CHAPITRE XXXI
« pie, malheur à la ville, malheur à tout le peuple ! — A la » fin, il ajouta:— Malheur à moi-même! — et en même temps ■> il fut emporté d'un coup de pierre lancée par une machine.»
Nous avons dit déjà tout ce que la nature et l'art avaient fait pour rendre Jérusalem inexpugnable; ses hautes murailles enfermaient un peuple immense accouru pour la célébration de la P.'que et qu'animait le fanatisme patriotique et religieux. Malheureusement les divisions intestines affaiblirent la résistance : le commandement avait été partagé entre trois chefs, Jean de Giscale, Eléazar et Simon, fils de Gorias. Chacun d'eux s'était cantonné dans une partie de la ville, et ils se battaient entre eux quand ils ne se battaient plus contre l'ennemi commun. Dès que les Romains arrivèrent en vue de la place, au mois de mars de l'an 70 de notre ère, Titus s'avança avec six cents cavaliers pour reconnaître ies approches; mais une sortie dispersa son escorte et lui fit courir à lui-même les plus grands dangers. Le lendemain, la dixième légion travaillait a ses retranchements, quand elle fut si vivement attaquée que le prince dut venir lui-même, a. deux reprises, pour la dégager. Mais les combats dans l'intérieur de la place permirent aux Romains d'avancer leurs travaux. Jean de Giscale s'étant emparé du temple qu'occupait Eléazar, tailla en pièces la plus grande partie des soldats do ce dernier, et le réduisit à n'être plus que son lieutenant. Ainsi les trois partis étaient réduits a deux, Jean, qui était maître du temple, et Simon, qui commandait le reste de la ville ; mais leur rivalité n'en allait être que plus sanglante.
A la faveur de ces divisions, Titus était parvenu à entourer de ses ouvrages tout le nord de la ville. Les Juifs, un instant réunis, essayèrent de les détruire. Dans une sortie générale , ils pénétrèrent jusqu'aux ouvragesdes assiégeants, et déjà ils commençaient à y mettre le feu, lorsque Titus survint avec toute la cavalerie; sa présence ranima le courage des légions. Les Juifs furent repoussés, mais après avoir
LA DESTRUCTION DU TEMPLE. HH
longtemps disputé la victoire. S'il faut en croire Suétone , Titus aurait, dans cette affaire , tué douze ennemis de sa main. Enfin, au bout de quinze jours d'efforts, les Romains se rendirent maîtres de la première enceinte. Dès le cinquième jour, ils eurent fait une brèche au second mur ; l'assaut Était possible et le succès certain , car la foule rassemblée dans la ville était disposée a se rendre; mais Titus ne voulait pas abandonner celte cite" fameuse aux horreurs du pillage , et il se contenta de garder la brèche avec mille légionnaires d'élite. Jean et Simon, prenant cette modération pour de la faiblesse , attaquèrent avec toutes leurs forces cette poignée de Romains ; Titus lui-même fut enveloppé , et les Juifs restèrent maîtres de la brèche; mais ils n'eurent pas le temps de la réparer, et, après quatre jours de combat, Titus put se loger dans la seconde enceinte.
Le siège durait depuis vingt-quatre jours, Jérusalem était a moitié conquise , mais ni le temple , ni la tour Antonia , ni la citadelle de Sion n'étaient encore au pouvoir des Romains. Pour intimider l'ennemi , Titus fit sous leurs yeux, au milieu de la basse ville, la revue de toute son armée. Quatre jours après, lorsqu'il eut dressé toutes ses machines contre la ville haute et contre la tour Antonia , avant de donner le signal de l'attaque, il chargea l'historien José phe d'engager ses compatriotes k céder à la nécessité. Josèphe s'avança sur un lieu élevé d'où on pouvait l'entendre des murailles, encore occupées par les Juifs, et leur adressa un discours qu'il nous a lui-même conservé; mais les assiégés lui répondirent par des outrages , et bientôt les pierres el les traits volèrent sur lui. Il n'en fit pas moins le tour des murs, en continuant ses exhortations et ses prières avec tout aussi peu de succès. Une pierre même l'atteignit et le renversa; il eût été achevé par les Juifs sortis de laville, si Titus n'eûl envoyé des soldats pour l'enlever.
Cependant la famine était dans Jérusalem, d'où chaque nuit un grand nombre d'habitants s'échappaient. D'abord Titus leur permit de traverser les postes; mais ces ménagements n'ayant pas eu le résultat qu'il attendait , il ordonna de mettre en croix tous ceux qu'on saisirait. Il yen eut jus-