CHAPITRE ÏV
l'étranger, et la charité s'étend à l'esclave, auxbetes même, qu'il faut soulager et ne point charger d'inutiles entraves. J'ai cité plus haut (p. 51) ces admirables préceptes, et assurément l'on ne peut trop s'étonner que le législateur inexorable et terrible du mont Sînaï, auprès de qui toute grandeur humaine s'efface, ait eu cette ingénieuse charité, cette douceur de femme et d'enfant , tant de cœur avec tant de génie. Il y a là déjà un souffle du christianisme.
L'ancienne loi n'est pas animée, comme la loi nouvelle, de l'ardeur du prosélytisme; elle ne demande pas à se répandre sur le monde , mais elle accueille quiconque vient s'asseoir à son foyer; elle ne repousse que les faux dieux et leurs adorateurs. Pour l'étranger qui vit au milieu du peuple, il peut assister aux lectures solennelles du livre de Moïse, et le lévite partagera avec lui la dîme qu'il reçoit d'Israël.
Ainsi, dans cette société, l'étranger n'est pas un ennemi comme dans les autres États de l'ancien monde; l'esclave est encore un homme 1 et la femme est assise dignement à côté du chef de la famille et entourée des mêmes respects. Tout ce que l'antiquité abaisse et repousse, la loi mosaïque le reïève. Remarquons encore qu'en faisant un article de foi de cette tradition que l'homme avait été formé à l'image de Dieu, Moïse avait obligé son peuple à tendre sans cesse par la pureté, la justice et la bonté à se rapprocher de son divin modèle. Pour la première fois la vraie morale avait été créée.
Absence lie «omer ne nient.
Malheureusement Moïse n'acheva pas son œuvre. Il ne put établir lui-même son peuple dans la terre de Chanaan dont
t. Aussi y accouraient-ils en foule. Quand Salomon entreprit ses grands iravaai, il leva, parmi les étrangers établis dans le |mis, cent <- i injunri In - trots mille sii cents ouvriers {Pamlip., Il, V, »).
•t. Il prenait sa part de toutes les TÈtes religieuses; il partageait les repas des dîmes, et il était admis à manger l'agneau pascal avec [es unirez meinhn"s de la famille, rmand il l'était fait circoncire {Dtulêronome, su, 12; Exode,
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il eût chassé ou asservi les anciens habitants qui tant de fois parvinrent à assujettir et à corrompre Israël. 11 ne donna pas non plus aux tribus une organisation politique qui les eût mises en état d'achever promplement la conquête de tout le pays. Ce que Moïse ne fit pas, nul après lui , durant quatre siècles, ne le tenta. Les ministres du culte restèrent immuables comme la loi qu'ils expliquaient et conservaient, et le peuple accepta docilement dans les affaires religieuses le gouvernement de ses prêtres; mais , fidèle aux traditions de la vie patriarcale , il repoussa , dans ses affaires civiles , l'intervention d'un gouvernement central. Comme au désert, et maigre 1 la présence de tant d'ennemis, chaque famille continua d'obéir à son chef, chaque tribu ne reconnut que son prince; seulement pour les questions d'intérêt général et pour l'administration de la justice le peuple conserva le conseil des soixante-dix anciens et les juges institués au mont Sinaï.
Les douze tribus d'Israël vont donc former une sorte de république fédérative, dont l'unique lien sera le culte commun de Jéhovah, c'est-à-dire la soumission à la loi mosaïque interprétée par les lévites dans toutes les tribus, et gardée par le grand prêtre. Mais entourés d'ennemis et sans union entre eux , les Juifs ne pourront éviter les malheurs qui frappent toujours les peuples divises; c'est alors que s'élèveront des hommes forts et vaillants qui les délivreront de la servitude et qui, au nom de leurs services et de leur gloire, commanderont à une ou a plusieurs tribus, quelquefois au peuple entier, c'est-à-dire qui conduiront l'armée en temps de guerre , et qui, durant la paix , assis sous un chêne , au bord du chemin, rendront la justice à ceux qui viendront la demander.
■«» Jntr* détourné! de la philosophie, de. «rlrnrr» et rte» aria grandeur de leur poésie.
La législation mosaïque a marqué le caractère du peuple juif d'une ineffaçable empreinte. C'est a elle que ce peuple tiuil le rôle qu'il a joué dans l'histoire du rnoride. Il ne pré-