‹ Histoire secrète de l'Académie de Dijon de (1741 à 1770), composé et annotée par le président Richard de RuffeyChapitre 41 sur 50 · Cf. notes 13 et · texte numérisé non relu

Cf. notes 13 et

lilCIlAUl» DM lU'IFllY

M. (riiyol, lils (11111 niam-ais procureur du Parlement, clail un homme sans;^énie, sans esprit, sans savoir, sans mérite et sans talents... Orf^anisé pour être sot, on peut dire qu'il |)ersonnitia la sottise. » Parvint à une fortune au-dessus de son étal à force de mana-uvres et de bassesses, grâce surtout à la protection du président de Grosbois, qui. étant créancier du procureur Guyot pour une somme de B.(MM) francs, proté};ea son fils pour la recouvrer. Il le lit recevoir avocat, obtint pour lui une jjlace d'agrégé à l'Université de Dijon et une place d'académicien. Mais M. Guyotne réussit ni au Palais, ni à r.Académie. \i\\ dernier lieu le crédit de son protecteur lui valut la place de procureur général au Conseil de Corse. Bon débarras pour rAcadémie '.

Article // deti Lettres patentes :

« Les statuts et délibérations qu'il couAiendra de l'aire à l'avenir pour le bien et le gouvernement de l'Académie seront faits par les directeurs, par les deux plus anciens académiciens honoraires et par le plus ancien pensionnaire de chaque classe, à la pluralité des voi.\, et seront exécutés sans qu'il soit besoin de nouvelles lettres. «> Ce statut a été le salut et la ressource de l'Académie; elle en a l'obligation à M. Lan tin.

64 (/3.^) Article 13 :

« Dans le cas oii il deviendrait nécessaire d'établir tl'autres otîiciers que le secrétaire, ils seront choisis suivant I emploi dans le nombre des académiciens et nommés conjointement pai- les directeurs et par les académiciens. «

I. (11'. Ilisl. Si'cf., |). TU. l,(inis (iiiyol I72"')-Ht)|, nssoi'ié de rAcjuléiuic de 1). en IT'fT, agrégé \\ ri'niveisilé IT.'II, piocureur-général au (".ouseil su|)érienr de Corse i7(i'.l-82 {Mfrciirc dij., p. ."(."{i. A. : 174"; P. : I74S ; il. N. 15. : 177 1 Milsand . Discouis ii l'.Vcadéinii' sur le bonheiu-, le pardon (U's iujincs, lii inodt'slic. li-s avantages de l'adversité; élo^e iK' Charles l'eviel (rutcric hinir;/.. I, p. l-92-;{). CI'. .\<ili<c hitH/nijifiit/iit' sur Loiii^ (iuyot. Dijon, IJahuloI, I8»>M, in-8.

ÎVOTi;s l'OlR SERVlll A l'hISTOIRE SECRÈTE 123

Les nouveaux statuts de l'Acadénue :

7(S articles, imprimés à Dijon, iu-i, eu 1762, chez Causse, imprimeur de rAcadémie. On eu tira 150 exemplaires.

Qualités rec/uises pour un /jon président : <( avoir de léducatiou, de la noblesse dans le cœur, de Télévation dans l'esprit, et surtout une bonne tête. Il doit encore avoir du zèle, de la pénétration, de la fermeté, de la prudence, Tintelligence des affaires, un grand usage du monde et des bienséances. »

Qualités requises pour un bon secrétaire perpétuel : « de ractivité, de la bonne volonté, de la docilité, de 1 exactitude, de l'ordre, une teinture des Lettres, des Arts et des Sciences, et une bonne plume... Il ne peut sans troubler l'ordre sortir de ses t'ouctions pour empiéter sur celles du président,.. Son intérêt et celui du corps entier est qu'il vive bien avec le président, qu'il ne se hasarde jamais à le contrarier.. Le président, de son côté, doit avoir pour le secrétaire des égards et de la considération. »

67 [JSO)

Autres Académies (jui ont un chancelier et un vice-chancelier :

L'Académie française, celle des Jeux Floraux et celles des Sciences, de Toulouse ; mais les fonctions de ces places ne sont pas les mêmes dans tous ces corps.

Longue note sur l'affaire \ arennc. — ( )n rappelle l'origine de la mésintelligence des Klus et du Parlement : l'appel des ordonnances des Elus donné au Parlement, qui en conçut de la hauteur, puis, sur les instances des l*!lus, attribué au Conseil du roi. Les l^lus appuyés de la protection de la maison de Coudé, et en crédit au Conseil et dans le ministèi'e. Lu procès sus|)endu depuis 80 ans, au sujet de surtaux de taille, est le prétexte de la lutte : le Parlement reçoit l'appellation d'un particulier du Charolais, « qui se prétend vexé par les opérations tyranniques d'un commissaire des Llus, M. \ arenne, qui, quoique

\'2i lîlCIlABIt l»K lUFKKV

simple ^ri'Ilit'P. par la l'ailjlcsse el ri^noraiire ilii rlu'f el des membres de ve tribunal, le gouvernail despoliquemeiit. » — Aiyreur cM-oissanLe. Les l'Mus travaillent à Texéculion d'un nouvel impôt avant l'enrej^istrement de l'Edit : le Parlement, par humeur, insère dans cet enregistrement des modiHeations et des termes dont les Klus sont vivement picpiés ; mais M \'arenne fait casser par le Conseil les arrêts du Parlement (17H0-I).

Irritation exlrême dans le Parlement. M. de Konlelte se lait députer à Paris pour y poursui\re le jugement définitif de Tancien procès ; M. \'arenne, de son côté, est député par les Klns avec le comte de Vienne, élu de la noblesse.

Publication du u Parlement outragé », écrit k rempli de vérités trop durement présentées, mêlées d'invectives méprisantes contre les Elus et d'injures atroces el grossières contre M. \'arenne... Le Parlemeiil même ne put s'empêcher de blâmer hautement cet ouvrage. » ^L .loly de Bévy, conseiller au Parlement, s'en avoue lauleur devant les chambres assemblées, el s'excuse de son faux zèle : conduit cpielques jours après à la Bastille, où il reste quatre mois. Indignation séditieuse, à Dijon,, contre M. \'arenne et ses adhérents, surtout M. de Blancey, secrétaire des Etats, qui dénonce et fait emprisonner quatre bourgeois pour avoir tenu des propos hasardés contre M. N'arenne. Le Parlement jure la ruine de M. \'arenne, fait au roi de vives remontrances sur la cassation de ses arrêts, et, sans attendre la réponse, cesse le service : il en est universellement blâmé.

M. Varenne triomphe, mais sa prospérité l'aveugle: il fait imprimer à Lyon cl débiter à Dijon un livre historique sur les démêlés des l''lus el du Parlement il7<v2). .. Le Parlement crut apercevoir dans la pi-éface des traits injurieux contre lui et une censure indécente de la magistrature : il fit informer contre l'auteur, décréta l'imprimeur, et. par l'avis adroit de M. de Fonlette, remit la poursuite de l'alVaire à la Cour des aides de Paris, qui. par sa juridiction dans une partie de la Bourgogne, la revendicpia ct)mme une suite de l'alfaire des l^lus avec le Parlement pour fait de tailles. » M. \'arenne, décrété par la Cour des Aides, fui obligé de comparailre, de répondre, el tie subir devant ce tribunal ce (pi'on peut essuyer de plus humiliant. La Cour des Aides rendit coiilie lin un arrêt ilétrissanl, qui fut d'ailleurs cassé au Conseil. Le roi, pour le dé(1ommagcr et pour mortifier le Parlement de Dijon, le décora du cordon de Saint-Michel. Mais enfin, le Parlement chômant toujours, la Cour se décida à lui sacrifier M. N'arenne. ilont la place fut supprimée : il fut poiu'vu dune tharge de receveur général des finances en i>retagne. Quant au proi-ès, l'arrêt en fut rédigé en

NOTES POUR SERVIR A l'hISTOIHE SECRÈTE 125

termes obscurs el équivoques, pour que chacun pût s'attribuer la victoire ; elle fut cependant presque entièrement aux l"]lus '.

M On reçut honoraires MM. de Crébillon, de Sainte-Palaye, Rameau, Daubenton, médecin; M. de la Lande et M. Daubenton, subdélégué à Montbard, lurent reçus académiciens non-résidants.

M. de Crébillon taisait trop d'honneur à sa patrie pour que l'Académie ne s'empressât |)as de le partager, surtout ce grand homme étant parvenu à un âge qui ne permettait pas d'espérer de le conserver longtemps. 11 accepta avec une reconnaissance patriotique l'hommage que ses concitoyens rendaient à ses talents. l"'tant mort quelque temps après, l'Académie chargea M. Michaut, son secrétaire, de l'aire son éloge dans une séance publique.

La France, que sa constitution rend nécessairement moins patriote que l'Angleterre, oi!i cette vertu est quelquefois portée jusqu'au fanatisme, sentit vivement la perte de ce g-rand poète... Le roi écouta avec bonté les v(cux de la nation : il ordonna l'érection d'un mausolée à In mémoire de Crébillon dans l'église où son corps avait été inhumé... » Mais le clerg-é murmura : alors la Bibliothèque du roi fut destinée à recevoir ce monument, qui en lin de compte est resté sans exécution -.

M. de la Curne de Sainte-Palaye, connu depuis longtemps par ses savantes recherches sur notre histoire et notre langue, qui lui ont mérité une place dans l'Académie des Belles-Lettres et depuis dans l'Académie française, fut flatté de joindre à ses titres littéraires celui d'académicien de \.\ capitale de sa patrie, dont ses occupations multipliées l'ont empêché jusqu'ici de faire usage •' ».

1. Claude Micaull {Mercure dij., p. 126 sq.) nous fait connaître ég'alenioiil les phases de cette querelle; on trouvera dans son Journal quelques détails que RufTey no. donne pas. La rentrée du Pai'lement se fit le 23 février t763 {ibid., p. 1M2). Sur la nouvelle publication de Varenne : « Registre (lu Parlement de Dijon » et son succès en 1770, favorisé par le ministère Miiupeou, V. Galerie 1-tourr/., III, p. 283. Cf. Foisset : Le Président de BroAsea, p. 201 et suiv.

2. Jolyol (le Cièbilion, né à Dijon t()74, mort à Paris 1702; IL N. R., 22 mai 1761 (Milsaud). V. al)bé Michaud : Biographie des hommes iUiis/res du déparlement delà Côte-d'Or, II, p. .382-410, el Milsaud, Bihlitxjr. bourg., p. 123-t, et supplément, p. 27.

3. Né à Auxerre 1697, mort 1781; H. N. R. 1761 (Milsaud). Ses principaux ouvrages : Essai sur la vie d'Agathocle, tijran de Syracuse ; Remarques sur la rie de Boinulus ; Mémoire sur la (!hroni</ue de }farignjj et sur les

\'2(\ KICHAIU» DK KIFFFV

l^e l'ameux llanieau lui également sensible au souvenir de ses conriloyens. L"heui\'use el subite révolution que la lorce de son ffénie a opérée dans la musique française Timmorlalise à jamais. Il a lait don à TAfadémie de plusieurs de ses ouvrages. Celte compagnie a honoré sa iiifuioiiediin éloge prononcé dans une séance publique j)ar M. Marel, son seci'étaire, el imprimé dans le temps par ses ordres '.

M. Daubenton, docteur en médecine, île l.Académie des Sciences lie Paris, des académies de Londres el de Bei'lin, avait des droits à IWcadémie de Dijon : elle lui accorda une place dlionoraire. Quoiqu'il ait peu répondu à celle distinction, l'Académie n'en estime pas moins sa personne et ses talents. 11 fut le collègue de M. de BulTon dans la vaste entreprise décrire l'Histoire Naturelle; mais il fut lolalemenl éclipsé par le génie de ce grand mailre. Son ouvrage, dont la sécheresse minutieuse des détails anatomiques rend la lecture insupportable, a servi d'ombre à ce brillant tableau -.

M. Daubenton son frère, maire de Montbard, fut aussi adopté jiar l'Académie. Il s'est forl adonné à la botanique forestière, dont il a

ntilciirs qui l'ont cnmposro ; Mémoire sur deux ouvrages historiques eoiioernant I.ouis VII ; Méiu. sur hi vie de Froissard, etc. iGalerie bourg., II, 11. S-9i. En nfiy la Franco littéraire elle de lui : La Romance (VAucassin cl (le Xicoletle il'"i2), les Mémoires sur l'ancienne chevalerie 1734, in-4, 173S, 2 vol. in-12', le Projet d'un glossaire français (17.")6'. Son éloge, par Dupuy, dans les Mém. de l'Acad . des Inscrij)tions, tome XLV \lîibliogr. ])Our<i. .

\. .lean Fhili|)|)t' I^ameau 1(183-1764). Milsanil lU' donne pas l'année de sa mort et le ([ualifie de N. R., ignorant qu'il fui honoraire de l'Acad. Son éloge lui lu par Marel le 25 août I76;i el imprimé à Dijon en 1766 v. Milsand, Bibliofjr. bourg., p. LiO, el Supplément, p. '.V^\ j)uhlicalions plus récentes : Lionel de la Laurencie : Quelques documents sur Jean-Philippe Rameau et sa famille (tirage à part, extrait du Mcriure musical, 1907; Louis Laloy, Rameau, Paris, 1908 .

Mcmbie de la Société littéraire, il lui avait adressé deux mémoires, inlilulés, l'un : " Réllexions sur la manièri' de former la voix el d'apprendre la nuisi(|ue, el sur nos l'acullés en général pour tous les arts d'exercice •> : irt ouvrage, lu le 27 juillet 1752, et conservé dans les Œuvres acad. de la Soc. liltérairi- uis. 482 ', f. 17-23), avait fait l'objci d'observations présentées à la Société par MM. t'.o'urderoy el de 13rosses, le II) août ibid.,ï. 2">-2S; el ms. 1628, p. 6;)-72;; le second : « Extrait d'une réponse de M. Hameau à M. Euler sur l'identité des ortaves i-t sur les erreurs des anciens dans leurs systèmes de musi(pif », lu par MM. de Brosses el de HnlTi\v 1(> 28 déc. I7.">3 (ms. 482 '. f. 11)9-206; ms. 1628, p. 81-2i.

2. Louis-Jeau-Marie Daubenton, né à Monlljard I7lf., mort à Paris 17l)lt ; II.N.R. 1761 (Milsand). V. abbé Michaud, îîiogr. des hommes illustres du dcpurtement de la Côle-trOr, II, p. 'i.'<2-VVr»; La (iaterie bourg., I, p. 2.">'.)-26l, renvoie aux éloges de D. par Lacépèdc», Ciivicr, Morcan île la Sarthe. etr.

NOTES POIR SERVIR A l'hISTOIRE SECRÈTE 127

cultivé la théorie et la pratique. Quelques-uns de ses ouvrages sur ce sujet ont enrichi les portefeuilles de TAcadémie, ainsi que le Dictionnaire Encyclopédique. Il se serait acquis plus d'estime, sil n'eût pas t'ait un vil commerce du produit de ses travaux '...

M. de la Lande, de l'Académie des Sciences et de plusieurs célèbres académies étrangères, renommé pour l'immensité de ses travaux astronomiques, sollicita une place d'académicien, qui lui tut accordée. L'Académie s'attendait à proliter de sa correspondance ; mais ses occupations multipliées ne lui permirent pas de s'y prêter. Pour exciter sa bonne volonté, elle le plaça au rang de ses honoraires.: cette distinction ne produisit pas l'effet qu'on avait lieu d'en attendre et ne l'engagea pas même à imiter la plupart de ses confrères, qui faisaient présent de leurs ouvrages à cette compagnie. Mais M. de la Lande ne se piquait ni de générosité ni de reconnaissance... - »

70 {147) Vol lai re académicien de Dijon :

« Quoique M. de X'ollaire ne fût pas Bourguignon, mais seulement possesseur dune terre dans le ressort du Parlement de Bourgogne, la célébrité de son nom détermina M. de Ruffey à procurera l'Académie l'honneur de l'adopter; il prollta pour y réussir de la liaison et de la correspondance réciproque qu'il avait réussi d'établir avec lui. Leur connaissance se lit en 17.54 à Colmar. où M. de \'oltaire était venu à son retour de Prusse pour solliciter un procès contre le duc de Wurtemberg son débiteui- : il était alors malade et témoigna des sentiments de piété, excités par la vue d'un grand crucilix de plâtre posé sur sa cheminée, lequel fut vendu après son départ environ deux louis, étant devenu précieux par l'hommage «juil lui avait rendu.

yi. de HulTey cultiva cette connaissance par un commerce assidu de lettres et par deux voyages qu il lit à Genève pour le voir, l'un avec

1. X.R. : 29 mai 1761 iMilsiuidi. Le lus. des " OEuvres académiques de la Société littéraire "contient un intMiioiic di' lui sui- lo (aliène, lu le 18 juilk'l 1753 (ms. 482 ', f. ltH-17:< .

2. LeFrançaisdc Lalaiidc. iistroiioiiu' à Paris, néà Boui-o- 1732, morl à Paris 1807. C. 1760. H. N. R. : 1766 Milsand . V. la Biogr. univ. Michaud, t. XXII, cl, pour les œuvirs iiii|jriuiécs jus((u"cii 17611, la France lillérnire, I, p. 308. Son éloge [)ar la comtesse de Salin, Paris, 1810 {Bihluxjr. hourg.). Par la suite, il envoya (|uek[ucs mémoires à 1 Acnd. de Dijon (F, Baudot 9 ; l'un deux, sur le flux cl le rellnx de la mer, lui itiipriiné dans le lonie II des Mi'-in. (le rAciil. Ki nov. 1771, [>. 2'.K) .

128 UKJiiAKi) m; m kfiov

sa lemnie, l'autre avec M. de la Marche, premier président de Parlement. Ils se donnèrent depuis plusienis niar(|ues daniitié, d'estime et de considération : M. de HuU'ey lui en\oya en divers temps du \ in de liourgoj,''ne et des |)ièces fie vers à sa louan^-'e ; M. de Voltaire a l'ail présent à M. de Hull'ey de son Flistoire universelle et de la dernière édition de son Histoire du siècle de Louis \l\' ; c'est à sa considération qu'il a donné à l'Académie de Dijon vin^t-liuit volumes de ses œuvres.

M. de HuU'ey eut occasion dans ses voyages de (ienève de connaître à fond le caractère de M. de \'ollaire. Il lui ti'ouva l'esprit ardent et inquiet, gâté par les ai)plaudissements du public et par la familiarité des souverains avec lesquels il se lit gloire d'être brouillé. Il était dit"licile qu'il n'eût pas beaucoup d'humeur et d'inégalité et qu'il ne fût pas souvent tenté défaire sentir aux autres sa supériorité. Il négligeait les bienséances, ne se refusait rien et pensait tout haut sans prudence et sans discrétion, ce qui lui attirail beaucoup d'ennemis. M. de Hulfev fut témoin d'un propos qu'il tint à des (ienevois, dans sa maison des Délices, sur la mort d'un de leurs ministres qui s'était noyé dans l'Arve : « C'est, leur dit-il, un cuistre de moins. » Quelqu'un lui demandant quel emploi occupait l'abbé de Prades à la cour du roi de Prusse : » C'est, répondit-il, lalhée du roi. »

M. de Voltaire a toujours passé pour avare, quoiqu'il ail fait plusieurs actes de noblesse et de générosité. Dans sa vieillesse il devint prodigue par fasle et par désordre, au point que cent mille livres de rente qu'il possédait ne sufiirent pas à sa dépense, qu'il fut forcé de réduire au plus petit pied pour rétablir le dérangement de ses alîaires.

La vivacité de son esprit le rend incapable d'une conversation suivie et méthodique : son feu s'échap[)e en boutades, en saillies, en éclairs.

Son amour-propre et son avidité pour les louanges vont à l'excès. Il les cache souvent sous une humilité fausse et maladroite dégénérant quelquefois en bassesse. Jaloux du premier rang dans la république des Lettres, et du despotisme qu'il se croit en droit d'y exercer, il soutire imi)atiemment toute critique, toute contradiction et toute prétention à la rivalité. Négligeant les armes de la raison pour sa défense, il s'avilit à répandre sur ses adversaires un torrent d'injures grossières qui rejaillissent sur lui-même et le compromettent avec les plus \ ils insectes de la littérature, qu'il punirait o[ détruirait plus sûremenl pai' le mépris et le silence.

Sur la lin de ses jours, il a terni l'éclat de sa répulati(Mi cl de sa gloire par ses déclamations indécentes contre la i-eligion. Aussi mauvais théologien que grand poêle et giand litléialcur, il s'est érigé en pré-

NOTES POl'R .SKRVHî A I.HISTOIKK SECHÈTK 129

dicanf et, loin de jouir du repos du sage, débite de mauvaise foi des sophismes et des impiétés pour séduire les faibles et les ignorants. Il sait que M. de RulYey désapprouve sa conduite à ce sujet : il l'en estime peut-être davantage, mais lui écrit plus rarement : leur commerce de lettres ne roule à présent que sur des matières académiques.

Conservant toute l'admiration due auv talents supérieurs de M. de Voltaire. M. de RulTey ne peut s'empêcher de déplorer avec tous les gens de bien le coupable abus qu'il ose en faire. 11 est presque tenté de rougir des louanges qu'il en a reçues autrefois au sujet de la remise de la succession de M. Richard, conseiller au Parlement, son cousin, qu'il abandonna au frère du testateur. Ces vers furent insérés dans le premier volume sici de décembre de l'année l?.)!, page 18 :

Dans ce siècle de fer on ne voit plus paraître Les nobles sentiments que tu nous as fait voir : L'intérêt dans les cœurs règne en souverain maître. Ce monstre sur le tien n'eut jamais de pouvoir. Digne de l'âge d"or, RutTey, tu le ramènes; Astrée en ta faveur va descendre des cieux. Dans les jours vertueux et de Rome et d'Athènes

On t'eût placé parmi les demi-dieux.

Favori des neuf sœurs, que faut-il à ta gloire ? Leurs mains gravent Ion nom au temple de mémoire. Honneur de ta patrie et de l'humanité,

Ta généreuse probité Vivra dans tous les cœurs de la race future. Je goûte en l'admirant la douceur la plus pure ; J'ose la célébrer : dans ce siècle pervers Qu'il est beau de sei'vir d'exemple à l'univers !

[Plaintes de AL de Rulley contre ceux qui ont oublié cette action généreuse, ou en ont diminué le mérite, ou ont osé la blâmer et la tourner en ridicule '.j

1. La plus grande partie de cette note a été publiée par l'abbé Debei"re, non sans quelques graves erreurs de texte et de ponctuation (Deb.,p. 268, 1. 3.")-37 ; 268, 1. 38; 268-0, 1. 38-U et t; 269, 1. 10; 269, 1.' lo». Sur les relations de V. et de R., v. notre Introduction, p. 14-15. Le Mercure de France de septembre 1737 publia des « vers de M. le président de Rufîey à Voltaire destinés à lui être récités à une assemblée de gens de lettres où il avait promis de se trouver à son |)assage à Dijon en 17.54 » ip. 22;. C'était la réponse de Ruffey aux veis de V. cités plus haut.

M . Lanoe. — Histoire secrète.

\'M) iticiiAUii m; lu ii-i;\

71 I / iS]

« M. de (Id'urderoy, président ;uix re(|iiètcs du Pal;iis,etM. Cluyloii de Morveau l'iirenl iiomniés acadéinifieiis honoi-aires. li'Acadéiuie avait besoin, pour la leniotlro en crédit, la vjintei- et la laii-e valoir, de quelques-uns de ees esprits ^■i^s, hardis et enjoués que les sots et tous ceux qui redoutent la peine dun examen lélléchi écoutent et croient comme des oi-acles, (pie le [tublic ^oùte et recherche moins par estime que parce qu'ils savent lai-t de Tamuser et l'intéiesser pai* des saillies, des bons mots, des plaisanteries, cl lui en imj)osei- par nn ton aisé et décisif.

Tel était M. (^(X'urderov. Il axait donné (|uel<|ues preuves de ^oùl et d'amour pour les Lettres dans la Société de M. de lîutley, ce qui le décida à le proposer pour l'Académie. Il a peu répondu aux vues qu'on avait sur lui ' ...

M. (iuyton de Morveau, avocat <^énéral an Parlement, quoiqu'alors fort jeune, montrait déjà des talents décidés. Il joij^nait à beaucoup d'esprit du ;;oùt, de l'éloquence et une jurande ardeur pour le travail. Un amour-propre sans expérience et trop de confiance en ses lumières lui tirent commettre des imprudences fatales à sa fortune et à son repos, le pri\èrent de la bienveillance du Parlement, qu'il avait le |)lus grand intérêt de ménager.

Il aimait F.Académie et y lirilla pai- plusieurs bons ouvrages en dillérents genres. Son h Traité de lédncatifin publi(jue " et son k KIoge du président Jeaunin » furent estimés des connaisseurs; il cultiva aussi avec succès la poésie, la physique et la chimie. On aura oc^-asion dans cet ouvrage d'en parler avec plus de détail -. »

I. Kranvois (Ja'urderoy. 11. : i'I in;ii lltll Milsaiidi. Mort en ITHt i K. liaudol 2ir3, 1". Wi. l^résident aux fc(|iiètcs du l^alais, I72iî (Des .Marelies, p. 2.")3). Il avait lu à la Société lilléiaire ( i- août I7.'i2) des Ol)servalious sur le mémoire de Hameau intitulé : » Itétlexions sur la manière (\e former la voix... " ic"<)usei\ écs ms. 'h82',-r. 2;)-28!.

2. Louis-lîei iKU'd (iuyloude Morveau i^l737-iS|(> , axocal i^énérai 1702. il. 1764. Plus laid député à la Législative cl à la (louveulion, membre des (lomilés de Salul public cl île Sûreté yéni'ralc ; uieuibrc du (lonseil des (an(|-(iculs ; adminisl lalcur L;énéral des uioiuiaics cl dirccituu' de riù'olc Polyteclmicnic ; l)ai(>n ilc ll^uipiic : incuduc de l'iustilul, etc. C.Iiancelicr (le l'Acadéune de Dijon eu 17SI. Ou a de lui liois voluuu's de l^lnidoi/i'rx pI harniifjiii's il77'n. i Des Mniciies, p. I7t). Il ohlint en t773 des Ktats de la provuicc la l'onclatiou des cours publics d(> cliimic, minéralogie et matière nuMliealc, cl occupa lui-même celle ciiaiic |i(>udanl doir/.e ans. Kn I78(>. preuner xol. du diclionuaire de clilniie de \' f\ncij('l<>i>i''(lic niiUhndiifiii-. .Noiubreux arlieles dans les Ann.ilfs </«• chiiiiir. I.islc de ses i>i'iiicipau\ ouvrages, (lalorii' Ixjuiij., 1, i'.l5-7.

NOTES l'Ol R SERVIR A I.'hISTDIRE SECI'.ÈTE 1 31

« M. de Brosses, président ;i morlier au Parlement, joint beaucoup d'esprit à une profonde érudition. ()n a peine à concevoir comment, avec un e^^prit enjoué, badin, ami de la paresse, il a pu se plaire à des études aussi abstraites et aussi sèches que celle de l'histoire ancienne et de la science des étymolo^ies. On ne peut attribuer ses succès qu'à sa grande facilité et à sa vive pénétration, qui remplacent la perte qu'il fait d'un temps nécessaire aux autres pour le même travail. Ses écrits sont pleins de feu et de génie, mais manquent souvent de goût et de précision. L'aisance qu'il veut donner à son style le fait quelquefois tomber dans la bassesse et l'incorrection.

L'agrément de son commerce et de sa conversation fait oublier les défauts de son corps et de son esprit : il a l'art de les tourner au profit de la société ; il plairait moins s'il en était exempt : son assurance, sa vanité, sa pétulance, son étourderie, son inconséquence amusent, intéressent et contribuent à le faire aimer et rechercher par tous ceux qui le connaissent. Son jugement n'égale pas, à beaucoup pi'ès, son esprit : il a manqué de tête en plusieurs occasions ; on l'a vu solliciter des récompenses de la Cour après avoir laissé échapper de prison les juges de Saint-Pierre-le-Moutiers, dont la garde était confiée à ses ordres, et s'exposer pour un vil intérêt à la colère dangereuse de ^^oltaire, qui l'aurait impunément persécuté et l'aurait chargé d'injures et de ridicules. Gomme il n'était pas riche et voulait passer pour l'être, il était forcé de racheter par une lésine secrète la prodigalité que sa vanité, ses goûts et une mauvaise économie lui occasionnaient trop souvent.

M. de Brosses lit un voyage dispendieux d'Italie en 1740, d'où il rapporta des livres et des tableaux précieux. Il a fait de fréquents voyages à Paris, où il n'épargnait rien pour ses plaisirs. Le but de ses voyages de Paris était d'obtenir une place à l'Académie française, dont sa traduction de Salluste et sou livre sur le mécanisme des langues le rendaient digne, mais que son habitation en province ne lui permettait pas d'espérer. Il avait été reçu honoraire à l'Académie des Belles- Lettres, qui accueillit avec distinction plusieurs de ses ouvrages qu'elle a fait imprimer dans ses Mémoires.

M. de Brosses brilla dans la Société de M. de Rulfey ainsi qu'à l'Académie de Dijon. C'est avec le plus grand regret qu'il n'y venait pas assidûment, préférant ses travaux à ceux de la magistrature, peu compatibles avec la vivacité de son esprit. Il n'avait pas la prudence de cacher l'ennui el le dégoût qu'ils lui causaient : ils iniliiaient quel-

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(luclois sur SCS roiiclioiis, où il nt''^lij;o;iit d appork'i' lniih' l;i (U'ceiic'o nc'Ct'ssjiire ;"i cel t'iiil rcspoctiihli' '. "

73 JjO) M. Piiiucl (le In Hiriôre.

i< ('e prélal réiiiiissail en sa porsoiiiu' un hi/ari'c nu''lan';e de bonnes el (le mauvaises qualités. Sa vie lui un lissu (lineonséquences les plus singulières, ncoasionnées par la faiblesse de son caraclère el de son jugement. La douceur de ses uKcurs cl les agréments de son esprit dans la société en auraient l'ail un homme du monde aimable el estimable : le défaut de qualités propres à son étal en lit un prélat fort audessous du médiocre, ([ui, voulant jouer un personnage, sest donné les plus grands ridicules, a rempli tie troubles el de scandales révéché qu'il a été heureusement forcé de quillcr.

... Il se laissa séduire par les Jésuites, eut l'imprudence de devenir linslrument de leurs haines contre les Jansénistes dans une ville toute remplie de gens de ce parti ; il les persécuta sans ménagement dans le temps que ses nKcurs et sa conduite peu régulière leur donnaient sur lui le plus grand avantage. Ils surent en proHter pour le faire exiler à Méry, puis à Murbach en .\lsace, où il fut conduit par ordre du roi. Le détail de ces tracasseries épiscopales contient plus de dix pages dans la table raisoiuiée des Xouxelles ecclésiastic|ues, auxquelles ce prélat a fourni la plus grande matière pendant le temps qu'il a occupé le siège de l'église de Troyes.

Comme il était noyé de dettes el persécuté pai* ses créanciers, le roi lui donna de riches abbayes pour le dédommager de la perte de son évéché ; il en [)ermula une contre l'abbaye de S'-15énigne de Dijon a\ec l'abbé Desmarels... Malgré ces bienfaits du roi, dont le revenu actuel monte à plus de .')(». (MMt fr. de renie, il n'en vécut pas plus à son aise :

1. L'al)i)é Dei)errea publié celle noie en en lier, avi-cquchpics légères taules (le copie (p. 2()9, lignes ■>[, .{6, 30 ; p. 270, I. i;{ . \'. l-'oissel : Ac prou, dr liroases, Ilisloirc (/es I.cllrps ri dru P.iflrnirnts un Al'///' s., Paris, 184*2: cl Maniel : Lo jn-rx. dr Hrossrs, s,/ rie ri srx i)Ui'r;if/rs, Lille. IHT'i-. Sur sa (picielle avec Voltaire, v. Foissel, \'<>ll. ri Ir prra. dr Uroascn (('orres|). inédite, 18;18), el (luiiisscl : l.r pi-rs. dr lirossrs, s.i (/iirrellr tiivc \ . i Dijon, ISSl'O- Le |)reniicr l'cgislrc de la Sociélc lillérairc ccnd c()in|)le des lectures cl connnuriiealioiis l'ailes par lui à celle compagnie d'avril I7îl2i> avril ITTiil: la pliipai'l (les ouviagcs (pril lui ;i l' Acad. (.le Dijon ou (piil |>nl)lia poslélicurciuciil soiil là déjà en ji'cniic \. l'Oissel. l.r pn^s. dr limssrs, p. .'177 el siii\. . l'oiir les leciuics iMilesà I.VcaiL.x. L. Maiidol ',•.

NOTES P(»L"I! SKRVH! A l/uiSIOlRK SKCRÈTl:; I -j'?

ses créanciers... saisirent les revenus de ses hénélices et ne lui en laissèrent que le quart, ce qui le réduisit à quitter Paris et à venir demeurer dans son abbaye de S'-Bénigne de Dijon.

Ce prélat sétait acquis de la réputation par plusieurs oraisons funèbres de princesses, qu'il a prononcées à la Cour. Ces discours sont élégants et fleuris, mais manquent de cette éloquence vive et niiile qui caractérise les orateurs sacrés : il y parle à l'esprit plus qu'au (-(cur; son style est énervé par les Heurs et les petites ligures trop multipliées ; il prodigue, comme saint Augustin, ranlithcse, dont le bon goùl a toujours proscrit l'excès. On a remarqué qu il ne s'était jamais chargé que d'oraisons funèbres de l'enimes. comme plus analogues au caractère de son éloquence. »

Nous le retrouverons [dus loin chancelier de 1 Académie, laisaul d'ailleurs mauvais accueil aux nilVes de service de Ruirey. qui écrit à ce propos :

»i M. Poucet avait de l'esprit, mais il avait la tète la plus mauvaise et la plus inconséquente qu'il fût possible de lrou\er. Uniquement propre à composer et à débiter des discours fleuris et bien tournés, il a prouvé qu'il n'avait pas plus de capacité pour le gouvernement de r.Vcadémie que pour celui du diocèse qu'il avait été forcé d'abandonner '... ')

i. Né en 1708 i [10~ ,d'ii[)vès Ih Frnncp litlpraire ,mov[ vn ilSO ; grand vicaire à Séez, puis M742i évè<[ue de Troyes juscju'en 1758. Mercure dij., p. 135, note 1.' Déniissioii après ses démêlés avec ses diocésains. Nommé la même année abbé commendataire de S'-Bénigne, conseiller d'honneur au Parlement de Dijon, aumônier du roi de Pologne, ducde Lorraine, et doyendeS'-Marcel Des Marches, p. 28 . On verra dansla ( ^urrespvndance do \'ollaire comment, perdu de dettes et de réputation, il vint en 17.">0 h la cour de Lorraine connue aumônier du roi Stanislas: connnent il y tomba amoureux de ^[me (jp Boufïlers, maîtresse de ce prince, et se fil chasser de Lunéville; comment il revint à Troyes jouer un rôle dans la ■< ridicule alïaire des billets de confession », et lui exilé eu Alsace il75t) éd. Beuchot, XXII, :i3o: XL, 83; XLVIIl, 350; LVIl, 120. 144 .

H. : 1702 Milsand). Le discours qu'il pr(juou(,'a à sa réception 2r» mars et la réponse du président de RufTey furent imprimés [)ar Causse : 1762, in-4) ; v. Bibl. de Dijon 20845. Le 1<^'' vol. des Mémoires de l'Acad. contient de lui des << Réflexions sur l'esprit académiijue » (p. 177 et suiy.i. On a encore di- lui : des Lettres pastorales, un Discours sur le goût, un Sermon pour la prise d'habit de Madame Louise, et plusieurs Oraisons funèbres (entre autres celU's de la reine de Pologne, 1742 ; de Matlame .\.nne- Ilenrielte de France, 1752; de Madame Louise-Klisabelh, duchesse de Parme, 1760; de Marie Leczinska, reine de France, 1768; et poslérit-urement à la note de R. de Louis X\', 1774; Des Marches, p. 28 . Rerueil d'oraisons funèhres. 1760 La France lilléraire, II, p. 495 .

l'Vi lilClIAlUt l»i; Kl Fl'KV

74 (i5i) .Xouveaiir honoraires :

« M. Damas d'Anle/v... avait servi avec disliiiction... Il avait peu (le iiènie et d'esprit ; mais une bonhomie };rivoise peu commune à un homme ((ui avait vécu à la Cour le taisait aimer de ses inférieurs... On est étonné qu'on lui ail confié l'éducation du prince de Gondé... : sa naissance influa probablement sur ce choix. » — Un mariage en secondes noces avec la veuve d'un conseiller au Parlement de Dijon lui promettait de vivre en bonne intelligence avec ce corps; mais '< des démêlés survenus entre la Cour et le Parlement occasionnèrent des circonstances délicates qui indisposèrent à son égard cette compagnie, déjà prévenue contre lui par sa franchise trop familière et par son peu de soin à observer l'étiquette magistrale... » — Il en conçut un chagrin qui hâta sa mort, la seconde année de son commandement '.

M. du Four de \ illeneuve, « homme de mérite et de probité », protégé par le chancelier Daguesseau et le prince de Condé. — » Il montra dans ses fonctions une intégrité scrupuleuse et un grand amour du bien public ; il s'attira l'estime des honnêtes gens par la douceur de son caractère et la noble simplicité de son ton et de ses manières; il s'appliqua sérieusement à la réforme des abus et au soulagement du peuple. » — Mais il fut victime de son zèle. » Dans une imposition relative aux chemins de la ville de Beaune, ayant ordonné avec justice une imposition plus forte sur les riches commissionnaires, ils eurent l'insolence d'en porter leurs plaintes au (contrôleur général, qui, par le moyen de manœuvres secrètes appuyées de présents de vin de Bourgogne, les écouta favorablement et écrivit à M. de Villeneuve une lettre dure où il blâmait sa conduite et le menaçait de faire cesser son ordoiniance. » — M. de \'illeneu\ e, piqué. en\oya sa démission et se retira dans ses terres d'.\uvergne, d'où le roi, depuis, le rap[)ela pour lui contier la place de lieutenant-ci\ il au (^hâtelet de Paris -.

Il L envie règne si fort à Dijon que les meilleures choses y lrou\ent toujours do l'opposition et des lonlradiclions. Ce n est ((u'au moven

1. l,(Miis-l''r;uiçois île Diuiiiis, iii;iii|iiis d'Aiilc/y l(i!IS-1 7(Ki , i(>imii;uKl;ml [)()ur le roi en lîourgogiic. \a' 1''' vol. dt-s Mriii. di' l'Acad. roiilit'iil sou ôlo>^(' i»ar Micliaiill, lu le li août t7(J3 ip. t.xxx cl suiv. . 11. 2t» mars 1702.

2. Jciiii-François Dui'oiir de Villeneuve, présiilt-iil du Graïul (lonseil t-ii l7'j-7, iulcndiiid de Uourgof^iii' de 17()t h I70i ; lifiilciiaiit-civil au CJiàUdi'l en 17G6 (Miisand). II. 2(> laïus 17(12.

NOiKS l'oLK siaivii; A i/iiisroiiîi': secrète l')o

du plus grand secret qu'on peut faire réussir un projet utile. L'Académie jusqu'ici n'avait excité que du mépris et de la pitié; sitôt qu'elle voulut s élever et se distinguer, elle excita l'envie et la jalousie. » Les sols publièrent que M. d'Anlezy avait avili la dignité de sa place par cette démarche. Leurs raisons spécieuses détournèrent ^L de la Guiche, son successeur, de suivre son exemple.

76 (106) Sénncc j)uh/i(/ue ( / 76' ?j ;

... « Il se présenta plus de cent personnes de distinction, dont plus de soixante ne purent trouver place..., la salle de 1 Académie ne pouvant contenir au plus que cinquante à soixante étrangers. »

« la des directeurs o/frif une salle de l' Uùlel de \ ille... » \ pour les séances publiques).

« M. Marlol, maire de Dijon, homme de mérite et d'esprit. Quoiqu'il ne l'ut que le lils fl'un tailleur, il avait montré des talents dans la place de substitut du procureur général. » A la mairie de Dijon, il répara par son activité le mal causé par la négligence de M. Burteur, son prédécesseur. " M. Marlol passa pour avoir de la \anitéel tropdamourpropre : il traitait quelquefois le peuple avec hauteur, ce qui lui attirait des brocards sur son origine. On La vu témoigner des mécontentements et des dégoûts de sa place et vouloir faussement persuader qu'il la quitterait avec plaisir; cependant il mourut du chagrin de sa destitution, procurée par les intrigues de M. \'arcnnc, avec qui il s'était brouillé à la ("diami)re des l'élus. » S'intéressait à l'Académie '.

<( ... Il ne se tint à l'Hôtel de \ illc que deux séances publiques. M. Kleulelol. étant i)arveiui au doyenni', crut plus convmable de les tenir dans la salle de l'L'niversité, dont il était directeur ainsi quo de l'Académie. Cette salle était d'ailleurs plus vaste et plus décorée -. "

t. Clfiudr Miiilol, doyen des suhsliluls du prociirciii- i^éiiéiiil, \ic'(>inlL'inaïeui- de Dijon de \~':\0 à 170.3 (dalc de s.i inoil, V. Haiidol 24i^, 1'. 2(i). '< Il a, dit Claude Micaull, rempli celte |il;ice jx-ndiiiil treize iuis avec distinction et [)asse |)Oui- le meilleur ciiiuinidisle de Dijon » Mercure dij ., p. 39).

2. Les séances |)ul)li((ues eureiil lii'u dans Ui salU' de l'Université de

130 lucuAKi» \)\: i{\\'i-i:\

79 iJ70)

« Il HL'sl aïKiMie s(ir(c de Iraoasserie, d'injuslicc, dinjure. dinsolence que M. de liull'ey iiail essuyée laiil de la part des académiciens (|ue des personnes de la \ille... [.es académiciens... raccusèrenl de hauteur el de durelr, d'aUeriler à leur liberlé, de vouloir Taire un collèj^e de lAcadémie el les réduire au mélier déccdiers. Ces propos..., publiés par les médecins el autres ignorants, étaient crus par les sols, les caillettes et les pelils esprits dont ils gouvernaient la santé »

l'entre autres « M""' Jcannin. connue autrefois sous le titre vulgaire de belle demoiselle, cousine de M. de Rulley el de son nom, à qui il avait l'ail présent de dix mille francs de la succession de son Frère, à hujuelle il avait renoncé, eul Finsolence el lingratitude de le blâmer... Il saisit cette occasion de rompre tout commerce avec cette exlravagante, qui méritait depuis longtemps, par l'excès de sa mauvaise conduite el de son mauvais cœur, le mépris d'un parent tel que lui. FAle soutenait effrontément que la pudeur n'était qu'un préjugé et poussa la débauche jusqu'à vouloir làter dun capucin ».

« M. Fyot de la Marche... aprou\é c[ue l'esprit ne suilisail pas pour être aimable... Il ignorait lusage du inonde el ne cherchait pas à s'en instruire... Son humeur était des plus inégales... Il était colère et s'emportait jus([u"à la violence pour une bagatelle, surtout pc»ur un ragoùl man(|ué... Il n'était content de personne, pas même de luimême... : aussi ne communiquait-il jamais ses ouvrages, dans la crainte d'être sévèrement jugé par les auli'es. Quoique peu jaloux des qualités de C(cur. il n'était ni méchant, ni dangereux ennemi : il en fui redevable à la paresse, sa passion dominante... ' »

ITCiii il I77i, |)iiis (huis I liôli-i du président lioiichiii de (iiiuuliuoiil, [nès U'> (larmes ( C()iMté|)ée. Drsrr. de li(>ur(j(>ijni\ éd. IHiT, II, p. iiOi.

1. Jean-Pliilippc l'yol de la Mnn'he ( I72:i-t772i, fils de Claude-Hliilibert il()94-t768 ; v. Des Marclies, p. i\ t|u'il avait remplacé (hms la charge de premier président en I7;i7. Le portrait ([ue nous a laissé de lui le piésiileni de Brosses est sin<;ulièienienl plus liai té que celui (pi'on vient <le lire, l.e pi'ésiderit de Brosses le dépeint eonniu" " un lionuue d'un esprit inlini l't très orné joint à un goût délicat el huil à l'ail e\(|iiis, d'une grande justesse de pensées relevée par une pureté d éloeuliun, uni- l'orei' el une projjriélé dans les termes, une gràee particulière dans son éhupuMice, dans son débit et jusque dans le son de sa voix » jeité par Koissel, Lr prosidriit de lirosxes, p. 179). On a (le liu. dil Des Marches, lui pelil loman dans le genre (U-

NOTES POLR SKRVir. A LIIISTOIUI': SECUi: l [•; 137

81 1/76) .1/. Marel secrêlaire pendanl l'absence de M. Michaut.

ViU d'un chirurgien. " Il avait de Tespril, des talents et |3lusieurs bonnes qualités ; mais un amour-propre immodéré, un génie liardi, impérieux et intrigant, une opiniâtreté invincible en diminuaient le mérite.... M. Maret, quoiquavec beaucoup d'ambition et une grande envie de se l'aire connaître, était peu connu avant d'entrer à IWcadémie : il y trou\a l'occasion de briller, d'v développer et d'y perfectionner ses divers talents. M. de HuU'ey, lui reconnaissant beaucoup de zèle et de bonne \olonté, un grand amour pour le traNail, d'heureuses dispositions pour les sciences, le jugea propre à remplacer le secrétaire et à le seconder dans la rél'oriue de l'.Académie. La suite de ces notes le fera connaître plus particulièrement. »

L'ne note ultérieure le qualilîe « homme d'un génie ardent e( inquiet, dont les démarches sont rarement réglées parla prudence... ' >i.

l'abhé Frévosl : Mcrnuiresde M. Z>'e/'tvi/i Aiuslerdam, I7i)2!. Moialeim. coniiiK' premier président, dans la Coinmîssiou de 1771, îl se vit repoussé par son oncle M. Fyot de la Marche de Xeuilly, l'ancien plénipotentiaire à Gènes, résigna ses fonctions dès 1772 et, comme Fevret de Fontette, ne survécut que de quchpies mois aux avanies que sa soumission lui avait fait essuyer Des Marches, p. 11+ .

Quant à son père, ( ;iaudc-Philil)crt I0'.t4-17(i8 , avec qui il eut. dit liutTey, Il de gi-ands dilférends » et dont " il paya les bieiiliiils [):ii' le mépris », il avait été à Louis-le-Grand le condisciple de Voltaire et reshi son ami jusqu'il sa mort. Depuis s;i ix'tiailc 1757 il habitait son château de Chalon-sur-Saône. C'est avec lui que H. lit, en 1761, le voyage de Ferney. Le nis. 1027 de la Bibl. de Dijon contient une lettre (même année, 11 avril à lui adressée par R., et sa réponse f" 112-116'. R. ne manque pas de citer le (piatrain suivant composé par M. Le Jolivet à l'occasion de la réception de M. de Brosses.

" <) vous (pii tra\iiilk'z pour la [toslérité, Partagez ma reconnaissnnce :

A Pouffier je dois ma naissance, A Rufîey l'immortalité. >i

iCes vers, inscrits au registre II de l'Acad., en riiiciil etl'ac(''s ■■ ii l;i l'éqiii- 3ition de M. de Rutrey ■> Reg. II, f. 10

1. Hugues Maret 1 1726-1785, (îalerie huiiiy. : I7S6, Milsaud , iie\eu de ■)eaii-Phili!)ert 1 1705-1780), chirurgien, P. : 17ir2, \'. : 1775, dont il écrivit l'éloge i Dijon, Causse. 1781), et père de Hugues Bciii.ird, duc de B;issano. Praticien distingué, partisan déclaré de l'inoculation; contribua à la siq)pression des cimetièi'cs dans l'enceinte des villes. Censeur royal, correspondîHit de l'Académie des Sciences de Paris, seci-étaire perpétuel de l'A-

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