la main qui s'appesantit sur lui : » Tout vient de Dieu, lui répond le saint homme ; si nous avons accepté le bien , pourquoi repousser le mal ? »
plaintes de *ob.
Trois chefs puissants, ses amis, viennent alors le visiter et le consoler ; mais à la vue de ses maux, ils restent muets durant sept jours et sept nuits. Job rompt le premier le silence et éclate enfin en paroles amères :
■ Périsse le jour où je suis né et la nuit où il fut dit : Un homme vient de naître ; que ce jour se change en ténèbres ; que jamais sur lui ne brille un rayon d'en haut !
« Que l'obscurité, que l'ombre de la mort t'enveloppe, & jour maudit! Et cette nuit, que les ténèbres l'effacent! que jamais elle ne s'unisse au jour '. que jamais elle ne voie l'étoile du matin se lever à l'orient ; car elle n'a pas fermé le sein de ma mère ; elle n'a point prévenu les douleurs que j'endure.
« Oh! pourquoi suis-je né! pourquoi les genoux d'une femme m'ont-ils reçu, pourquoi le lait d'une femme m'at-il nourri ? Maintenant je dormirais du sommeil oii se reposent les rois et les puissants de la terre.
« N'ai-je pas toujours vécu dans la paix et le silence ?
» Ai-je marché avec les trompeurs, et mon pied s 'est-il dirigé vers la ruse ? Mon cœur a-L-il suivi mes yeux en convoitant la femme d' autrui ï
LES PATRIARCHES
« Que Dieu me pèse dans les balances de sa justice , et il reconnaîtra mon innocence.
« 4i-je refusé justice à mes serviteurs, oubliant que celui qui m'a créé a aussi créé mon esclave, et qu'il nous a faits égaux dans le sein de nos mères ?
■ J'ai secouru la veuve et l'orphelin, j'ai secouru le pauvre, vêlu le mendiant, accueilli l'étranger, et je n'ai pas mis ma confiance dans mon or.
' Le soleil s'est couché , la lune a décru , et j'ai dit : Dieu n'est pas là ! et ma main ne leur a pas jeté un baiser de ma bouche'.
» Cependant voici que le jour de la colère s'est levé sur
Malgré la grandeur des maux qui frappent son ami , Èliphaz, le cheik des Thémaniens, le reprend de son peu de courage et de son orgueil. Il ne doit pas, dit-il, se croire innocent ; sans doute il est puni pour quelque faute secrète. Alors il lui raconte une vision dont il a gardé le souvenir : - Une nuit, un esprit m'apparut ; je me levai, mais je ne le reconnus point. Ce n'était pas un homme que mes yeux voyaient; je n'entendais qu'une voix et un souffle léger.
■ Et cette voix me disait : Est-ce que l'homme est pur devant Dieu ?
« Si les anges du Seigneur ont failli, comment en ceux qui habitent des maisons de boue et qui ne sont eux-mêmes que poussière , comment ne se trouverait-il pas le ver secret qui ronge et qui mine ?
» Le fils de la femme paraîtra sans tache devant Dieu ! mais regarde ; quand Jéhovah se montre, la lune elle-même s'enfuit de sa céleste demeure. Pour son regard les étoiles ne sont pas assez pures; comment l'homme le serait-il, lui, cet enfant de la terre, lui, ce vermisseau *î
t. C'est ainsi que Herder traduit d'après !e telle hébreu : Les Scplanle disent : * et je ne les ai point adoré* en ponant ma main a mes lèvres. » tBos la Vêlante l'Idée est la même, mais l'image est différente.
ï. Force de réduire cel admirable livre a un petit imrf-u-. il- papes, j'ai <-■<■queliractoia obligé d'intervenir l'ordre des verseU et même et! ni des cliapi-