‹ Histoire secrète de l'Académie de Dijon de (1741 à 1770), composé et annotée par le président Richard de RuffeyChapitre 45 sur 50 · L.Aquilon M. Hoin · texte numérisé non relu

L.Aquilon M. Hoin

Le vent de traverse M. Raudot.

Le \ eut de galerne M. Michaut.

Le vent du ponenl M. Guyot.

Le vent coulis M. l'ournier.

Le zéphire M. Bouillet. >.

.1/. le nianjuis de la Tour du Pin. coniniandanl eu liourcjorjue.

" 11 est d'une maison qui prétend descendre de.s anciens dauphins du \ iennois. dont elle porte les ariues écartelées avec celles de La

(jr;jn(l'' ;ipnl(i(/éli(jiif. on ifliihilioii de loutcs les licirsics ; iiiiiis s;i iumiiviiise santé hii tit ;ib;nKlnmicr ccl i)ii\ rîi^c. Piiciw du \ill;i<^c de Xouiily (los-Dijoii), y u\iiil fondé ini prix de Ncrlu, " institution ([ni. pour un auti'C sexe, rivalisait avec la céiéuioiiic d(< la rosière •>. ((iiiaull, /-.'ss/f/x sur Dijon.

Tour. J.e Parlement de Dauphiiié a rdusé d'autoriser celle prétention... Son père, qui portait le nom de La Charce, avail épousé une Choiseul el demeurait en Bourgogne dans sa terre de Funlaine-Française... » .Ayant peu d'ordre el de conduite, il laissa à ses enfants la l'orlune la |)hi> médiocre. 1/ainé, dont il est ici question, << élail dune belle tij^ure el, joignant à un nom distingué des talents et du mérite, épousa M"" Hertin, dont la dot a monté à plus de soixante niille livres de rente... -. Le prince de (Jondé, qui l'aimait, " lui a écrit des lettres où il développe ses connaissances dans larl militaire el la bonté de son c(cur, qualité rare dans les princes... .M. de la Tour du Pin a beaucoup desprit naturel, quil cultive par l'élude el la lecture des bons livres '... »

... '< M. .Amelol intendant!, q.uoique tils d'un ministre d'I'llat, navaiL rien que de médiocre dans l'esprit el la figure. Il aimait les plaisirs el avail peu d'acquis et d'expérience : un bon secrétaire et un bon cuisinier lui étaient plus nécessaires qu'à un antre intendant pour le faire passer : aussi a\ait-il su se pourvoir de ces deux passeports -, »

122 {'il'6)

t( L éloquence de leurs discours... »

... (ielui de M. Amelot ^ l'ut trouvé si bon quOn jugea qu il n'était pas (le lui. mais d'un de ses secrétaires... »

■' Il eût été absurde de pro|)oser à quelcpi un de donner gratuitement à r.\cadémie une somme quelconque : il l'allail attacher à celle libéialité un objet de gloire qui tlattât délicatement ramour-|)ropre du (louateur... M. de Kulley s'adressa à M. le manpiis du Terrail, son pareul, liornnie riche el généreux, dont il coiniaissait le goût pour le> Lettres et les Sciences, qu'il culti\ail axei- distinction. Il lui projiosa, à l'exemple des La l'orce, des N'illars, des Tallard, des Helle-Isie el

I. 11. : ITtii) Mils;iml . .M;ufcli;il dc^ e;uii|is cl .iiiiifes du coi, eoinuuiii- (l.uil ru chet' eu hourj^-oj^iie ili' ITCiii ;i tlHlI. S:t lennue eliiil la lilK' de Mei'tiu le rielie Irésoiier des parties easuelles. Menurr dij., |i. ISC».

1. .\uu'iol de (Ihiiillou, inteud.inl des pioviiuo de Hour;;o^ue. Bresse el Buge\ , il. : ".t ;u)ùl I7(».'i i Milsaud .

NOTES l'(»l'R SKRMH A LlllSIdIRK SKCRKTE I OO

autres, de foncier clans lAcadéniie de Dijon, pairie de son père, un prix à perpétuité, dont la distribution annuelle renouvellerait à jamais aux yeux de la postérité la générosité du fondateur et la reconnaissance de r.Académie. M. du Torrail j^oùta ce projet, mais en remit l'exécution... »

Il était fils de M. Durey de Sauroy, trésorier de lexlraordinaire des guerres, qui dun mariage secret, puis déclaré, avec M"*" d'Estaing, avait eu deux enfants : une fille, qui épousa le duc de Brissac, depuis maréchal de France, et un fils, le marquis du Terrail. Celui-ci, « après avoir servi avec distinction en qualité de capitaine, fut fait colonel du régiment de la reine et par son mérite est parvenu au grade c'e maréchal de camp. 11 avait épousé M"*" de Guébriant, dont il a eu plusieurs enfants morts en bas âge ; il épousa en secondes noces M"" de Grussol Montausier, dont il n"a pas encore de postérité ».

Beaucoup d'agrément et de délicatesse dans lespril. A fait de la poésie et même des pièces de théâtre. M. de Bulley craignait que labbé Le Blanc, fort lié avec M. du Terrai!, pour se venger du refus qu on lui avait fait du titre d honoraire, ne travaillât à ralentir son zèle et sa bonne volonté. M. du Terrail fut flatté de recevoir ce même titre : il envoya à r.Académie plusieurs de ses ouvrages qui y furent applaudis et entama avec elle une correspondance. Un lot de 80.0()0 francs, qu'il gagna à la loterie de la Compagnie des Indes, acheva de le décider. .Agréable surprise faite à l'Académie par M. de Rutrey, lorsqu il porta à sa connaissance la libéralité de M. du Terrail ; seul M. Michaut ne sut que balbutier et donna les marques du plus vif saisissement.

« L'acte de fondation d'un prix annuel de 400 fr.. faite par M. le marquis du Terrail et dame de Grussol d'Uzès Montausier son épouse, fut passé à Paris le 9 avril 1766. En reconnaissance de celte donation. r.Académie délibéra d'accorder à laine de la famille de M. du Terrail une place d'honoraire, tant que la branche des descendants de Pierre Durev, son aïeul, subsisterait '... o

1. Durev, iii;ii(|iiis du J'ciiiiil, maréchni des caiiijis el années <\\t roi. cl son lieutciianl général dans le X'crduuois {France litl.. I. p. iSli II. N. R. : 23 avril 1702 Milsand;. Mort en juin 1770 iF. Baudot 243, f. :V.\ . Le 1" vol. des Mr/ii. (le IWcad. conlieul p. 3Hi les <> vers adressés à ^L li' marquis du Terrail sur le lot considérable qu'il a gagné à la ('.''" des Indes, par M. de Rufl'ey. " La Table des registres, F. Baudot '.l, donne les titres de ses ouvrages, (liions : Lf iiiasffup. roman i 17;U). v. Fruiicc /il(ér;iiri\ il, p. 3H2 , Lu princ'ssi' de (ionznijw, lounin t7.1li. ihiil.. Il, p. 47(ij, I.iii/ua, Ira^édie inqjriniée el non représentée, iT.'iir, ihid.. I, p. 4liJ , Projfl ri'hilif ,i l:i noblesse (Jp Fntnco Piw'ia, in-4j. Kn 17(i3 il envoya à l'Académie un Imllel liéroïque en trois actes, avec prologue : Les effets de iHinour <•! de i nniitié. Mnret lut son éloge à la séance du 18 août 1771.

!•»(> lilCIlARD DK lU FFI;Y

* M. (le Kuirey proposa, lors du ihoix des sujets de prix, de (.'lioisir Irois sujets et de laissera M. du Tei'rail le choix définilii". M. Guyot l'accusa de vouloir se rendre maître du prix. 11 proposa encore d'envoyer une lettre circulaire à toutes les académies du royaume pour leur l'aiie part de cet événement : celle |)rop()silion passa de si mauvaise grâce (|U il dédaigna d'en profiler. Enfin M. Marel <- témoigna la pins grande répugnance à publier le hienl'ail de M. du 'iVrrail dans la première séance pnhlirpie. ainsi cpie dans les journaux. Il en agit de même en publiant l'Histoire de TAcadémie : il t'allul que M. de HulFey lui parlât el lui écrivit avec la plus grande vivacité et fit agir l'Académie pour Tobliger à l'aire part au public de la reconnaissance de ce corps envers M. du Terra il '... »

«( Les femmes même rnuliireiil s'en mèlei... »

(■ M""" de Montmbrl, femme respectable, mais plus opiniâtre que spirituelle, embouchée par M. de Fontette, déclama contre l'abolition de 1 ancien prix sous prétexte de sa parenté avec le fondateur, quelle n'avait jamais vu ni connu. »

126 i'^SJ)

I II muf/islnil (jiii en jinfenit sur le rapport tie M. Fleiitelal...

yi. Kyol de la .Marche Neuilly, d'abord garde des sceaux de la chancellerie de Dijon, puis ministre pléni|)<)tentiaire vers la république de (iènes. Il avait i< des mœurs, de la [)robilé, de Tesprit el des connaissances ; mais st)n esprit scrupuleusement minulieux le rendait peu jiropre aux affaires. » .\lfable et poli, mais cérémonieux à l'excès ; (Tailleurs dune humeur sauvage qui le dérobait souvent au commerce de ses amis pendant plusieurs semaines. Une sévérité pédantesque le faisait plus craindre (|n'aimer de sa femme et de ses enfants -.

1. \ Oici (Il inu'ls Iciiiies Marel, dans son tlisloire df 1. [endémie, parle (lu legs (le M. (in t'enail : ■ M. Durey, nuir(|iiis Au Terrait, pliilosophe généreux el patriote éclaiic, non content de ciilli\i r les lettres avec succès, a voulu contriljuer encori' à iiMir perl'eclion. Il lonnail les Ixins elTels ipie peut produire l'éuinlalion el s'est associé ii la gloire du l'ondaleur de celle académie en tondant, de concert avec M""" deCiiissol (Tl /.t-sde Mont:nisit>r, son épouse, un prix di' -î-OO livres ■> [Mriii. de I Acail., I, p. wwiii .

2. Jactpies-Fliilippc l'vol dt- la Marclic, scif^ncur de Nruilly t'I aulrt's

NOTES POUR SKRVIR A i/hISTQIRE SECRÈTE lo7

In parent de M. de Fonletfe...

M. de Brosses, cousin de M. de Fontette. Il '< vnulul du moins lui sauver la honte du jugement que rAcndéniie allait prononcer... n.

« Ou n'aurait jamais pensé que l'Académie dût être exposée à l'avidité des fermiers généraux : la protection dont le roi honore les Sciences devrait les mettre à Tahri de leurs poursuites; mais le besoin qu'on a de leur argent leur donne un crédit auprès des ministres, dont ils ne craignent point d'abuser. Ils savent donner une extension aux lois les |)lus positives ; des interprétations forcées en leur faveur favorisent leurs exactions lyranniqucs, qu'ils font autoriser par des décisions du Conseil dictées par les commis des intendants des Finances, qui sont communément à leurs gages. Ils prétendent vous faire grâce de ne vous écorcher qu'à demi en réduisant à moitié la plus injuste demande '... »

lieux), 1702-1774 (P^oissel, Le prés, de Brosses, p. ')27i, conseiller, garde des sceaux de la cliancelloric de Dijon 1722 fPetltot, p. 233). Nommé ministre plénipolonliaire à Gênes on I7."i3 (Mercure dij., p. 63). Quand son neveu Jean-Philil)erl fut maintenu par Maupeou à In tête dn Parlement M 771), il lui ferma sa maison |I)es Marches, p. il 5).

t. Citons quelques lignes d'une amusante lettre écrite par ttufîey à Lebault et conservée par la Bibl. do Dijon nis. 1627, f" 93) : k Le sort de TAcadémie de Bourgogne est d'être attaquée par tous les vices. Elle a déjà triomj)hé par mou secours de six vices capitaux ; elle implore le vôtre contre le septième, avec lecpiel elle est actuellement aux prises. Ce dernier ennemi n'est pas le moins (huigereux : vous en conviendrez quand vous saurez que c'est l'avaiicc. lu de ses suppôts, dit Bonard, aucunement (jarent de (('lui dont la mcmoire est encore révérée j)armi nous pour son attachement ;ui l)eau sexe, nous a régalés d'une semonce anti-académique où le traître, avec une barbare politesse, nous invite à lui laisser levei' double dîme sur le pécule des Muses et sur les lauriers d'Apollon. (Jette injure intéresse toute la république des Lettres. Vous êtes devenu un de ses plus zélés citoyens : ce titi'C doit vous engager à nous prètei- main-t'orte contre les atta(pies sacrilèges de Plutus.

Vous êtes eu liaison avec M. de Propiac qui, (pujiqu'un de ses ministres, pense souvent au-dessus de son état. Je v(nis prie de le voir... <>

Suivent une lettre an pi-ince de Conch- et pbisienis ieltres à M. (hiTeiiail sur le même su ici .

iri8 KICIIAHI» liK IU'l"Ki:V

129 I^CAV?) .]/. /(' m<ir(/iiis (le l^milmy.

" Malf^rc les ■occupations du niinislcre <»ù il a été employé et ses anibassatlos de Suisse, de Poloj^ne e( de \'enise, dont il a même profilé [)Our au};menler ses connaissances el la hihiiolhèque immense qu'il a formée lui-même, il est membre de 1 Académie Française et honoraire de celle des Belles-J.eltres et de celle des Sciences. LWcadémie de Berlin s'est fait honneur de l'associei" à ses travaux...

.M. de Paulmv, ayant épousé M"'' de la Marche, lille du premier président au Parlement de l)ijon, lui pour ainsi dire naturalisé hour- •^uif^non par ce mariaj^e, (pii autorisa I.Viadémie de Dijon à lui oll'rir une place (llionoi-aire (pi il accepta avec reconnaissance '. »

■i M. labhé Le Blanc est né à Dijon. Sa l'amille était au-dessous du médiocre : son père, après avoir exercé quelque temps Tollice de commis dans un j^relTe du Parlement, manquant de l'orlune. prit l'emploi de geôlier de la C-onciergerie. (-e père, très borné el pensant bassement, était incapable de lui donner aucun principe d éducation. Il gourmanda la jeunesse de son fils avec une sévérité mal entendue, (pii contribua à augmenter la dureté naturelle de son caractère.

M. labbé Le lîlanc fut désigné, à létal ecclésiastique par un oncle qui lui résigna un canonical du revenu le plus modique. Quoicjuil eût l'ait des études médiocres, l'exemple de quelques amis qui cultivaient la poésie l'engageait à s'y appliquer : il préluda dans cet art par des essais (jui annonçaient quelque talent. .Après la mort de son oncle, se voyant sans ressource, il prit le parti daller à Paris, où il vécut pendant plusiein-s années presque dans la misère ou aux dépens de quelque femme âgée qui payait à bon marché ses jeunes talents.

\. .Marc-Aiiloiue-lîené de Paulniy ; 1722-1787 , maître des retpiètes, tils de M. d'Argenson, ministre des Affaires étrangères, et neveu du ministre de la guerre. Adjoint h son oncle à partir de 1751 el ministre hii-mème de I7:;7 à 175S yMerriirr ilij., ]). 25, note). H. N. W. : 17611 (Mils.), Il est surtout eélèbi-e par sa niag'nilitpu' bibliothèti.ue, (piil vendit au eouile dWrtois {•[ (pii est aujonrd'luii la lilbliotliècpu- de l'Arsenal. 11 avait épousé M"'' de la Marche, lille du président (Mande Fliiliberl. Le Mercure dij. [)arle des fêtes doimées à Dijon en sou honiu'iu' en 1752 ^p. 56-5S cl 1755 i|). 88). L'extrait de la Table des Heg. K. Baudot 243 mentionne, à la date de 17t)7, la» proposition de M. de Pauluiy au sujet du droit d'amorlissenient » et l'oIlVe faite pai' M. dt- Itullcy d'un contrat sur l'Hôtel de Ville en échange des contrats sur la Hourf^of^iu'. ( iellf oiVrc fui .. aiirplée avec r«'i'onnaissaMC'e ■.

NOTRS POIK SERVIR A 1, HISTOIRE SECRETr: 1 ;)9

M. labbé Le Blanc s'étant procuré quelque connaissance tant de i^ens de lettres que d'amateurs opulents, il en reçut quelques secours qui l'aidèrent à subsister. Il leur taisait présent aux étrennes de bijoux de la valeur de deux ou trois louis chacun : ils lui en rendaient d'autres valant le double ou le triple de son présent. Tn d'entre eux lui légua par son testament une somme de mille écus avec cette clause en latin : « ob probitatem in inopia. » Celte nouvelle façon de donner révolta son amour-propre : malgré son extrême besoin il ne se résolut qu'avec peine à accepter ce legs sur la parole de ses amis, qui l'assurèrent que cette clause lui taisait honneur.

M. l'abbé Le Blanc se lit connaitre avantageusement par un recueil d'élégies, qui turent vivement ciitiquées par M. Michaut, qu'il avait cru son ami. Quelques années après, il donna au Théâtre français sa tragédie d'.Vbensaïd, qui lui procura de la réputation. Ses ennemis ont prétendu que cette pièce n'était pas de lui, mais de M. le comte de Noce, qui le logeait ; d'autres ont dit qu'il n'en a\ait t'ait que les vers. Ces bruits ont été autorisés par sa conduite, n'ayant fait depuis aucune autre pièce de théâtre, et inême rien qui valût cet ouvrage.

^L l'abbé Le Blanc, à litie d'auteur, l'ut reçu dans plusieurs bonnes maisons de Paris et s'introduisit chez quelques gens de la (Jour et chez les étrangers distingués où il trouvait des diners habituels en bonne compagnie, quoiqu'il n'en eût aucunement le ton, s'étant toujours piqué d'une franchise dure et grossière qui lui a fait beaucoup d'ennemis.

On lui a proposé jjIus d'une fois de se charger de l'éducation de quelque jeune seigneur dont la maison lui aurait procuré un sort honnête et utile et aurait travaillé à sa fortune; mais il a toujours obstinément refusé ce jiaiti, tant par amour de l'indépendance que par vanité, prétendant que dans cet état il serait devenu mauvaise compagnie et se serait exclu des honneurs littéraires auxquels il a toujours aspiré. Il poussait l'indépendance si loin qu'un jour, en présence de M. de Hutl'ey et peut-être pour qu'il en fût le témoin, il se refusa à une invitation que Madame du Maine lui envoya faire de venir à Sceaux. Il avait été introduit chez cette princesse par M'"" la duchesse de Brissac, s(x-nr de .VI. du Terrait, qui, en qualité de bourguignon et d'homme de lettres, le protège depuis; longtemps. Il trouva un plus illustre protecteur dans la personne du comte de (JlermonI, prince (|ui lui donna une place dans la Soi'iété des arts qui s'asseiublait chez lui. La réception de ce prince à r.Vcatlémie I<'rançaise fut célébrée en I75:i par M. l'abbé Le Blanc dans une lettre pesante et dill'use adressée à M. le président de Hnll'ey, qui lui répondit avec plus de précision et (le justesse.

UiO uiciiA/tn KI-; lu i'kkv

M. Tabhé I^e Blanc a l'ail une éliule j)arliculièi'e de la connaissance des lableanx. Il composa deux brochures sur rex[)osilion au Louvre de ceux de nos peinlces en 17 H cl en l7Ô'.i, on il parle en lioniinc inslruil. La répulalion de ses lalenls en ce j^enre lui devinl utile : il lui consullé el chargé parties amaleurs opulenls de Tachai de tableaux d'un j^rand |)ri\ dans les xenlcs t|ui sen faisaient. Outre les présents ipi'il en recul, cela lui donna occasion de brcu-anter incoj^nito. Il composa un cabinet précieux de tableaux et autres meubles de j(oûl, que M. de RuIVcv, au boni de douze ans, lrou\a entièrement chanj^é el renou\elé.

M. de Marignv, surinlendanl des bàlimenls du roi. le juyea dij^iie de raccompagner dans son voyage d'ilalie. Il répondit mal à cet honneur : dès la troisième journée M. de Marigny fut dégoûté de sa l'amiliarilé et de ses contrariétés et fut forcé de le haïr et de le mépriser. Pour sen venger el s'amuser à ses dépens, il fit déguiser en Pantalon un de ses laquais, qui avait de l'esprit et de linlelligence et savait litalien : ce masque aborda M. 1 abbé Le Blanc au milieu dune rue de \'enise, lui prodigua les louanges les plus outrées, les témoignages du plus grand respect el de la plus grande estime de la part de sa nation. L'abbé enthousiasmé s'enivra à longs traits de la fumée de cet encens grossier et ne manqua pas de publier sa bonne fortune au souper de \L de Marigny ; mais les ris du laquais qui avait fait le personnage de Pantalon découvrirent à l(inte l'assemblée la vérilé humiliante de cette comique aventure.

Son amour-propre essuya <|ueltpies autres morlilicalion> qui décelèi'enl son ignorance, qu il croyait cacher par un ton décisif et hardi qui en imposait à ceux (|ui ne le connaissaient pas. Il prit en Italie |)Our le tableau précieux d un gi-and maître un tableau peint sur le ballant d une armoire où il élail conservé. Haisonnanl à Dijon sur larchileclure du portail de l'église de S'-Michel, il jugea cet édifice bâti eu \{VA^^, cpioiqu'il fûl de cent ans plus ancien, se laissant tromper par un milliaire (|u il décon\ ril dans nue des pièces de ce porlail bàl: à plusieurs reprises.

Le goùl manquail à M. l'abbé Le Blanc: il était trop opiniâtre el trop glorieux |)()ur en acquérir en consultant les autres. 11 avait de Tespril el un gros bon sens qu'il (pialiliait de philosophie; mais l'excès de son orgueil grossier el exclusif révollail loul le monde et altérait l'estime que ses bonnes (pialilés pc)uvaienl inspirer ptuir lui.

M. l'abbé Le Blanc a cependant eu des amis d'un mérite distingué : M. du Terrail, M. de la Chaussée, M. de Bufl'on, qui lui ont rendu de grands ser\ ices. (le dernier lui procura la tonnaissani-e de milord Kington, (pii à sa rec(Mnn)iiiidalioii I ennnena en Anglelen-e. où il

NOTRS POIl! SKRVIR A LHISTOIRE SECRÈTR 1 11 I

séjourna un an chez ce milord. Ce voyage lui a fourni le sujet de ses I>ettres sur les Anglais, ouvrage qui lui a tait honneur, mais dans lequel on lui a reproché avec raison de s'occuper souvent plus de luimême que de son objet.

Les défauts de M. labbé Le Blanc étaient des défauts de son caractère plutôt que de son C(eur. Il était serviable, bon ami et honnête homme ; mais sa maladresse à parler à tout propos de sa probité faisait douter de la réalité d'une vertu qu'il voulait rendre exclusive à sa personne. Il s'attira par sa dureté et son insolence la haine de tous lés auteurs. MM. Robe, Bret, l'abbé Uesfontaines, Fréron l'accablèrent de traits satiriques. Il eut le crédit de faire enfermer ce dernier à V^incennes, ce qui l'humilia sans le faire taire. Piron lit sur lui une plaisanterie qui amusa tout Paris : il répondit à quelqu'un qui lui demandait son adresse qu'il logeait toujours dans la rue des Bons- Enfants chez son cordonnier, qui se trouvait être un maréchal. M. de Rulfev fut un jour témoin de la férocité de son caractère. Se promenant avec lui au Palais Royal, l'abbé Desfontaines le salua en pissant et lui dit qu'il était son serviteur; l'abbé Le Blanc lui répondit : « Ft moi, je ne suis pas le serviteur d'un coquin comme vous. »

C'est cette dureté qui lui a fermé depuis vingt ans la porte de l'Académie Française, les académiciens craignant les ruades d'un tel confrère. Il a remué ciel et terre pour cet objet : le crédit de M. de Buifon, de M. de Cossé, de M™'' de Pompadour même n'ont pu lui obtenir ce qu'il désire si ardemment. Il ne se rebute pas cependant : il compte sur son mérite et sur sa persévérance. Ses fréquentes tentatives ont fait le sujet d'une fable allégorique ([ui paraît faite de bonne main, mais dont on ignore l'auteur. Cette fable est intitulée ; le Dogue.

Un prince avait une meute d'élite De chiens égaux, hardis et bons veneurs, De tout gibier connaissant le mérite.

Bref réputés pour les plus beaux hurleurs. Chaque semaine avaient trois fois curée, Et n'était chien dans toute la contrée Qui n'estimât une insigne faveur D'être compté dans la meute royale.

Un certain dogue à voix rauque et brutale Depuis vingt ans briguait un tel honneur, A tous venants vantait avec scandale Ses grands exploits, sa force et sa vigueur, '< Écoutez-moi ! je suis un philosophe, Ami des grands, des petits protecteur.

M. Lange. — llisloire secrète. 11

162 lUCllAUli m. RIFFKV

En Gerinanif on conniiil mon t'IollV :

J'y tus prisé par plus dun Eloclcnr.

En Albion parmi mes camarades

J'ai su brillor à lorc»' do bravades :

Sur ma parole on m'v croit un docteui-.

Delà les monts j eus moins de réussite :

Ces Pantalons savent-ils au mérite

Donner le ])rix ? je suis un dogue enfin.

Et pour leur plaire il faut être un doguin.

Mon ferme espiit dédaigne les bassesses

Que le vulgaire ap])elle politesses.

Il me suffit d'être de moi content.

()u"on m'applaudisse, ou qu'on craigne ma dent ! '<

Ainsi Moutlard aboyait son mérite ;

Mais pour la meute en vain il sollicite.

In lévrier d'esprit et de bon sens

Lui dit : « Ami, vous perdez votre temps.

Un vain espoir vous trouble; être à sa place

Est à mon gré le premier des talents.

Quoi ! pourriez-vous avec si lourde masse

Suivre la meute et fournir à la chasse ?

Vous n'y feriez que des pas chancelants.

Je sais courir, et le barbet rapporte :

Le dogue est fait pour garder vme porte. ->

Maitre Moutlard, les yeux étincelants A ce propos, gronde et montre les dents. Le lévrier, craignant peu sa poursuite.

Trouve à l'instant son salut dans la fuilc '.

1. L'abbé Deberre a donné des extraits de cette notice, avec une grave faute de copie, p. 272, 1. l'i-lt'). Il a publié aussi une lettre inédite de Ruffey à M. du Terrait, qui faisait de sa libéralité la condition de l'élection de l'abbé Le Blanc à l'Académie de Dijon p. il'.i-'t).

Jean-Bernard Le Blanc (al)bé , 1707-1781, meml)re des académies Délia (Irusca et des Arcades de Home, de l'Institut de Bologne, de l'Acad. de Dijon et de la Société académi(|ue des arts de Paris. Liste de ses œuvres dans la (ialerie Ijoiiri/iiit/nDnnp II, p. H4-H5); notamment : Eliu/ics (1731; la critique de Michaut im|nimée en 1 73 1, avec deîi lh''fh'.ri(>iis sur Vôli^gie en cjénéral d on iiarliruliiT ; v. Goujel, Bibliothètpie française, III, p. 278-285) ; Ahen-Saïd, eniporour îles Moç/ola, trag. en vers, I73î> ; Lettres il'un Français sur les Anglais, 3 vol., 1743 (réimpr. en 1749, 51 et "iS»; Lettre sur les tahleaux ej-jtosi^s nu Louvre, 1747; Observations sur les ouvrages de l'Acaflihiiie «le peinture et de svuljiture, 1753; Le Patriote anglais, 1756. La lettre dont |>arle KufTey sur l'élection du comte il»' (llermnni .'t l'Acad. l'rançaise tsi lOMNcrvéc, avec la réponse de Hull'ey,

NOTES POl'R SERVIR A i/hIST01RE SECRÈTE 163

Vahhé Le Blanc voulait être honoraire...

Comme M. Michaut. Mais la « place qu'occupe M. Michaut est un abusa réformera sa mort, pour qu'il ne puisse jamais servird'exeniple ».

132 iê93)

Ont « indiscrèlewent ambitionné » le titre d'honoraire : un professeur de mathématiques...

1/abbé Jurain i v. note 97).

Un garde du corps :

M. Thomassin de Juilly. A servi avec distinction dans les gardes du roi, où il a obtenu quelques grades. Bourgeois gentilhomme, se fabriqua une généaloj^ie et parvint à obtenir des lettres de confirmation d'une noblesse qui n"a jamais existé. << L'orgueil a nouvellement inventé cette supercherie favorable à Tamour-propre, sur laquelle le ministère ferme abusivement les yeux... »

F'aisait des vers qu'il adressait aux dames et aux seigneurs de la Cour. Demanda et obtint des places dans les académies d'Angers et de Montauban, puis de Dijon. Sa lettre était d'une fatuité ridicule. Mécontent d'une place d'académicien non résidant, il écrivit à l'Aca-

à la Bililiothèquo do Dijon (20.830). Le ms. des OEuvros académiques de la Société littéraire contient de lui une Imitation d'Anacréon, traduite (en vers) do l'anglais de Prior (lecture du 4 juillet 1753, ms. 482', 1". 149). La môme Bibliothèque possède encore de lui une « épîlre à M. le président Bouhier sur la nécessité d'établir à Dijon une Académie des belles Lettres » (Ane. Fonds 496, f. 232). L'abbé Deberre lui a consacré quelques pages (p. tOl-106) et renvoie aux Concourt : Portraits intimes du XVIII^ s., p. 57-71 ; à Lanson : Nivelle de la Chaussée, pass., et aux Portefeuilles du prés. Bouhier, publ. par Emm. do Broglie. V. aussi, sur ses protections, Foisset, Le prés, de Brosses, p. 528-9; Voltaire, pass., notamment la lettre à d'Alembert, du 27 février 1761, où il dit qu'il voudrait voir l'abbé Le Blanc portier de l'Académie Française : " personne ne voudra plus entrer... » Les vers cités par R., et dont il ignore l'auteur, sont do Piron (lettre inédite de Rigoley de Juvigny, 8 juin 1774, Bibl. de Dijon, ms. 1627, i'" 157); mais Rigoley, les trouvant trop satiriques, ne les a ])as pul)lics d;uis son édition de Piron (7 vol., I^iris, Lambert, 1776).

I()'l RlCIlAlUt UF iUFFF.V

(K'iuic pour sou |jlaiudrc : elle lui lépouclil (|uc' la place d'honoraire élail réservée aux ol'liciers de sou corps, les places de gardes du roi, si honorables qu'elles fusseul, étant cependant subalternes. Otte réponse mortilia sa \anité : il huit par doiuier sa démission '.

Un avocnl :

M. Cocquard, |)ensiounaire dans laucienue académie. Quand on voulut lui rendre cette place dans la nouvelle, il terj;i\ersa et tira eu lonfjueur. On apprit qu'il voulait êli-e honoraire : sa profession d'avocat s'y opposait.

De s imp les ecc lés in s I iq u es . . .

M. Colas. '< Il avait quelques talents pour la Chaire, dont la disette d'orateurs sacrés augmentait le prix en province... Quelques années après, il se combla de ridicule eu prêchant aux Ursulines de Dijon la béatification de la mère Angél... [sic)... 11 alla cacher sa honte à Paris, où il a prêché pour se faire connaître... »

Un honoraire de l' ancienne Académie....

J/abbé Fabarel iv. note lii.

« Si M. Fabbé l'"abarel avait repris son ranj^ à l'.Académie. il aurait été le plus ancien tles honoraires, qu'il aurait prétendu présider, ce qui paraissait peu convenable... »

t. Thouiassin de Juilly ^le clievalier), à Arc en Barrois, .N. H. : 12 liôcembre 1766; n. N. H. : 26 février 1773 (Milsand). Le ms. 1627 de la Bibl. de Dijon contient (f. 140 el suiv.i son discours de réception : Que /es Scifuces, loin (le eorronipro hs iiujpurs, no li'iiilcnt (jii';i les jtorf'fctionncr.

NOTES POUR SERVIR A LlllSTOlRE SECRÈTE 16o

Ancienne loui\ dont l'ahhé Fnbarel s'était démis en faveur de l'Académie.

La tour carrée, *> un des rares vestiges de l'ancien palais des ducs de Bourgogne, appelé depuis vulgairement le Logis du roi... M. labbé F'abarel 11 était pas astronome ; il se servit de ce prétexte pour obtenir la concession de cette tour, où la chronique médisante a prétendu qu'il menait habituellement des filles. »

Le prince de Condé harangué à Dijon.

A son arrivée par la voix de l'ancien évêque de Troyes (Poucet de la Rivièrei, chancelier ; à son départ par celle de ^L de Ruffey, vicechancelier.

L'auteur du mémoire couronné en 1166 :

M. Roze, prêtre du diocèse de Besançon. Le sujet de ce prix « était de donner un traité élémentaire de morale, dans lequel les devoirs de la y\e civile seraient expliqués et mis à portée de la jeunesse des collèges ». (Ouvrage fort augmenté depuis et imprimé en '2 vol. in-12.Paris, 1767.)

Le buste du prince.. .

Don de M. Legoux, qui « employa le ciseau du sieur Attiret '... pour sculpter le buste des grands hommes de la Bourgogne, dont il orna la salle de lAcadémie. Celui du prince de Condé fut le premier. »

Louanges données au prince par le secrétaire Marel , par l'ancien

I. 1728-1804. .\uteur dune statue de N'oltaire, autrefois au foyer de la Comédie Fran<,aise Girault, Essais sur Dijon, p. 47o\

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évèque de Troves. qui lil un discours sur la vraie gloire, par M. de Hullev, qui le loua sous le voile de l'allégorie en récitant sa l'ahle : La Vigne et le Laurier', par M. Picardet Laine, qui lut un chant de son poème sur les Fleurs (il y avait cousu quelques louanges pour le prince) -.

Le prince de (^ondè n promit à V Académie de faire porter à son suisse la livrée de la maison de (^ondé... »

Ce qui fut trouvé mauvais par les dii-ecleurs. Quant à .NL de HuU'ey, il s'en félicite, mais observe que « rhal)illemenl de ce suisse coula plus de 25 pistoles. Le prince, sil eût été généreuv.... en eût gratifié r.Vcadémie... >-

Ici H. entonne un dithyrambe sur le degré de gloire et dhonneur qui avait succédé à la bassesse et à l'avilissement de cette compagnie. Désormais « elle peut baisser, mais ne pourra jamais tomber et s'élèvera toujours aisément toutes les fois qu'il se trouvera à sa tète quelqu'un qui sache penser et agir. L'Académie se purgera insensiblement du mauvais levain de son ancienne constitution. L'ignorance et la paresse disparaîtront avec ceux qui s'en étaient fait une habitude méprisable : personne n'osera désormais s'y introduire sans y apporter l'amour du travail, quelques talents, ou au moins l'envie d'en acquérir et de les perfectionner. Le fondateur même, s'il revoyait la lumière, méconnaîtrait son ouvrage et serait agréablement surpris de voir chajigée en palais la chaumière t|u'il avait édiliée ».

Le prince de Condé promit... son portrait.

C^ette promesse n'a |)as été tenue. HulVey en donne pour raison les grandes dépenses du prince fie Condé.

<• In fameux peintre en miniature... »

M. N'iMU'vaut. ne à Dijon. Fut enfant de clid-nr de la S"" ('ha|)olle

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