Statuts, art
sence de toute hiérarchie, qui évite les froissements d'amourpropre, crée entre les membres de la Société une confraternité véritable.
Deux mois après sa première séance, l'établissement d'une classe d'associés compatriotes accroît encore son prestige, au détriment de l'Académie. Elle lui associe les plus illustres des Bourguignons en résidence à Paris, Crébillon, Buffon, Rameau, l'abbé Leblane, Le Compasseur de Courtivron, eten même temps, sous le nom d’associés correspondants, les plus savants hommes de la province, les Berryat, les Nadault, les Daubenton, les du Molin, les Gueneau de Montbeillard.
En revanche, pas de médecins : car il ny a pas à la Société littéraire de classe de médecine ; 1l n'y a même point de classes du tout. C'est dire que les statuts dressés par le président de Brosses n'assurent n1 aux Lettres ni aux Sciences un rôle prépondérant !. On cherche équitablement à maintenir la balance égale entre les unes et les autres : à vrai dire, on ne fait pas entre elles une distinction radicale. On ne trace pas encore entre elles une ligne rigide de démarcation. Le sens même de ces mots : Sciences, Lettres, demeure flottant. « On appelle sciences humaines, écrivait Furetière, la connaissance des Langues, de la Grammaire, de la Poésie, de la Rhétorique et autres choses qu'on apprend dans les Humanités. » Et inversement « Lettres se dit aussi de Sciences ? ». Tels Ruffey et ses collaborateurs ne distinguent pas entre les savants et les gens de
lettres, entre les sociétés littéraires et les sociétés savantes 3. Et
1. Article 22 des Statuts : « Chacun sera absolument libre en particulier.
de choisir selon son goût ou ses connaissances le genre ou la matière qu’il voudra traiter, pourvu qu'elle ne soit pas de pur calcul ou de pure théologie non historique. »
2. Dictionnaire de Furetière (1690), aux mots Sciences, Lettres. Furetière ajoute : « On appelle les Lettres humaines, et abusivement les Belles- Lettres, la connaissance des poètes et des orateurs ; au lieu que les vraies 3elles-Lettres sont la Physique, la Géométrie et les sciences solides. » — Définition curieuse et par où, dès la fin du xvri° siècle, se manifeste le goût de plus en plus vif qui incline les esprits vers les « sciences solides ».
3. Témoin ce fragment de l'Histoire de l'Académie : « On a lieu de s'étonner que la ville de Dijon, patrie de tant de grands hommes et d'il-