‹ Histoire Secrète de l'Académie de DijonChapitre 48 sur 52 · PR · texte numérisé non relu

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65 (/34) Les nouveaux staluts de l'Académie :

78 articles, imprimés à Dijon, in-4, en 1762, chez Causse, imprimeur de l'Académie. On en tira 130 exemplaires.

Qualités requises pour un bon président : « avoir de l'éducation, de la noblesse daus le cœur, de l'élévation dans lesprit, et surtout une bonne tête. Il doit encore avoir du zèle, de la pénétration, de la fermeté, de la prudence, l'intelligence des affaires, un grand usage du monde et des bienséances. »

Qualités requises pour un bon secrétaire perpétuel : « de l’activité, de la bonne volonté, de la docilité, de l'exactitude, de l’ordre, une Leinture des Lettres, des Arts et des Sciences, et une bonne plume... Il ne peut sans troubler l’ordre sortir de ses fonctions pour empiéter sur celles du président... Son intérêt et celui du corps entier est qu'il vive bien avec le président, qu'il ne se hasarde jamais à le contrarier.. Le président, de son côté, doit avoir pour le secrétaire des égards et de la considération. »

Autres Académies qui ont un chancelier el un vice-chancelier :

L'Académie française, celle des Jeux Floraux et celles des Sciences, de Toulouse ; mais les fonctions de ces places ne sont pas les mêmes dans {ous ces corps.

Longue note sur l'affaire Varenne. — On rappelle l'origine de la mésintelligence des Élus et du Parlement : l'appel des ordonnances des Élus donné au Parlement, qui en conçu de la hauteur, puis, sur les instances des Élus, altribué au Conseil du roi. Les Élus appuyés de la protection de la maison de Condé, et en crédit au Conseil et dans le ministère. Un procès suspendu depuis 80 ans, au sujet de surtaux de taille, est le prétexte de la lutte : le Parlement reçoit l'appellation d'un particulier du Charolais, « qui se prétend vexé par les opérations Lyranniques d'un commissaire des Élus, M. Varenne, qui, quoique

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simple greffier, par la faiblesse et l'ignorance du chef et des membres de ce tribunal, le gouvernait despotiquement. » Les Élus travaillent à l'exécution d'un nouvel impôt avant l’enregis-

Aigreur croissante.

trement de l'Édit : le Parlement, par humeur, insère dans cet enregistrement des modifications et des termes dont les Élus sont vivement piqués ; mais M Varenne fait casser par le Conseil les arrêts du Parlement (1760-1).

Irritation extrême dans le Parlement. M. de Fontette se fait députer à Paris pour y poursuivre le jugement définitif de l’ancien proces ; M. Varenne, de son côté, est député par les Élus avec le comte de Vienne, élu de la noblesse.

Publication du « Parlement outragé », écrit «rempli de vérités trop durement présentées, mêlées d'invectives méprisantes contre les Elus et d'injures atroces et grossières contre M. Varenne... Le Parlement même ne put s'empêcher de blâmer hautement cet ouvrage. » M. Joly de Bévy, conseiller au Parlement, s'en avoue l'auteur devant les chambres assemblées, et s'excuse de son faux zèle ; conduit quelques jours après à la Bastille, où il reste quatre mois. Indignation séditieuse, à Dijon, contre M. Varenne et ses adhérents, surtout M. de Blancey, secrélaire des États, qui dénonce et fait emprisonner quatre bourgeois pour avoir tenu des propos hasardés contre M. Varenne. Le Parlement jure la ruine de M. Varenne; fait au roi de vives remontrances sur la cassation de ses arrêts, et, sans attendre la réponse, cesse le service : il en est universellement blâmé.

M. Varenne (riomphe, mais sa prospérité l’aveugle : il fait imprimer à Lyon et débiter à Dijon un livre historique sur les démêlés des Élus et du Parlement (1762). « Le Parlement crut apercevoir dans la préface des traits injurieux contre lui et une censure indécente de la magistrature : 1l fit informer contre l’auteur, décréta l'imprimeur, et, par l'avis adroit de M. de Fontette, remit la poursuite de l'affaire à la Cour des aides de Paris, qui, par sa juridiction dans une parte de la Bourgogne, la revendiqua comme une suite de l'affaire des Élus avec le Parlement pour fait de tailles. » M. Varenne, décrété par la Cour

des Aides, fut obligé de comparaitre, de répondre, et de subir devant

ce tribunal ce qu'on peut essuyer de plus humiliant. La Cour des Aides rendit contre lui un arrêt flétrissant, qui fut d’ailleurs cassé au Conseil. Le roi, pour le dédommager et pour mortifier le Parlement de Dijon, le décora du cordon de Saint-Michel. Mais enfin, le Parlement chomant toujours, la Cour se décida à lui sacrifier M. Varenne, dont la place fut supprimée : il fut pourvu d'une charge de receveur général des finances en Brelagne. Quant au procès, l'arrêt en fut rédigé en

termes obscurs et équivoques, pour que chacun pât s’attribuer la victoire ; elle fut cependant presque entièrement aux Élus !.

« On reçut honoraires MM. de Crébillon, de Sainte-Palaye, Rameau, Daubenton, médecin ; M. de la Lande et M. Daubenton, subdélégué à Montbard, furent reçus académiciens non-résidants.

M. de Crébillon faisait trop d'honneur à sa patrie pour que l'Académie ne s’empressât pas de le partager, surtout ce grand homme étant parvenu à un âge qui ne permettait pas d'espérer de le conserver longtemps. Il accepta avec une reconnaissance patriotique l'hommage que ses concitoyens rendaient à ses talents. Étant mort quelque temps après, l’Académie chargea M. Michaut, son secrétaire, de faire son éloge dans une séance publique.

La France, que sa constitution rend nécessairement moins patriote que l'Angleterre, où cette vertu est quelquefois portée jusqu’au fanatisme, sentit vivement la perte de ce grand poète. Le roi écouta avec bonté les vœux de la nation : 1l 6rdonna l'érection d'un mausolée à la mémoire de Crébillon dans l’église où son corps avait été inhumé... » Mais le clergé murmura : alors la Bibliothèque du roi fut destinée à recevoir ce monument, qui en fin de compte est resté sans exéculion ?.

M. de la Curne de Sainte-Palaye, connu depuis longtemps par ses savantes recherches sur notre histoire el notre langue, qui lui ont mérité une place dans l'Académie des Belles-Lettres et depuis dans l'Académie française, fut flatté de joindre à ses titres littéraires celui d'académicien de la capitale de sa patrie, dont ses occupations multipliées l'ont empêché jusqu'ici de faire usage * ».

1. Claude Micault (Mercure dij., p. 126 sq.) nous fait connaître également les phases de cette querelle ; on trouvera dans son Journal quelques détails que Ruffey ne donne pas. La rentrée du Parlement se fit le 23 février 1763 (cbid., p. 152). Sur la nouvelle publication de Varenne : « Registre du Parlement de Dijon » et son succès en 1770, favorisé par le ministère Maupeou, v. Galerie Bourg., HI, p.283. Cf. Foisset : Le Président de Brosses, p- 201 et suiv.

2. Jolyot de Crébillon, né à Dijon 1674, mort à Paris 1762; H. NoeRe, 22 mai 1761 (Milsand). V. abbé Michaud : Biographie des hommes illustres du département de la Côte-d'Or, H, p. 382-#0, et Milsand, Bibliogr. bourg., p. 123-4, et supplément, p. 27.

3. Né à Auxerre 1697, mort 1781; H. N. R. 1761 (Milsand). Ses principaux ouvrages : Essai sur la vie d'Agathocle, tyran de Syracuse ; Remarques sur la vie de Romulus ; Mémoire sur la Chronique de Marigny et sur les

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Le fameux Rameau fut également sensible au souvenir de ses concitoyens. L'’heureuse et subite révolution que la force de son génie a opérée dans la musique française l'immortalise à Jamais. Il a fait don à l'Académie de plusieurs de ses ouvrages. Cette compagnie à honoré sa mémoire d'un éloge prononcé dans une séance publique par M. Maret, son secrétaire, et imprimé dans le temps par ses ordres #.

M. Daubenton, docteur en médecine, de l'Académie des Sciences de Paris, des académies de Londres et de Berlin, avait des droits à l'Académie de Dijon : elle lui accorda une place d'honoraire. Quoiqu'il ait peu répondu à cette distinction, l'Académie n’en estime pas moins sa personne et ses talents. Il fut le collègue de M. de Buffon dans la vaste entreprise d'écrire l'Histoire Naturelle; mais il fut totalement éclipsé par le génie de ce grand maitre. Son ouvrage, dont la sécheresse minutieuse des détails anatomiques rend la lecture insupportable, a servi d'ombre à ce brillant tableau ?.

M. Daubenton son frère, maire de Montbard, fut aussi adopté par l'Académie. Il s’est fort adonné à la botanique forestière, dont il a

auteurs qui l’ont composée ; Mémoire sur deux ouvrages historiques concernant Louis VIT; Mém. sur la vie de Froissard, etc. (Galerie bourg., W, p. 8-9). En 1769 la France littéraire cite de lui : La Romance d'Aucassin et de Nicolette (1752), les Mémoires sur l’ancienne chevalerie (1754, in-4, 1758, 2 vol. in-12, le Projel d'un glossaire français (1756). Son éloge, par Dupuy, dans les Mém, de l'Acad, des Inscriptions, tome XLV (Bibliogr. bourg.).

1. Jean Philippe Rameau (1683-1764). Milsand ne donne pas l’année de sa mort et le qualifie de N. R., ignorant qu'il fut honoraire de l'Acad. Son éloge fut lu par Maret le 25 août 1765 et imprimé à Dijon en 1766 (v. Milsand, Bibliogr. bourg., p. 150, et Supplément, p. 33; publications plus récentes : Lionel de la Laurencie : Quelques documents sur Jean-Philippe Rameau et sa famille (ltirage à part, extrail du Mercure musical, 1907: Louis Laloy, Rameau, Paris, 1908).

Membre de la Société littéraire, il lui avait adressé deux mémoires, intitulés, Pun : « Réflexions sur la manière de former la voix et d'apprendre la musique, et sur nos facultés en général pour tous les arts d'exercice » : cet ouvrage, lu le 27 juillet 1752, el conservé dans les OEuvres acad. de la Soc. littéraire (ms. 482 f, f. 17-23), avait fait l'objet: d'observations présentées à la Société par MM. Cœurderoy et de Brosses, Le 10 août (ibid.,f. 25-28; et ms. 1628, p. 65-72); le second : «Extrait d'une réponse de M. Rameau à M. Euler sur l'identité des octaves et sur les erreurs des anciens dans leurs systèmes de musique », lu par MM. de Brosses et de Ruffey le 28 déc. 1753 (ms. 482 1, f. 199-206: ms. 1628, p. 81-2). +

2. Louis-Jean-Marie Daubenton, né à Montbard 1716, mort à Paris 4799 : H.N.R. 1761 (Milsand). V. abbé Michaud, Biogr. des hommes illustres du département de la Côte-d'Or, WT, p. 432-446; La Galerie bourg., 1, p. 259-264, renvoie aux éloges de D. par Lacépède, Cuvier, Moreau de la Sarthe, etc,

cultivé la théorie et la pratique. Quelques-uns de ses ouvrages sur ce sujet ont enrichi les portefeuilles de l'Académie, ainsi que le Dictionnaire Encyclopédique. Il se serait acquis plus d'estime, s'il n'eût pas fait un vil commerce du produit de ses travaux !.…

M. de la Lande, de l'Académie des Sciences et de plusieurs célèbres académies étrangères, renommé pour l'immensité de ses travaux astronomiques, sollicita une place d’académicien, qui lui fut accordée. L'Académie s'attendait à profiter de sa correspondance ; mais ses occupations multipliées ne lui permirent pas de s'y prêter. Pour exciter sa bonne volonté, elle le plaça au rang de ses honoraires : cette distinction ne produisit pas l'effet qu'on avait lieu d'en attendre et ne l’engagea pas même à imiter la plupart de ses confrères, qui faisaient présent de leurs ouvrages à cette compagnie. Mais M. de la Lande ne se piquait ni de générosité ni de reconnaissance... ? »

70 (147) Voltaire académicien de Dijon :

« Quoique M. de Voltaire ne fût pas Bourguignon, mais seulement possesseur d'une terre dans le ressort du Parlement de Bourgogne, la célébrité de son nom délermina M. de Ruffey à procurer à l’Académie l'honneur de l'adopter ; il profita pour y réussir de la liaison et de la correspondance réciproque qu'il avait réussi d'établir avec lui. Leur connaissance se fit en 1754 à Colmar. où M. de Voltaire était venu à son retour de Prusse pour solliciter un procès contre le due de Wurtemberg son débiteur : 1} était alors malade et {émoigna des sentiments de piété, excités par la vue d'un grand crucifix de plâtre posé sur sa cheminée, lequel fut vendu après son départ environ deux louis, étant devenu précieux par l'hommage qu'il lui avait rendu.

M. de Ruffey culliva cette connaissance par un commerce assidu de lettres et par deux voyages qu'il fit à Genève pour le voir, l’un avec

1. N.R. : 29 mai 1764 (Milsand). Le ms. des « OEuvres académiques de la Société littéraire » contient un mémoire de lui sur le Chêne, lu le 18 juillet 1753 (ms. 482 1, f. 161-173).

2, Le Français de Lalande, astronome à Paris, né à Bourg 1732, mort à Paris 1807. C. 1760. H. N. R. : 1766 (Milsand). V. la Biogr. univ. Michaud, t. XXII, et, pour les œuvres imprimées jusqu'en 1769, la France lilléraire, 1, p. 308. Son éloge par la comtesse de Salm, Paris, 1840 (Bibliogr. bourg.). Par la suite, il envoya quelques mémoires à l'Acad, de Dijon (F. Baudot 9); lun d'eux, sur le flux et le reflux de la mer, fut imprimé dans le tome II des Mém.de PAcad: (15 nov. 1771, p. 290).

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sa femme, l’autre avec M. de la Marche, premier président de Parlement. Ils se donnèrent depuis plusieurs marques d'amitié, d’estime et de considération : M. de Ruffey lui envoya en divers temps du vin de Bourgogne et des pièces de vers à sa louange; M. de Voltaire a fait présent à M. de Ruffey de son Histoire universelle et de la dernière édition de son Histoire du siècle dé Louis XIV ; c’est à sa considération qu'il a donné à l'Académie de Dijon vingt-huit volumes de ses œuvres.

M. de Ruffey eut occasion dans ses voyages de (Genève de connaître à fond le caractère de M. de Voltaire. Il lui trouva l'esprit ardent et inquiet, gâté par les applaudissements du public et par la familiarité des souverains avec lesquels il se fit gloire d’être brouillé. Il était difficile qu'il n’eût pas beaucoup d'humeur et d'inégalité et qu'il ne fût pas souvent tenté de faire sentir aux autres sa supériorité. Il négligeait les bienséances, ne se refusait rien et pensait tout haut sans prudence et sans discrétion, ce qui lui attirait beaucoup d’ennemis. M. de Rufley fut témoin d’un propos qu'il tint à des Genevois, dans sa maison des Délices, sur la mort d'un de leurs ministres qui s'était noyé dans l'Arve : « C'est, leur dit-il, un cuistre de moins. » Quelqu'un lui demandant quel emploi occupait l'abbé de Prades à la cour du roi de Prusse : « C’est, répondit-il, l’athée du roi. »

M. de Voltaire a toujours passé pour avare, quoiqu'il ait fait plusieurs actes de noblesse et de générosité. Dans sa vieillesse il devint prodigue par faste et par désordre, au point que cent mille livres de rente qu'il possédait ne suffirent pas à sa dépense, qu'il fut forcé de réduire au plus petit pied pour rétablir le dérangement de ses affaires.

La vivacité de son esprit le rend incapable d’une conversation suivie et méthodique : son feu s'échappe en boutades, en saillies, en éclairs.

Son amour-propre et son avidité pour les louanges vont à l'excès. Il les cache souvent sous une humilité fausse et maladroite dégénérant quelquefois en bassesse. Jaloux du premier rang dans la république des Lettres, et du despotisme qu'il se croit en droit d'y exercer, il souffre impatiemment toute critique, toute contradiction et toute prétention à la rivalité. Négligeant les armes de la raison pour sa défense, il s’avilit à répandre sur ses adversaires un torrent d'injures grossières qui rejallissent sur lui-même et le compromettent avec les plus vils insectes de la littérature, qu'il punirait et détruirait plus sûrement par le mépris et le silence.

Sur la fin de ses jours, il a terni l'éclat de sa réputation et de sa gloire par ses déclamations indécentes contre la religion. Aussi mauvais théologien que grand poète et grand littérateur, il s'est érigé en pré-

dicant et, loin de jouir du repos du sage, débite de mauvaise foi des sophismes et des impiétés pour séduire les faibles et les ignorants. Il sait que M. de Ruffey désapprouve sa conduite à ce sujet : il l'en estime peut-être ‘davantage, mais lui écrit plus rarement : leur commerce de lettres ne roule à présent que sur des matières académiques.

Conservant toute l'admiration due aux talents supérieurs de M. de Voltaire, M. de Ruffey ne peut s'empêcher de déplorer avec tous les gens de bien le coupable abus qu'il ose en faire. Il est presque tenté de rougir des louanges qu'il en a reçues autrefois au sujet de la remise de la succession de M. Richard, conseiller au Parlement, son cousin, qu'il abandonna au frère du testateur. Ces vers furent insérés dans le premier volume (sic) de décembre de l'année 1754, page 18 :

Dans ce siècle de fer on ne voit plus paraître Les nobles sentiments que tu nous as fait voir : L'intérêt dans les cœurs règne en souverain maitre, Ce monstre sur le tien n’eut jamais de pouvoir. Digne de l’âge d’or, Ruffey, tu le ramènes; Astrée en ta faveur va descendre des cieux.

Dans les jours vertueux et de Rome et d'Athènes

On t’eût placé parmi les demi-dieux.

Favori des neuf sœurs, que faut-il à ta gloire ? Leurs mains gravent {on nom au temple de mémoire. Honneur de ta patrie et de l'humanité,

Ta généreuse probité

Vivra dans tous les cœurs de la race future.

Je goûte en l’admirant la douceur la plus pure ; J’ose la célébrer : dans ce siècle pervers Qu'il est beau de servir d'exemple à l'univers !

[Plaintes de M. de Ruffey contre ceux qui ont oublié cette action généreuse, ou en ont diminué le mérite, ou ont osé la blâmer et la tourner en ridicule !.|

1. La plus grande partie de cette note a été publiée par l’abbé Deberre, non sans quelques graves erreurs de texte et de ponctuation (Deb., p. 268, 1005-31: 268, 1 380268001058 et 269 ME OE 26901 15) Sur les relations de V. et de R., v. notre Introduction, p. 14-15. Le Mercure de France de septembre 1757 publia des « vers de M. le président de Ruffey à Voltaire destinés à lui être récités à une assemblée de gens de lettres où il avait promis de se trouver à son passage à Dijon en 175% » (p. 22). C'était la réponse de Ruffey aux vers de V. cités plus haut.

M. Lawce.— Histoire secrète, (

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«M. de Cœurderoy, président aux requêtes du Palais, et M. Guyton de Morveau furent nommés académiciens honoraires. L'Académie avait besoin, pour la remettre en crédit, la vanter et la faire valoir, de quelques-uns de ces esprits vifs, hardis et enjoués que les sots et tous ceux qui redoutent la peine d’un examen réfléchi écoutent et croient comme des oracles, que le publie goûte et recherche moins par estime que parce qu'ils savent l'art de l’amuser et lintéresser par des saillies, des bons mots, des plaisanteries, el lui en imposer par un ton aisé et décisif.

Tel était M. Cœurderoy. Il avait donné quelques preuves de goût et d'amour pour les Lettres dans la Société de M. de Ruffey, ce qui le décida à le proposer pour l’Académie. Il a peu répondu aux vues qu'on AMANS DRUE

M. Guyton de Morveau, avocal général au Parlement, quoiqu'alors fort jeune, montrait déjà des talents décidés. IT joignait à beaucoup d'esprit du goût, de l'éloquence el une grande ardeur pour le travail. Un amour-propre sans expérience el trop de confiance en ses lumières lui firent commettre des imprudences fatales à sa fortune et à son repos, le privèrent de la bienveillance du Parlement, qu'il avait le plus grand intérêt de ménager.

Il aimait l’Académie et v brilla par plusieurs bons ouvrages en différents genres. Son « Traité de l'éducation publique » et son « [loge du président Jeannin » furent estimés des connaisseurs; il cultiva aussi avec succès la poésie, la physique et la chimie. On aura occasion dans

cet ouvrage d'en parler avec plus de détail 2, »

1. François Cœurderoy. IH. : 22‘mai 17614 (Milsand), Mort en 1781 (F. Baudot 243, f. 48). Président aux requêtes du Palais, 1723 (Des Marches, p. 253). Il avait lu à la Société lilléraire (# août 1752) des Observations sur le mémoire de Rameau intitulé : « Réflexions sur la manière de former la voix... » (conservées ms. 4821, f. 25-28),

2. Louis-Bernard Guyton de Morveau (1737-1816), avocat général 1762. H. 176%. Plus tard député à la Législative et à la Convention, membre des Comités de Salut publie et de Sûreté générale ; membre du Conseil des Cinq-Cents ; administrateur général des monnaies et directeur de l'École Polytechnique ; baron de l'Empire ; membre de l'Institut, ete. Chancelier de l’Académie de Dijon en 1781. On a de lui trois volumes de Plaidoyers el harangues (177%). (Des Marches, p. 176.) I obtint en 1773 des États de la province la fondation des cours publies de chimie, minéralogie et matière médicale, el occupa lui-même cette chaire pendant douze ans. En 1786, premier vol. du dictionnaire de chimie de lÆncyclopédie méthodique. Nombreux articles dans les Annales de chimie. Liste de ses principaux

ouvrages, Galerie hourg., 1, 495-7.

« M. de Brosses, président à mortier au Parlement, joint beaucoup d'esprit à une profonde érudition. On a peine à concevoir comment, avec un esprit enjoué, badin, ami de la paresse, il a pu se plaire à des études aussi abstraites et aussi sèches que celle de l'histoire ancienne et de la science des étymologies. On ne peut attribuer ses succès qu'à sa grande facilité et à sa vive pénétration, qui remplacent la perte qu'il fait d’un temps nécessaire aux autres pour le même travail. Ses écrits sont pleins de feu et de génie, mais manquent souvent de goût et de précision. L'aisance qu'il veut donner à son style le fait quelquefois tomber dans la bassesse et l’incorrection.

L'agrément de son commerce el de sa conversation fait oublier les défauts de son corps et de son esprit : il a l'art de les tourner au profit de la société ; il plairait moins s'il en était exempt : son assurance, sa vanité, sa pétulance, son étourderie, son inconséquence amusent, intéressent et contribuent à le faire aimer et rechercher par tous ceux qui le connaissent. Son jugement n'égale pas, à beaucoup près, son esprit : il a manqué de tête en plusieurs occasions ; on la vu solliciter des récompenses de la Cour après avoir laissé échapper de prison les juges de Saint-Pierre-le-Moutiers, dont la garde était confiée à ses ordres, et s’exposer pour un vil intérêt à la colère dangereuse de Voltaire, qui l’aurait impunément persécuté et l'aurait chargé d'injures et de ridicules. Comme il n'était pas riche et voulait passer pour l'être, 1l était forcé de racheter par une lésine secrèle la prodigalité que sa vanité, ses goûts et une mauvaise économie lui occasionnaient {rop souvent.

M. de Brosses fil un voyage dispendieux d'Italie en 1740, d’où il rapporta des livres et des tableaux précieux. Il a fait de fréquents voyages à Paris, où il n'épargnait rien pour ses plaisirs. Le but de ses voyages de Paris était d'obtenir une place à l'Académie française, dont sa traduction de Salluste et son livre sur le mécanisme des langues le rendaient digne, mais que son habitation en province ne lui permettait pas d'espérer. Il avait été reçu honoraire à l'Académie des Belles- Lettres, qui accueillit avec distinetion plusieurs de ses ouvrages qu'elle a fait imprimer dans ses Mémoires.

M. de Brosses brilla dans la Société de M. de Ruffey ainsi qu'à l'Académie de Dijon. C'est avec le plus grand regret qu'il n'y venait pas assidûment, préférant ses travaux à ceux de la magistrature, peu compatibles avec la vivacité de son esprit. Il n'avait pas la prudence de cacher l'ennui et le dégoût qu'ils lui causaient : ils influaient quel-

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quefois sur ses fonctions, où il négligeait d'apporter foute la décence nécessaire à cet état respectable !. »

13400) M. Poncel de la Rivière.

« Ce prélat réunissait en sa personne un bizarre mélange de bonnes et de mauvaises qualités. Sa vie fut un issu d'inconséquences les plus singulières, occasionnées par la faiblesse, de son caractère et de son jugement. La douceur de ses mœurs et les agréments de son esprit dans la société en auraient fait un homme du monde aimable et estimable : le défaut de qualités propres à son état en fit un prélat fort audessous du médiocre, qui, voulant jouer un personnage, s'est donné les plus grands ridicules, à rempli de troubles et de scandales l'évêché qu'il a été heureusement forcé de quitter.

… [se laissa séduire par les Jésuites, eut l'imprudence de devenir l'instrument de leurs haines contre les Jansénistes dans une ville toute remplie de gens de ce parti; il les persécula sans ménagement dans le temps que ses mœurs el sa conduite peu régulière leur donnaient sur lui le plus grand avantage. Ils surent en profiter pour le faire exiler à Méry, puis à Murbach en Alsace, où 1l fut conduit par ordre du roi. Le détail de ces tracasseries épiscopales contient plus de dix pages dans Ja table raisonnée des Nouvelles ecclésiastiques, auxquelles ce prélat a fourni la plus grande matière pendant le temps qu'il a occupé le siège de l’église de Troyes.

Comme il était noyé de dettes el persécuté par ses créanciers, le roi lui donna de riches abbayes pour le dédommager de la perte de son évêché ; il en permuta une contre l'abbaye de S'-Bénigne de Dijon avec l'abbé Desmarets... Malgré ces bienfaits du roi, dont le revenu actuel monte à plus de 50.000 fr. de rente, il n'en vécut pas plus à son aise :

L. L'abbé Deberre a publié cette note en entier, avec quelques légères fautes de copie (p.269, lignes 24, 36, 39 ; p. 270, 1. 13). V. Foisset : Le prés. de Brosses, Histoire des Leltres el des Parlements au XVIIE $s., Paris, 1842: et Mamet : Le prés. de Brosses, sa vie et ses ouvrages, Lille, 1874. Sur sa querelle avec Voltaire, v. Foisset, Volt. el le prés. de Brosses (Corresp. inédite, 1858), et Cunisset : Le prés. de Brosses, sa querelle avec V. (Dijon, 1886). Le premier registre de la Société littéraire rend compte des lectures el communications faites par lui à cette compagnie d'avril 4752 à avril 1753 : la plupart des ouvrages qu'il lut à PAcad. de Dijon ou qu'il publia postérieurement sont là déjà en germe (v. Foisset, Le prés. de Brosses, p.577 el suiv.). Pour les lectures faites à Acad. v. Fi Baudot 9.

SE

: aie.

LR

ses créanciers... saisiren£t les revenus de ses bénéfices et ne lui en laissèrent que le quart, ce qui le réduisit à quitter Paris et à venir demeurer dans son abbaye de S'-Bénigne de Dijon.

Ce prélat s'était acquis de la réputation par plusieurs oraisons funèbres de princesses, qu'il a prononcées à la Cour. Ces discours sont élégants et fleuris, mais manquent de cette éloquence vive et mâle qui caractérise les orateurs sacrés : il y parle à esprit plus qu’au cœur ; son style est énervé par les fleurs et les petites figures trop multipliées ; il prodigue, comme saint Augustin, l’antithèse, dont le bon goût a toujours proscrit l'excès. On a remarqué qu'il ne s'était jamais chargé que d'oraisons funèbres de femmes, comme plus analogues au caractère de son éloquence. »

Nous le retrouverons plus loin chancelier de l'Académie, faisant d'ailleurs mauvais accueil aux offres de service de Rulfey, qui écrit à ce propos : |

« M. Poncel avait de l'esprit, mais 1] avait la tête la plus mauvaise et la plus inconséquente qu'il fût possible de trouver. Uniquement : propre à composer et à débiler des discours fleuris et bien tournés, il a prouvé qu'il n'avait pas plus de capacité pour le gouvernement de l'Académie que pour celui du diocèse qu'il avait été forcé d’abandonner !.., »

4. Néen1708 (1707, d'après la Francelillératre),morten 1780; grand vicaire à Séez, puis (1742) évèque de Troyes jusqu'en 1758. (Mercure dij., p. 135, note 1.) Démission après ses démèlés avec ses diocésains. Nommé la même année abhécommendataire de S'-Bénigne, conseiller d'honneur au Parlement de Dijon, aumônier du roi de Pologne, ducde Lorraine, etdoyende S'-Marcel (Des Marches, p. 28). On verra dansla Correspondance de Vollaire comment, perdu de dettes et de réputation, il vint en 1750 à la cour de Lorraine comme aumônier du roi Stanislas; comment il y lomba amoureux de Mue de Boufflers, maîtresse de ce prince, et se fit chasser de Lunéville ; comment il revint à Troyes jouer un rôle dans la « ridicule affaire des billets de confession », et fut exilé en Alsace (1756) (éd. Beuchot, XXII, DID EXI ESS EN TM 950 ENT M20/12%2)

H. : 1762 (Milsand). Le discours qu'il prononça à sa réceplion (26 mars) et la réponse du président de Ruffey furent imprimés. par Causse (1762, in-4); v. Bibl. de Dijon 20845. Le 1°" vol. des Mémoires de l'Acad. contient de lui des « Réflexions sur l'esprit académique » (p. 177 el suiv.). On à encore de lui : des Lettres pastorales, un Discours sur le goût, un Sermon pour la prise d'habit de Madame Louise, et plusieurs Oraisons funèbres {entre autres celles de la reine de Pologne, 1742; de Madame Anne- Henriette de France, 1752; de Madame Louise-Élisabeth, duchesse de Parme, 4760 ; de Marie Leczinska, reine de France, 1768; et (postérieurement à la note de R.) de Louis XV, 1774) (Des Marches, p. 28). Recueil d'oraisons funèbres, 1760 (La France lilléraire, 1, p. 495).

134 RICHARD DE RUFFEY

74 (151) Nouveaurt honoraires s

« M. Damas d'Anlezy.. avait servi avec distinction... Il avait peu de génie et d'esprit; mais une bonhomie grivoise peu commune à un homme qui avait vécu à la Cour le faisait aimer de ses inférieurs... On est étonné qu'on lui ait confié l'éducation du prince de Condé... : sa naissance influa probablement sur ce choix. » — Un mariage en secondes noces avec la veuve d’un conseiller au Parlement de Dijon lui promettait de vivre en bonne intelligence avec ce corps; mais « des démêlés survenus entre la Cour et le Parlement occasionnèrent des circonstances délicates qui indisposèrent à son égard cette compagnie, déjà prévenue contre lui par sa franchise trop familière et par son peu de soin à observer l'étiquette magistrale... » — Il en conçut un chagrin qui hâta sa mort, la seconde année de son commandement !.

M. du Four de Villeneuve, « homme de mérite et de probité », protégé par le chancelier Daguesseau et le prince de Condé. — « II montra dans ses fonctions une intégrité scrupuleuse et un grand amour du bien public ; il s’attira l'estime des honnêtes gens par la douceur de son caractère et la noble simplicité de son ton et de ses manières ; 1l s’appliqua sérieusement à la réforme des abus et au soulagement du peuple. » — Mais il fut victime de son zèle. « Dans une imposition relative aux chemins de la ville de Beaune, ayant ordonné avec Justice une imposition plus forte sur les riches commissionnaires, ils eurent l'insolence d'en porter leurs plantes au Contrôleur général, qui, par le moyen de manœuvres secrètes appuyées de présents de vin de Bourgogne, les écouta favorablement et écrivit à M. de Villeneuve une lettre dure où il blâmait sa conduite et le menaçait de faire cesser son ordonnance. » — M. de Villeneuve, piqué, envoya sa démission el se retira dans ses terres d'Auvergne, d'où le roi, depuis, le rappela pour lui confier la place de lieutenant-civil au Châtelet de Paris 2.

« L'envie règne si fort à Dijon que les meilleures choses v trouvent toujours de l’opposition et des contradictions. Ce n'est qu'au moyen ‘ L’4

1. Louis-François de Damas, marquis d'Anlezy (1698-1763), commandant pour le roi en Bourgogne. Le 1° vol. des Mém. de l'Acad. contient son éloge par Michault, lu le 44 août 1763 (p. cxxx et suiv.). H. 26 mars 1762. 2. Jean-François Dufour de Villeneuve, président du Grand Conseil en 1747, intendant de Bourgogne de 1761 à 1764 ; lieutenant-civil au Châtelet en 1766 (Milsand). H. 26 mars 1762.

NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE SECRÈTE Ia

du plus grand secret qu'on peut faire réussir un projet utile. L'Académie Jusqu'ici n'avait excité que du mépris et de la pitié; sitôt qu'elle voulut s'élever et se distinguer, elle excita l'envie et la Jalousie. » Les sots publièrent que M. d'Anlezy avait avili la dignité de sa place par cette démarche. Leurs raisons spécieuses délournèrent M. de la Guiche, son successeur, de suivre son exemple.

76 (156) Séance publique (176 2) :

.… © IT se présenta plus de cent personnes de distinction, dont plus de soixante ne purent trouver place..., la salle de l'Académie ne pouvant contenir au plus que cinquante à soixante étrangers. »

« Un des directeurs offrit une salle de l'Hôtel de Ville... » (pour les séances publiques).

« M, Marlot, maire de Dijon, homme de mérite et d'esprit. Quoiqu'il ne fût que le fils d’un tailleur, 1l avait montré des talents dans la place de substitut du procureur général. » A la mairie de Dijon, 1] répara par son activité le mal causé par la négligence de M. Burteur, son prédécesseur. « M. Marlot passa pour avoir de la vanité et trop d'amourpropre : il traitait quelquefois le peuple avec hauteur, ce qui lui attirait des brocards sur son origine. On l’a vu témoigner des mécontentements et des dégoûts de sa place et vouloir faussement persuader qu'il la quilterait avec plaisir; cependant il mourut du chagrin de sa destitution, procurée par les intrigues de M. Varenne, avec qui il s'était brouillé à la Chambre des Élus. » S'intéressait à l'Académie !.

«.… I ne se tint à l'Hôtel de Ville que deux séances publiques. M. Fleutelot, étant parvenu au doyenné, crut plus convenable de les tenir dans la salle de l'Université, dont 1l était directeur ainsi que de l’Académie. Cette salle était d'ailleurs plus vaste et plus décorée *. »

4. Claude Marlot, doyen des substituts du procureur général, vicomtemaïeur de Dijon de 1750 à 1763 (date de sa mort, F. Baudot 243, f. 26). « IL a, dit Claude Micault, rempli cette place pendant treize ans avec distinction et passe pour le meilleur eriminaliste de Dijon » (Mercure dij., prete

2. Les séances publiques eurent lieu dans la salle de l'Université de

136 RICHARD DE RUFFEY

« Il n’est aucune sorte de tracasserie, d’injustice, d'injure, d'insolence que M. de Rulfey n'ait essuyée tant de la part des académiciens que des personnes de la ville... Les académiciens... l’accusèrent de hauteur et de dureté, d'attenter à leur liberté, de vouloir faire un collège de l'Académie et les réduire au métier d'écoliers. Ces propos..., publiés par les médecins et autres ignorants, étaient crus par les sols, les caillettes et les petits esprits dont ils gouvernaient la santé... »

Entre autres « Mme Jeannin, connue autrefois sous le itre vulgaire de belle demoiselle, cousine de M. de Ruffey et de son nom, à qui il avait fait présent de dix mille francs de la succession de son frère, à laquelle il avait renoncé, eut l'insolence et l’ingratitude de le blâmer… Il saisit celle occasion de rompre tout commerce avec cette extravagante, qui méritait depuis longtemps, par l'excès de sa mauvaise conduite et de son mauvais cœur, le mépris d’un parent tel que lui. Elle soutenait effrontément que la pudeur n'était qu'un préjugé et poussa la débauche jusqu'à vouloir tâter d’un capucin ».

« M. Fyot de la Marche... a prouvé que l'esprit ne suffisait pas pour être aimable. Il ignorait l'usage du monde et ne cherchait pas à s'en instruire... Son humeur était des plus inégales... Il était colère et s'emportait jusqu'à la violence pour une bagatelle, surtout pour un ragoût manqué... [1 n'était content de personne, pas même de luimême... ; aussi ne communiquait-il jamais ses ouvrages, dans la crainte d'être sévèrement jugé par les autres. Quoique peu jaloux des qualités de cœur, 11 n'était ni méchant, ni dangereux ennemi; il en fut redevable à la paresse, sa passion dominante... ! »

1563 à 177%, puis dans l'hôtel du président Bouchin de Grandmont, près les Carmes (Courtépée, Descr. de Bourgogne, éd. 1847, I, p. 149). Jean-Philippe Fyot de la Marche (1723-1772), fils de Claude-Philibert (1694-1768 ; v. Des Marches, p. 2), qu'il avait remplacé dans la charge de premier président en 1757. Le portrait que nous a laissé de lui le président de Brosses est singulièrement plus flatté que celui qu'on vient de lire, Le président de Brosses le dépeint comme « un homme d’un esprit infini et très orné joint à un goût délicat et tout à fait exquis, d’une grande justesse de pensées relevée par une pureté d’élocution, une force et une propriété dans les termes, une grâce particulière dans son éloquence, dans son débit eb jusque dans le son de sa voix » (cité par Foisset, Le president de Brosses, p. 179). On a de lui, dit Des Marches, un petit roman dans le genre de

NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE SECRÈTE FO 81 (176) M. Marel secrélaire pendant l'absence de M. Michaut.

Fils d’un chirurgien. « Il avait de l'esprit, des talents et plusieurs bonnes qualités ; mais un amour-propre immodéré, un génie hardi, impérieux et intrigant, une opiniâtreté invincible en diminuaient le mérite... M. Maret, quoiqu'avec beaucoup d'ambition et une grande envie de se faire connaître, élait peu connu avant d'entrer à l’Académie ; il y trouva l'occasion de briller, d's développer et d'y perfectionner ses divers talents. M. de Ruffey, lui reconnaissant beaucoup de zèle et de bonne volonté, un grand amour pour le (travail, d'heureuses dispositions pour les sciences, le jugea propre à remplacer le secré- Laire et à Le seconder dans la réforme de l'Académie. La suite de ces notes le fera connaître plus particulièrement. »

Une note ultérieure le qualifie « homme d'un génie ardent et inquiet, dont les démarches sont rarement réglées par la prudence... !».

l’abbé Prévost : Mémoires de M. Berval (Amsterdam, 1752). Maintenu, comme premier président, dans la Commission de 1771, il se vit repoussé par son oncle M. Fyot de la Marche de Neuilly, l’ancien plénipotentiaire à Gênes, résigna ses fonctions dès 1772 et, comme Fevret de Fontette, ne survécut que de quelques mois aux avanies que sa soumission lui avait fait essuyer (Des Marches, p. 114).

Quant à son père, Claude-Philibert (1694-1768), avec qui il eut, dit Ruffey, « de grands différends » et dont « il paya les bienfaits par le mépris », il avait été à Louis-le-Grand le condisciple de Voltaire el resta son ami jusqu'à sa mort. Depuis sa retraite (1757) il habitait son chàteau de Chalon-sur-Saône. C'est avec lui que R. fit, en 1761, le voyage de Ferney. Le ms. 1627 de la Bibl. de Dijon contient une lettre (même année, 11 avril) à lui adressée par R., el sa réponse (f9 112-116), R. ne manque pas de citer le quatrain suivant composé par M. Le Jolivet à l'occasion de la réception de M. de Brosses.

« O vous qui travaillez pour la postérité, Partagez ma reconnaissance A Pouffier je dois ma naissance, A Ruffey l’immortalité. »

(Ces vers, inscrits au registre IT de l'Acad., en furent effacés « à la réquisition de M. de Ruffey » Reg. IT, £. 10)

{. Hugues Maret (1726-1785, Galerie bourg. ; 1186, Milsand), neveu de Jean-Philibert (1705-1780), chirurgien, P. : 1742, V. : 1775, dont il écrivit l'éloge (Dijon, Causse, 1781), et père de Hugues Bernard, duc de Bassano. Praticien distingué, partisan déclaré de l’inoculation : contribua à la suppression des cimetières dans l'enceinte des villes. Censeur royal, correspondant de l’Académie des Sciences de Paris, secrétaire perpétuel de PA-

138 RICHARD DE RUFFEY 82 (180)

Académiciens scandalisés par le bruit et les disputes que M. Hoin excilait dans les assemblées :

M'S de Chamblanc (v. note 53), d'Orgeux (n. 55) et Larcher. Celui-ci, « ayant été reçu à l'Académie, fut si scandalisé de l'indécence de ces disputes, arrivées aux deux séances où il assisla, qu'il n'y a plus voulu retourner pendant plusieurs mois de séjour à Dijon ». Fils d'un trésorier de France à Dijon, élevé par une mère dévote que dirigeaient les Jésuites, enfermé et réduit à sa légilime pour avoir composé contre eux une farce satirique, sitôt qu'il le put il vint à Paris, où ilse consola dans l'étude de la littérature et de la philosophie. «Il y vécut dans la retraite, que son esprit naturellement mélancolique, aigri par la mauvaise fortune, préférait aux agréments de la société, et y acquit des connaissances qu'il résolut d'aller perfectionner en Angleterre. Pendant un séjour de plusieurs années, il s'appliqua à l'étude de la constitution politique, des mœurs et de la langue de ce pays. De retour à Paris, il enrichit la littérature par la traduction de plusieurs ouvrages des meilleurs auteurs anglais... Étant venu à Dijon recueillir sa portion dans la succession de sa mère, il y vécut en philosophe et se concentra entièrement dans sa famille. M. de Ruffey, qui connaissait depuis longtemps son mérile littéraire, l'engagea à grand'peine à s'associer à l'Académie.

M. Larcher avait de l'esprit et des talents, mais manquait entièrement de l'usage du monde, qu'il aurait pu acquérir dans la société, s'il n'eût poussé la misanthropie à l'excès. Il s’avisa indiscrètement d'écrire contre Vollaire et de réfuter ses paradoxes historiques el théologiques dans un livre intitulé « Supplément à la philosophie de l'Histoire », imprimé en 1767. Voltaire dédaigna de lui répondre par des raisons, se contenta de le confondre avec ses plus vils ennemis et de l’accabler d'injures !. »

cadémie de Dijon ; donna à cette société une impulsion scientifique toute nouvelle (Galerie bourg., H, p. 205-209). V. ibid., la liste de ses mémoires académiques, publiés dans les Mémoires de l'Académie de Dijon (t. I-VI) et de ses autres ouvrages scientifiques. Il a écrit aussi les éloges de Rameau (1766, in-8, v. France littéraire, I, p. 242), Legouz de Gerland, Durey de Noinville. Son propre éloge par M. Mailly. À. : 1756, P. : 1763 (Milsand).

Nous avons parlé dans notre Introduction (p. xxx) de son Histoire de l'Académie, publiée dans les Mém. de l'Académie, en deux fois (1769, p. r-xLr, et 1774, pe iv). V. la liste de ses lectures el communications à l'Académie, F, Baudot 9.

1. Pierre-Henri Larcher (1726-1812), fils de Henri Larcher, trésorier

« M. de Fontette, pendant les trois années de son exercice, n'avait pas même paru à l'Académie, » Aussi ne songea-t-on même pas à le continuer.

M. de Ruffey réélu vice-chancelier (1764).

« . Les mécontents même élaient forcés de lui rendre la Justice qu'il méritait : on aurait tout détruit en ne le continuant pas dans les fonctions de la place de vice-chancelier. »

85 (190) M. Fleutelot de Béneuvre, directeur à la place de M. Thomas.

«... [Issu d'une famille qui a fourni un maire à la ville de Dijon en 1599... Il a fait voir qu'avec un esprit et un génie médiocre on peut devenir un grand magistrat... M. Fleutelot, né peu riche, ne trouva pas à se marier avantageusement ; quand sa fortune s'augmenta, il était trop âgé pour y penser. [l'avait vécu dans le monde, dont il avait goûté les plaisirs, quoiqu'il y fût peu propre, ayant un air gauche et embarrassé, le {on pédant, la conversation peu amusante, l'esprit sans élévation et sans culture. La mort subite d’un de ses amis le détermina à se mettre dans la dévotion ; il y porla son caractère petit el minu-

général en 1713 (Armorial de la Ch. des Comptes, p. #78). N. R. : 11 février 1763 ; HN. R. : 15 nov. 1781 (Milsand). Savant helléniste, membre de l'Acad. des Inscriptions et Belles-Lettres (1778); auteur de nombreux ouvrages dont on trouvera la liste dans la Galerie bourg., IE, p. 71-74. Cf. son Eloge par Dacier (Mém. de l’Acad, des Inscriptions, nouv. série, tome V). A notamment traduit de l’anglais : le Discours de Pope sur la pastorale ; le Martinus Scriblerus de Pope et un discours de Swift (1755); les Observations du médecin Pringle sur les maladies des armées (1755, réimpr. 1779); l'essai de Home sur le blanchiment des toiles (1762) ; l'essai de Chapman sur le Sénat romain... Le Supplément à la Philosophie de l'Histoire, dont parle Ruffey, est une réfutlation de la Philosophie de l'Histoire de Voltaire ; paru en 1765. Voltaire riposta par un pamphlet intitulé : Défense de mon oncle : d’où la Réponse à la défense de mon oncle (1767). V. Biogr. univ., Michaud, tome XXIIF, et, pour les « injures » de Voltaire, v. éd, Béuchot NV EX XENTOE XIII MES 13221331 X LV :506216tSuv LXIV,-266, 271:

tieux... Etait sujet à la prévention... En parvenant au doyenné du Parlement il devint le chef de l’Académie : la suite de ces notes apprendra la conduite qu'il y a tenue !. »

M. de Rulfey avait écrit à M. Hoin « une lettre où il lui reprochait ses écarts el sa mauvaise conduite... Que pouvait-on juger dans pareille alfaire ? on ne juge pas des faits, on ne peut que les vérifier... ».

87 (194) M. de Ruffey fail présent à l'Académie d'un médaillier.

« I cultivait depuis longtemps la science des médailles. Il acheta en 1732, à Paris, le médaillier du fameux Pont-Lucas, composé d’environ quinze cents médailles impériales de bronze de tous les modules, qui lui coûta dix louis. Il a depuis ce temps fait plusieurs acquisitions de médailles d’or et d’argent, d’une collection de médailles des papes, provenant du cabinet de M. le maréchal d'Estrées, de divers médallons modernes en argent et en bronze, d'une nombreuse collection de jetons, où la suite des maires de Dijon et celle des jetons de la province de Bourgogne est presque complète. M. de Ruffey a joint à son médaillier une collection de monnaies de divers souverains de l'Europe. Ses médailles impériales en or proviennent en plus grande partie du cabinet de M. de Chevannes, fameux jurisconsulte de Bourgogne ; M. Dislan les lui vendit la somme de trois cents livres ?. » Le médaillier offert à l'Académie est composé des médailles qu'il avait en double.

« Mn la comtesse de Rochechouart joint la noblesse des sentiments aux avantages d’une haute naissance... Elle à montré un goût dominant pour les arts et les sciences, qu’elle se plait à cultiver ; elle s’est principalement attachée à la physique et à l'histoire naturelle, dont

1. Claude Fleutelot de Béneuvre, conseiller au Parlement de Dijon en 1716, mort doyen en 1785 (Mercure dij., p. 170. Cf. Petitot, p. 214). Une note manuscrite de M, de Juigné (Bibl. Dijon, EF. Juigné 19) ajoute qu'il lit partie de la commission instituée en 1771 (Parlement Maupeou) avec le titre de président à bonnet). Directeur de l'Acad. en 1762. (F. Baudot 243, F5

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