‹ Histoire secrète du gouvernement autrichienChapitre 28 sur 33 · CHAPITRE X&VIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE X&VIIl

AFFAtBLISSBIlBIlT GRADUEL DU POUVOIR DES JÉSUITES; L ORDRE EST EXPULSÉ b*AUTRIGUB ET ABOU PAB CXilSHT ZIV ; TRAGIQUE EEPOISONRBMENT DU PAPE.

L'heure approchait où les jésuites allaient perdre enfin

leur plus précieuse conquête, celte monarchie autricliicnne qu'ils accablaient sous le poids d une double tyrannie. Le système d'abrutissement pratiqué sur la population était, depuis longtemps, combattu par des hommes généreux, avec une persévérance infatigable. Attaquées moins ouverlcment, leur domination religieuse et leur puissance politique rencontraient néanmoins çà et là une sourde opposition. Le prince de Lobkowitz leur avait même fait sur ce terrain une guerre ouverte, dès la seconde moitié du dix-septième siècle. Mais, vaincu dans la lutte, arraché de Vienne et mort interné dans un de ses propres châteaux, comme nous l'avons raconté, sa défaite avait enjoint la prudence aux ennemis de l'ordre. Pour renouveler le combat, il ne fallait rien moins qu'un empereur.

Joseph V détestait la congrégation. Il avait eu pour gouverneur, dès sa huitième année, le prince de Salm, homme clairvoyant, réfléchi et sans préjugés, qui n'aimait ni les

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firères de Saint4gnace ni la superstition, et occupait dans

l'armée le poste de feld-maréchal. Il éloif-iia de son pupille les moines rusés, lui inculqua des maximes de tolérance et fîit toujours présent à ses leçons. Il fit d'ailleurs instruire avec l'archiduc son propre héritier, Louis-Otto de Salm. Les précepteurs du futur souverain pensa ion l de la même manière et lui inspiraient les mêmes sentiments. L'un était le docteur en droit Wagner, qui lui enseignait l'histoire et la politique : le feld-maréchal mêlait souvent au discours du maître les résultats de sa propre expérience. L'autre précepteur, chargé de l'instruction religieuse, n'appartenait point k l'ordre des jésuites (c'était la première fois qu'on voyait cette anomalie); le baron François-Ferdinand deRummel, originaire du haut Paiatinat, qui fut nommé évôque de Vienne en 1 706, avait des idées libérales, une intelligence droite et un cœur honnête. Il se plaisait à éventer les intrigues des jésuites, à éclairer leurs manœuvres souterraines; les révérends pères, de leur côté, lui portaient une iiaine cordiale, et cherchaient par tous les moyens à le faire révoquer de ses fonctions.

Leur dépit augmentant de jour en jour, la fureur les aveugla, et ces maîtres subtils employèrent un expédient pitoyable. Pendant plusieurs nuits, une vcnx mystérieuse intima au prince, déjà grand, de congédier son précepteur ecclésiastique. L'archiduc, ennuyé de ce manège, retint un soir l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste, qui possédait une force herculéenne. Ils éteignirent les lumières et attendirent. Le timbre cavemeuir ne tarda point & gronder dans le silence de la nuit. Les deux princes courent aussitôt vers l'endroit d'où partaient les notes lugubres, saisissent le conseiller officieux et le précipitent dans les fossés du château. Le bruit de sa chute leur prouva que ce n'était pas nn pur esprit. Ferdinand de Rummel ne tint pas l'aventure secrète.

Alamort de TempereorLéopoId, le jésuite Wiedeniann, dnns une emphatique oraison funèbre, ayant voulu prouver, par une suite de faits entremêlés de nombreuses erreurs, que les princes élevés sous la direction de Tordre avaient seuls été heureux et victorieux, Joseph le bannit de tous ses États. Une série de batailles jra panées au bord du Rhin, en îlalie et en Belgique, montrèrent combien le faux prophète avait mal lu dans l'avenir.

Pour mettre le comble au désappointement des tartufes de Saint-Ignace, Joseph 1^^ rompre avec la coutume et choisir un confesseur qui n'appartenait p<ûntà la congrégation. Les jésuites fureftt transportés de colère. Aussitôt on s'occupa (le soulcvor le pontife romain contre la mesure et contre recclésiaslique préiéré. Le chef de l'Église le somma de comparaître devant lui. Mais Joseph II ayant raconté cette aventure, dans une lettre au duc de Choiseul écrite pendant le mois de janvier 1770, nous allons lui laisser la parole. « Le confesseur prévoyait le terrible sort qui l'attendait à Rome, s'il se mettait en chemin, et il supplia l'Empereur de l'exempter du voyage. Le monarque s'efforça vainement de détourner le coup ; le nonce apostolique exigea au nom de son maître le départ de la victime. Indigné de cette persécution, le prince dit alors que si son confesseur devait absolument partir, il ne partirait point seul, cl qu'il aurait pour escorte tous les frères de Saint-Ignace, qui ne rentreraient plus dans ses États. Cette déclaration énergique, d'une hardiesse inoulé relativement à l'^oque, fit cesser les démarches hostiles des jésuites. »

Dans plusieurs affaires politiques déjà, on avait soupçonné la droiture des révérends pères, notamment dans Tinsurrec^ tion triomphante des Hongrois, commandés par le jeune prince Rakoczy. On les soupçonna encore d'avoir favorisé 1 invasion du ïyrol, quand les troupes bavaroises y péné-

trèreni sous les ordres de Max-Emmanuel. L'ordre, au surplus, ne peut être fidèle à aucune nation, les intérêts généraux delà société dominant de beaucoup ses intérêts en un seul pays. Après la défaite de Max-Emmanuel à Blindheim, les jésuites se hâtèrent de sacrifier les iraincus (méthode peu héroïque, mais adroite et prudente), et livrèrent sans regret la Bavière aux llabsbourgs. JNuIle puissance néanmoins n'avait fait autant pour leur ingrate communauté. Joseph se félicita de cette trahison, qui lui était avantageuse; il en profita comme un homme politique, mais il méprisa dans son cœur ceux dont la bassesse lui rendait service.

Le malheur de l'Autriche voulut que Joseph 1*» eût un règne très-court. Au mois d'avril 4711, il mourait âgé de trente-trois ans, précipité du trône dans le tombeau par la petite vérole et par une médication absurde. Le peuple crut à un empoisonnement.

Charles VI ne témoigna pas la même répugnance pour les jésuites. Comme son père Léopold, on 1 avait destiné au service des autels; la mort imprévue de son frère Joseph le détourna seule de la sacristie et Tafliibla du manteau impérial. Un membre de la congrégation, André lhaun, avait été son précepteur. 11 se montra moins docile poui tant que ne Fespéraient les sycophantes de Loyola, et restreignit leur action politique : Tordre ne devait plus revoir les beaux jours de sa toute-puissance. Charles VI maintint la liberté religieuse que son prédécesseur avait accordée à la Silésie, empêcha de persécuter les frères moraves et de troubler les protestants hongrois dans Texercice de leur culte, la paix de Zalhmar, conclue en 1711 , leur ayant garanti l'indépendance spirituelle. Son long règne fut une époque de transition. U corrigea les abus qui s'étaient glissés dans les doitres, for^ leurs administrateurs à rendre des comptes, fit surveiUer par des curateurs les abbés et les abbesses prodigues, soumit

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à rinspection des évèques les monastères qui s*en prétendaient exempts, limita l'usage des prisons claustrales, ressource cruelle d'un mystérieux despotisme, que Marie-Thérèse supprima tout à lait.

La licence des moines et des nonnes en voyage fut sévèrement réprimée; on chassa de TAutriche les frères mendiantSy qui venaient du dehors exploiter les populations; les cénobites indigènes, qui voulaient se rendre aux chapitres généraux de leurs ordres, en France ou en Italie, durent solliciter auparavant l'autorisation de l'Empereur et celle desévéques. La femme de Charles VI, la ravissante Elisabeth de Brunswick, n'ayant embrassé la foi romaine que pour monter sur le trône dos llabsbourgs, n'était point animée d'un grand zèle catholique. On la soupçonnait nicme de prédilections peu orthodoxes, et le bruit courait dans le peuple qu'elle lisait secrètement des ouvrages contraires au dogme ultramontain. Or, la blanche Élise, ainsi que la nommait son mari, exerçait sur l'Empereur une iniluence due à son ambition comme à sa beauté. Elle aimait le pouvoir, elle s'occupait des a£&ires politiques, et voulait jouer un rôle dans 1 Etat. Ses aimables sourires profitaient aux partisans des doctrines nouvelles.

Le mécontement de l'armée, qui supportait avec peine radminbtration défectueuse, le gouvernement hypocrite des diplomates en soutane, et qu'on laissait d'ailleurs manquer de tout, ébranlait aussi la domination des jésuites. Deux militaires, le prince de Lobkowitz et le prince deSalm, mient inauguré la lutte contre les ambitieux casuistes.

Enfin, la rivalité des autres congrégations leur portait, par moments, de rudes atteintes. Les différents ordres monastiques ne voyaient pas sans jalousie le pouvbir excessif,

les immenses richesses de l'adroite société. Ils cherchaient

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donc à miner sa position, à lui enlever la suprématie. Les bénédictins leur disputaient hautement la première place, non par Tintrigue, mais par le savoir, le talent, le Iravail, par les moyens les plus dignes d'approbation. D'autres compagnies religieuses y mettaient moins de scrupules, employaient la dissimulation et la ruse, dans l'espoir de supplanter les docteurs en astuce. Un récollet fut bien prés de réussir pendant le régne de Léopold I*'.

Ses supérieurs l'avaiL'iit dépéclié à Vienne, où l'austérité de ses mœurs, son zèle pour le salut des âmes, la ferveur de ses discours excitèrent une admiration générale. L'empereur voulut voir le saint homme ; Tapôtre, comme on le devine, ne domnndail pas mieux que de satisfaire son désir. Le prince fut si touché de son onction, si émerveillé de sa pieuse ardeur, qu'il le retint à la cour, afin de pouvoir sans cesse conférer avec lui, non-seulement sur des problèmes de haute dévotion, mais encore sur les affaires politiques. Les deux personnages ne se quittaient plus, et le moine était au comble de ses vœux. H fallait seulement mettre à profit cette chance admirable. Le pieux émissaire ne perdit pas de temps.

Peu à peu, en utilisant avec adresse les circonstances favorables, il montra au souverain les nombreux inconvénients.

du pouvoir illimité qu'exerçaient les jésuites, les abus de tous genres qu'ils commettaient; l'empereur l'ayant écouté sans déplaisir, le frère entra ouvertement en campagne. U peignit les jésuites comme une association d'intrigants qui exploitaient la monarchie, ne travaillant que pour euxmêmes, et sacriiiaut au besoin la gloire, la conscience, 1 intérêt de l'empereur. Aussi lui déguisaient-ils presque toujours la vérité. Cependant, ils accumulaient d'immenses richesses, disposaient des charges et des revenus de la couronne, disti ibuaient les emplois civils et les grades militai-

res. Le peuple, se voyant abandonné à ces maîtres impérieux, voyant les plaintes, les réclamations inutiles et le prince gardé à vue, se détachait de lui, le prenait même en aversion. Tant d'avantages matériels possédés par les jésuites, tant de Êiveurs obtenues, tant d'influence usurpée assuraient-ils au moins leur dévouement à TAutriche? Pouvaitelle compter sur leur affection et leur zèle? Bien loin de là ; comme leurs plans, leurs intrigues embrassaient le monde entier, ils étaient toujours prêts à la trahir, à se concerter avec ses ennemis dans un but -d'intMt supérieur : plus ils gagnaient de terrain, plus en conséquence ils devenaient dangereux. Si un jour la maison d'Autriche, qui depuis longtemps secondait leurs efforts, leur paraissait un obstacle, ils n'hésiteraient point à machiner sa perte. Leur accorder tant de grâces, leur laisser prendre tant d'autorité, c'était donc leur fournir des armes, c'était presque les induire en tentation.

« Sans doute, ajoutait le rusé franciscain, ils manceuvrent

d'une si adroite façon qu'ils paraissent ne pas y toucher. Leur astuce trompe les hommes superficiels ; mais les gens éclairés voient nettement leur tactique. Vous ne pouvez, en conscience, mettre vos royaumes à la merci d'une pareille congrégation, qui, au besoin, vous pousserait dans l'abîme, et qui, en attendant, vexe, fatigue, appauvrit les peuples dont le ciel vous a confié la garde. »

Ces justes observations rendirent l'empereur soucieux ; son imprudence lui apparut dans tout son jour. Le frère mineur revint donc à la charge, iinit par tourner contre les jésuites l'esprit et le cœur de Léopold. Il leur témoigna une froideur croissante, qui parut un présage certain de leur chute. Un vieux reste d'affection les maintenait encore prés de lui, mais chacun pensait les voir bientôt expulsés de la cour.

Dans un si grave péril, les moines de Loyola se conduisirent avec une profonde habileté. Us feignirent de ne pas voir baisser leur crédit et agoniser leur faveur. Humbles, doux,

patients, ils circulaient comme d'habitude autour de Léopold. Sur leurs visages souriants et calmes, on n'apercevail pas la moindre trace de dépit ou d'inquiétude. Ils employaient avec tout le monde des manières polies et obligeantes, qui témoignaient d'aune imperturbable sérénité. Cependant ils guettaient l'occasion de la vengeance, ils épiaient leur antagoniste d un œil à demi voilé, où la plus ardente haine se cachait sous une feinte inattention. Le frère mineur ne pouvait dire un mot, faire un pas, sans que la société en fût instruite.

Blalheureusement pour lui, le saint homme avait des faiblesses. Acharnés à suivre ses traces, les agents de Tordre espagnol le prirent en faute, et môme la faute devait être grave, car elle entraîna sa perte. On donna toutes les preuves, tous les détails nécessaires à Léopold, qui bannit le religieux de sa cour, en défendant néanmoins de le molester, en lui permettant d'exercer dans la province l'art qu'il possédait de capter l'estime et TaiTeclion. Quel péclié avait-il commis? S'était-il laissé prendre aux doux pièges d'une Elmire autrichienne? On l'ignore et on l'ignorera toujours, car ce dénoumcnt d'une lutte secrète fut enveloppé d'un mystère impénétrable. Les moines espagnols demeuraient maîtres du terrain ; ils ne voulaient pas autre chose. Mais je vous laisse à penser avec quelle joie ils reprirent leur ascendant, leur béate omnipotence, remontèrent, pour ainsi dire, sur le trône qu'ils avaient un moment quitté! Gomme les petites querelles de ménage raniment la tendresse, la froideur passagère qui avait régné entre eux et Léopold accrut leur intimité, redoubla leurs effusions de cœur. L'astie lugubre de Saint-Ignace, éclipsé pendant quelques jours par la

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tempête, recouvra toute sa morne splendeur, toute sa pernicieuse influence.

Bien des causes avaient donc préparé le succès du prince de iKaunitz et la chute de l'ordre artificieux, qui a séparé

l'Autriche de la communion européenne. Lorsqu 'enfin l'opinion publique se souleva contre lui dans tout le monde civi- Usé, ces tortueux spéculateurs, alourdis, énervés par leurs propres doctrines et par leur système d'éducation, n'étaient plus capables (le tenir tète à l'orage. Quelle lactique employèrent-ils pour se défendre? Quelles machines de guerre firent-ils jouer? Quelles mines creusèrent-ils sous les pas de leurs antagonistes? L'ordre entier était debout, au nombre de vingt mille hommes, sans autre emploi que celui de l'intrigue; partout il avait des églises, des séminaires, des écoles, des maisons professes; d'immenses trésors facilitaient ses entreprises, secondaient ses manœuvres ambitieuses et ses rancunes. Il tomba cependant comme un arbre pourri à la base, que l'on croyait d'une solidité invincible et que le moindre vent couche sur la terre, où le passant admire ses gigantesques proportions.

En Portugal, dans ce pays qu'ils opprimaient depuis deux cents ans, dont ils dégradaient, abrutissaient et ruinaient la population, ils se laissent enlever sans résistance le pouvoir absolu par une de leurs créatures, un homme violent et borné, le marquis de Pombal. Leur domination le fatiguait, et il voulait exercer lui-même une autorité plus que royale, grâce au Mhle caractère de Joseph l*'. Tout d'un coup il fait cerner militairement leurs maisons (en 4759), y interne les simples frères, jette dans les prisons les chefs de l'ordre, et accuse trois d'entre eux d'avoir formé un complot, attenté aux jours du roi. Bien mieux, il livre à l'Inquisition le père Halagrida, qui meurt sur le bûcher. En France, la congrégation abandonne aux tribunaux un de ses membres, le

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nommé Lavalette, agioteur entreprenant, dont les spécula*

lions avaient mal tourné. De là un scandale immense, une exaluition générale contre l'instilul. La grand chambre du Parlement de Paris condamna solidairement les moines de Saint-Ignace à payer 1,502,266 livres et tous les frais. Pour eux, c'était une misère, et l'on ne conçoit point l'accès d'avarice qui les empêcha ci étouller ce malheureux procès.

Autre maladresse plus grave encore : Pérusseau et Desmarets, successivement confesseurs du roi, exigent absolument qu'il cesse de fréquenter madame de Pompadour, lui interdisent même toute relatiouimiocente avec elle, et, pour le contraindre, lui refusent les sacrements. Le prince dissolu et bigot ne voulait ni abandonner sa maîtresse, ni suspendre ses dévotions. 11 souhaita dès lors un prêtre moins scrupuleux ; madame de Pompadour et le duc de Choiseul le préparèrent facilement à l'expulsion des jésuites. Pour les inventeurs d'une morale plus que relâchée, pour les disciples d'Escobar, no voilà-t-il pas une rigueur bien judicieuse et bien opportune! Eux qui s'étaient montrés si accommodants avec madame de Maintenon, qui faisaient si bon marché de toutes les vertus, pourquoi devenaient-ils en un moment si chatouilleux? C'est que leur intelligence allaiblie n'avait même plus le degré de clairvoyance nécessaire à l'intrigue. Ces maîtres dans l'art de louvoyer, de glisser entre les écueils, avaient perdu leur principale ressource. Lorsque la tempête se déchaînait contre eux, ils ne savaient plus laire usage ni de la rame ni du gouvernail. Leur conduite à Ma^ drid et à Rome prouva aussi leur décadence intellectuelle.

Leur adresse ne semble pas avoir été plus grande sur les lords du Danube. Nulle part je n'ai trouvé les indices d'une résistance habile et opiniâtre. Les préjugés de Marie-Thérèse en leur faveur, son attachement pour eux, la puissance de la tradition et de l'habitude les défendaient mieux que leurs

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propres manèges. Louglemps, bien longtemps rinipératricc ne voulut pas suivre l'e&emple du Portugal, de la France, de l'Espagne et de la cour de Naples. Chaque fois que le prince de Kaunitz lui proposait d'expulser Tordre ambitieux, lui demandait sa signature, elle répondait : « Les jésuites sont le boulevard de toutes les autorités. » Quand le ministre , msbtait, la pressait d'arguments victorieux, elle avait recours aux larmes. 11 lallut donc employer les grands moyens, iaire usage des papiers que le prince tenait du jésuite Monsperger. Il mit sous les yeux de l'inipératrice sa confession générale, écrite par son directeur, le père Ifambacher, et envoyée par lui à Uome au chef de la société. D'autres pièces curieuses édiiièrenl la souveraine, portèrent dans son esprit une conviction irrésistible. £lle essuya ses pleurs et parapha le décret de bannissement.

Les jésuites quittèrent donc ccll<i malheureuse Autriche, contre laquelle s'était si impitoyablement exercée leur fatale adresse, où ils avaient rassasié de sang la haine que leur inspirait le protestantisme. Ils voulaient se venger de l'Allemagne, de celle Allemagne qui avait enlanlé riiérèsie, et jamais plus cruelle immolation n'assouvit une fureur implacable. Genseiic, Odoacre, Attila, Gengis-Khaii, lesSuèves, les Huns, lesGoths, les Vandales n'étaient, en comparaison de l'ordre funèbre, que des bergers de Théocrite; ils n'ont pas, sans compter le reste, détruit, comme les moines lugubi*es, vingt millions d'hommes dans un espace de cinquante ans. Ah ! si toutes leurs victimes avaient pu sortir de la tombe pour leur former un cortège insultant et ironique! si on avait pu voir ces légions de fantômes se lever dans toute TAllemagne, depuis la Croatie jusqu'au Mecklembourg, les héros morts par le glaive, les martyrs sacrifiés sur les ècliafauds, les populations englouties sous les ruines des villes incendiées, les familles entières exterminées parla faim, les

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