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diverses communions une entière égalité. Hors des domaines où Ferdinand exerçait une action immédiate, la marclie des afiaires contrariait donc ses desseins. Mais il laissait passer les événements, se cuirassait d opiniâtreté, guettait une occasion favorable, et demandait à Dieu de pouvoir un jour ramener toute TAllemagne devant les autels catlioiiques à la pointe de l'épée.
Rodolphe mourut, M athias lui succéda, et le prince dévot fut assez habile pour se faire nommer par anticipation roi de Bohème. Le couronnement eut lieu en 4617, avec une pompe insolite. Les États ne demandèrent que la confirmation de leurs privilèges et Tassurance que Ferdinand ne gouvernerait pas le pays avant la mort de Tempereur. L'archiduc prêta le serment solennel. Mais les jésuites, qui l'avaient suivi à Prague, comptaient bien l'empêcher de le tenir. Ils travaillèrent sous main le parti catholique et le peuple. Sur le passage de leur adepte, ils avaient fait dresser un arc de triomphe emblématique, où on voyait le lion de la Bohême encliainé à l'écusson autrichien. Us répandaient une foule de bruits inquiétants, soutenaient que rédit de tolérance promulgué par l'empereur Rodolphe n'avait aucune valeur, puisqu'on avait effrayé le prince pour l'obtenir. « Nouveau roi, nouvelle loi, i» disaient-ils. Des feuilles volantes, que distribuaient leurs complices, annonçaient le rétablissement de la foi catholique en Allemagne. Scioppius, renégat luthérien, d'un esprit acerbe, d'une rare impudence) tenait pour eux la plume. Ce que les jésuites voulaient, c'était une insurrection, une lutte sanglante, qui permit d'abolir toutes les prérogatives politiques et religieuses, de commencer une persécution impitoyable. Us y réussirent.
Les provocations, les manœuvres des jésuites, la ténacité avec laquelle Ferdinand II avait prosterné devant les autds
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catholiques ses sujets luthériens, excitaient dans toute la Bohême une sourde et profonde inquiétude. Les menaces de ses conseillers en robes noires ne laissaient aucun doute sur ses intentions. La première étincelle devait allumer un incendie et l'alluma effectivement. Les réformés, qui habitaient les domaines des abbayes de Braunau et de Grab, voulurent se construire de nouveaux temples; or, Tédit de toérance n'accordait la lilierté religieuse qu'aux citoyens des villes impériales et aux vassaux des princes séculiers ; les hommes-liges des seigneurs ecclésiastiques ne pouvaient y prétendre. Le second monastère d'ailleurs était directement soumis à l'archevêque de Prague. Le suzerain mitré fit dé molir les monuments hérétiques.
Aussitôt les luthériens s'émeuvent, se concertent, nomment des représentants, qui forment un comité de délibération et de défense. Us envoient quelques-uns d'entre eux à la cour de Malhias, pour lui soumettre des observations. L'empereur ne tint pas compte de leurs plaintes, et ordonna de disperser leur assemblée. Croyant que les gouverneurs avaient pris d'eux-mêmes cette violente mesure, la noblesse utraquiste résolut d'en tirer vengeance. Le 25 mai 1618, les députés, portant presque tous des armes et suivis d'une nombreuse escorte, pénétrèrent dans le palais du Hradsohin et envahirent la chancellerie impériale. Ils avaient à leur tète le comte Mathias de Thum, un des proscrits réfugiés en Bohême pour se soustraire aux persécutions de Ferdinand H. Les membres du conseil les plus détestés, Martinitz et Shiwata, furent jetés par les fenêtres après une explication orageuse, et eurent la chance de ne point se rompre le cou ; précipité de la même manière, le greffier tomba comme eux sur des immondices et eut comme eux la vie sauve, qudqu'il eût fait une chute de soixante pieds. Les chefe luthériens ayant ainsi donné une première satis-
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faction à leurs ressentiments, le comte de Thum pardourut
la ville afin d'exhorter le peuple au calme. Des troupes indigènes occupèrent le ctiàleaU) les^ employés prêtèrent serment aux États, une commission ex^cmtiye do .trente membres M ^lue, et le comte de Thnm nmmé général des forces qu'on allait réunir. Le premier édit publié par le gouvernement national décrétait FexpiUsiontd^s jésuiteSy .ces dévots intrigants qui passaient aiec raison pour avoir causé tout le mal. La guerre de Trente ^s- venait de oommeneer^ Le premier épisode de celte guerre est connu. On sait que les Bohémiens battirent d'abord les troupes dirigées contre eux, envahirent à leur tour T^tricbe et les États de Ferdi* nand. Le comte de Thum parvint deux fois jusque sous les; murs de Vienne ; mais, la première, il ne fit que s'y montrer; la seconde, il entreprit le siège sans le conduire avec, assez de résolution. Une défaite »de Tarmée auxiliaire eom? mandée par Mansfeld le rappela en Bohème» il {louml a^ '. franchir à jamais l'Autriche et ne sut pas profiter de ses avantages ^ Les hussites toutefois proclamèrent la déchéance de Ferdinand, puis éiurwt à isa place Frédéric Y, comte par latin, jeune homme étourdi, vaniteux, poltron, ftiinéant et incapable. Maximilien de Bavière, son parent, lui conseilla de ne point accepter ca dangereui^ honneur ; mais la<Yanité iîit plus forte que la raispa^ Le nouveau monarque pria seulement le duc de ne pas tirer Tépèe contre lui, d'observer à son égard une bienveillante neutralité. Maximilien, Télève des jésuites, le compagnon de Ferdinand II à Ingolstadt, le chef de la Ligue oatMi^O) repoussa cesinstanoes ; aon^exaft» tation religieuse lui fitdédaigneries liens du sang, toutes les considérations humaines. Avec les vingt-six miHe lansquenets et cinq mille cinq cents cavaliers qu'il avait réunis à LilLin-
^ Le récit le plus net de cet épisode se trouve dans Pelzet: Getchkhle der Bœhmen, Prague, 1774.
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gen, il se mit en marche pour l'Autriche supérieure, que la cruauté de Ferdinand avait réduite au désespoii' et qui préférait une lutte ouverte à une ruine silencieuse. Neuf Jésuites, notamment le père Buslidius, confesseur du général en chef, plusieurs capucins et carmes déchaussés suivaient les pieux régiments, comme une troupe auxiliaire, pour influencer les délibérations des capitaines, dire la messe, exhorter les malades et imposer aux vaincus la foi orthodoxe. Devant le duc on portait la grande bannière, où iloltait une image bénie de la Vierge.
Les* population» opprimées de TAutriche occupaient les défilés des montagnes, gardaient les passages du Danube. Mais la supériorité numérique de leurs adversaires fil échouer leur tactique et annula leur courage; les champions de Rome les égoigèrent sans pitié, puis envahirent la fiohéme, où commença une guerre d'escarmouches, l'ennemi évitant une lutte générale , pour fatiguer les troupes catholiques et les détruire partiellement. Une lettre de Maximilien , adressée à Fempereur le 2S octobre 1620, nous donne de curieux détails sur les mœurs de ces nouveaux croisés, sur leur manière de traiter les populations : « Avec quelque chagrin que je vous envoie ces renseignements , dit le général , mon devoir et ma conscience ne me permettent pas de cacher à YotreMajestéquemes avertissements continuels n'empêchent point vos soldats de piller, de saccager, ni surtout d'incendier, ce qui cause d'affreux dommages. Ils sabrent môme les catholiques des deux sexes, victimes innocentes qui comptaient sar notre protection et attendaient, espéraient notre venue ; ils rançonnent les gens soumis, déshonorent les femmes et les filles. Ne faisant aucune distinction de lieux, ils ne respectent pas plus les églises et les couvents que les maisons particuliàres. Mes sauls-oonduits ne protègent personne; bien mieux, les vauriens attaquent mes gens et
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volent mes provisions. Ils ruinent totalement, poussent au
désespoir les simples citoyens, qui, pendant plusieurs années, ne pourront sortir de la détresse où ils les plongent. Si le Tout-Puissant nous accorde la victoire, des pays si cruellemait dévastés vous seront peu profitables; vos fidèles sujets, les paysans inollensifs auront essuyé d irréparables malheurs, ^ sans compter que ces odieux, que ces perpétuels dégâts nuisent à Votre Majesté» nuisent aux troupes elles-mêmes et aux chevaux, dont ils rendent l'alimentation très-difficile ; nos cantonnements épuisés ne peuvent plus nous rien fournir. Je donne ces détails à Votre Majesté, parc« que je reçois des plaintes tous les jours et vois de mes propres yeux commettre une foule de sévices ^ »
La débauche, les excès de tout genre et les privations qui en étaient les suites, se joignant aux fatigues et à l'humidité de la saison, les hordes catholiques furent décimées par les fièvres, la dyssenterie et le typhus. La pluie, la neige et le froid les poursuivaient sans relâche ; aussitôt qu'elles se mettaient en chemin, les loups festoyaient à leui's dépens, car elles jonchaient leur route de cadavres. Les serviteurs mémo du général tombaient morts autour de lui. C'était comme un ehàliment du ciel. Maximilien cherchait à engager une action décisive, pour ne point laisser anéantir ses troupes sans combat. Mais les protestants le harcelaient et l'évitaient. Furieux de cette tactique, de ses pertes continuelles, il résolut de marcher sur Ti ogiie et de l'enlever par un coup hardi. Le prince Christian d Anhalt, qui commandait les réformés, devina son intention ; luttant de célérité avec le chef catho* lique, ii eut la bonne fortune de le prévenir. Le 8 novembre, au malin, il arrivait sous les murs de la capitale.
* L'original de celle pièce se trouve dans ÏUistoire de Maxinniten P', duc de Btfière, par Wolf, t. IV, p. 43S-489, et dan la Corraptndmee imp^e, innée 1(120.
Le jour se levait à peine ; un brouillard opaque et froid
semblait vouloir éteindre ses rayons et ne laissait apercevoir les objets qu'à une faible distance. Le prince schismatique, pour ranger ses troupes en bataille, fut obligé d'attendre que la brume s'édairctt ou fût emportée par un coup de vent. Or, les catholiques ayant suivi de près, pendant toute la nuit, les forces bohémiennes, étaient arrivés au bas de la côte, où venaient de se poster les luthériens. Ceux-ci entendaient à trayers le brouillard les cris des officiers, le hennissement des chevaux et le bruit des tambours. Enfin les vapeurs se dissipèrent. Christian d'Anhalt put prendre à la hâte ses dispositions.
Devant Prague s'allonge un terrain en pente douce, qui a environ une lieue d'étendue et qu'on nomme la Montagne- Blancke. Vers l'occident, elle borde la Moldau; à l'orient, elle s'appuie aux fîitaies du parc royal ; vers le midi, de brusques escarpements la terminent sur trois points. C'était là qu'avaient fait halte, aux premières lueurs du jour, les défenseurs de la Bohème. Ils ne comptaient guère que vingt et un mille hommes. Mais l'avantage de hi position aurait pu largement compenser leur faiblesse numérique. On éleva des retranchements, on plaça du canon pour protéger les endroits accessibles ; un détachement alla s'embusquer dans le parc. Le général commit la fiaiute de ne point occuper ou détruire un petit pont jeté sur la Moldau; les catholiques s'en emparèrent, aussi bien que de quelques hauteurs situées à cinq cents pas tout au plus de leurs antagonistes. Ceux-ci étaient commandés par d'habiles capitaines ; nonseulement le prince d'Ânhalt, qui dirigeait toutes leurs opérations, avait des talents militaires que reconnaissaient même les chefs de la Ligue, mais son iils aîné, les comtes de Thum, d'Hohenlohe, de Sohns, de HoUach, le prince de Saxe-Weimar s'étaient acquis sur les champs de bataille une
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juste renommée. L'union et la discipline manquaient, par
malheur, dans le camp de la Réforme. Les Hongrois sui tout, quefethlen Gahor avait envoyés au seoeursdes praiestantsy montraient un e8|»rit séditieux et un* mécontenteiqent 'de manirais augure, fls n'aimaient |ms les Behéfnien», -se plaignaient de leur solde insuffisante; un échec assez grave, que les Cosaques leur avaient fait subir le soir précédent, aicait.abatttt leoTcourage. Gesdispoûtionsftciiensess'ôtaient communiquées à une grandes partié de l'armée. ' Les légions ultramonlaincs, qui mouraient de faim, que la pluie, le vent, le froid, les maladies avaient exaspérées, demandaient la bataille airec impatience, ies généraux montraimt moins de fougue; l'excellente position des Réformés leur causait une vive inquiétude. Blessé à la cuisse peu de Jours auparavant, Bucquoi jugeait téméraire d attaquer rennemi, conseillait de le tourner, s'il était possible, et de se jeter sur Prague. Maximilien et TiUy toulaient faire sonner la charge. Au milieu du conflit des opinions, le père Dominique de Jesu-Maria, un carme déchausséque lesligueurs vénéraient comme un saint, et qui était vaiu d'Espagne toiit exprés pour les fortifier par ses prières, s'interposei' entre les capitaines dissidents. Il portait à la main un bâton surmonté d'une croix, et une médaille de la Vierge s'étalait sur sa poi-^ trine, médaille trouvée, disilit-il, dans lesruines fumantes du château de Rakonitz, dévasté par les tvoiipestmpérkiles; la sainte image avait les yeux crevés, mutilation que le moine attribuait à la fureur sacrilège des Luthériens.
—«.Fils de l'Êgltte, Vécria-t-it, est-ce le ifnoment d'hésiter, de délibérer? Quoi ! !<mM}ue le Seigneuï* livre entre vos mains ses ennemis et les nôtres, vous différez l'attaque? Vous les épargnez, lorsque nous sommes sûrs de les vaincre?^ 0 lutte heureuse que nous allbns engager pouîr la Catise du ciel! Oui, messeigneurs, c'est h. cause de Dieu que nous'
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allons défendre. En avant donc ! soutenez-la courageusement et ne doutez point de la victoire. Kos adversaires n'ont d'autre appui que leur orgueil ; nous avons le Tout-Puissant pour auxiliaire. Toyez, ajouta-t-il'en montrant le médaillon delà Vierge, comment ils ont traité la niùre du Sauveur! Elle sera votre protectrice, et Dieu vengera l'insulte qu'on lui a faite. Mettes en lui votre confiance, marchez hardiment aux hérétiques. Le Seigneur combattra pour vous, le Seigneur vous donnera la victoire.
— « Eh ! bien, puisque nous sommes les champions du del, livrons la bataille, s'écrièrent à leur tour les généraux, éleetrisés par ces phrases insignifiantes. Que le nom de la Vierge soit notre cri de guerre et notre mot de ralliement ! »
Malgré ses pertes nombreuses, Maximilien avait encore sous sa bannière plus de trente mille hommes^. Bucquoi lui avait amené vingt mille rertres et lansquenets, payés par Ferdinand 11, l'es[)agnol Vcrdugo un corps de Wallons, et l'évèque de Wurlzbourg y avait joint trois mille hommes de renfort. Le duc de Bavière disposa en carré les troupes orthodoxes, mMa les cavaliers aux fentassins dans des proportions régulières, mit à l'aile droite Icsimpériaux, à l'aile gauche les régiments de la Ligue, au centre les Bavarois. ïilly commandait la première ligne de bataille. Sous ses drapeaux se trouvait un jeune philosophe prédestiné à la gloire; ^escartes, réformateur bien plus hardi que Luther, car il devait afl'ranchir l'esprit humain de toutes les traditions, ûescartes, le père intelleduiel de Spinosa, combattait avec les milices ultramontaines les défenseur du libre examen ( Le général eki chef et Bucquoi se tenaient à l'arrière-garde. '
11 était midi ; le soleil venait de percer les nuages, comme
* Le prince d'Anhalt, dans son Jouruoli porte ce chiffre à qmrante millef en donnant l'effectif de chaque division.