Ruffey, Histoire de l’Acad., f
2. Maret, Histoire de l'Acad. (Mém. de l'Acad. de Dijon, 1, p. xxxr.) S 1bidr teen
Dans cet auguste sanctuaire Je vois le Sénat littéraire
Dont Rufley par ses soins anima les travaux !.
Ainsi sétait exprimé, le 15 décembre 1765, un poète de quatorze ans dont l’Académie de Dijon avait honoré le talent précoce en le recevant parmi ses membres ; et ces vers, qui unissaient dans un même éloge l'Académie et son bienfaiteur, avaient dû sonner délicieusement aux oreilles du vice-chancelier. Or l'Histoire de l’Académie a été écrite par lui au lendemain de cette séance mémorable ; elle est vraiment l'écho de ces louanges. Sans doute celles-ci l'avaient confirmé dans le sentiment de ses mérites et dans l’idée de la gratitude que l'Académie lui devait : et c'est ce qui nous donne à penser qu'en écrivant cette Histoire il se flattait de la faire servir quelque jour à la commune gloire de l’Académie et du président de Ruffey.. Voilà aussi de quoi expliquer la satisfaction qu'il y laisse voir, et pareillement le soin qu'il y a pris de surveiller sa plume irritable. Mais son espoir fut trompé. On verra plus loin en quels termes il s'exprime, dans l'Histoire Secrète, sur le compte de Maret, et l’ « odieux projet » qu'il lui prête d’avoir travaillé à le supplanter : une des causes de cette grande querelle fut peut-être la déception et le ressentiment qu'il éprouva de ce qu'il regardait comme une usurpation.
Et pourtant, oui malgré la contrainte officielle que semble ici s'imposer sa verve, même de ce document où 1l s'efforce de ne pas être trop lui sa personnalité jaillit et déborde, et c’est une autre différence avec l'historique de Maret, clair, précis, impartial, de ton un peu froid, estimable exemplaire du genre académique. Si Ruffey se tient à carreau pour ne pas blesser les
personnes, il se dédommage en partie dans l’expression des
1. François de Neufchâteau, Remerciement à l’Acad. de Dijon, v. Mém. de l'Acad., 1, p. 356. — Une note confirme que « le zèle de M. de Ruffey a beaucoup contribué aux progrès de l’Académie ». Un peu plus loin (ibid., p. 357) le jeune poète parle de l'exemple glorieux donné par un des «favoris des Nymphes d’Aonie », el une autre note explique l’allusion : il s’agit du « médaillier offert à l'Académie par le président de Ruffey ».
généralités : là où Maret, en termes mesurés, félicite les académies de mettre pour jamais les Sciences à l'abri des efforts destructeurs de l'ignorance !, Ruffey éclate en invectives contre l'envie, l'ignorance et la paresse qui ont de tout temps fait la guerre aux Sciences (elles la font maintenant aux académies), et contre ces « esprits faux », ces « cœurs corrompus », ces « âmes viles », qui « décrient la Science, se font gloire de la mépriser et de la haïr ? »... Et toute une page sur ce ton. Si Ruffey ménage le fondateur de l'Académie et ses premiers directeurs, 1l exprime pourtant le regret qu'ils ne se soient pas assuré le concours du président Bouhier, dont les lumières leur auraient évité de graves erreurs #, et il ne se refuse pas le plaisir d’analyser, chemin faisant, le mémoire de Cocquard, qui avait combattu vigoureusement la prétention des directeurs à décerner des prix aux pensionnaires *. Ailleurs il signale, non sans aigreur, l'importance prise à l'Académie, entre 1742 et 1750, par la classe de médecine *. Sur ce point aussi (et pour cause) Maret, — le
docteur Maret — se montrera plus réservé...
Si, même lorsqu'il veut être calme, Ruffey n’y réussit guère, on devine de quelle encreil saura écrire quand il donnera un libre cours à l'expression de ses sentiments passionnés. Tel est l'intérêt qui s'attache à l'Histoire secrète : on peut tenir pour certain qu'il l’a écrite dans l'espoir qu'un jour elle plaiderait pour lui, le vengerait des « méchants », des «sots », et de tous les « fàcheux » qui avaient tramé sa perte; mais aussi, à n’en pas douter, il l’a écrite pour lui-même, sous l'impulsion pressante de sa verve
débridée. C’est là qu'il s'est dédommagé de la contrainte, des
1. Maret, Hist. de l'Acad. (Mém, de l’Acad., p. vri.) 2. Ruffey, Hist. del’Acad., f.3:
Tbid., 1. 14-15,
Ibid., f, 48-19.