S54 HISTOIRE SECRÈTE
jugeait sans confronter les témoins avec les prévenus, admettait les dépositions des gens les plus infâmes ; les jésuites condamnèrent les cités, les {provinces, les nations dans leurs mystérieux conciliabules; puis les missions armées, les dragonnades, les massacres, les guerres à outrance portaient la ruine el la mort là où le Irihunal sans appel Tavait ordonné. Le nombre des victimes ne les inquiétait guère, la solitude créée par le meurtre ne les effrayait pas. C'étaient de vastes domaines qui tombaient entre leurs mains, c'étaient de splendides épaves qui récompensaient leurs créatures et leurs bourreaux. Les confiscations d'ailleurs allaient leur train, n'étaient qu'im jeu pour ces hardis spéculateurs.
Lorsque des jugements iwrticuliers devenaient nécessaires pour terrifier d'avance les populations et prévenir les révoltes, ou, après une victoire, pour en consolider les résultats, pour répandre partout l'inquiétude et la frayeur, le code ténébreux de l'Inquisition jouait son rùle. Toutes les garanties, tous les moyens de défense étaient supprimés : on mettait à néant le droit naturel, on bravait les principes les plus élémentaires de la justice, sous prétexte que l'importance de la toi demandait une exception Line exception aux règles immuables, universelles de l'équité, aux lois de la morale, aux précqites de l'Évangile, l'argutie est curieuse! Et la torture fonctionnait, tordait les membres, tenaillait les chaii's, disloquait les os des schismatiques et des libres-pen-
' Toutes ces wiblUilés féroces onl pn^sé dans la législation actuelle de l'AutricUe. Voici, par exemplf, l'article ~>~>1 <lii Code pi'ii;il : a Comme la dtTcnse do l innocence est un des devoirs du juge criminel, le prtvt im ne peut demander ni qu un lut accorde un avocat ou défenseur, ui qu'on lui cummunique les indices qui sont à st charge. » Qaelles révoltantes arguties f Un peu plas loin, l'article 377 exige que « ^lans les affairos d État, et $ous \>o\ne de complicité, la femme d''nonceson mari, le frère son frère, le lils ^on père, et ainsi de suite pour tous les ini'iTihres de la famille. » croirait-on point lire un passage Aa Manuel det Jnqumicurs ?
seurs; et des âiinilles entières mouraient sous le glaive,
disparaissaient dans les flammes, dans les impénétrables abimes des cachots surveillés par l'astuce cléricale.
Non-seulement le Manuel des InqttUUeurs a été le guide secret des jésuistes, leur bréviaire et leur charte, mais cettè bible de la servitude, des pleurs et du carnage est devenue le code politique d'un grand pays, où ils ont longtemps parié en maîtres absolus. Quiconque voudra lire attentivement rhistoire d'Autriche et comparer les actes du gouvernement impérial avec les préceptes du Matiuel^ verra que l^s llabsbourgs n étudiaient pas ailleurs l'art de conduire les hommes. Leur sombre fanatisme prenait au sérieux toutes les maximes du livre d'extermination, et ils ont poussé la tyrannie à un degré de fureur qu'elle n'avait jamais atteint. Odieuse fécondité du mal ! Les instructions rédigées pour un ordre cauteleux» avide et farouche, ont inspiré un ordre plus déloyal, plus cupide, plus sanguinaire encore, installé la persécution sur le trône, et fini par créer nu enfer politique, dont il ne sortait que des plaintes, des gémissements, des prières et des malédictions, bientôt transformés en bégaiements d'idiotisme 1
Ils étaient loin les temps de la primitive Eglise, où saint Ambroise îu i était l'empereur Théodose sur le parvis de la cathédrale de Milan, pour lui reprocher le carnage de Thessalonique et lui rappeler qu'il n'était que cmdre et poussière, comme les autres hommes ; où il lui imposait une pénitence publique et lui faisait décréter que l'exécution de toutes les sentences capitales prononcées par les souverains serait à l'avenir ajournée pendant un mois, afin qu'ils eussent le temps de reconnaître leur faute, si la colère avait égaré leur jugement. Les prêtres ne secouraient plus les orphelins, ne consolaient plus les afiUgés, ne visitaient plus les captifs, ne vivaient plus, hélas I dans Tabstinence et l'humilité I
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