‹ Histoire secrète du gouvernement autrichienChapitre 14 sur 33 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LA r.i.ACT10N CATHOLIQLE E.N HONGRIE.

Ce fut en 1661 seulement que Todieux projet tramé en 1626 par Tambassadear secret de Madrid, par Ferdinand II et ses conseillers, put recevoir un commencement d'exécution. La guerre contre la Porte servit de prétexte. On déclara que la Hongrie n'était pas capable d'arrêter seule les invasions turques, et on l'occupa militairement; on pourvut les places fortes de garnisons autrichiennes ."Aussitôt qu'elles eurent pris possession du pays, les troupes impériales commencèrent à vexer, à piller et à maltraiter les habitants. Les généraux et les officiers donnaient l'exemple aux ^Idats. les courtisans ne se gênèrent pas pour dire qu'on allait enfin humilier l'orgueil des Magyars, les faire passer sous les fourches caudines du pouvoir absolu. « Les plumes de héron qu'ils portent si fièrement sur leurs tètes, disaient-ils, seront arrachées par nos lansquenets; aux agrafes d'or et d'argent qui maintiennent leurs pelisses on substituera des agrafes de plomb; les misérables vêlements dont les Bohémiens sont réduits à se couvrir, depub leur soumission définitive, remplaceront le fastueux costume des Hongrois. »

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Tant que dura la guerre, les Magyars furent contraints de

subir celle oppression et celle insolence. Les Turcs, maîtres d'une grande partie de leur territoire, s'entendaient avec les Autrichiens pour accabler un peuple belliqueux dont ils redoutaient le courage. Dès l'année 1577, David Ungnad, ambassadeur de la cour de Vienne à Conslanlinople, s'entretenant avec un pacha, lui fit cette question : «L'Empereur n'a-t-il pas le droit de châtier des sujets rebelles comme ceux qui habitent la Hongrie? — Sans doute, lui répondit le pacha ; nul n'y mettra obstacle. Mais il faut procéder par la ruse, agir dans l'ombre, tendre des pièges aux séditieux et kur couper ensuite la tète.» Les Uabsbourgs n'étaient que trop disposés à suivre ce conseil.

La guerre dura trois ans. Louis \IV envoya cinq mille hommes au secours de l'Autriche. Le V août 16Gi, ils pressèrent Montecnccoli de livrer bataille, et furent secondés dans leur insistance par le» princes de ^Empir(^ Les Turcs éprouvèrent une sanglante déroute. Mais alors eut lieu un fait inouï et contre nature : les vainqueurs demandèrent la paix, la demandèrent même humblement. Neuf jours après le triomphe, le délégué du cabinet de Vienne obtînt d'abord un armistice à Vasvar, dans la tente du grand vizir; le 26 septembre, la paix fut conclue pour vingt ans. Léopold abandonna au Grand Seigneur deux forteresses capitales, Neuhausel et Grosswardein. Cette dernière installait si bien les Turcs dans la Transylvanie, prouvernée jusqu'alors par un feudataire de TAutriche, que la cavalerie musulmane y passa dès lors la froide saison, au lieu d'aller, comme d'ha- Intude, hiverner en Asie. Pour faire ce traité honteux, on ne consulta ni les provinces de l'Empire ni les Etats de Hongrie, quoique le di^oit public de l'Allemagne l'exigeât positivement. Les souverains et la diète protestèrent : l'assemblée magyare déclara qu'elle refuserait les contributions et

le service militaire, si Ton négociait avec les Infidèles sans

convoquer SCS ambassadeurs et sans qu'elle fût instruite de ce qui avait lieu dans les séances. Tout le monde se perdait en conjectures : on ne pouvait expliquer des stipulations si désavantageuses pour FAUemagne, après une victoire si éclatante.

Le but secret du dévot Léopold était de préparer la conversion de la Hongrie. Ën Texposant presque sans défense aux coups des Turcs, en leur livrant deux forteresses de premier ordre, il voulait mettre les Magyars dans la dépenilance de l'Autriche, les obliger de recourir à sa protection. Pour obtenir ce résnllat, nul sacrifice d'intérêt, d'honneur ou de pouvoir, ne lui semblait trop pénible. Les Islamites abusaient étrangement de ses concessions et de son humilité. Lorsque le comte Leslie, envoyé en ambassade à Constanlinople après la signature de la paix, alla prendre congé de Sa ilautesse, le résident autrichien, vieillard d'un grand âge, ne pouvant sincliner aussi bas que Texigeait l'étiquette musulmane, un huissier lui courba la tête vers le sol avec une telle violence, qu'il lui fit deux trous au front. La cour impériale ne se plaignit point, ne demanda pas raison de cet outrage ; elle était entièrement gouvernée par les jésuites, et ces hommes énervés pour toute autre chose que pour l intri^ue, portant des robes, des guipures, des dentelles, des broderies comme les femmes, ont aussi peu le sentiment de la patrie que le sentiment de la dignité nationale.

Dès que ToUiance eut été conclue, le prince Lobkowitz réunit les magnata, au nom de Léopold, dans la diète de Presbourg. Il leur demanda des subsides destinés aux nouvelles troupes impériales qu'on allait loger dans le pays, aux nouveaux forts qu'on allait construire sur les frontières, et leur recommanda de ne point harceler, suivant leur habi-

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tude, les pachas voisins de leurs districts. Les états répondirent par de violentes réciiiijiiialioiis. La charte hongroise défendait d'introduire des soldats étrangers dans le royaume. Le service militaire devait y être fait uniquement par les indigènes. En outre, la bulle d'or du roi André 11, que tous les souverains hongrois avaient sanctionnée à l'époque de leur couronnement, les llabsbourgs comme les autres, depuis Tannée 1222, reconnaissait aux Magyars le droit de prendre les armes quand on violait leurs franchises et privilèges. La diète réclama donc Féloignement des troupes impériales, qui vexaient et rançonnaient la population. Le gj^néral promit de les contenir, mais déclara ne pouvoir les retirer tant que l'ordre ne serait pas mieux rétabli, les provinces hongroises phis tranquilles. Loin de diminuer Tq»pression, il posa bientôt la première pierre d'un nouveau fort nommé LéopoLdstadt, voulant ainsi raiïermir l'autorité impériale, accroître ses moyens de gagner le cœur des peuples, comme les cours aiment à le gagner... par la ruse et la \iolcjice. Les Hongrois songèrent à la bulle d'or du roi Ândré ; mais leur ruine était écrite dans le livre du destin, et ils devaient souffrir, pendant un demi-siécle, toutes les tortures que peut imaginer le fanatisme, pour imiter les démons eu invoquant le Dieu de miséricorde.

La persécution, en effet, ne tarda point à se déchaîner sur la Hongrie. Impatients de réaliser le projet depuis longtemps conçu, les jésuites avaient trouvé un de ces rampants scélérats, un de ces laquais sanguinaires, qui arrivent toujours à point nommé quand un grand crime va s'accomplir, quand une besogne atroce demande d'impitoyables minis^ très. Le prince Eusébe de Lobkowitz fut pour la Hongrie ce que le prince de Lichtenstein avait été pour la Bohème. Son père s'était assuré les bonnes grâces de Ferdinand 11 en secondant la pieuse cruauté du monarque, pendant la guerre

de Trente Ans. Son ardeur serviie et farouche avait été récompensée par le titre de prince et par de vastes possessions. Grandie dans le sang, celte famille devait maintenir dans le sang sa prospérité. Eusébe possédait une fortune immense^ qu'on estimait à douze millions de florins, et une seule de ses charges, le commandement militaire de laSilésie, valait sept cent cinquante mille francs.

La mort de George Lippay, ànchevéque de Gran, fut une occasion avidement saisie par les catholiques pour inaugurer l'œuvre implacable. I/Autiiche promut au siège vacant un adversaire Ibugueux des croyances nouvelles, une sorte de barbare nommé Ssdeptsényi. Son zèle à soutenir une impérieuse bigote, la veuve Sophie Bathory, suzeraine de fiefeimmenses, où elle malmenait sans relâche les protestants, avait déjà conquis au prélat uitramontain la faveur des jésuites, et, par contre-coup, celle de Léopoid. Gomme on opposait de la résistance aux deux penécuteurs, les lansquenets et les trabans reçurent Tordre de leur venir en aide. On sait avec quel douceur, avec quel respect humain, lesmilices se comportent dans ces occasions.

Exaspérés d'une telle conduite, les nobles hongrois tinrent une assemblée secrète à Neusohl, et délibérèrent sur le parti qu'il fallait prendre. L'avis général lut de rompre avec TEmpereur, de lever des troupes et .de se mettre sous la protection des Turcs, en reconnaissant pour suzerain Mohammed IV. Un émissaire, nommé Ladislas Balla, fut expédié au prrand vizir, qui assiégeait alors Candie. Deux intimes du général musulman assistèrent seuls à Tentrevue : il ne se Èa point par une promesse positive, mais il fit une réponse encourageante, et le négociateur, ne pouvant rien obtenir de plus, se prépara au retour. Parmi les personnes qui l'avaient écouté se trouvait malheureusement un espion de 1 Autriche, le Grec Panajotti. Son premier soin fut d'écrire à Léopoid ce

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qu'il venait d'entendre. Le vaisseau sur lequel l'émissaire monta pour quitter Tile emporta la lettre de dénonciation. Elle arriva au palais impérial en même temps que Ladislas atteignait la Hongrie. Comme un oiseau de nuit embusqué dans les ténèbres, le prince Lobkovs itz eut dès ce moment les yeux sur les conjurés.

Peu de temps après, le palatin ^ Yesselenyi, chef des mécontents, fut pris d'une fièvre soudaine; il ne tarda point à mourir, dans son poétique château de Murany, au milieu des Carpaihes. Un autre seigneur non moins redoutable, Nicolas Zriny, ban des Croates, homme d'une vaillance à toute épreuve et surnommé le second Scanderberg, ne lui survécut pas longtemps. 11 fut trouvé dans les bois, près de son manoir, le corps sillonné de profondes ])lossures. On fit répandre le bruit qu'un sanglier lui avait labouré les chairs. Mais il avait à la tète un coup de feu qui rendait l'explication improbable. Quel drame s'était accompli sans témoins? qui avait préparé cette lugubre catastrophe? Les soupçons ne se trompèrent pas de route.

Pendant que ces ihorta mystérieuses envenimaient le ressentiment des Hongrois, une scène étrange produisait è la cour le iiuMiie effet. Léopold tomba malade, et ses douleurs furent accompagnées do symptômes si bizarres, qu'ils déconcertèrent les médecins. Tous les genres de traitement échouaient l'un après Tautre ; on commençait à craindre pour la vie de l'Empereur, et l'on multipliait les neuvaines, les patenôtres, les attouchements de reliques. l'n poison inconnu minait rapidement ses forces. Comme il était dans cette situation critique, on amena prisonnier à Vienne le chevalier milanais François Borri, célèbre alchimiste. L'in-

» On nommait palatin, comme nous l'avons déjà dil, un fonclionnairc l'Iii p; r In diîte pmir faire exécuter, avec l'assisUnce d'un conseil, les lois que voU ïl l'assoiniilée nationale.

dépendance de son earactère et la liberté de ses opinions

avaient excité corilre lui la haine du saint-siégc et des tartufes de Loyola. Le pape avait promis trente-cinq miiieiraacs à le livrerait. Le proscrit s'était réfugié en Danemark ; iroulant passer dans un climat plus doux et aller vivre à Gonstantinople, il eut l'imprudence de traverser la Moravie, où le nonce apostolique le fit arrêter. Quand le prince, engoué d'alchimie, sut qu'il était à Vienne, il témoigna le désir impérieux de le voir; il fallut satisfaire ce caprice.

Le 28 avril 1670, comme la nuit tombait, le chevalier fut introduit dans la chambre du malade. Deux, bougies l'éclairaient à peine et lui donnaient une lugubre apparence. Le teint hâve, les joues creuses de Léopold, sa langueur, son état d'oppression, la soif qui le tourmentait et que rien ne pouvait calmer, frappèrent le visiteur. Il cherchait quel poison avait pu produire ces effets, lorsqu'il remarqua, dés les premiers mots de l'entretien, la nuance rouge et la vivacité delà flamme qui couronnait les bougies ou les cierges (car c'étaient de véritables cierges); une vapeur blanchâtre s'en exhalait et avait formé un dépôt visible au plafond. Une odeur singulière était aussi répandue dans la chambre.

« Vous respirez un air empoisonné, dit le chimiste au malade. Veuillez faire appeler votre médecin, w

Le docteur s'empressa d'accourir, et le chevalier dirigea son attention sur les phénomènes insolites que produisaient les bougies. Ou alla en chercher d'autres dans l'appartement de l'impéralrice : elles donnaient une lumière plus douce, brûlaient d'une laçon plus calme, sans émettre de vapeur et sans craquer. Un cercle d*or distinguait par en haut et par en bas les cierges du patient: on avait voulu sans doute éviter les méprises. Depuis la Cliandeleur, on n'en brûlait pas d'autres pour éclairer les pièces qu'habitait Léopold. 11 restait encore trente-cinq livres de ces sinistres luminaires.

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On les analysa, et on découvrit qiie la mèche avait été trempée dans une dissolution d'arsenic, puis entourée dé cire

pure. Un chien, auquel on lit avaler un petit morceau des mèches délétères, mêlé avec de la viande, mourut au bout de trois heures. Les cierges non employés contenaient deux livres et demie d'arsenic.

Le chevalier Borri et le médecin avaient fait immédiatement porter le malade dans une autre chambre. Ils le traitèrent d'un commun accord, et le chimiste, gardé à vue, ne quitta point le palais. Le premier remède qu'ils administrèrent au patient agit de la façon la plus heureuse et donna l'espoir de le sauver. Le 25 mai, Léopold était guéri. Le chevalier fut alors remis entre les mains du nonce apostolique, emmené dans la ville des Césars et condamné à la rétractation de ses théories sur Dieu, sur la nature, puis à une prison perpétuelle. Le souverain préservé par lui d'une mort infaillible ne fut pas assez puissant pour l'arracher aux serres de Tinquisition romaine : il ne lui prouva sa gratitude qu'en lui faisant une pension annuelle de deux cents ducats. L'ingénieux physicien termina ses joure dans le château de Saint-Ange, après quinze ans de captivité ^

A qui fallait-il attribuer cette tentative de meurtre? 11 semble naturel d'en accuser les Hongrois. On empoisonnait, on assassinait leurs chefs; ils auraient pu vouloir employer les mêmes moyens. Mais nul indice ne les désigne au soupçon. Le père procureur des jésuites de Vienne avait iaif apporter les cierges. Quand le Milanais eut signalé leur nature pernicieuse, le fournisseur disparut, et depuis lors on n'a jamais eu de ses nouvelles. Pourquoi, d'une autre part, ce dignitaire d'un ordre ambitieux, quir^nait sur TËmpereur, eût-il comploté sa mort? Quelque ressentiment personnel •

* Il a laisfié un journal de m résidence auprès de l'Empereur. Vo|ez auaû Fessier, GetehiM der Vngeru, t. IX, p. m et Miiv.

142 HISTOIRE SBCRÈTE

ranimait-iU C'est ua problème que l'histoire n'a pu résou- (Iré. Un atiteur alleniiaad, Fessier, a supposé le moine inspiré par Louis XIV, attendu que Léopold n'avait pas alors d'en-

liant niàlc cl que son décès eut permis au roi de France de revendiquer dès cette époque, et dans des circonstances propices, la couronne d'Ëspagne. Cette explication subtile me. parait peu vraisemblable. Quoi qu'il en soit, le pieux empereur n'osa soupçonner, encore moins poursuivre un ecclésiastique. Du danger qu'il avait couru on lit contre les Hongrois un nouveau chef d'accusation; et les Hongrois étaient condamnés d'avance. Le procés-verbal de 1626 attendait son exécution, comme un arrêt de mort imprescriptible.

Les magnats cependant avaient fini par s'apercevoir que l'on connaissait leur plan, qu'ils étaient surveillés. De la Bohême, de la Moravie, de la Silésie et de FAutriche s'avançaient vers la Hongriedes régiments ùpars, quidevaient former en se réunissant une armée imposante, et qui marchaient la nuit ou prenaient les voies les mdns fréquentées. Le prince de Lobkowitz, pour gagner du temps, berçait les Hongrois de vaines promesses. Il fit néanmoins arrêter dans son château le conjuré Tattenbachi on touilla toute sa résidence et i on y trouva des armes, 4es munitions, de quoi équiper six mille hommes. Au même moment, dix-4iuit mille fantassins et cavaliers entraient en Croatie. Les mécontents étaient surpris, devancés; il n'y avait plus moyen de réunir des troupes suffisantes. Alors commença une de ces déroutes affreuses que nul combat ne précède, où les uns frappent toujours, où les autres sont toujours frappés, sans pouvoir même faire une tentative de résistance.

. Pierre Zriny avait succédé à son firère Nicolas dans sa dignité de ban des Croates et dans ses projets de déUvrance nationale. Frangipani, son beau-frère, le secondait. A la nouvelle que le général de Spanlkau marchait sur eux, la

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plus grande partie de leurs soldats les. abandonnèrent. Les

pachas du voisinage ne firent pas un mouvement pour les secourir. Ils n'eurent que le temps de se réfugier, avec deux mille Morlaques, dans le château fort de Csaktomya, déterminés à soutenir un siège en cas de nécessité absolue. Zrîny députa son confesseur, le moine Augustin Forstall, vers le prince deLobkowitz, pour témoigner de sa fidélité à l'Empe* reur, garantir ses intentions pacifiques et demander le rappel du général Spantkau; ses préparatife militaires, àssaît dire le religieux, étaient uniquement dirigés contre les Infidèles et contre ses ennemis de la cour. Le prêtre lui rapporta un acte signé par Lobkowitz et par le grand cliancelier, où on lui promettait de ne pas le traiter comme un re* belle, de respecter sa vie, ses biens, sa liberté, son honneur et ses privilèges, s'il faisait sa soumission en temps opportun, livrait comme otage son fils âgé de dix-sept ans, remettait au prince un blanc seing et abdiquait sa charge de ban des Croates. On lui donnerait en échange une capitainerie générale de Carisladt ou de AVarasdiu. Les conventions étaient stipulées au nom de l'Empereur. Zriny se hâta de les accepter, envoya son blanc seing, livra son fils, promit de se ' rendre à Vienne dès que Léopold l'exigerait. Sur la feuille de papier, le prince fit écrire par le moiiK» que Zriiiy s'engageait à recevoir des garnisons dans tous ses chûteaux, à dénoncer tous les mutins. Puis le général Spantkau s'approcha de la résidence, où il se croyait en sûreté. Grande fut la conslernation des deux seigneurs, quand ils enlcndiient gronder l'artillerie, sans qu'on leur eût fait une sommation préalable. Les Morlaques se défendirent courageusement; mais la supériorité numérique des troupes impériales leur donna l)icntùt la ccrlitudc qne leur résistance serait vainc. Zriny et son beau-frère prirent la résolution de quitter le fort pendant la nuit, de courir droit à Vienne.

Diyilizea by ^OOglc

Les portes de la citadelle s'ouvrirent après leur départ; la femme du ban des Croates fut arrêtée; les joyaux, la vaisselle

d'argent, les meubles précieux, chargés sur des voitures cl acheminés vers la capitale.

A peine les deux chefs y étaient-ils descendus à l'hôtel du Cygne qu'on vint leur demander leur épée.

Tandis que leur province était ainsi contenue, Charles de Lori'aine et Jean de Spork envahissaient la Hongrie proprement dite avec neuf mille lansquenets. Ën chemin, ils arrêtaient un grand nombre de personnes, mais principalement des huguenots cl des ministres réformés, qu'ils traînaient à leur suite. Beaucoup de familles importantes s'étaient réfugiées au delà des montagnes, dans la Transylvanie. Prendre possession des villes et y laisser garnison, s'emparer des châteaux, confisquer les biens des prétendus rebelles, formaient les seuls exploits des troupes impériales. Charles de Lorraine fut détaché, avec quelques bataillons, vers le manoir fortifié de Murany, que la veuve du palatin habitait sans inquiétude, grâce à une lettre de sûreté obtenue de l'Empereur. Elle ouvrit sur-le-champ les portes de la citadelle au général, lui en fit les honneurs et accepta même une garnison allemande. Mais à peine eut-il quitté le château qu'on vint arrêter la princesse, trahie et dénoncée pnr son propre secrétaire. En fouillant sa demeure, on trouva toute la correspondance de Vesselenyi avec les mécontents, depuis la honteuse paix de Vasvar.

Les lettres, la veuve et le délateur furent conduits à Vienne. On exigea du perfide employé qu'il interprétât les billets écrits en chiffres; dans le but d'obtenir d'autres renseignements, on le mit plusieurs fois à la torture; et, lorsqu'on eut tiré de lui tout ce qu'il savait, on lui trancha la tête pour n'avoir pas révélé plus lût la conspiration. Juste châtiment de sa bassesse. Les papiers étaient de nature à

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compromettre la moitié de la Hongrie; on usa de cette ressource avec une impitoyable dextérité. Nadasty, le plus riche des Magyars, ne pouvait échapper aux agents de la cour; il fut arrêté un matin dans son lit, puis incarcéré à Vienne. Trois cents nobles eurent le même sort. Quelques soulèvements populaires, prov oqués surtout par rarrcsLation des magnats, furent réprimés avec une joie léroce.

On avait désarmé la Hongrie, capturé ses chefs, prévenu toute résistance. H ne s'agissait plus que de déchirer sa constitution et d'en jeter aux vents les lambeaux; il ne s'agissait plus que de décimer l'aristocratie protestante. L'Église orthodoxe convertirait ensuite sans peine la bourgeoisie et le peuple, recueiUerait d'amples moissons sur un terre fécondée par le sang. Les cœurs dévots se dilataient de joie'

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