F. Baudot 243, f
des Hoin, des Maret et autres bêtes noires du président de Ruffey.
Les Mémoires de l’Académie en fournissent la preuve manifeste : si le tome IT (1774) contient encore quelques ouvrages littéraires (notamment le mémoire de Gueneau de Montbeillard sur la peine de mort et l'Essai de géographie étymologique de M. de Brosses), neuf ans plus tard le tome ITT est exclusivement scientifique.
Faut-il s’en étonner ? À dire vrai, les Bourguignons eurent toujours, — ont peut-être encore, — plus de dispositions et de goût pour les Sciences que pour les Lettres, et, s'ils cultivèrent les Lettres, ils s’y firent remarquer plutôt par leur érudition patiente que par une vivacité primesautière, et plus par le savoir que par la grâce. Est-ce pour cela que la Bourgogne a produit si peu de poètes ? La Champagne a La Fontaine et Racine ; la Normandie, Malherbe et Corneille ; l'Anjou a Du Bellay ; le Vendômois, Ronsard ; la Bourgogne, Crébillon — et Piron.
En revanche, dans tous les travaux qui exigent une longue patience et de sages méthodes, la Bourgogne a excellé. Il suffit pour s’en convauncre de feuilleter la Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne ; et le compilateur de ce grand ouvrage, le docte et modeste Papillon, est lui-même un exemple d’opiniätre labeur. Bégat, Saumaise, Lantin, le président Bouhier, le P. Oudin, l'abbé Goujet et sa Bibliothèque française, l'abbé Lelong et sa Bibliothèque historique, revue et augmentée par Fevret de Fontette, l'abbé Joly et ses Remarques sur le Dictionnaire de Bayle, l'abbé Courtépée et sa Description de Bourgogne, le chanoine Lebeuf, que Voltaire appelait le plus savant homme de son temps, et combien d'autres encore ! témoignent du goût de leur province pour les recherches précises, minutieuses et déjà tout imprégnées d'un véritable esprit scientifique.
C'est pourquoi, quand le goût des Sciences se fut propagé à Paris et dans les provinces, la Bourgogne fut des plus empressées à favoriser leurs progrès. Les tendances nouvelles se trouvèrent d'accord avec ses inclinations. Les applications seules furent différentes : les physiciens, les naturalistes, les médecins rem-
placèrent les philologues, les juristes, les historiens et les
géographes. De là l'enthousiasme qu’excitèrent dans toute la Bourgogne l'œuvre et la gloire de Buffon; de là les travaux des Berrvat, des Daubenton, des Nadault, des Gueneau de Montbeillard, des Hoin, des Maret, des Guyton de Morveau et de tant d'autres savants bourguignons, connus ou inconnus, qui collaborèrent à l'Histoire Naturelle, à V Encyclopédie ou à la Collection académique.
Richard de Ruffey, nous l'avons vu, subit lui aussi cette attraction, et peut-être Buffon l’eût-l, lui aussi, entrainé dans son orbite, si son esprit disceursif et, plus encore peut-être, la tâche qu'il s'imposa de réformer l'Académie ne l’eussent détourné à chaque instant vers d’autres objets. Nous sommes même tentés de croire que chez lui, comme chez la plupart des académiciens de Dijon, le goût des Sciences l’'emportait sur celui des Lettres ! De même que, s’il admire Voltaire, c'est à Buffon que va sa tendresse, de même nous soupconnons qu'en cultivant les Lettres et en pludant leur cause à l'Académie, il se piquait de continuer la tradition de ces magistrats humanistes qu'avaient été à Dijon les Lantin et les Bouhier, mais que l'influence du milieu et peut-être son intime penchant lui faisaient trouver dans l'étude des Sciences des satisfactions plus profondes. La Bibliothèque de Dijon conserve, écrit de sa main, un volumineux recueil d'observations scientifiques !, et, terminant un extrait du catalogue de ses livres, plus de cinquante pages de titres d'ouvrages concernant surtout les mathématiques, la géométrie et la mécanique ?.
Quoi qu'il en soit, il semble bien qu’en s’efforçant de garder aux Lettres, dans l'Académie de Dijon, la place éminente qu'elles avalent eue dans la Société littéraire et auparavant à l'Hôtel Bouhier, le président de Ruffey soit allé contre le génie de son siècle et contre celui de sa province. Et voilà sans doute une des causes des dissentiments qui s’élevèrent entre ses confrères et lui. Au demeurant il y en avait d'autres, plus graves et surtout plus apparentes.