‹ Histoire Secrète de l'Académie de DijonChapitre 34 sur 52 · Notamment 42.000 livres d'argent comptant · texte numérisé non relu

Notamment 42.000 livres d'argent comptant

des matières de physique el de médecine ‘et de décerner des prir sur ces sujets, dont ils n'avaient pas les premières notions, parce que le fondateur leur en avait attribué le droit, et s'’accoutumèrent à regarder comme ennemis {ous ceux qui, aspirant à être de vrais académiciens, refusaient de plier sous le joug d'une autorité abusive el malentendue. Ces mazximes despotiques révoltèrent le public et les gens de lettres, el éloignèrent de l'Académie tous ceux qui auraient été capables de l’honorer par leurs mérites et leurs talents. Plusieurs bons académiciens se retirèrent sous divers prétertes (12). La plupart de ceux qui restèrent à l’Academie y demeurèrent moins par amour pour les Sciences et les Lettres que par des motifs d'intérêt ou de convenance, ce qui ne fait pas l'éloge de leur façon de penser (13).

La politique des premiers directeurs pour maintenir el assurer leur prétendue autorité fut de n'admettre à l’Académie que des personnes altachées au Parlement, d'un état inférieur au leur ou d'un élal subalterne : en sorte que les places d'honoraires (44), qui auraient dû naturellement être remplies par les gens de lettres de l'état le plus distinqué, suivant l'usage des bonnes académies, le furent en plus grande partie par des avocats, de simples eccléstastiques el aulres personnes à peu près égales à celles qui composaient le corps des pensionnaires.

Comme toutes les places de l’Académie se donnaient sans choir par les directeurs au premier qui les leur demandait ou qui les leur faisait demander (15), les médecins s'y introdusirent en grand nombre. L'appatl de la modique pension (6) qui se distribuait tous les ans en allira plusieurs. La classe de Médecine étant remplie, ils eurent le crédit de s'y introduire sous le titre de physiciens et remplirent aussi celle de Physique : en sorte qu'une société académique destinée aux Lettres el aur Sciences devint une académie de Médecine.

De cette constitution monstrueuse et d'un gouvernement aussi antli-académique naquil une multitude d'abus (A7) qui se succédèrent les uns au: autres et s'accumulèrent à la honte des Lettres,

au point de rendre ce corps aussi méprisé qu'il était méprisable.

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Il se serait bientôt détruit s'il n'avait pas été doté par le fondaleur, qui avail sacrifié quarante mille francs à cel objet. L’Aca-

démie dut sa conservation à un vil intérêt.

(Il y avait cependant parmi les académiciens plusieurs sujets

dignes d'un meilleur sort (48); mais le bon grain était étoulfé par l’ivraie. L'empire que les directeurs avaient tyranniquement usurpé s'affablit insensiblement après la mort de MM. Lantn et Quarré et dégénéra en faiblesse et en abandon. M. Vitte parvint au doyenné; les quatre autres directeurs (19) s'ennuyant de venir à l’Académie, toute la direction de ce corps se trouva

réunie dans M. Vitte.|

M. Ville | avait de la probité, de la candeur et de la bonhomie ; ses mœurs étaient douces et honnêtes; son esprit était petit et borné; son âme était faible el sans aucune élévation. Il rachetait ces défauts par une mémoire prodigieuse que l'âge n'avait pu affaiblir, el crut devoir y suppléer par une opiniätreté invincible dont il se faisait gloire : les meilleures raisons l'affermissaient dans ses préjugés. L'avarice ful sa passion dominante; 1l eut l’art de la cacher au public par des dépenses momentanées dans des occasions d'éclat; mais l’Académie, quien a ressenti les facheur effets (20), a le plus grand lieu d'en être convaincue.

Ce fut sous la direction d'un tel homme que l’Académie a été forcée de lanquir pendant plus de. vingt années. Incapable de sentir la honte du corps qu'il dirigeait, plus il s'avilissait, plus il le trouvait analoque à sa façon de voir et de penser, qu'il croyait la meilleure...

{Il alléguait le danger d'innover et le respect dù aux volontés du testateur; mais 1l avait d’autres motifs (21)... Il s’est opposé tant qu'il a vécu à ce que l’Académie eût un chéf littéraire pour

guider le travail et les études, un secrétaire (22) pour rédiger et

1. Jacques Vitte (1681-1769), conseiller, 1704 (Petitot, Continuation de l’histoire du Parlement de Bourgogne, de Palliot (1733), p. 176).

À 3 nt ee TE n

exécuter, quelques fonds pour les dépenses communes de nécessité et de décence, trois choses absolument nécessaires pour le maintien d’une bonne constitution académique. |

En l'absence des directeurs, l’Académie était présidée par les honoraires. Il n'en restait que deux à Dijon des sir de la première nomination, dont M. Lantin de Damerey !, fils du doyen du Parlement, était le seul qui fût d'un étal propre à occuper cette place. Il avait de l'espril naturel, mais une éducation négligée l'avait rendu sombre el caustique et avail rétréci ses idées. Il avait des mœurs sans aménité, plus d'érudition que de science. L'usage du monde n'avail pas formé son goûl; sa probité était dure et austère; il s'était fait un principe de ne jamais plier.

Un homme de ce caractère à la tête de l’Académie était peu

propre à tirer ce corps de l'état déplorable où il était tombé.

[Insuccès des séances publiques de l'Académie. Mauvais discours qui s'y lisaient (23). Il faut en excepter quelques ouvrages des meilleurs académiciens, qui étaient toujours frappés au bon coin (24).]

Dans l'une des séances publiques on distribuait chaque année un prix de la valeur de frois cents livres. Le premier fut jugé avec équité el fut remporté par M. Fromageot, professeur en Droit, bon litiérateur el bon critique (25); mais pendant quinze années presque tous les prir, surtout ceur de médecine et de physique, furent donnés par faveur et par infrique à des yens qui prétaient leur nom à un médecin de l’Académie (26), auquel

ils abandonnaient la valeur du prir. Les directeurs, principaur

i. L'autre était M. de Repas (v. note 14). J.-B. Lantin de Damerey, fils du doyen du Parlement (v. note 9). Auteur d’un supplément au glossaire du Roman de la Rose (Dijon, Sirot, 1737, in-12), des éloges de Rabelais et de M. Pouffier, et de deux discours prononcés à l’Académie de Dijon, l'un sur le Luxe /12 déc. 1749, impr. à D., veuve Sirot, 1750, in-#), l'autre sur la Tolérance (12 déc. 1755, impr. cbid., 4756). Mort en 1756. (Galerie Bour-guignonne, par Ch. Muteau et J. Garnier, Dijon et Paris, 1858 (3 vol.), I, p. 70). Un autre discours fut prononcé par lui, le 25 août 1743, pour la distribution du prix de morale. Impr. à Dijon, veuve Sirot, 1743.

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juges, se prêtaient à celle indigne manœuvre soil par 1gnorance, soil par séduction, soit par la crainte de déplaire à un homme qui professail un art qui donne le droit de se venger impunémenf.

Toutes ces choses connues du public contribuaient à augmenter son mépris pour l'Académie et à porter au comble l'avilissement de ce corps. Il n'était encore connu que dans la Bourgogne ; mais un événement singulier arrivé en 1750 le fil connaître dans toute l’Europe.

C'est le prir remporté par Jean-Jacques Rousseau (27), deven u depuis si fameux par sa singularité et les malheurs qu'elle lui à occasionnés. Un esprit faur de l'Académie (28) proposa ce problème : Si les arts et les sciences ont contribué à épurer les mœurs. Îl fut adopté sans réflerion et donné au public pour sujet du prix de 1750.

L'ouvrage de M. Rousseau, de (renève, fut trouvé si supérieur à lous les autres qui furent présentés qu'il emporta unanimement les suffrages. Son éloquence séduisit et contribua à voiler les paradores dont il était rempli. Aucun des juges du prix n'étail capable de les apercevoir, de les développer, et de prévoir les conséquences de leur jugement.

Ce jugement, quoique fondé sur l'équité, arma tout l'empire littéraire contre l'Académie de Dijon (29). Les sarcasmes les plus injurieur l'accablèrent de toutes parts, et cette querelle se renouvelle encore lous les jours, lorsque l'occasion s'en présente. On à Jugé l'Académie {rop sévèrement. Si son étal el sa constitution cussent élé plus connus, on l'aurail blämée avec moins d'acharnement; son sort aurail excité plus de pitié que d'envie. Il y avatl en effel dans sa conduite de l'ignorance, de la qaucherie, de l'imprudence, de l'inconséquence, mais sûrement aucune prétenlion, aucune mauvaise foi ni aucune malice.

Vers ce lemps un littéraleur attaqua l’Académie sans ménagement dans le supplément de Moréri (30). Sur des mémoires peu fidèles (81) et dictés par l'envie, ilen fil un tableau satirique et apprit au public tous les détails qui pouvaient contribuer à Fhami-

lier et à la charger de ridicule. L'Académie lui répondit, mais se

défendit si faiblement qu'elle ne put jamais forcer le littérateur non seulement à se dédire, mais même à lui donner la plus légère satisfaction (32.

[En 1756 les revenus de l'Académie doublèrent : le fondateur lui avait laissé une somme de vingt mille livres pour l’augmentation des prix, qui ne devait porter intérêt que vingt ans après sa mort ; ces vingt années étaient expirées. Mais M. Vitte haïssait trop l'Académie et s’y intéressait trop peu pour employer cette somme à son profit. Les pensionnaires de l'Académie surent profiter de la négligence des directeurs (33) : ils s'emparèrent sans droit ni formalité des nouveaux revenus, qu'ils partagèrent entre eux et dont ils ont toujours Joui... Le fondateur de l’Académie avait ordonné que le doyen du Parlement serait tenu de la loger et meubler dans la maison décanale, ou, à son choix, de lui fournir un logement commode, honnête et décent. M. Vitte logea l'Académie dans la maison décanale, mais ne la logea pas décemment. |

Une salle obscure lapissée d'une vieille bergame, dont la cheminée à hotle élail recouverte de lambeaux de la même tapisserie, et le plancher noirci par la fumée habituelle qui en exhalait ; des fauteuils d'emprunt à bras de bois, dont la dureté et l'incommodité annonçaient l'origine la plus reculée, furent le logement et les meubles que M. Vitie destina aux muses de la Bourgogne. Ce galetas fut leur temple pendant vingt années, pendant lesquelles il employa l'argent du fondateur à décorer la maison seigneuriale d’Aiserey. L'Académie l'avait souvent prié inutilement de rendre ce logement plus décent. |

M. de Fontette (34), conseiller au Parlement, étant parvenu par son rang à la place de troisième directeur de l'Académie, eut honte de siéger dans ce manoir... Sollicité par l'Académie, til promit d'employer son crédit auprès du doyen du Parlement pour l'engager à faire usage des fonds destinés à la décoration de la maison décanale et rendre le logement académique moins

indécent.

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[I obtint ainsi trois mille livres ; encore l’Académie en dutelle faire l'avance. La salle d’assemblée fut boisée, plafonnée et décorée ; mais M. de Fontette exigea qu'on se servit de ses ouvriers...

Raisons de la mauvaise volonté que M. Vitte témoignait à l'Académie, ainsi que M. Thomas. Ils ne lui ont Jamais pardonné de les avoir forcés de restituer 1.400 livres sur les 4.400 auxquelles s'élevait en 1740 la dotation faite par le fondateur en 1736. Parmi les autres directeurs qu'elle a eus depuis son établissement, deux seulement, M'° Gauthier et Palaiseau !, lui ont donné des marques non équivoques de leur zèle et de leur bonne volonté ; malheureusement ils n'ont été que directeurs triennaux.

Un intrigant de l’Académie (35) crut lui rendre un service important en lui procurant la correspondance d’un gentilhomme de Franche-Comté (36), parent du fondateur. |

Malgré l'état de lanqueur où l'Académie gémissail, plusieurs de ses membres lut acquéraient dans les provinces étrangères une réputalion dont elle étail privée dans sa patrie. M. Barberet remporta un prir de physique à l'Académie de Bordeaux (37), M. Fromageot celui d'éloquence à l’Académie de Montauban pendant deur années consécutives (38), et M. Hoin fut reçu avec applaudissement associé regnicole de l’Académie de Paris (39). Leur succès aurait dû exciter quelque émulation dans l’Académie; mais elle y élait entièrement éteinte. De plus de trente séances qui se lenatent dans l’année, il n'y en avait pas le tiers où l’on fit quelques lectures d'ouvrages, dont jamais il ne se faisait d'extrait :

à peine en refenail-on le litre, tellement que le registre acadé-

1. Pierre-François Gauthier (1725-1795). Conseiller 1748 (Des Marches, Histoire du Parlement de Bourgogne de 1733 à 1790 (Chalon-s.-Saône, 1851), p- 72;. —— Directeur de l’Acad, 14766 (Milsand, Notes et documents, v. suprà, p. 2, note 4.)

Philippe Barbuot de Palaiseau (1730-1815). Conseiller 1751 (Des Marches, p. 78). Directeur de l’Acad. 1769 (Milsand, ibid.). Le 22 décembre 1769, Ruffey propose à l'Académie de lui offrir une médaille afin de le remercier de « son zèle pour l'honneur et l'intérêt de la Compagnie » (Reg. de l'Acad, V, fo 118).

mique qui contient le retenu de vingt années n'a pas cent pages d'écriture (40).

(L'Académie eut pendant quinze ans un copiste gagé, et, lorsqu'elle sentit la nécessité absolue d'avoir de véritables secrétaures, le doyen refusa de les reconnaître. Ils en firent les fonctions sans oser en prendre le titre. Ces secrétaires étaient gens de mérite ; mais l’un d'eux (44) ne survéeut pas longtemps à sa nomination. Son confrère(42) fit son éloge dans une séance publique et introduisit pour la première fois cet usage reçu dans toutes les académies, qui cependant est devenu abusif par sa généralité (43). On regrette cet abus, comme aussi la trop grande facilité des académies de province à accorder le titre d'académicien : c'est ansi que l'on diminue le mérite des académies et la considéra-

ton du public pour ces corps littéraires. |

L'Académie de Dijon n'avait rien à craindre pour lors d'un tel abus... Elle ful encore plusieurs années à se borner au désir de changer son état contre un meilleur... Un heureux hasard pour les Lettres et les Sciences prépara insensiblement cel événement.

(M. Richard de Ruffev (44), président à la Chambre des Comptes de Bourgogne, se détermina en 1750, en rebâtissant sa maison, de construire une vaste galerie pour y placer sa bibliothèque, dont il faisait son amusement et sa principale occupation (45). IT était en relation avec les gens de lettres les plus distingués (46). Il aurait été flatté de consacrer ses talents et ses travaux au service de l'Académie ; mais il partagea avec les présidents

Bouhier et De Brosses l'honneur d'être oublié (47-8)|.

Il savait se sufjire à lui-même : ses livres, ses ouvrages, et le - commerce de quelques amis spirituels. el éclairés, lui procuratent un bonheur qu'il n'aurait pas trouvé dans le tourbillon de la société vulgaire, auquel il ne se livrail que par devoir el par hienséance (49).

Au commencement de l’année 1759, un homme de lettres (50),

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charmé de la beauté du vaisseau de la bibliothèque de M. de Ruffey, proposa à l'exemple du président Bouhier (51) d'y tenir chaque semaine une assemblée où l’on discuterait les points les plus intéressants de la liftérature et des sciences, et où chacun lirail ses ouvrages, dont on ferail une judicieuse crilique. Quoiqu'un tel projet flattäl beaucoup le goût de M. de Ruffey pour les Lettres et les Sciences, il ne se rendit pas d'abord à cette invilation, voulant auparavant en combiner la possibilité et s'assurer du suffrage et du consentement de ceux qui lui paraissaient capables de former cette société (52).

Ce préliminaire rempli, on prit jour pour tenir la première assemblée. Après un diner où M. de Ruffey avait invité tous les sociélaires (53), on s'assembla dans sa galerie, on dressa des règlements |, et l’on donna dans cette séance à cette société la forme la plus académique. Le choir des sujets, leur goût, pour les Sciences et les Lettres, leur ardeur pour le travail, leur émulation, les bons ouvrages qu'on y lisait fréquemment, le zèle du président et du secrétaire (54), tout concourut à lui procurer des succès rapides et à faire connaître avantageusement cette société non seulement dans la Bourgogne, mais encore à Paris el dans les provinces (55).

Cette société littéraire a subsisté environ dir années (56), dont les sir premières ont eu le sort le plus heureux et le plus florissant; mais la mort de plusieurs de ceux qui la composaient, l'absence et les voyages de quelques autres (57), le relâchement dans le {ravail, el plusieurs autres causes (58) en occasionnèrent la dissolution.

Pendant la durée de cette société, M. de Ruffey, qui en était le chef, cherchait à y introduire des personnes capables d'y cultiver les Sciences avec avantage. Quoique l'Académie l'eût regardée avec un œil d'envie el que ses directeurs en eussent parlé avec:

aigreur, n'en avail pas moins d'estime pour les bons académi-

1. Ces règlements se trouvent en tête du premier des registres de la Société littéraire (ms. 1628). Ils contiennent 26 articles: 10 autres articles furent ajoutés depuis.

CA RNA Rare

ciens el ne dédaignait pas d'assister souvent à leurs séances publiques. Il engagea MM. Barberet et Hoin d'accepter des places dans la Société. Flattés de ce choix et de l'avantage de pouvoir briller en bonne compagnie et parmi des connaisseurs, ils se piquèrent d'y travailler avec plus d'assiduité et d’émulation que pour l’Académie même. Ils furent charmés du bon ordre, du bon ton, de la politesse qui régnait dans la société dont ils étaient devenus les membres, des égards qu'on leur témoigna et des choses utiles el agréables qu'on y traitait.

Le rapport avantageux qu'ils en firent à l’Académie contribua à y exciter quelque émulation, ce qui l’engagea à se nommer des secrétaires, malgré l'opposition de M. Vitte, et à offrir à M. de Fontette, après qu'il eut achevé sa direction triennale, une place d'académicien honoraire vacante par la mort de M. Lantin, espérant qu'il pourrait leur aider à relever l’Académie et faire goûter aux directeurs, sur l'esprit desquels il avait du crédit, les principes du gouvernement académique qui avaient contribué à donner de la célébrité à la société qui s'assemblait chez M. de Ruffey, dont M. de Fontette était un des membres. Ils eurent lieu dans la suite, en le connaissant mieux, de juger que leur espérance élait mal fondée.

L'Académie, ou du moins les bons académiciens, étaient las et humiliés de son étal; ils désiraient ardemment d'en sortir ; mais ils n'avaient que de la bonne volonté : l'expérience leur avait montré leur insuffisance pour une pareille entreprise s'ils ne méêlaient à leur secte quelqu'un capable de la conduire et de l'exécuter. Ils jetèrent les yeux sur M. de Ruffey : ils connaissaient sa fermeté, son zèle el son amour pour les Lettres et les Sciences : ils lui firent offrir par M. de la Mare, directeur, une place d'académicien honoraire vacante.

(M. de Ruffey hésite. Mais l’Académie lui députe deux académiciens qui lèvent ses doutes sur la discipline de ce corps. L'honneur de rendre un service important à sa patrie le décide. Il est reçu le 16 février 1759 et prononce un discours de récep-

tion (59), usage qui depuis a été constamment suivi. M. Lance. — Histoire secrète. 4

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MM. Vitte et Thomas furent forcés de dissimuler leur mécontentement et de répondre aux politesses prévenantes dont

M. de Ruffey crut devoir les combler. |

Il s'appliqua pendant plus d'une année à connaître l’Académie, à étudier ses intérêts el à combiner ses avantages avant de fravailler au plan de la réformation projetée.

Il se contenta seulement d'engager l'Académie à choisir quelques honoraires (60) dont les talents lui étaient connus ou qui pouvaient être utiles à la Compagnie, el de lui conseiller de diriger ses travaux sur des matières relatives ou utiles à la Bourgogne, dont il

fut formé une délibération expresse.

Il persiste d’ailleurs à employer vis-à-vis des directeurs toutes les voies de politesse possibles, leur fait parler ou leur parle luimême du projet de donner une meilleure forme à l’Académie. Sur cinq directeurs, trois se récusent, ne voulant rien faire sans le consentement de M. Vitte; M. Thomas témoigne la plus grande répugnance à rien innover. M. Vitte paraît d’abord mieux disposé : 1l accepte qu'on lui communique le projet des nouveaux règlements. Joie de l'Académie : des commissaires (64) travaillent sans relâche avec M. de Rulffey à cet ouvrage important. Mais M. Vitte change d'avis, sous l'influence de quelques académiciens (62), mauvais sujets dont l'ignorance et la paresse sont alarmées par la réforme qu’on projette. Parmi eux se trouvait son médeein !. Ce faux frère lui insinua que l'Académie avait dessein de se soustraire à l'autorité des directeurs et de détruire le plan du fondateur. Aussi, quand M. Maret vint communiquer à M. Vitte le nouveau projet de règlements, il en fut très mal reçu. M. Vitte déclara qu'il ne voulait entendre parler de rien l’Académie était la maîtresse de faire tout ce qui lui plairait, mais 1l ne voulait aucunement s'en mêler...

On le prit au mot. Par le conseil de M. de Ruffey, l'Académie

lit enregistrer le rapport de M. Maret et se passa du consente-

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