SS HISTOIRE SECRÈTE
pour prêter sa lumière aux fureurs des hommes. Les douze canons de Maximilien, qu'on nommait les douze apôtres, donnèrent le signal de l'attaque.
n avait à peine retenti que les premières phalanges montent h l'assaut, car c'était une espèce de citadelle qu'il fallait emporter. Un feu violent d'artillerie et de mousqueterie leur souhaite la bienvenue. Le combat s'engage avec fureur de part et d'autre ; les deux armées montrent la même fougue, et la vicloirc chancelle pendant une demiheure.
Le jeune prince d'Anhalt sembla sur le point de terminer la lutte en faveur des scfaismatiques. A la téte d*ûn régiment de cavaliers hongrois, il se précipite dans les rangs des troupes impériales, met en fuite le corps deTiefcnbach, puis les lansquenets de Breuner, qu'il &it prisonnier, force même les Croates d'Isolani à tourner bride. Mais Fespagnol Verdugo el ses Wallons le tiennent en échec. MaxetBucquoi, qui commandent la seconde ligne, repoussent les fuyards, Fépée à la main. Un régiment de cuirassiers bavarois, demandé par Tilly, fond sur la troupe du jeune duc et répare complètement le désordre. Le colonel Breuner est délivré ; maïs les Hongrois soutiennent encore la lutte, quand un lancier perce le cheval du prince; le jeune homme tombe et reste entre les mains de ses ennemis. Cette catastrophe décide la bataille. Les Hongrois prennent la fuite, la cavalerie allemande fait comme eux, et l'infanterie les imite bientôt. Le napolitain Spinelli s'empare d'un retranchement, tourne contre Tannée bohémienne deux pièces de canon qui la protégeaient. La déroute devient générale, les champions de la bonne cause se dispersent. « Alexandre le Grand, Jules César etCharlemagne, dit le prince Christian, n'auraient pu ramener les troupes au combat. »
Dans le parc royal seulement, à l'endroit qu'on nomme
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rÉtoile, deux mille fantassins moraves, commandés par les eomtes de Thurn, de Schlick, et par d'autres seigneurs,
firent une résistance désespérée. Us voulaient vaincre ou mourir. Toute l'armée impériale fut contrainte de se grouper autour d'eux, pour les accabler sous le nombre. Pas un seul ne lâcha pied; ils tombèrent l'un après l'autre, hormis vingt-six. Le jeune comte de Schlick fut fait prisonnier; le comte de Thurn échappa auxballes, aux coups de lance et de rapière, comme si un talisman le protégeait, et rentra dans la ville.
Parmi les mourants et les morts était couché un personnage qui devait bientôt jouer un rôle terrible, le fameux comte de Pappenheim, alors âgé de vingt-six ans. Il avait reçu, pendant le combat, six blessures dangereuses et quatorze moins graves. Toute la nuit ce l'urieux adversaire des opinions nouvelles demeura sans connaissance; le froid même de la saison ne put le ranimer. Le matin, un Croate qui butinait parmi les morts, vit un anneau brillant à son doigt et voulut en faire son profit. Mais comme il essayait vainement de le retirer, sans doute parce que la tuméfaction des chairs s y opposait, il prît la bague entre ses dents et mordit par hasard le capitaine. La douleur fîit assez forte pour lui rendre conscience de lui-même. Ouvrant des yeux effarés, il dit au spoliateur : « Que veux-tu, drôle ?» — a Tu as de riches vêtements, il faut que tu meures, » lui répliqua rhomme forouche. Quoiqu'à moitié mort, le jeune seigneur lui appliqua un soufflet, et lui promit une bonne récompense s'il allait chercher du secours. On le transporta dans la ville, où un chirurgien £ameux le soigna : il eut la chance de guérir.
Telle fut cette bataille de la Montagne'Blanche, qui devait
avoir d'incalculables suites, changer totalernenl le sort de rÂllemagne, dont l'Europe actuelle sent encore les effets et
dont Taction MsUe se prolongera peut-être encore pendant plusieurs siècles ^ La lutte n'avait duré qu'une heure. Cet
espace de temps suffit pour détruire quatre mille hommes de l'armée bohémienne. Beaucoup de fuyards, spécialement des Hongrois, se noyèrent en voulant traverser la Moldau. Les troupes cathofiques perdirent tout au plus quatre cents hommes. Dix canons, cent étendards, un Imtin considérable et cinq cents prisonniers restèrent entre leurs inaius.
Le roi de Bohème dînait gaiement avec l'ambassadeur d'Angleterre et une foule de dames, lorsque André von Ha* bemfeld, député vers lui par ChrisHaii d'Aiihalt, vint lui annoncer le commencement de ia bataille et le solliciter d y prendre part. Il s'y montra peu disposé, ne voulant point abandonner la féte. Le messager ne le décida qu'à force d'instances. Il monta enfin à cheval et courut vers la porte de Strahow : elle était déjà fermée. Du haut des murs, le jeune étourdi put alors voir ses soldats en pleine déroute ; il fit ouvrir la porte que cherchaient leurs yeux effirayés. Retournant ensuite au palais, il ne prit aucune mesure pour défendre son trône et la capitale*. Ayant demandé à Maximilien un armistice de vingt-quatre heures, le duc de Bavière ne lui en accorda que huit. Le lendemain, il monta en
* Les contemporain^ eux-mêmes voyaient déjà l'influence prodigieuse de ccUe vicloire; le cardinal Carafra en expose ainsi les conséquences: a Cclebcrrimaui illim victoriam reporlarunt, quœ, ut constans omniinn fania vulgaTÎt, Bohemiam «ulyagavit, Austriam ooereuit, Moraylain redaxil, SSesiam represait, UnKariam recaperavit, universam Gcrmaniam sbbilitavit, reli^ioncm catholicani ex caplivitale in lihertatem asseruit. » Gennnnia xacra restaiirnta, p. lOi. Le môme écrivain constate d'une manière tlagr.uUe l'aversion générale des DoliLiniens pour les théories iiltninioiitaines ; « Catholica religto roborata est; et qute passim e Bobemia exnlaverat» vel ita depressa Aient nt dedeeus esset Un nobili cathoUcam fidem profiter!, cujus sectatores ad instar fœds babcbanlur, omnium derisui el opprobrio cxpositi, omcrsii tandem, fiiciemqaû pudore jam tntea obductam érigera lœla poluit. d lùid. , p. 105.
• Le docteur Vebse a mis en doute cet excès d'incapacité ; mais llabernleld raccnto lui-même l'épisode daus son UTre publié i Leyde en 1046 : Bellum Bohemiam recauenu Anârea ab EabemfM, ab mm 1617. In-12.
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voiture et s'éloigna de cette Bohême où il ne devait jamais
rentrer. S'il avait eu de l'esprit et du cœur, il aurait pu longtemps encore soutenir la lutte. Dix -sept bataillons étaient demeurés dans Prague, les seize mille hommes qui restaient de l'armée défaite eussent rejoint leur bannière au premier son du tambour, huit mille Hongrois, envoyés par Bethlen Ctabor, venaient d'arriver à Brandeiss, et Mansfeld tenait douze mille hommes cantonnés sous les murs de Pilsen. Nais la sottise perd toutes les causes, annule toutes les forces. On a surnommé Frédéric V le roi d'hiver, parce qu'il ne porta la couronne que pendant une saison *.
Ferdinand, revêtu de la dignité impériale l'année précédente, se trouva maître absolu de la Bohême. Il y poursuivit sans obstacle et sans pitié la réaction catholiiiue, depuis longtemps accomplie dans ses provinces héréditaires. Partout l'oppression politique suivait le despotisme religieux.
* Getdàekte MêximiUant 1 und tdner ZeU, ton Philipp V7oir, t. IV, p. 424
et siiiv. — Ilcinrich Zschokkc, Baierische Geschkkie, t. IV, p. 165 et suit. .Marlia Pelzel, Kurzgeftutte GetchiclUe der Boehmen, p. 457 et «uiv.
GHAPITRË m
LB STSiiiiB AimnniiH imiQué en bohème; les QUABimE^sEpr
MARTYBS DE PAACL'E
Pendant pkis de trois mois Ferdinand resta immobile, n'exerça aucune vengeance et parut avoir oublié ses griefs comme ses desseins. Une amnistie générale avait été publiée, garantissant aux vaincus le pardon de leur défaite, la sûreté des biens, des personnes et de l'honneur. Quelques nobles profitèrent de ce délai pour se mettre en sûreté au delà des frontières ; mais la majorité ne soupçonna pas le piège. L'empereur attendait que Mansfeld et ses douze mille hommes eussent quitté la Bohème. Tout à coup , le 28 février 4621, quarante-huit personnages impoitants de la noblesse et de la bourg^eoisie sont arrêtés, mis au cachot. Ce parjure avait été décidé dans une réunion d'ecclésiastiques, secrètement tenue par les deux confesseurs du prince, par quatre chefs de l'ordre des jésuites et par les supérieurs des divers ordres religieux fixés en Autriche. Gomme l'empereur manifestait des scrupules et demandait s'il pouvait, sans faillir, sans compromettre son salut, imiter le duc d'Albe, le père Lamormain lui dit d'un ton irrité : « J'en fais mon ailaire et prends tout sur ma conscience. i> Le
lendemain le courrier portant l'ordre fatal partait pour la Bohème.
Dès que ce perfide commenlaire sur l'amnistie fut parvenu à Prague, le gouverneur, Charles de Lichtenstein, rassembla les commissaires ûnpêriaux dans une salle du Uradschin, tendue de noir et garnie de soldats. On y fit paraître Tun après Tautre les détenus pour leur annoncer leur condamnation à mort. Beaucoup d'entre eux n'étaient pas destinés seulement au gibet et à la hache; on avait voulu rendre leur fin plus cruelle : les uns devaient avoir d'abord la langue arrachée, la main droite coupée; les autres devaient être écar télés vivants. La sentence déclarait confisqués leurs biens meubles et immeubles, ce qui ruinait pour toiyours leurs familles. Tous entendirent cet odieux décret avec une héroïque fermeté : pas un seul ne demanda grâce.
« Déchirez notre corps en mille morceaux, fouillez nos entrailles, dit le comte de Schlick, père du jeune seigneur fait prisonnier pendant ki bataille de la Montagne-Blanehey vous n'y trouverez rien que ce que nous avons nettement èt sincèrement expliqué à la face du monde dans notre Apologie \ Ce n'est pas l'ambition qui nous a poussés. Nous n'avons pris enfin les armes que pour défendre notre religion honnie, notre constitution violée, notre indépendance nationale foulée aux pieds. Frédéric a été vaincu, Ferdinand a remporté la victoire; mais l'issue de la guerre n'a point amélioré sa cause, n*a pas rendu celle de la Bohèmè moins équitable. Dieu nous a livrés entre vos mains. Que sa vol<mté s'accomplisse! que son nom soit béni! »
Cette lugubre audience dura depuis six heures du matin jusqu'à deux heures de raprès-midi. Les captifs, nobles et bourgeois, fiirent alors reconduits dans leurs prisons.
< llomajr • imprimé celle Apologie tout entiire dans Mf AÊêamen, t. II.
34 HISTOIHE SECHÈTB
Le lendemain, comme le prince Lichtenstein traversait la ^Ue pour se rendre à la messe, les femmes, les enfants des condamnés, leurs parents les plus proches Ten^ronnèrent,
tombèrent à ses pieds, l'implorèrent avec des larmes et des sanglots.
« La seule fiiYeur que je puisse leur accorder, dit le prince d'un ton sec et d*un air froid, c est de les fidre ensevelir honorablement. »
£t aussitôt, devant les malheureui qui le suppliaient, il envoya un de ses serviteurs annoncer aux victimes qu'on exécuterait leur sentence le surl^demain matin, au lever du soleil ; que chacun d'eux pouvait appeler un jésuite, un capucin ou un ministre de la confession d'Augsbourg, mais qu'on ne les laisserait point communiquer avec des pasteurs utraquistes. La plupart d'entre eux suivant les principes de Jean Ziska, cette décision leur fut très-pénible. On voulait par là faire croire à l'électeur de Saxe qu'on ne persécutait pas les luthériens, mais seulement les hussites. Sans avoir été demandés, les jésuites et les capucins se glissèrent dans les prisons pour tâcher de convertir lés dissidents ; ils échouèrent tous, quoiqu'ils promissent aux condamnés leur grâce et la restitution de leurs biens. Le soir seulement, et de guerre lasse, on introduisit auprès des vaincus les seuls ministres dont ils voulussent accepter les consolations ^ Les pasteurs les fortifièrent de leur entretien jusqu'au moment redoutable, les firent communier sous les deux espèces, et chantèrent avec eux des hymnes stoîques.
Le dimanche, on dressa l'échafaud sur la grande place de la vieille ville, nommée le Ring^ où avait commencé la guerre des hussites, et on l'appuya au frantispice de la mai* son commune. Il était entièrement couvert de drap rouge.
^ L'un de ces prùtrct, Jcm Romnit, a éeril une relation de tout ee qui te pesM dam les ncboU.
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Oonlrc la façade on éleva un trône et un baldaquin pour le gouverneur, on disposa des sièges pour les commissaim el pour les greffiers du tribunal. Sur la place, une potenee allongeait son bras hideui. Une fenêtre de l'hôtel de ville donnait directement accès sur l'échafaud.
Ce même jour,les proscrits, nobles et bourgeois, furent menés de leurs prismis respectives au palais municipal. Tandb qu'ils cheminaient à pied dans les mes, ils chantaient les parolesdu quarante-quatrième psaume. Tout le monde accourait aux fenêtres, et le peuple fondait en larmes sur leur passage.
Les martyrs ne fermèrent pas un instant les yeux. Us prièrent, ils s'exhortèrent toute la nuit, se donnant Tun à l'autre des témoignages de leur foi iiiéljranlable et attendant l'aurore qui devait être pour eux la dernière. Gomme le jour paraissait, un aro-en-ciel dessina dans les nuages sa courbe radieuse. Ils tombèrent à genoux et louèrent le Seigneur; l'un d'eux s'écria d'un ton inspiré :
« C'est le signe de l'alliance que Dieu a contractée avec le genre humain; c'est l'arche sur laquelle repose son trône glorieux, suivant les paroles de YApoealypie, Jésus nous ouvre le ciel : il est la voie, la vie et la vérité! »
A ce discours ingénu répondit la voix du canon , qui t<mnait sur la j^te- forme du château royal. U était quatre heures du matin, et ces sons lugubres annonçaient le commencement du sacrifice. Plusieurs escadrons de liulans occupèrent la grande place et l'embouchure des rues voisines; un triple rang de chasseurs et d'arquebusiers environna l'èdiafhud. De forts pelotons , pourvus d'artillerie , s'installèrent au milieu des principales voies de communication; des patrouilles de cuirassiers se mirent en marche et sillonnèrent la ville pendant toute la cérémonie.
Le prince de Lichtenstein monta sur son trône , et les commissaires impériaux s'assirent près de lui. Des halle-
bardiers leur servaient de gardes. La place, les rues, les fenêtres, les toits fourmillaient de spectateurs. Tous les visages exprimaient la consternation ou la pitié. On eût dit
que c'était le dernier jour de la Bohême qui éclairait ces odieux préparatifs. A cinq heures, les rauques accents du canon retentirent de nouveau : la funèbre scène allait commencer. Les victimes s'embrassèrent et se firent mutuellement leurs adieux.
Le premier qui parut sur Testrade fut le comte de Schlidc, un des plus puissants, des plus riches et des plus nobles seigneurs du pays. L'électeur de Saxe, chex lequel il avait cherché un refuge, l'avait livré à l'empereur. C'était un homme de cinquante-trois ans, d'une taille et d'une figure majestueuses, qui avait encore une grande beauté. Les jésuites le poursuivirent jusque sur l'échafaud. « Je vous prie do me laisser en paix, » dit-il au père Sédécius d'un ton imposant. £t comme le soleil, dans toute sa splendeur, vint à dépasser les toits de la ville, le martyr leva la main vers le ciel : « Soleil de la justice divine, s'écria-t-il, 6 Jésus! daigne me conduire à la lumière éternelle par delà les ténèbres de la mort! » Puis, d un air calme et digne, il parcourut plusieurs fois l'échafoud. Sa condamnation portait qu'il serait écartelé vivant, et que ses membres seraient cloués à des poteaux dans divers carrefours. « Pensez-vous que je recette une fosse creusée de vos mains? » avait- il répondu au tribunal. Mais la clémence de l'empereur lui ayant Dût grâce de ce supplice atroce, il devait seulement perdre la tête. Il s'agenouilla enfin devant le billot et reçut le coup mortel. L'exécuteur lui trancha ensuite la main droite. Des larmes brillaient dans tous les yeux, dés sanglots s'échappaient de toutes les poitrines. Sous le bloc de bois on avait étendu une pièce de drap rouge. Quand le bourreau eut iini sa besogne, des individus masqués envelop-
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pèrent les restes du comte dans le morceau d'étoffe et les emportèrent Sa tète et sa main , comme celles de ses compagnons, devaient être suspendues dans une cage de fer, à la tour qui dominait le pont de la Moldau. Le comte de Schlick avait fait de profondes études, parlait couramment le latin et le grec.
Celui qui parut après lui sur la scène sanglante, Wenceslas de Budowa, était un ^dit célèbre dans toute l'Europe.
Il avait été ambassadeur de l'empire à Constantinople, connaissait à fond les langues orientales, la littérature grecque et la littérature romaine. Ses talents et son savoir ne le rendaient que plus odieux aux jésuites, qui craignent et abhorrent toute influence étrangère à leur ordre. Il avait soixantequatorze ans lorsqu'il fut amené devant les juges et condamné. On lui offrit sa grflce. D sourit avec dédain : «Vous êtes altérés de notre sang depuis un û grand nombre d'années, dit-il aux membres du tribunal, que je ne veux pas vous empêcher d'éteindre votre soif ; j 'aime mieux mourir que de voir mourir ma patrie. Malo mori, quam patrkm videremori, »
Son cadavre fut enveloppé, comme celui de toutes les autres victimes, dans un morceau de drap rouge, et emporté par des hommes masqués.
Le général Christophe de Polrics lui succéda. C'était lui qui, pendant le siège de Vienne par le comte de Thurn, avait canonné le château impérial, où tremblait Ferdinand, et avait lancé des boulets dans ses fenêtres. Avoir effirayé Fempereur était un crime impardonnable. Les connaissances du général en histoire naturelle, ses voyages en Asie, en Afrique, l'avaient d'ailleurs rendu célèbre. Le bourreau hésitait à frapper cet homme illustre : « Les Juifs ont bien attadié sur la croix le fils de Dieu! > lui dit le vétéran ; et il lui ût signe de remplir son ministère.
On vit alors un spectacle capable d'exciter une éternelle indignation. Un chevalier de quatre-vingt-dix ans, Gaspard Kaplizz, arriva d'une allure chancelante sur le théâtre du meurtre. Le malheureux vieillard avait craint de faiblir au moment suprême, et, en quittant le vestibule de l'échaiaud, il avait murmuré cette prière : « Mon Dieu, fortifiez mon cœur pour que je ne perde point courage devant mes ennemis, et que je ne meure pas comme un homme timide ! » Quand il fut arrivé prés du billot, ses genoux roidis par l'âge avaient peine à se plier : « Dès que vous me verrez en posture, dit-il au bourreau, exécutez-moi sans délai, car je ne pourrai garder longtemps cette pénible attitude. » Et il courba ses membres avec effort, il inclina sa tèle blanchie. Mais le pauvre vieillard s'était placé de façon à gêner le maître des hautes cenvres et à rendre ropération difficile. Le bourreau le pria de soulever sa tête. Le ministre RosaciuSt qui l'accompagnait, lui dit alors : « Mon noble seigneur, vous avez recommandé votre âme à Dieu ; ofirez-lui encore joyeusement cette téte blanche, et redressez-la vers le ciel.» Le vleQlard sourit, leva son iiront en appuyant ses mains sur le billot, cl le large glaive de l'exécuteur lui ti^nclia le cou.
L'aflreuse scène continua. Si l'un des martyrs essayait de parler au peuple, un roulement de tambours, une ilinfare
de trompettes couvraient sa voix. L'opérateur sinistre arrachait la langue à quelques-uns avant de leur assener le coup mortel. Parmi ces derniers se trouvait le plus fameux des vaincus, Jean de lessen, que les anatomistes regardent comme un des fondateurs de leur science. On respectait dans toute i'£urope cet ami de Keppler et de Tycho-Bralié, successivement choisi pour médecin par les empereurs Rodolphe et Mathias. Ferdinand lui portait une haine mortelle, parce qu'il avait contrarié ses manèges en plusieurs cir-
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constances. Originaire de Hongrie, lessen avait la taille élevée, la force musculaire de la race magyare. Quand il eut fait quelques pas sur Festrade, il se retourna vers le prince et vers les juges, se redressa de toute sa hauteur et, dominant de sa voix sonore les tamboure et les trompettes, il s'écria : ' « C'est en vain que Ferdinand assouvit sa rage sanguinaire : Frédéric V, le roi élu par nous, montera de nouveau sur le trône de Bohème. »
L'exécuteur s'approcha pour lui arracher la langue, comme le portait sa condamnation. « Je m'afflige, dit le savant docteur, de perdre si outrageusement cette langue, qui a parlé tant de fois, et non sans gloire, à des empereurs, à des reines et à des princes. Mais ni ce traitement honteux, ni le dépècement de mon corps ne m'empêcheront de ressusciter pour la vie étemelle. Des patriotes viendront d'ailr leurs enlever nos tètes de leur cage de fer et leur rendre pieusement les derniers devoirs. » Quand la mutilation fut accomplie, le héros essaya encore de parler ; malgré le sang qui lui remplissait la bouche, qui coulait sur ses lèvres jadis éloquentes, il priait en balbutiant avec effort, en tenant ses mains levées vers le ciel. Bientôt il s'agenouilla, et l'exécuteur mit fin à son supplice. Après la mort de toutes les victimes, on transporta son corps sous le gibet, on le coupa en quatre parties, et Ton doua ces membres sanglants sur des poteaux.
Parmi les condamnés un seul professait la religion catholique. 11 descendait d'une ancienne famille royale, et se nommait Gzemîn de Ghudenîlz. Avant la guerre, il commandait en sous-ordre le château de Prague. On Taccusait d'y avoir introduit les rebelles. Il réfuta victorieusement celte imputation en montrant un ordre écrit de son supérieur, qui lui enjoignait d'ouvrir les portes. Son crime réel était d'avoir vu le jour dans une famille protestante et d'avoir
longtemps prié Dieu avec les luthériens. Les jésuites ne lui pardonnaient pas sa tolérance à l'égard de ses anciens coreligionnaires, les avis qu'il donnait en toute occasion de les prendre par la douceur. Un motif politique Tavait en outre fiiit désigner pour l'hécatombe. Ferdinand et ses conseillers ne voulaient pas que cette boucherie eût l'air d'une persécution religieuse» et ils avaient décidé qu'un personnage catholique mourrait avec les protestants, servirait à déguiser les véritaUes intentions de la cour. Ses vastes domaines enfin excitaient de basses convoitises : on l'avait choisi de préférence à beaucoup d'autres, atin de recueillir ses dépouilles. Il était dit dans sa sentence qu'on lui couperait les doigts de la main droite,, qui auraient dû mieux temr Us défi du château. H s'unit de cœur aux pieux exerdoes de ses compagnons d'infortune, repoussa le jésuite qui le suivait sur l'échafaud, et s'écria : « Vous pouvez prendre mon corps; mon âme se rit de vos vengeances. » Quelques seccmdes après, il avait cessé de vivre.
Chaque fois qu'un ministre protestant revenait de Testrade où il avait exhorté une victime, il rendait témoignage à son inflexible constance et fortifiait ainsi la résolution des survivants. Lorsque tous les nobles eurent péri, on procéda au meurtre des chefs bourgeois. Quarante sept personnes fuient mutilées, décapitées, de cinq heures à neuf heures ! Quel spectacle pour le prince de Lichtenstein et ses auxiliaires impériaux I quelle scène touchante pour les âmes dévotes ! Les tôles d'un bon nombre furent fixées sur des pieux plantés devant leur demeure : on cloua la téte et la main de Léandre Ripel contre la porte même de la maison commune. Wodnyansky Ait pendu au gibet dressé sur la place; deux sénateurs, le beau-père et le gendre, éprouvèrent le môme sort; leurs cadavres oscillèrent à un balcon de l'hôtel de viUe.
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Un seul, parmi les mncus, obtint une oommutation de
peine, au moment où il allait s'agenouiller devant le billot : il se nommait Siit von Ûttersdorf, et survécut plus de trente ans à ses oompagnons.
Pendant que la fleur du royaume tombait ainsi sous le glaive, Ferdinand s'occupait d'eux et leur donnait à sa façon des marques d'intérêt. Le pieux empereur avait entrepris pour ses victimes un pèlerinage à Mariaiell, lieu de dévotion alors célèbre. Là^ prosterné devant la statue de la Vierge, il priait sans relâche la sainte madone « d'implorer Dieu en faveur des rebelles, pour qu'il daignât édairer leur intelligence et les faire rentrer dans le san nûsérioordieux de l'Église catholique, la seule qui puisse sauver les âmes. » Il avait pourtant donné des ordres féroces, choisi des agents implacables. Dix des martyrs ne eomptaient pas entre eux moins de sept cents ans 1
Les tètes et les mains des suppliciés restèrent dix ans dans leur cage de fer, sur la tour qui dominait le pont de la Moldau. Après la bataille de Leipzig, les proscrits revinrent en Bohème avec Tarmèe suédoise; Prague fut encore gouver» née par le comte de Thum. On enleva les ossements blanchis des martyrs, et un cortège solennel les transporta au Vatican de la Bohême, à l'église de Stein. On y célébra l'office, on y prononça une oraison funèbre ; mais comme la guerre continuait, que le pays pouvait retomber sous la domination de l'empereur, on n'osa point les ensevelir pendant le jour. Des hommes déguisés les prirent au milieu de la nuit, et les enterrèrent secrètement, pour que la haine opiniâtre des jésuites ne fouillât point leur tombeau.
Ce premier sacrifice n'était que le début de la persécution, un faible avant-goût des cruautés, de la terreur que préparait Ferdinand* Le lendemain de l'exécution, les (rois avocats municipaux furent fouettés publiquement par le
inaftre des hautes cenvres, le premier devant Tanden hôtel de ville, le second devant la Monnaie, le troinème devant
l'aubci ge du Cerf vert. Le greffier communal, qui avait reçu Frédéric Y, le jour de son entrée solennelle, dans le vieux costume en usage à l'époque de Jean Ziska, eut la langue douée au gibet, et ne fut relâdié qu'après l'avoir ensenglanié deux heures !
Mathias fiorbon, médecin de trois empereurs, devait être décapité; mais le prince de Lichtenstein le sauva, et son innocence fut mise hors de doute. Chrysostome Schrepel, un des juges ou, pour mieux dire, un des commissaires qui l'avaient condamné, entra dans une violente fureur ; il avait à la cour et avec les jésuites des relations importantes, dont le gouverneur lui-même devait se préoccuper. Or il convoitait le splendide hôtel de Borbon. Pour décharger sa bile, ce drôle fit un jour attaquer le médecin au moment où il quittait le prince : des hommes apostés le bétonnèrent si cruellement qu'il faillit rester sur la place et eut toutes les peines du monde à s'échapper. On l'obséda ensuite dans le but de le convertir. Las de ces pei*séculions, il se rendit en Pologne, où il fut accueilli, employé par le roi Ladislas, où il mourut dans l'exercice de ces hautes fonctions.
Après le supplice des quarante-sept martyrs, des échafauds et des gibets se dressèrent sur tous les points de la Bohème. Les sentences de confiscation, d'exil et d'emprisonnement perpétuel se suivaient sans relâche. Les persécuteurs en aggravèrent les conséquences par une invention diabolique : un décret de l'empereur condamna tous les fils et petit-fils des individus traités en criminels, sous un prétexte ou sous un autre, à porter au cou un cordon de soie rouge imitant le passage de la hache. Cet emblème avait pour but de les faire constamment souvenir que, s'ils avaient encore la tète sur les épaules, c'était par la tolérance du
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souverain. Il les désignait, en outre, à la surveillance des jésuites. Quelles idées devait entretenir dans Tesprit des jeunes gens cet abominable signe, qui leur rappelait la captivité, le désespoir ou la mort de leurs proches, le supplice dont ils étaient eux-mêmes menacés? Ils erraient comme des oiAbres, tenant à peine à une existence si précaire, Ksant dans tous les regards la pitié ou la haine, et portant déjà la marque du coup fatal. Les dévots ont parfois de singulières inspirations î
La Bohême perdit toutes ses libertés politiques et religieuses, le droit d'élire ses propres souverains : la noblesse ne put môme transmettre ses biens sans avoir obtenu le consentement de l'empereur. Apres la bataille de Prague, Adam de Waldstein avait apporté à Ferdinand l'édit de tolérance et les autres chartes, où se trouvaient constatés les pri>'iléges du pays. « Voilà donc, s'écria le monarque, les griffonnages qui ont causé tant de soucis à mes prédécesseurs! » Et il déchira les titres sacrés, dont il jeta les débris au feu. Ce qu'il voulait, c'était cette usurpation des droits de tous par un seul homme, cette confiscation de la vie d'un peuple, qu'on nomme le pouvoir absolu.
La langue et la littérature indigènes furent aussi proscrites, anéanties pour jamais. Tous les livres bohémiens, tous les manuscrits précieux du temps de Charles FV, Georges Podiebrad et Rodolphe II, périrent comme la bibliotiicque d'Alexandrie. On les déclara en masse sacrilèges et hérétiques; transportés, empilés à la voirie, où ils formaient des monceaux énormes, ils furent solennellement brûlés avec une joie sauvage.
On s'acharna contre tout ce qui rappelait aux Bohémien» les glorieux souvenirs de leur histoire. Le jeudi saint de l'année 1622, le grand calice d'or, qui figurait symboliquement la doctrine des hussites, et la redoutable épée de Jean
Ziska, devant laquelle tremblaient les rois et les empereurs»
forent enlevés l'un et l'autre de l'église de Slein, où on les gardait religieusement; le 6 juillet, jour anniversaire du supplice de Jean Uuss, on ferma tous les temples hétérodoxes.
Cependant les rigueurs contrôles personnes allaient leur train. Ce qu'il y avait de plus effrayant dans ces persécutions, c'était leur complète irrégularité. La participation à la résistance et le d^é de cette participation ne fixaient nullement la peine : les sévices dépendaient absolument des relations personnelles, des opinions en matière religieuse, surtout de la fortune que Ton possédait, car les hommes bien pensants témoignaient une grande avidité pour les châteaux, les domaines, les splendides mobiliers des .vaincus. Dans une lettre fameuse adressée à l'empereur Mathias, Ferdinand lui avait déjà vanté les confiscations comme une ressource admirable. « Les biens des rebelles servent ainsi à payer les. frais de la guerre, disait-il; la soumission que produisent les châtiments et les supplices a un avantage de même nature, car, dans les assemblées des États et dans toutes les circonstances analogues, elle lait voter d'abondantes contributions. »
On installait donc partout, commejuges et commissaires, des fanatiques ultramontains ou des protestants renégats : on leur abandonnait sans contrôle les luthériens et les hiissites. Dlnsatiables parvenus, sortis de la dernière fange, réglaient le sort des personnages les plus nobles, les plus considérés. Toute dénonciation passait pour un fait incontestable ; le rebut de l'espèce humaine témoignait devant les tribunaux qui avaient usurpé les fonctions de la justice. .Martin de Hnerda, ancien garçon tailleur, après avoir servi comme laquais dans plusieurs familles bohèmes, était devenu espion et enfin soldat. Par sa résolution et sa souplesse, il obtint dans hi cavalerie le titre de capitaine ; par ses intrigues
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avec les femmes, celui de baron. Une grande dame, dont il avait porté la livrée, l'avait longtemps entretenu, car il était joli garçon, amusant et robuste. Ce ftit lui qu'on expédia pour annoncer à Ferdinand la victoire de Prague. Gomme l'empereur causait avec lui des mesures qu'on allait prendre : «I Faites tout tailler en pièces, sans distinction de rang et de personnes, lui dît le gredin, pour qu'il ne reste ni bras ni jambe de ce peuple hérétique. » Martin publia lui-môme son odieux propos, en se glorifiant de l'avoir tenu. Le monarque lui répondit : « Malbeureusement, l'électeur de Bavière a déjà fait espérer leur grâce aux rebelles. Mais on trouvera d'autres moyens pour abaisser ce peuple présomptueux, pour détruire l'hérésie, et pour tout ramener dans le sein de l'Eglise catholique, seul port du salut. »
Un autre aventurier, Paul Michna, émettait des vues différentes sur la marche qu'il fallait suivre. C'était le fils d'un boucher de Budin^ qui, dès son adolescence, avait servi comme laquais chez les jésuites. Une prompte élévation avait été la récompense de son zèle sanguinaire contre sa patrie. On l'avait gorgé de biens, nommé d'abord chevalier, puis baron, puis élevé au rang de comte. 11 jugeait inhabile, ou du moins . prématuré, le système d'extermination et d'expulsion en masse. La noblesse dissidente possédait encore, suivant lui, trop de choses précieuses qu'elle pouvait emporter, qui adouciraient son exil. Mieux valait la ruiner peu à peu de fond en comble, l'épuiser adroitement et la bannir ensuite. Ce procédé obtint l'adhésioa du gouvernement.
Comme Prague et les autres villes importantes s'étaient livrées sans condition, vu la promesse d'anmisUe, el se trouvaient sans défense, on permit aux soldats d'envahir pendant la nuit les maisons des riches citoyens et de les piller. Ne voulant point perdre leur part de butin, les ofûciers se
masquaient ou se déguisaient pour ces expéditions infômcs, et donnaient à leurs soldats l'exemple de l'avidité. Les larrons en uniforme se vantèrent d'avoir ainsi soustrait pluâeurs tonneaux d'or. Le pays ouvert fut rançonné avec la môme audace et la môme violence par des bandes farouches, composées d'Allemands, d'Italiens, de Français, de Cosaques, d'Espagnols, de Polonais et de Wallons, qui se fiii* saient un jeu du meurtre et de l'incendie.
Les soldats qu'on logeait chez les particuliers ne les traitaient guère mieux : ils poussaient au delà de toutes les bornes l'insolence et la prétention. Le simple paysan devait leur servir des repas somptueux, et encore refusaient-Us de se mettre à table, si leur hôte ne plaçait un beau thalersous leur assiette (le thaler vaut trois francs soixante-quinze centimes.)
Ce brigandage autorisé devint le prétexte de mesures non
moins ruineuses. Partout furent lancées des commissions impériales qui promettaient à un chacun le repos, la sécurité, moyennant finance; pour s'afCranchir des logements militaires, des pillages nocturnes, il suffisait de payer une somme, mais la somme clail exorbitante. Frappés de terreur, les nobles, les bourgeois, les campagnards s'empressèrent de la donner. Aussitôt, nouvel artifice. Dans l'intérêt même du peuple, on voulait former des approvisionnements militaires, et les achats, bien entendu, exigeaient des fonds, beaucoup de fonds. Puis c'étaient des régiments qu'il fallait vêtir et armer: on payait encore. A peine étaient-ils pourvus qu'on les dirigeait ailleurs et qu'on les remplaçait par des bandes de gueux en haillons. Force était de les habiller comme les autres, de vider sa bourse. Les vainqueurs n'acceptaient que des pièces de bon aloi.
En 1622, lorsqu'on crut avoir soutiré du pays tout le numéraire, on l'inonda d*une monnaie de cuivre argenté.
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que Ton déclara illégale deux ans après. £lle perdit sur-lechamp les neuf dixièmes de sa valeur : le commerce fut anéanti, la misère générale portée au comble. Hichna, Tan* cien garçon boucher, s applaudissait fort de cette tactique. « La monnaie conventionnelle , disait-il , a plus ruiné la Bohème que dix ans d'occupation militaire et que si on l'avait à moitié réduite en cendres. »
Bientôt parut un décret des plus bizarres : il portait que quiconque avait prêté une somme d'argent pendant la guerre et pris part à la rébellion n'en serait jamais remboursé ; que, si la somme été prêtée avant les troubles, il en perdrait une moitié avec les intérêts ; quant à Tautre moitié, il ne la toucheraitque dans dix ans. Le lise recevait les fonds aux lieu et place des créanciers.
liais des mesures générales ne satis&isaient pas la rancune de Ferdinand. Neuf mois après la terrible exécution du 21 juin, il proclama une amnistie d'un nouveau genre : c'était un piège qu'il tendait à ses adversaires. Pour jouir de la faveur annoncée, tous les hommes compromis devaient se signaler eux-mêmes, se faire inscrire sur la liste des graciés. Sept cent vingt personnes de l'aristocatie eurent foi dans la parole du prince, et, désirant sortir d'inquiétude, s'avouèrent coupables de rébellion. Aussitôt leurs biens furent confisqués en totalité ou en partie ; ceux que Ton ne dépouilla point complètement perdirent le tiers, la moitié ou les deux tiers de leurs possessions. Cet acte de clémence rapporta au pieux élève des jésuites quarante-trois millions de florins, somme prodigieuse pour le temps. La liste des confiscations remplissait un gros volume in- folio.
Les mêmes violences, les mêmes déloyautés passèrent comme une peste sur la Moravie ; car la Moravie s'était associée à la résistance de la Bohême, et le comte de Thum avait essayé d'y prolonger la lutte après la soumission du dernier