CHAPITRE XXXI
Tibère fut mort, Caligula, monté sur le trône, n'oublia pas le dévouement de son ami; il le nomma roi de la tétrarchie que Philippe avait possédée, y ajouta celle de Lysanias et lui donna , comme témoignage de son affection , une chaîne d'or aussi pesante que les fers dont on l'avait chargé.
Hérodiade, sœur du nouveau roi Agrippa et femme d'Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, ne put voir sans envie cette prospérité qui élevait son frère au-dessus de son mari , et celui-ci , cédant à ses instances, se rendit à Rome pour solliciter le même litre. Mais Agrippa avait été informé du motif de son voyage; il fit partir aussitôt un affranchi avec une lettre pour l'empereur, dans laquelle il lui annonçait qu'Hérode était prêt à se révolter contre les Romains. A la lecture de celte dépêche, Caligula demanda k Hérode s'il était vrai qu'il eût dans ses arsenaux des armes pour soixante-dix mille combattants. Sur sa réponse affirmative, il crut la trahison assez vérifiée, et, lui Citant ses Etats , qu'il donna à Agrippa, il le condamna à un exil perpétuel dans la ville de Lyon , en Gaule. Il offrait à Hérodiade de lui laisser toutes les richesses de son époux; elle préféra le suivre dans son exil (37 après J. C.}. Tous deux obtinrent dans la suite la permission de passer en Espagne, où ils moururent dans l'obscurité. C'est Hérode Antipas qui avait fait mourir saint Jean-Baptiste, le précurseur, à la demande d'Hérodiade; et c'est encore à lui que le procurateur Ponce Pilate avait renvoyé Jésus qui, habitant en Galilée , était son sujet'.
Faveur* de Claude (b«m les Juifs.
Claude confirma Agrippa dans la possession de ses États, et lui attribua même de nouvelles provinces, de sorte qu'il réunit tout ce qu'avait possédr; Hi'rudu !i; Grand. En même temps Claude érigeait la Chalcidique en royaume pour Hérode, frère d' Agrippa. Sa faveur s'étendit jusqu'aux Juifs
i. Caligula avait ordonné à Pélronins du placer sa suilue dans le temple île Jérusalem; louché (les prières et des larmes de tout le peuple, ce gouverneur prl: sur lui d'ranrojer des remontrances à Caligula, qui lui répondit par l'ordre de se donner la mort. Feuruuaeujenl le tyran fut lui-même lue aviuit l Yiécuilou de ses ordres. Jos., B. J., h, 17, el An». Jud.
LA DESTRUCTION DU TEMPLE
d'Alexandrie, opprimés par les Grecs de celte ville. - Il esl constant, dit son édit, que les rois d'Egypte ont dès longtemps accordé aux Juifs d'Alexandrie de jouir des mêmes privilèges que les autres habitants. Auguste, après avoir joint cetfe ville à l'empire, les leur confirma; il leur permît encore d'élire eux-mêmes leurs ethnarques et de vivre selon leurs lois et dans l'exercice de leur religion; mais lorsque Caius osa entreprendre de se faire adorer comme un dieu, les autres habitants d'Alexandrie animèrent ce prince contre les Juifs, parce qu'ils refusaient d'obéir a un commandement si impie. Or, comme il n'y a rien de si injuste que de les persécuter pour un tel sujet, nous voulons qu'ils soient maintenus dans tous leurs privilèges, et nous ordonnons aux uns et aux autres de vivre en paix à l'avenir, sans exciter aucun trouble. ■
Claude envoya bientôt après , dans toutes les provinces de l'empire romain, un nouvel édît plus favorable encore et qui contenait ce qui suit : « Tibère Claude, César Auguste, Germanique, grand prêtre, prince de la république et consul désigné pour la seconde fois : les rois Agrippa et Hérode, qui sont nos amis particuliers , nous ayant prié de permettre aux Juifs répandus dans l'empire de vivre selon leurs luis , ainsi que nous l'avons permis à ceux d'Alexandrie, nous h* leur avons très-volontiers accordé, non-seulement en considération de deux si grands intercesseurs, mais aussi parce que nous estimons que l'affection et la iidelitéque les Juifs ont toujours témoignées pour le peuple romain les rendent dignes de recevoir cette grâce. Ainsi nous ne voulons pas que, même dans les villes grecques, on les empêche d'en jouir, puisque le divin Auguste les y a maintenus; mais notre volonté est qu'ils en jouissent à l'avenir dans toute l'étendue de l'empire, pour les obliger, par cette preuve de notre bonté, à ne point mépriser la rdigion des autres peuples, mais à se contenter de vivre en toute liberté dans la leur. Et pour que personne n'en puisse douter, nous ordonnons que le présent édit sera non-seulement publié dans toute l'Italie, mais envoyé par nos officiers aux rois et aux princes, et affiché pendant trente jours. ■
MO