DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE. DIJON
L'établissement d'une Académie à Dijon fut longtemps l'objet des vœur de fous les qens de lettres de la Bourgogne (4); mais à peine fut-il formé que, bien loin de répondre à ce que le public devail en attendre et de contribuer à la célébrité d'une ville et d'une province si fécondes en grands hommes, il eut le malheur de tomber dans l'avilissement el le mépris.
Les vices de constitution de la nouvelle Académie (2), les fausses mesures que prirent ceur qui étaient destinés à la diriger (3), le génie des citoyens peu favorable à tout élablissement utile (4), écartèrent les sujets académiques (5), élouffèrent l'émulafion, abaissèrent les esprits, rétrécirent les idées, el réduisirent ce corps, dès sa naissance, à l'état de lanqueur dans lequel il à subsisté pendant vingt années.
Développons en peu de mots les causes de cel événement.
Monsieur Pouffier, doyen du Parlement, fondateur de l'Académie de Dijon (6), jaloux de décorer sa place de doyen, sollicita les faveurs de la Cour pour y attacher une pension perpétuelle. La modicité de celle qui lui fut offerte, ne répondant pas à la haute idée qu'il s'était faite de sa place, révolla son amourpropre : il la refusa, et résolut dès lors d'employer une portion considérable de son patrimoine pour rendre la place de doyen plus utile ef plus honorable en lui assurant après sa mort la propriété de sa terre d’Aiserey !, de sa maison de Dijon”, et d'autres
1. Sur la grand'route de Dijon à S'-Jean-de-Losne. Le clocher et une partie du village étaient du bailliage de S'-Jean-de-Losne ; le reste formait deux seigneuries, dont l'une appartenait à M. Bouillet, procureur général à la Chambre des Comptes; l’autre, plus considérable, est celle dont il est question ici. Château agréable, jardins bien entretenus. Bossuet, dont le père était en partie seigneur d’Aiserey, y avait été nourri el élevé dans son enfance (Courtépée, Description de Bourgogne, éd. 1847, II, p. 156).
2. Au coin de la rue du Vertbois {au}. rue Poulflier) et de la rue S'-Nicolas (rue Auguste-Comte),.
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biens |, el en nommant les doyens du Parlement ses successeurs premiers directeurs de l'Académie qu'il voulait fonder dans sa patrie.
(Malheureusement un doyen au Parlement n'a pas toujours les connaissances nécessaires pour bien diriger un corps académique. M. Pouffier aurait prudemment fait de consulter des gens éclairés, qu'il aurait trouvés dans sa patrie (7). Aussi le plan qu'il traça n'était-il qu'une esquisse informe (8). On a prétendu que M. Lantin, doyen successeur de M. Pouffier, en avait aperçu les défauts: mais, comme il avait été l’ennemnu et souvent le contradicteur au Palais de ce magistrat, qui venait de le priver des revenus attachés au dovenné, il n'eut pas la générosité de les faire connaître aux autres directeurs (9).]
Il cacha ses petites idées de vengeance sous le voile du zèle, de la reconnaissance et du respect dû aux volontés du fondateur. Les autres directeurs (10), manquant de pénétration ef d'expérience dans les matières académiques, adoptèrent ces spécieuses marunes el, sacrifiant sans le savoir le bien public aur préjugés, résistèrent opiniâtrement à toutes les représentations qui leur furent failes par des personnes plus éclairées el moins prévenues...
… Une Académie fondée sous de si fâcheur auspices pouvaitelle avoir le plus léger succès, el pouvait-elle ne pas s'éloigner de plus en plus du but auquel elle était destinée ? Aussi la paresse, l'ignorance, le découragement ne lardèrent pas à s'en emparer: les prélentions el la conduite des premiers directeurs (A1) contribuèrent à favoriser l'invasion de ces fléaur des Lettres el des Sciences. Uniquement occupés de l'étude et de la pratique des lois, concentrés dans cette sphère et remplis de préjugés désavantageux aux Lettres el aux Sciences, qu'ils regardaient comme inutiles, ils se trouvèrent déplacés à la tête d'une académie dont
ils ignoraïent jusqu'au langage... Ils se crurent en état de juger