‹ Histoire secrète de l'Académie de Dijon de (1741 à 1770), composé et annotée par le président Richard de RuffeyChapitre 23 sur 50 · Huiïcy, Histoire de l'Acad., f · texte numérisé non relu

Huiïcy, Histoire de l'Acad., f

2. Mjirct, Hisloire (le l'Aciid. (Mi^ii. de l'Acul. ilr DijDn, 1, p. \xxi.) .{. Jfjid., ot xxxii.

INTRODICTION 31

Dans cet auguste sanctuaire Je vois le Sénat littéraire Dont RulTev par ses soins anima les travaux '.

Ainsi s'était exprimé, le 15 décembre 1765, un poète de quatorze ans dont l'Académie de Dijon avait honoré le talent précoce en le recevant parmi ses membres ; et ces vers, qui unissaient dans un même éloge l'Académie et son bienfaiteur, avaient dû sonner délicieusement aux oreilles du vice-chancelier. Or l'Histoire de l'Académie a été écrite par lui au lendemain de cette séance mémorable ; elle est vraiment l'écho de ces louano^es. Sans doute celles-ci l'avaient confirmé dans le sentiment de ses mérites et dans l'idée de la gratitude que l'Académie lui devait : et c'est ce qui nous donne à penser qu'en écrivant cette Histoire il se flattait de la faire servir quelque jour k la commune g-loire de l'Académie et du président de Rutïey... Voilà aussi de quoi expliquer la satisfaction qu il y laisse voir, et pareillement le soin qu'il y a pris de surveiller sa plume irritable. Mais son espoir fut trompé. On verra jdIus loin en quels termes il. s'exprime, dans l'Histoire Secrète, sur le compte de Maret, et 1' « odieux projet » qu'il lui prête d'avoir travaillé à le supplanter : une des causes de cette g-rande querelle fut peut-être la déception et le ressentiment qu'il éprouva de ce qu'il regardait comme une usurpation.

Et pourtant, oui malgré la contrainte officielle que semble ici s'imposer sa verve, même de ce document où il s'etforce de ne pas être trop lui sa personnalité jaillit et déborde, et c'est une autre difîérence avec l'historique de Maret, clair, précis, impartial, de ton un peu froid, estimable exemplaire du genre académique. Si Ruffey se tient à carreau pour ne pas blesser les personnes, il se dédommag-e en partie dans l'expression des

1. François de Nculchâteau, Remerciement à l'Acad. de r)ijoii, v. Mém. de rAcHfl., I, p. 350. — Une note confirme que <• le zèle de M. de Ruffey a bcaïK-oup contril^ué aux progrès de rAcadémie ». Un peu plus loin [ihicL, p. 357) le jeune poète parle de l'exemple glorieux donné par un des « favoris des Nymphes d'Aonie », et une autre note explicjue l'allusion : il s'agit du K médaillier offert à l'Académie par le président de Rulfey ».

32 INTROhl'Cl'ION

^'ôiu'ralili's : là où Marii, en lornies nn'suit'-s, IV'licitc les acaciémies (le iu(>lli'e j)()iir jamais les Seiencos à lahii des oHoi'ts cK'slriK'Icuis (le ri^iiorance ', Hiilîey (.'clale (mi inveclivos contre l'envie, li^norance et la paresse cjui ont de tout temps t'ait la ^'uerie aux Sciences (elles la font maintenant aux académies), et contre ces a esprits faux », ces « cœurs corrompus », ces « âmes viles », (pii u (li't lient la Science, se font ijlj)ire de la mépriser et de la haïr •' •>... Kt toute une pag-e sur ce ton. Si Rull'ev ménage le fondateur de l'Académie et ses premiers directeurs, il exprime pourtant le regret (juils ne se soient pas assuré le concours du président Houhier, dont les lumières leur auraient évité de graves erreurs ■', et il ne se refuse pas le plaisir d'ana- Ivser, chemin faisant, le mémoire de Cocquard, qui avait combattu vigoureusement la prétention des directeurs à décerner des prix aux pensionnaires '. Ailleurs il signale, non sans aigreur, l'importance prise à l'Académie, entre 17i2 et IToO, par la classe de médecine '. Sur ce point aussi (et poui- cause) Maret. — le docteur Maret — s(> monti'era plus réservé...*

Si, même lorscju'il veut être calme, Rutîey n'y réussit guère, on devine de (juelle encre il saura écrire ({uand il donnera un libre cours à l'expression de ses sentiments passionnés. Tel est l'intérêt qui s'attache à l'Histoire secrète : on peut tenir pour certain qu'il Ta écrite dans l'espoir (ju'un jour elle plaiderait i)our lui, le vengerait des (I méchants », des « sots )>, et de tous les « fâcheux » qui avaient tramé sa perte; mais aussi, à n'en ])as douter, il l'a écrite j)our lui-même, sous rinqndsion pressante de sa \erNe débridée. (Test là (juil s'est dédonmiagé de la contrainte, des

i. Miuvl, Ilisl. (le l'.Vc-ad. [Mr/n. dr l'Aratl., p. vu.)

Page 1