‹ Histoire secrète du gouvernement autrichienChapitre 26 sur 33 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

ABMnriMBmilT, OiWttAUIAflOII, OODTDIIKS SiOTAOBS BBS AOTIlCniElfS

AU nx-iioiniBB siftcu.

Pendant que les jésuites mutilaient rintelligence humaine dans les Etais autrichiens, et engourdissaient le peu de facultés qu'ils ne supprimaient pas, sans pouvoir se préserver eux-mêmes de la léthargie répandue autour d'eux, amélioraient-ils du moins les mœurs, éle\aient-il3 les caractères, modéraienl-ils les passions turbulentes et sauvages? Pas le moins du monde. Les populations, au contraire, semblaient retourner vers l'état barbare, et le tableau qu'offrait alors la monarchie cause maintenant une surprise dont on a peine à revenir. On croirait qu'il s'agit, non point du dix-huitième siècle, mais d'une époque bien antérieure: Thistoire du moyen âge ne présente pas de plus sombres, de plus étranges spectacles. L'Autriche, on va le voir, ne dépérissait pas moins sous le rapport matériel que sous le rapport intellectuel. Vantez-nous ensuite la prospérité, le bien-être des peuples systématiquement abrutis 1

Jusqu'au règne de Marie-Thérèse, jusqu'en 1740, et même un peu plus tard, les ours et les loups venaient r^der

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$oas les murs des villes, en disaient le tour. Ils se jetaient

sur les hommes armés, les dévoraient, puis mangeaient, coinme supplément de pâture, le cuir de leurs bottes. Piuffleurs détachements de cavalerie, attaqués par des troupes nombreuses d'animaui féroces, succombèrent après une lutte désespérée : les soldats et leurs montures devinrent la proie des vainqueurs.

Les bandits ne montraient pas une audace moins grande. Il fallut èclaircir les bois le long des routes sur plusieurs points du territoire, \ider les auberges suspectes et y installer des hommes de confiance ; on établit des postes militaires dans les lieux élevés, d'où le regard dominait au loin la campagne ; des patrouilles en sortaient et y rentraient à chaque heure de la nuit. Les prévôts faisaient tous les mois une tournée, surveillaient rigoureusement les défilés des frontières, entretenaient des édaireurs bien payés, qui ne servaient pas à grand'chose : on obtenait de plus prompts, de plus sûrs résultais en achetant quelque traître de la bande, en y introduisant un faux frère.

Une troupe de voleurs, qui s'était fixée près de Vienne, entre les deux montagnes sinistres de Gaunersdorf et de Wolkersdorf, à la fin de la guerre de Trente Ans, et qui avait acquis une immense célébrité, s'y maintint -pendant plus d'un siècle. Elle ne put être délogée que sous le règne de Marie -Thérèse ; encore fallut-il abattre la forêt, à 'droite et à gauche de la roule, établir un poste de cavalerie sur le point le plus élevé.

Les Zingaris, les Bohémiens nomades, frappaient de terreur des provinces entières. Pendant 1 insurreclion des Hongrois, commandés par le prince Kakoczy, ces tribus errantes passaient pour espionner en faveur des Magyars. Une circulaire adressée à tous les baillis èt capitaines leur enjoignait de procéder sommairement contre eux. « Ces vagabonds

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étant mis hors la loi, disait lacté officiel, du moment (|u'oa pourra les saisir, il suffira «qu'ils avouent leur qualité: * hommes ou femmes, on les ftisillera, sabrera, pendra aussitôt. Les enfants seuls seront épargnés; on les distribuera dans les maisons de charité, pour qu'ils y reçoivent une éducation chrétienne.» Après le traité de Zathmar, qui mit fin à la guerre civile, beaucoup de fugitifs, de vétérans, s'associèrent aux Bohémiens et contiuuèrenl en détail les hostilités. Les ballades et autres chants populaires ont conservé la mémoire de plusieurs chefs, d'un certain Rajnoha entre autres, qui pillait toute la chaîne des montagnes Blanches; Kovast etLosy, deuY brigands fameux, ont laissé de terribles souvenirs dans les provinces de Liptau et de Thurocs.

Partout la faiblesse et l'incapacité du gouvernement clérical se trahissaient. Les rues des villes, de la capitale même, n'étaient plus nettoyées: un éclairage insuffisant et maladroit y combattait avec peine les ténèbres. Le sol n'était point pavé, ou l'était d'une manière qui prouvait le retour de la barbarie.

Les mœurs les plus cruelles, les plus sauvages habitudes, régnaient dans ces villes malpropres et malsaine^. Les duels, les assassinats on plein jour, les luttes à main armée ensanglantaient fréquemment la voie pul)lique. Un général autrichien arrêta la voiture d'un ambassadeur, et voulut le fiiîre descendre pour se couper la gorge avec lui : le diplomate ne fut tiré de cette désagréable situation que par la soudaine arrivée du guet» par la sagesse et la résolution de l'officier. Peu de temps avant que Charles YI montât sur le trône, le domestique d'une légation ayant été arrêté pour de justes motifs, les heiduques, laquais et postillons du quartier se rassemblèrent, attaquèrent la garde avec tant de violence, qu'elle dut [se réfugier dans une auberge et s'y

barricader. Les agresseurs enfoncèrent les portes, délivrèrent leur compagnon; puis, entraînes par leur exaltation furieuse, assaillirent la caserne du Marché-Neuf et la pillèrent. Une force supérieure, dirigée contre la valetaille, la mit enfin à la raison : un chef de l'émeute fut aussitôt saisi, livré au bourreau et pendu sans autre forme de procès ^

Une cause plus futile encore provoqua une sédition où périrent quelques centaines de personnes (en 4700). Deux ramoneurs, qui jouaient devant la maison du juif Openheimer, banquier de la cour, se prirent de querelle avec un israélite. La garde urbaine, jugeant que Tun d'eux allait trop loin, le chassa en lui administrant une correction. Les spectateurs s indignèrent de ce qu'un chrétien fût battu pour un juif, et, comme il y avait marché sur la place Saint- Pierre, lieu de la scène, les polissons, malgré les cris et le désespoir des marchandes, pillèrent leurs œufs pour les jeter dans les fenêtres du banquier. Aux œufs succédèrent les cailloux. Le poste considérable, qui se trouve près de là, regardait tranquillement le tumulte, car on n'aimait point le financier. La multitude s'anima donc peu à peu, envahit l'hôtel, vola l'or, les diamants, les objets précieux, déchira les livres de caisse et tous les papiers, jeta les meubles par les fenêtres et défonça les tonneaux. Openheimer, sa famille et ses employés n'eurent que le temps de (uir dans un souterrain secret, où la foule ne put les poursuivre. Dès que la nouvelle de cette émeute fut connue à la cour, elle envoya l'ordre de la comprimer par tous les moyens. Les sommations ayant échoué, la garde tira sur le peuple, qui se dispersa promptement; mais de nombreuses victimes jonchaient la terre. Ët comme le tumulte, ayant duré jusqu'au soûr, avait insensiblement gagné toute la ville, on braqua

> Maikth, (kêchidUe der Hai$ Wien, p. 230.

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des bouches à feu dans les rues et places principales. Le len-

demain, deux chefs du soulèvement, que l'on avait airèlés à domicile, un ramoneur et un fourbisseur d'armes, furent pendus aux perdennes de rh6tel : Texécution terminée, on proclama, au son des trompettes, une amnistie pleine et entière pour tous ceux qui rapporteraient les objets dérobés. Openheimer éprouva cependant un dommage de cent mille florins ^

Les duellistes avaient rendu célèbre par leurs combats furieux un endroit de Vienne nommé maintenant la Josephstadt. On s'y tuait à pied et à cheval, au pistolet et à Tépée. Des champions y venaient de fort loin, et lusage voulait que les seconds prissent une part active à la lutte. Les passants et curieux suivaient fréquemment leur exemple, si bien que les duels se transformaient en escarmouches.

L'esprit querelleur des étudiants, les haines, les rivalités des corporations, étaient une autre source de désordres. Parmi les gens de métier, ceux qui montraient le plus de turbulence étaient les bouchers, les mijçons, les tailleurs de pierre et les pécheurs. Ils s'ameutaieni , ils en venaient souvent aux mains dans les rues : la gai de urbaine et le guet (deux troupes différentes) accouraient ils, les braves industriels leur tenaient tète; de véritables combats eilûrayaient les citadins paisibles. Une jalousie profonde animait d'ailleurs les deux cents hommes du guet et les soldats de la garde urbaine : il n'était point rare qu'ils prissent parti pour les corps de métier, les uns approuvant celui-ci, les autres défendant celui-là. Une mêlée générale s'ensuivait; la troupe auguientait le mal au lieu d'y porter remède, et les quartiers les plus populeux devenaient des champs de bataille.

Une animosité particulière régnait entre les juifs et les

« Hailalh, GetdOehU der tkOt Wim, p. 328 et 339.

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cordonniers, artisans d'un caractère audacieux et mutin : n'avaient-ils pas, dès le temps d'Albert T, ûdt l'étrange menace de eombler avec leurs formes les fossés do palais,

comme avec des fascines, et de livrer assaut à I4 demeure royale? Deux fois encore, sous Charles Vi, les compagnons du Iranchet engagèrent, dans la capitale, des rixes violentes. La première fois, un certain nombre d'entre eux furent oon-

damnés à un emprisunnement assez long et à des peines corporelles; les autorités, la seconde lois, montrèrent plus de rigueur. Les deux chefs du soulèvement eipièrent par le dernier supplice leur fougue belliqueuse; d'autres coupables furent envoyés aux galères, incarcérés dans des maisons de force. On distribua au reste des prévenus de copieuses bastonnades.

La turbulence des étudiants ne le cédait en rien à la

véhémence guerrière des corps d'étal. Ils avaient de fréquents démêlés avec la police. Brelteurs in£atigablesy ils ne craignaient point la supériorité du nombre ; les chroniqueurs citent un de leurs chefs, un jeune homme de vingt-cinq ans, qui ferrailla seul contre vingt-quatre soldats du guet, en blessa quelques-uns mortellement et dispersa le reste. La troupe universitaire profisssait pour les juifs la même haine que les cordonniers, mais elle avait pris en aversion une classe spéciale d'artisans, les tailleurs; d'innombrables escarmouches mettaient aux prises ces ennemis invétérés. Quelquefois les disciples des Muses, comme on les nommait alors, se plaisaient à braver leurs antagonistes, à leur témoigner leur mépris par l'audace de leurs attaques : cinq ou six champions se ruaient, dans une auberge, sur soixante ou quatre-vingts chevaliers du passe-carreau, les mettaient en fuite et mangeaient le festin apprêté pour eux. iSous les avons vus dégainer contre les sergents et interrompre une procession des jésuites.

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La passion pour la chasse était si impétueuse chez les nobles, qu'ils trailaient les braconniers avec la dernière barbarie. Les princes ecclésiastiques leur donnaient eux-mêmes Feiemple. On sabrait, on fusillait sur place les maraudeurs ; on leur coupait les mains, crevait les yeux; on les attachait vivants sur un cerf, puis on làdiait la bête épouvantée, qui, les heurtant çà et là conire les arbres, employait tous les moyens pour s'en défaire et leur infligeait un supplice atroœ. Au retour, ces lugubres scènes étaient contées parmi les aventures de chasse. Plusieurs toiles et gravures con • lemporaines nous en offrent des images.

La fureur du jeu avait atteint ses dernières limites. Elle ruinait un grand nombre de familles, occasionnait des duels, des suicides et même des sacrilèges. Certains coureurs de tripots, n'ayant plus ni sou ni maille et manquant de réso- ' lution pour se tuer, choisissaient ce moyen d'en finir, attendu qu'un seul bla^hème était puni de mort. Il fallait de temps en temps rappeler une ancienne loi, qui défendait de jouer sa femme, ses enfants ou un de ses membres, formés par Dieu pour un autre usafie.

La débauche se mêlait, du reste, à la violence. Lady Montagne rapporte que, dans toutes les maisons de Vienne, on regardait un sigisbé comme un auxiliaire indispensable du mari. On n'eut point osé inviter une femme à diner sans ses deux compagnons. Les époux traitaient leurs suppléants avec une douceur, une aménité, une délicatesse admirables, et môme avec une sorte de gratitude, comme leur allégeant les devoirs de leur état.

A des mœurs si farouches et si corrompues en même temps, il aurait fallu opposer une clairvoyante administration de la justice, également éloignée de la faiblesse et d'une rigueur excessive. Les magistrats, choisis par les moines de Saint-Ignace, of^raient un mélange odieux d'ignorance, d*é-

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tourdcrie et de cruauté. Dans son code pénal, Charles- Quint avait déployé toute la barbarie qui composait le fond de son caractère, et ordonné d'affreux tourments. Les jésuites conscrvèrent ces horribles peines. Au bout d'un siècle et demi seulement, Marie-Thérèse, à l'instigation du savant et généreux professeur Sonnenfels, publia un nouveau code, ayant pour but de tempérer les prescriptions du sinistre emperem*. » Et pourtant, d'après ces lois nouvelles, l'exécution des con-

damnés offrait encore un spectacle digne des cannibales. Ces féroces punitions n'empêchaient point les juges de prononcer leur sentence avec une impardonnable légèreté. Pluaieurs procès criminels permirent à Sonnenfels de constater que des inductions hâtives, basées sur un concours fortuit de circonstances, avaient fait mener au supplice un bon nombre de personnes, reconnues innocentes bientôt après. D'autres individus, aussi exempts dé reproche, étaient irrémédiablement mutilés par la torture. Et combien mouraient des suites de TalTreux interrogatoire!

Un fait triste et singulier, qui causa la plus vive sensation, donnera une idée de ces procédures. Le caissier d'une importante maison, homme très-honorable et très-estimé, s aperçul un jour qu'il lui manquait une grosse somme d'argent. Aucune trace d'effraction d'ailleurs, aucun indice d'un vol sublilenieiit coiisoiiiinc. On le jugea coupable du larcin, et toutes ses protestations furent regardées comuie des impostures que terminerait la question. Par bonheur pour le suspect, son frère était un prélat bien vu à la cour. Il se jeta aux pieds de l'impératrice et obtint qu'on attendrait trois semaines avant d'employer la torture. Les peuples enfants et les peuples sur le déclin forment les mélanges d'idées les plus bizarres : le lieutenant de police de la capitale passait donc pour sorcier; on disait môme qu'il était secrètement roi des Bohémiens, et Ton redoutait d'autant plus sa vigi-

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lance qu'on le croyait aidé d'un pouvoir surnaturel. Afin de

stimuler son esprit divinatoire, l'ecclésiaslique lui porta de riches présents. On touchait néanmoins au terme du délai, et cette malheureuse affaire ne s'éclaircissait pas. £nfin, comme le lieutenant passait dans une ruelle tortueuse des faubourgs, devant un cabaret mal famé, des cris, des chants, des jurons et un cliquetis de verres frappent son oreille. On célébrait une noce. Il entre, il regarde le marié, qui ne lui est pas inconnu. Aussit^^t il se rappelle qu'il a servi longtemps chez le caissier en péril. C'est pour lui un Irait de lumière; il se précipite sur le héros de la fête, le saisit à la gorge, Tentralne dans une salle voisine, et lui crie artificieusement : « Tout est découvert I On fouille en ce moment votre logis ; des aveux complets, sincères, détaillés, peuvent vous sauver encore aujourd'hui; demain, il sera trop tard. » Le vaurien surpris tombe à genoux, demande grâce, reconnaît sa faute et restitue la somme presque entière. Il explique ensuite comment il avait profité de sa connaissance des lieux, s'était fait enfermer deux nuits de suite dans rétablissement, et avait sans peine accompli le vol. Ce hasard, cette découverte foi'fuite put seule préserver d'une mort cruelle un homme de bien, qui n'avait jamais donné prise au soupçon.

Enhn, pour terminer ce lugubre tableau, ajoutons que les finances étaient dans un désordre complet, Tarmée dans un dciiùiueiil qui rendait presque impossibles les opérations militaires. La nourriture, les habits, les munitions man- ' quaient à la fois. Quand le temps «était venu d'entrer en campagne, les troupes ne pouvaient quitter leurs garnisons; si elles partaient, si on livrait une bataille, les blessés mournioiU faute de chirurgiens. Toutes sortes d'injustices attristaient et décourageaient les chefs. L'un d eux allait-il à Vienne pour se plaindre, il y passait des mois avant d'obtenir audience. Les solliciteurs^ •les personnes chargées d'af-

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faires languissaient indéfiniment dans les antichambres. En

1705, un officier, \eiiu de l'armée d'Italie, ayant perdu un temps considérable et voyant, un soir, que l'on appelait une foule d'ecdésiasti([aes les ims après les antres, laissa échapper un juron, et dît tout haut : « Gésar, écoute les gens qui se font tuer pour toi, et non les fainéants qui viennent te chanter des sornettes 1 »

Voilà dans quel abaissement, dans quelle misère morale et matérielle la domination des jésuites avait plongé le peuple autrichien. Tout languissait, tout périssait à leur contact ou à proxûnité de leur action. L'ordre étendait sur la monarchie entière une ombre de mort : on eût dit le bohon-iipas, cet arbre mystérieux qui tue les animaux, qui stérilise la campagne à plusieurs lieues autour de lui. Mais on ne peut vivre an milieu d'un air pestilentiel sans en ressentir quelques effets. Pendant que les jésuites abrutissaient les populations, ils subissaient une métamorphose identique. Leur manière d'étudier et d'enseigner devait produire infailliblement cette conséquence.

Leur théologie insignifiante et obscure, leur philosophie étroite et mesquine, leurs histoires mensongères, arides, sans portée comme sans intérêt, leur science futile, ne pouvaient que les endormir eux-mêmes d'un sommeil léthargique. Ceux qui avaient rédigé leurs livres de classe voyaient probablement au delà du cercle borné qu'ils traçaient ; ils choisirent dans leurs connaissances les faits et les principes en harmonie avec leur but. Mais leurs successeurs n'apercevaient plus le même horizon. Ayant été instruits avec les manuels défectueux et trompeurs de la société, ils n'avaient que des idées dusses, restreintes, pernicieuses, qui égaraient, qui débilitaient leur intelligence. Ces maîtres aveuglés commuiiii^uaiout sincèrement à leurs élèves une science déplorable. *

Des indices manifestes trahirent bîaitM leur décadence.

Les souverains môme qu'ils tenaient assiégés, qu'ils dominaient par l'adresse, furent obligés de recourir à une autre association religieuse, pour les travaux diplomatiques dont ils avaient besoin. Si une affaire, un mémoire, exigeaient une connaissance étendue de i histoire ou du droit politique, le prince ne pouvait pas en charger un membre de la compagnie. Bien avant Marie-Thérèse, sous Joseph V% sous le long règne de Charles VI, on confiait cette lâche aux bénédictins. Leur ordre prenait donc une importance croissante^ par Tétude, par le savoir, par le talent, ils éclipsaient peu à peu les jésuites, dans le temps même où ceux-ci gouvernaient le royaume en usurpateurs.

Les derniers travaux que publièrent les moines de Saint- Ignace manquent d'intérêt comme de style (jamais, au reste, ils n'ont su écrire); presque personne ne lit les Commentaires sur l'Histoire d'Albert II, par Antoine Steyerer de Bnmnecken, les Essais arcliéologiques d'Érasme Frœlilich sur la Carinthie, la Styrie et le comté de Goritz, les Annales des pravinees qm m>minent TEnn», par Sigismond Galles. Ce lut là leur coucher de soleil. Ils tombèrent après dans la nuit froide et morne de 1 impuissance, ne coaservèreut plus que le goût et l'habitude de l'intrigue. Le premier ministre Bartenstein fit alors avancer les bénédictins, comme une troupe de réserve.

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