CHANTRE X
« Collines, pourquoi regardez- vous d'un air si envieux ce mont que Dieu s'est choisi pour sa demeure? il y habitera éternellement, et les rois viendront lui offrir des présents dans son temple de Jérusalem. »
Cependant les Philistins avaient repris les hostilités, et s'étaient avancés jusqu'à la vallée de Réphaim. David marcha à leur rencontre, gagna sur eux deux batailles et prit leurs villes qu'il livra ,m\ flammes. Dans cette guerre, David, un instant entouré par l'armée ennemie, près de U caverne d'Odollam, s'y était trouvé pressé par la soif, et il lu-i était échappé de dire : « Ob ! si quelqu'un pouvait me donner un peu d'eau de la citerne de Bethléliem ! - Or, il avait près de lui les trois plus vaillants hommes d'Israël, Jesbaam, Éléazar et Semma. Ayant entendu les paroles du roi, ils traversèrent tout le camp des Philistins, puisèrent de l'eau à la citerne et la rapportèrent à leur prince. <> A Dieu ne plaise, s'écria David, que jeiioive le sang de ces vaillants hommes! » et il répandit l'eau en l'offrant au Seigneur.
Translation de 1" arche il Jérusalem.
L'arche sainte était encore a Gabaa, dans la maison du lévite Abinadab. David comprît qu'il y allait à la fois de son honneur et de son intérêt que ce symbole de l'unité nationale, que ce monument auquel se rattachaient les traditions et la foi du peuple, ne restât pas dans ce honteux abandon ; et il fit ce vœu : * Je n'entrerai pas dans ma maison, je ne monterai pas sur le lit qui m'est préparé, et je ne donnerai ni le repos à mes yeux ni le sommeil à mes paupières, jusqu'à ce que j'aie trouvé une demeure pour l'Éternel, un tabernacle pour le Dieu de Jacob.
« Nous avons trouvé l'arche dans Ie6 champs Balivages de Jahar. Nous entrerons dans le tabernacle de Jéhovah; nous l'adorerons dans le lieu que ses pieds ont touche'.
« Levez-vous, Seigneur, pour entrer au lieu de votre repos, vous et l'arche où votre sainteté éclate. ■
Pour que l'arche et la nouvelle royauté se protégeassent mutuellement, David voulait faire transporter le monument
DAVID
de l'alliance à Jérusalem, qu'il destinait à devenir !e centre du culte et du gouvernement. On mit l'arche sur un chariot neuf que conduisirent Oza et ses frères, iiïs d'Abinadab; tout Israël l'accompagnait au son des harpes et des lyres, au bruit des tambours et des timbatles. Mais, pendant la roule, les bœufs firent brusquement reculer le chariot, et l'arche parut près de tomber ; Oza y porta la main pour la retenir; au même instant Dieu le punit de son audace et de son manque de foi en te frappant de mort. David, épouvanté de ce châtiment, craignit de conduire l'arche à Jérusalem avant d'avoir préparé un lieu pour la recevoir, et il la fit entrer à Geth dans la maison d'Abeddara; mais bientôt, justement jaloux des bénédictions que le Seigneur répandait chaque jour sur cette famille, David, au bout de trois mois, 1 reprit son projet. Il avait fait dresser un tabernacle dans la forteresse de Sion; l'arche sainte y fut conduite en grande pompe avec les rites institués par Moïse, au milieu des transports de la joie publique. Le roi lui-même, sans couronne et sans sceptre, vélu d'un éphod de lin, comme un simple lévite, dansait devant l'arche et chantait les louanges du Seigneur. En approchant de ta montagne de Sion, il entonna ce cantique que, dans la suite, le peuple répéta aux fêtes solennelles :
• La terre est à Jéhovah, la terre dans son immensité, avec tous ceux qui l'habitent; car il l'a fondée au-dessus des grandes eaux; il l'a consolidée au-dessus des fleuves.
« Oui pourra monter sur la montagne du Seigneur? Qui pourra s'arrêter dans son saint lieu? Celui-là dont les mains ne sont pas souillées, celui-là dont le cœur est pur.
- Voici tout un peuple qui cherche la face du Dieu de Jacob. Ouvrez vos portes, ô princes! Ouvrez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera !
. Quel est ce roi de gloire ? C'est le Seigneur vaillant et fort, !e Dieu puissant dans les combats.
■ Ouvrez vos portes, ô princes! Ouvrez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera !
u Quel est ce roi de gloire ï C'est le Dieu des armées ! .
CHAftTHE X.
Un autre cantique' montre celte réunion dont nous parlions tout à l'heure des deux chefs du peuple, Jéhovah, le maître invisible, et le roi, son représentant sensible :
« Jéhovah a dit au roi : Assieds-toi a ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit tes ennemis à te servir de marchepied.
« Du haut de Sion le Seigneur a étendu le sceptre de sa puissance et il lui a dit : Tu demeureras au milieu de tes ennemis; tu seras mon prêtre pour l'éternité.
« Au jour de sa colère, Jéhovah, qui est assis à sa droite, brisera ia tête des rois; il jugera les nations, il couvrira la terre de ruines, et nombre de chefs seront gisants écrasés.
" Alors, comme le guerrier victorieux, il boira au bord du chemin l'eau du torrent, puis relèvera sa tête altière. »
Le tabernacle préparé à Sion n'était encore pour l'arche qu'une demeure provisoire. David s'indignait d'être plus magnifiquement logé que le Seigneur.
i Regarde, disait-il un jour au prophète Nathan, j'habite dans une maison de cèdre, et l'arche de l'Eternel demeure sous une tente. » Il voulait élever un temple superbe, mais le prophète, en lui annonçant de la part de Dieu que le sceptre ne sortirait point de sa maison dans toute la durée des siècles, lui apprit aussi que le grand ouvrage de la construction du temple était réservé à son fils.
victoires de Paild.
Malgré ses dernières victoires , Israël payait toujours tribut aux Philistins. David ne pouvait consentir a supporter plus longtemps cette honte; il reprit les armes et affranchit son peuple de cette servitude. Les Philistins , une première fois battus dans la vallée de Réphaïm , avaient été refoulés, après une seconde affaire, jusqu'aux murs de Gazer. Plus tard ils perdirent même le territoire de Geth.
David défit aussi les Moabites et extermina la moitié de cette race, l'autre lui paya tribut. Entre tes Philistins et les Moabites, deux autres peuples habitaient au sud de Juda ,
DAVID
les Amalécites et les Iduméens ; David les soumit. Les fils d'Ammon , au nord de Moab , allaient avoir bien tôt le même sort.
Mais son plus redoutable adversaire fut le Syrien Adraaiar, roi de Soba. David tailla en pièces les armées de ce prince , non loin de l'Euphrate, et lui prit dix-sept cents chevaux et vingt mille hommes de pied. De cette victoire il courut à une autre, mil en déroule les troupes de Damas venues au secours d'Adraazar, tua vingt-deux mille hommes et assujettit à ses armes la Syrie damascéenne, où il laissa des garnisons. Thou, roi de Hamath et ennemi du roi de Soba, apprenant sa défaite et celle de ses alliés, envoya son fils avec de riches présents pour complimenter le vainqueur. Ces dons, ainsi que les plus belles dépouilles du butin fait sur les ennemis , furent consacrés au Seigneur.
Après ces grands coups frappés au nord de son royaume , David alla appesantir le joug d'Israël sur les peuples du sud ; il tua dix-huit mille Iduméens dans la vallée des Salines, et mil des garnisons dans tout leur pays , afin de s'assurer des routes qui conduisaient à la mer Rouge.
A l'est d'Israël un peuple puissant restait encore indépendant, les Ammonites ; mais David se souvenait des services que Nahas, leur roi, lui avait jadis rendus, et de ce coté il retenait ses armes. Cependant Nahas mourut. A cette nouvelle , David envoya des ambassadeurs a Hannon , son fils et son successeur, pour lui porter des consolations; mais , excité par les grands du pays , Hannon Iraita ces envoyés comme des espions , et leur fit subir de cruels outrages. Il comprit cependant que le roi d'Israël voudrait venger cette injure, etil leva une armée puissante a laquelle se joignirent trente-trois mille hommes envoyés par les Syriens et par ses autres alliés. Une double victoire de Josb etd'Abissaï , son frère , généraux de David , rompit celle ligue; mais les Syriens, craignant alors pour eux-mêmes, formèrent une coalition puissante qui embrassa tous les peuples établis du Jourdain à l'Euphrate. Il vint même des troupes des pays situés au delà de ce fleuve, dans la Syrie des rivières. Adraazar était encore à la tète de l'armée confédérée. A cette